Mercredi 4 janvier 2012 3 04 /01 /Jan /2012 08:42

1) Sujet.

Les hommes prétendent que, par nature, il est bon de commettre l’injustice et mauvais de la souffrir, mais qu’il y a plus de mal à la souffrir que de bien à la commettre. Aussi, lorsque mutuellement ils la commettent et la subissent, et qu’ils goûtent des deux états, ceux qui ne peuvent point éviter l’un ni choisir l’autre estiment utile de s’entendre pour ne plus commettre ni subir l’injustice. De là prirent naissance les lois et les conventions, et l’on appela ce que prescrivait la loi légitime et juste. Voilà l’origine et l’essence de la justice : elle tient le milieu entre le plus grand bien – commettre impunément l’injustice – et le plus grand mal – la subir quand on est incapable de se venger. Entre ces deux extrêmes, la justice est aimée non comme un bien en soi, mais parce que l’impuissance de commettre l’injustice lui donne du prix. En effet, celui qui peut pratiquer cette dernière ne s’entendra jamais avec personne pour s’abstenir de la commettre ou de la subir, car il serait fou. Telle est donc, Socrate, la nature de la justice et telle son origine, selon l’opinion commune.

Maintenant, que ceux qui la pratiquent agissent par impuissance de commettre l’injustice, c’est ce que nous sentirons particulièrement bien si nous faisons la supposition suivante. Donnons licence au juste et à l’injuste de faire ce qu’ils veulent ; suivons-les et regardons où, l’un et l’autre, les mène le désir. Nous prendrons le juste en flagrant délit de poursuivre le même but que l’injuste, poussé par le besoin de l’emporter sur les autres : c’est ce que recherche toute nature comme un bien, mais que, par loi et par force, on ramène au respect de l’égalité. (…) Tout homme, en effet, pense que l’injustice est individuellement plus profitable que la justice, et le pense avec raison d’après le partisan de cette doctrine. Car si quelqu’un recevait cette licence dont j’ai parlé, et ne consentait jamais à commettre l’injustice, ni à toucher au bien d’autrui, il paraîtrait le plus malheureux des hommes, et le plus insensé, à ceux qui auraient connaissance de sa conduite ; se trouvant mutuellement en présence ils le loueraient, mais pour se tromper les uns les autres, et à cause de leur crainte d’être eux-mêmes victimes de l’injustice. Voilà ce que j’avais à dire sur ce point.

Maintenant, pour porter un jugement sur la vie des deux hommes dont nous parlons, opposons le plus juste au plus injuste, et nous serons à même de les bien juger ; nous ne le pourrions pas autrement. Mais de quelle manière établir cette opposition ? De celle-ci : n’ôtons rien à l’injuste de son injustice, ni au juste de sa justice, mais supposons-les parfaits, chacun dans son genre de vie. D’abord, que l’injuste agisse comme les artisans habiles – tel le pilote consommé, ou le médecin, distingue dans son art l’impossible du possible, entreprend ceci et laisse cela ; s’il se trompe en quelque point il est capable de réparer son erreur – ainsi donc, que l’injuste se dissimule adroitement quand il entreprend quelque mauvaise action s’il veut être supérieur dans l’injustice. De celui qui se laisse prendre on doit faire peu de cas, car l’extrême injustice consiste à paraître juste tout en ne l’étant pas. Il faut donc accorder à l'homme parfaitement injuste la parfaite injustice, n’y rien retrancher et admettre que, commettant les actes les plus injustes, il en retire la plus grande réputation de justice ; que, s’il se trompe en quelque chose, il est capable de réparer son erreur, de parler avec éloquence pour se disculper si l’on dénonce un de ses crimes, et d’user de violence, dans les cas où de violence il est besoin, aidé par son courage, sa vigueur, et ses ressources en amis et en argent. En face d’un tel personnage plaçons le juste, homme simple et généreux, qui veut, d’après Eschyle (1), non pas paraître, mais être bon. Ôtons-lui donc cette apparence. Si, en effet, il paraît juste il aura, à ce titre, honneurs et récompenses ; alors on ne saura pas si c’est pour la justice ou pour les honneurs et les récompenses qu’il est tel. Aussi faut-il le dépouiller de tout, sauf de justice, et en faire l’opposé du précédent. Sans commettre d’acte injuste, qu’il ait la plus grande réputation d’injustice, afin d’être mis à l’épreuve de sa vertu en ne se laissant point amollir par un mauvais renom et par ses conséquences ; qu’il reste inébranlable jusqu’à la mort, paraissant injuste toute sa vie, mais étant juste, afin qu’arrivés tous les deux aux extrêmes, l’un de la justice, l’autre de l’injustice, nous puissions juger lequel est le plus heureux.

