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La guerre - sujet et corrigé d'un résumé d'Alain "L'homme de guerre"

 

Sujet.

Résumez le texte suivant en 100 mots (plus ou moins 10%). Vous indiquerez les sous totaux de 20 en 20 (20, 40, …) par un trait vertical et par le chiffre correspondant dans la marge. Vous indiquerez obligatoirement votre total exact à la fin de votre résumé.

 

Tout homme est guerrier. Non pas par les causes extérieures, mais par la structure et par l’énergie accumulée. Tout homme qui entre dans un jeu s’y anime, sans penser aux coups de pied ni aux os cassés. Qui n’a vu un soldat, roi des chevaux, acculer un animal fou dans l’angle de deux murs, et lui passer la bride ? L’animal est de beaucoup le plus fort, mais il fléchit devant l’orgueil, le courage et la certitude. Ce dompteur de chevaux risquait sa vie ; mais il ne pensait point à cela ; il ne visait, au contraire, qu’à étendre sa propre vie. L’homme n’aime pas autre chose que les actions difficiles et les victoires, comme on voit dans les sauvetages, où l’homme est prompt, assuré et infatigable. Ce héros c’est n’importe qui. Comme l’écrivait Desbois, penseur d’infanterie, aujourd’hui poussière de Somme : « Le massacre est une des conditions du jeu, il n’en est pas la fin. » Le fait est qu’il y a péril de mort en beaucoup d’actions ; et l’on arriverait à n’oser plus boire du lait qui n’a pas bouilli ; c’est pourquoi l’homme choisit de vivre et choisit de vaincre. Ne lui dites pas que la guerre est effrayante et au-dessus des forces ; cela lui donnera envie d’y aller.

Ici est le détour de pensée qui demande attention. Car je semble donner gagné à ceux qui disent que la guerre est dans la nature humaine et durera autant que les hommes. Ce que je dis, c’est que la guerre est toujours possible et sera toujours possible, de même que la colère est toujours possible et guette même le sage. Or, au sujet de la colère, n’importe qui peut comprendre qu’il y a deux erreurs du jugement, également funestes, et d’ailleurs alliées ; la première est de croire que toute colère est vaincue parce qu’une colère est vaincue ; l’autre est de croire que la colère naît d’après des causes invincibles et selon une fatalité insurmontable. Faites seulement l’essai de rire volontairement quand la colère s’élève en vous comme une maladie. Au vrai celui qui s’abandonne entièrement à la colère et qui l’attend comme une nausée ou une rage de dents est un fou. Et il est profondément vrai de dire que le sentiment d’une fatalité insurmontable est commun à tous les genres de folie. Toujours est-il qu’un homme sain veut être maître de son corps et croit fermement qu’il le sera. Même surpris, et honteux d’avoir été surpris, il croit encore, il veut croire encore le ressort de la volonté se trouve là.

Or la fatalité règne sur la guerre. Des hommes qui ne se croient point fous individuellement se croient fous collectivement. Parce qu’ils croient que la guerre ne peut être voulue, et qu’elle est toujours subie, ils en cherchent autour d’eux les signes sacrés. Ils les reconnaissent, les nomment, et ainsi les lancent eux-mêmes à leurs frères épouvantés. Encore mieux les voient-ils au loin, et chez les autres peuples, écoutant les pas du Barbare sur la terre. « Dieu le veut » fut le cri des croisades ; mais c’est le cri de toute guerre. L’antique idée du destin nous reprend par là, et la religion des présages, qui est toute la religion peut-être. Il ne s’agit plus alors de savoir ce que chacun veut, mais bien de savoir ce que tous feront. Ainsi une farouche volonté s’impose à tous, et qui n’est de personne. Tout cela par l’ignorance des causes. Comme on veut supposer que le sauveteur agit par amour, ainsi on veut supposer que le guerrier combat par haine. Mais non. Il combat comme il sauve, parce que c’est difficile. Il n’y a point de pire erreur que si l’on croit que les périls de la guerre fatigueront l’homme et assureront la paix. N’en croyez rien. La guerre n’effraie pas plus l’homme que n’importe quel métier qu’il sait faire. Car la fatigue et l’accident sont dans tout métier. Et au vrai toute la vie humaine est combat.