(…)

Maintenant, s’ils sont tels que je viens de les poser, il n’est pas difficile, je pense, de décrire le genre de vie qui les attend l’une et l’autre. Disons-le donc ; et si ce langage est trop rude, souviens-toi, Socrate, que ce n’est pas moi qui parle, mais ceux qui placent l’injustice au-dessus de la justice. Ils diront que le juste, tel que je l’ai représenté, sera fouetté, mis à la torture, chargé de chaînes, qu’on lui brûlera les yeux, qu’enfin, ayant souffert tous les maux, il sera crucifié et connaîtra qu’il ne faut point vouloir être juste mais le paraître. Ainsi les paroles d’Eschyle (2) s’appliqueraient beaucoup plus exactement à l’injuste ; car, en réalité, dira-t-on, il est bien celui dont les actions sont conformes à la vérité, et qui, ne vivant pas pour les apparences, ne veut pas paraître injuste, mais l’être :

Au sillon profond de son esprit il cueille la moisson des heureux projets.

D’abord, il gouverne dans sa cité, grâce à son aspect d’homme juste ; ensuite il prend femme où il veut, fait marier les autres comme il veut, forme des liaisons de plaisir ou d’affaires avec qui bon lui semble, et tire profit de tout cela, car il n’a point scrupule d’être injuste. S’il entre en conflit, public ou privé, avec quelqu'un, il a le dessus et l’emporte sur son adversaire ; par ce moyen il s’enrichit, fait du bien à ses amis, du mal à ses ennemis, offre aux dieux sacrifices et présents avec largesse et magnificence, et se concilie, bien mieux que le juste, les dieux et les hommes à qui il veut plaire ; aussi convient-il naturellement qu’il soit plus cher aux dieux que le juste. De la sorte, disent-ils, Socrate, les dieux et les hommes font à l’injuste une vie meilleure qu’au juste.

Platon, La République, livre II.

 

1) Résumez le texte en 140 mots (plus ou moins 10%). Vous indiquerez les sous totaux de 20 en 20 (20, 40, 60, …) par un trait vertical et par le chiffre correspondant dans la marge. Vous indiquerez obligatoirement votre total exact à la fin de votre résumé.

 

2) Dissertation.

« … la justice est aimée non comme un bien en soi, mais parce que l’impuissance de commettre l’injustice lui donne du prix. » Vous discuterez ce point de vue en vous appuyant sur votre lecture des trois œuvres inscrites au programme. Vous proscrirez tout plan qui se bornerait à examiner ces livres successivement. La dissertation devra compter 1000 à 1500 mots.

 

Les notes n’appartiennent pas au résumé.

(1) Les Sept contre Thèbes, v. 592 et suivants. C’est Amphiaros, un des sept chefs qui s’apprêtent à envahir Thèbes, qui, d’après le rapport de l’espion, affirme ne pas vouloir paraître bon (aristos), mais l’être.

(2) Voir note précédente.

 

2) Analyse et remarques sur le texte.

Il fallait remarquer et donc énoncer dans le résumé la distance du sujet énonçant la thèse par rapport à elle, autrement dit, qu’il rapporte une thèse à son interlocuteur clairement nommé, « Socrate », ce qui laisse entendre (ce qu’il est plus facile de comprendre quand on connaît l’œuvre, mais qu’il était possible de déterminer) qu’il s’agit de proposer à la discussion cette thèse.

Il y a en effet cinq occurrences de cette attribution : « Les hommes prétendent que… » ; « Telle est donc, Socrate, la nature de la justice et telle son origine, selon l’opinion commune. » ; « d’après le partisan de cette doctrine… » ; « si ce langage est trop rude, souviens-toi, Socrate, que ce n’est pas moi qui parle, mais ceux qui placent l’injustice au-dessus de la justice. » ; « De la sorte, disent-ils, Socrate … ».

Quelle est cette thèse rapportée et défendue ? La justice n’est pas un bien en elle-même, elle n’est pas un bien qu’on recherche, elle n’est qu’un bien relatif, à savoir qu’elle permet d’éviter un plus grand mal. Autrement dit, si les hommes sont justes, ce n’est pas qu’ils veulent la justice, c’est qu’ils veulent éviter l’injustice. C’est finalement leur impuissance qui fait qu’ils choisissent la justice.

Pour le montrer, l’interlocuteur de Socrate [il s’agit de Glaucon, un des frères de Platon] rapporte deux idées. Selon la première le bien pour l’individu consiste à agir injustement, autrement dit de jouir des biens que recherchent la plupart des hommes, biens matériels, plaisirs divers. Selon la seconde, il y a deux sortes de maux, subir l’injustice ou ne pas pouvoir la commettre. Ce second mal est moindre que le premier. Aussi, ne pouvant pratiquer le bien, les hommes choisissent le moindre des deux maux. Voilà l’origine des lois et de la justice pour les partisans de cette thèse.

Que ce soit le juste ou l’injuste, ils cherchent la même chose, à savoir les biens qui procurent des plaisirs. Aussi la justice n’est-elle pas le bien.

Comme preuve, l’interlocuteur de Socrate propose de montrer la vie de l’injuste parfait et du juste parfait. Le premier paraît juste, il n’est donc pas puni. Le second paraît injuste, ce qui lui interdit d’être juste par intérêt. Or, si la vie de l’un lui permet de jouir de tous les plaisirs, la vie de l’autre est pour le moins malheureuse. Dès lors, c’est bien la vie de l’injuste qui est la meilleure pour les partisans de la thèse que rapporte l’interlocuteur de Socrate.

 

3) Proposition de résumé


On pense qu’il est plus mauvais de supporter l’injustice que bon de la commettre. Certains pensent Socrate, que [20] de là naîtraient les lois et la justice comme un bien dérivé. L’injuste comme le juste cherche leur intérêt. [40]

Qu’aucun homme ne vise la justice se prouve en montrant le juste et l’injuste faire leur volonté. L’ [60] injuste doit l’être parfaitement, donc paraître juste et avoir tous les moyens, intellectuels et matériels, pour ne pas être [80] puni. Le juste, lui, paraîtra injuste, pour que l’intérêt ne le gouverne pas. Pour ceux dont j’expose l’ [100] idée, Socrate, le juste, persécuté, aura une vie fausse par rapport à l’injuste, honoré. Premier dans la cité, jouissant [120] de tous les plaisirs, agréables aux dieux qui le préfèrent au juste, selon eux, il aurait la vie la meilleure.

140 mots.

 

4) Dissertation.

 

Attention aux conséquences de nos actes ! Voilà ce que semble dire l’idée commune de justice. Il ne faut pas la transgresser non pas en elle-même mais à cause des conséquences. Idée bien ancienne puisque déjà, dans le livre II de sa République, Platon a pu donner à discuter la thèse selon laquelle

« … la justice est aimée non comme un bien en soi, mais parce que l’impuissance de commettre l’injustice lui donne du prix. »

La thèse rapportée signifie que la justice n’est pas appréciée pour elle-même, c’est-à-dire qu’elle n’est pas considérée comme un bien en soi, c’est-à-dire un bien qui n’est pas simplement utile, c’est-à-dire bon pour autre chose. Elle oppose à cette justice comme bien en soi un mobile purement utilitaire, à savoir que la justice est appréciée à cause de l’impuissance où sont certains de commettre l’injustice. C’est ce qui lui donne donc une valeur relative.

Or, il arrive qu’on ne puisse expliquer les actes de certains hommes autrement que par l’idée de justice qu’ils se faisaient. Autrement dit, la justice est peut-être aussi appréciée comme un bien en soi.

On peut donc se demander s’il est possible et comment de penser que la justice n’a pas une valeur purement relative comme manifestation de l’impuissance de l’injustice.