La guerre étant donc toute renfermée dans l’homme sain et équilibré, et par les mêmes causes qui assurent la paix est possible, indéfiniment possible. Le laboureur et le soldat ne sont point deux hommes ; c’est le même homme. Dans les moindres actions, je vois que c’est le même homme. Donc si la paix dure un mois, elle peut durer cent ans. La vraie cause des guerres, c’est que l’on croit que les guerres sont au-dessus de l’homme et par décret divin, comme on croyait autrefois des songes. Une exacte connaissance de la nature humaine effacera toute fatalité ; car c’est la connaissance des vraies causes qui donne sécurité et puissance en toute action. C’est par l’effort dirigé que l’homme possède tout ce qu’il possède, et aussi bien lui-même.

Alain, Esquisses de l’homme (1927, 4ème édition 1938), chapitre 38 L’homme de guerre, propos du 23 septembre 1922 (ou Propos, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », 1959, p.429-431).

 

 

Corrigé.

 

1) Analyse du texte.

Alain analyse ce qui fait de l’homme un soldat. Il soutient qu’il y a en lui une force et surtout une volonté d’agir qui recherchent les difficultés pour elles-mêmes. Et l’héroïsme appartient par conséquent à tout homme. Dès lors, dans la guerre, le massacre ne dissuade personne : au contraire. Alain l’illustre en citant un inconnu, un camarade, mort durant la première guerre. Cette citation d’un anonyme, du philosophe inconnu si l’on peut dire, donne un corps à l’idée d’une universalité de l’héroïsme.

Alain annonce que son but n’est pas du tout de montrer que la guerre est inévitable comme le début de son analyse le laissait entendre. Il est de montrer qu’elle est toujours possible. Il raisonne analogiquement sur la guerre en analysant la colère. À propos de cette dernière, il énonce ce qui constitue pour lui deux erreurs : premièrement que vaincre une colère soit les vaincre toutes (erreur logique qui conclut du particulier au général ou de « il existe » [ⱻ] à « quel que soit » [Ɐ]) et que la colère soit insurmontable (erreur psychologique, voire physiologique). Il s’agit là de l’équivalent de la thèse selon laquelle la guerre est une réalité de la nature humaine. Cette dernière idée, fataliste, définit selon lui la folie. La santé consiste à vouloir et à surmonter les impulsions psychologiques ou physiologiques. Autrement dit, pour Alain, la guerre s’explique par la nature humaine sans résulter de la nature humaine.

Il ajoute que la guerre est une folie, mais collective. Croyant que la guerre est inévitable, les hommes interprètent tout ce qui l’annonce de façon religieuse. Et c’est cette croyance qui la rend inévitable. D’où l’erreur qui veut que l’homme combat par haine comme il sauve par amour. C’est uniquement la difficulté qui amène le combat. Et l’homme aime aussi la difficulté dans les activités autres que la guerre.

Alain en déduit la possibilité de la paix. Sachant que la guerre est une action difficile qu’exige la nature humaine, il faut la remplacer par une autre activité difficile comme le labourage. Dès lors, la paix peut durer indéfiniment.

 

2) Les idées essentielles.

1. L’homme est naturellement guerrier car il est actif, amoureux des actions difficiles.

2. La guerre n’est pas plus inévitable que la colère qu’il est possible de maîtriser, sauf dans la croyance au destin qui constitue la folie.

3. La guerre est une folie collective.

4. Les hommes la croyant inéluctable, ils en interprètent les signaux divins. Et cette croyance s’impose à la volonté de chacun.

5. L’erreur est de croire que la guerre vient des passions et non de l’amour de l’action difficile qui habite l’homme.

6. La paix est possible si l’on sait qu’il faut à l’homme des actions difficiles et qu’on lui donne celles de la paix.

 

3) Proposition de résumé.

L’homme est soldat car sa force et sa volonté le poussent aux actions les plus difficiles. Je ne veux [20] pas dire que la guerre est inéluctable. Elle est comme les colères qu’il faut combattre. Se laisser aller à [40] les estimer irrévocables, c’est folie.

Aussi la guerre est-elle une folie collective. L’homme l’interprète religieusement. Il [60] la rend ainsi irrévocable. On se trompe à croire que la haine pousse à la guerre : c’est la difficulté. [80]

Aussi, suffit-il de tourner l’aspiration humaine pour la difficulté vers d’autres actions difficiles pour établir la paix.

100 mots