On verra d’abord en quoi on peut penser que la justice est bien plutôt un bien recherché pour lui-même, puis comment on peut penser que c’est bien l’impuissance qui nous fait rechercher la justice comme un simple moyen et enfin comment la justice peut être pensée comme un moyen de notre puissance.

On s’appuiera notamment sur certaines Pensées de Pascal ainsi que ses Trois discours sur la condition des grands ; sur Les Choéphores et Les Euménides d’Eschyle et sur Les raisins de la colère de John Steinbeck.

 

Le fait que la plupart des hommes aiment dans la justice le bien relatif n’implique pas qu’elle ne soit pas aussi un bien en soi que certains recherchent aussi. Jim Casy l’illustre en se dénonçant à la place de Tom Joad (cf. chapitre 20). Il lui évite une peine non pas par impuissance mais sur la base d’une idée de la justice qui n’est pas celle des shérifs adjoints qui, par intérêt, font appliquer de la plus rigoureuse façon l’inégale répartition des biens. Cette idée de la justice, même si nous ne l’avons plus, nous devons penser que nous l’avons eue selon Pascal dans ses Pensées (L 148). Aussi est-elle toujours présente dans notre recherche du bien même si notre ignorance nous conduit vers de faux biens. Elle se montre en des hommes inspirés comme Abraham selon Pascal qui sert ses serviteurs (L 603). C’est aussi cette idée de justice qui anime le chœur au début des Choéphores. Esclaves qui subissent la nécessité, elles pourraient avoir l’idée de vengeance. Elles prennent le parti d’Electre, leur maîtresse bafouée.

C’est plutôt l’ignorance de ce qu’est la justice, ignorance qui provient du péché originel selon Pascal en ce qu’il nous a fait perdre ce bien, qui nous conduit à ne chercher qu’un bien relatif (cf. L 617). On obéit au pouvoir faute de véritablement savoir ce qui est juste. On craint les dieux comme chez Eschyle et on leur obéit dans une relative incertitude sur le sens de ce qu’ils veulent. Si la révolte gronde dans Les raisins de la colère, elle éclate peu. La grève finale est un lamentable échec (cf. chapitre 26). Chacun pense d’abord à son ventre.

C’est que l’injustice est présente. Qui a la puissance s’embarrasse peu des lois, voire les tourne à son profit. Les shérifs adjoints ont pour eux la force et la loi californienne. Ils en usent pour exercer sur les émigrants une pression et permettre de maintenir une crainte favorable aux grands propriétaires qui ont besoin d’une main d’œuvre bon marché. Ils expriment l’âpreté qui fait le fonds de l’histoire californienne (chapitre XIX). C’est la tyrannie de Clytemnestre et d’Égisthe qui font régner la crainte. Dès lors, nul ne protestera contre le traitement injuste infligé à Oreste et Electre par leur propre mère. Elle paraît même se réjouir de l’annonce de la mort de son fils si l’on en croit Kilissa, la nourrice (Les Choéphores, v.737-739). Cette injustice, on peut la penser comme le résultat de notre ignorance selon Pascal. Éloignés de la « véritable justice » (L 44), nous autres hommes en sommes réduits à suivre notre imagination qui nous trompe même lorsque nous nous croyons impartiaux avec nos proches.

Mais cette justice simplement visée, voire simplement supposée, n’est-elle pas plutôt le masque que se donne l’impuissance ?

 

Car si on regarde la justice comme elle est que trouve-t-on sinon une telle différence de lois qu’on ne peut même pas faire, selon Pascal (L 60) de la règle formelle de suivre les lois de son pays telle que Montaigne la pense dans les Essais (I, 23) la règle universelle de la justice. Ses lois diverses ne sont que l’expression de rapports de force. Cette différence traverse la cité elle-même. Si Eschyle en présentant l’institution de l’aréopage qu’Ephialte ( ?-461 av. J.-C.) venait de réformer en 462 av. J.-C. par Athéna semble entériner l’instauration de la démocratie, il montre justement dans le conflit entre anciens dieux et nouveaux dieux deux justices, celle des liens familiaux et celle des liens civiques. Cette différence dans les justices, Steinbeck la montre en opposant la vie dans le camp de Weedpatch et dans les Hoovervilles. Dans le premier règne une harmonie apparente qui ne va pas sans s’opposer à l’extérieur. Dans les seconds, il en va de même.

Aussi les hommes obéissent ou non aux lois de la justice par intérêt. À celui qui se trouve en haut lorsqu’il y a une hiérarchie, Pascal conseille dans son troisième Discours sur la condition des grands de bien savoir qu’il est un roi de concupiscence, c’est-à-dire que c’est le désir des biens terrestre qui meut les hommes et non le souci de la justice. L’ordre social est ce qui permet la paix sans quoi selon le mot de Plaute (~254-184 av. J.-C.) que reprend Hobbes dans l’épître dédicatoire au comte de Devonshire de son ouvrage, Le Citoyen (1642, traduction française Samuel Sorbière 1649), « L’homme est un loup pour l’homme ». Oreste et sa sœur combattent pour retrouver leur rang, leur bien, qui leur a été ôté par leur mère et son amant. Oreste lui reproche avant de la tuer de l’avoir vendu par deux fois (Les Choéphores, v.915). Si Tom Joad s’inquiète du travail qu’ils ont trouvé alors que des ouvriers semblent lutter, le reste de la famille ne s’enquiert que des revenus qui semblent suffisants pour manger (chapitre 26).

Lorsqu’ils peuvent être injustes, les hommes le sont. C’est pourquoi outre le respect, la crainte est nécessaire pour que la justice soit possible proclament les Érinyes dans Les Euménides. Le respect, c’est le fait de viser le juste en tant que tel sans se soucier de soi. La crainte elle a celui qui craint pour objet. Autrement dit, on souffre d’un mal physique qui peut nous atteindre, mal qui n’est pas vécu comme certain sans quoi c’est la peur. Il n’est donc pas possible de concevoir des hommes qui aimeraient vraiment la justice, qui n’aimeraient que la justice. Car alors la crainte serait inutile. Aussi est-ce la crainte d’Apollon qui meut aussi Oreste car c’est l’oracle du Dieu de Delphes (Les Choéphores, v.270, 558-559, 953-960, 1030-1032) qui a amené Oreste à décider finalement, comme le lui rappelle opportunément Pylade lors de sa seule intervention, à tuer sa propre mère (Les Choéphores, v.900-902). Si, selon le récit du chapitre intercalaire 19, les Californiens, surtout enrichis après avoir combattu les Mexicains, exploitent les émigrés américains comme ils l’ont fait avec les Chinois ou les Japonais, les nouveaux émigrants, dès qu’ils le peuvent, n’hésitent pas à prendre ce qui ne leur appartient pas. Les terres qu’ils ont dû quitter, leurs ancêtres les avaient prises par la violence aux Amérindiens (cf. chapitre 5). En le rappelant, Steinbeck met en lumière la violence originaire fondatrice des États-Unis. Aussi Pascal peut-il penser que les hommes se haïssent mutuellement (Br. 451). Cela signifie que chacun est fondamentalement injuste. Car la haine de l’autre n’est rien d’autre que cet amour-propre qui nous fait de nous le centre de tout, qui nous conduit à nous préférer à tout, par quoi nous sommes fondamentalement injuste (L 597).

Mais que la justice soit un moyen est une chose, cela ne signifie nullement que l’impuissance en soit la raison. La justice n’est-elle pas plutôt une forme de la puissance humaine ?

 

En effet, les lois sont la manifestation d’un désir de vivre et la justice est la manifestation de la dignité. « Le pire des maux est les guerres civiles. » écrit Pascal (L 94). Pourquoi sinon parce qu’elle diminue ou supprime la vie. Aussi rappelle-t-il à son interlocuteur dans le Premier de ses Discours sur la condition des grands que les hommes sont naturellement égaux. Il comprend alors que la justice consiste dans le respect des ordres ou des types de grandeurs. Il dénonce ainsi la tyrannie qui est l’injustice même, tyrannie qui n’est pas la puissance, mais la marque de la plus extrême misère de l’homme dont le vide intérieur le pousse au divertissement. Athéna, lorsqu’elle institue le tribunal de l’aréopage, conseille aux Athéniens de vivre en paix pour le salut de la cité et donc pour le leur propre : « je ne veux pas de combats entre oiseaux de ma volière » (Les Euménides, v.866) selon la métaphore filée que lui fait énoncer le poète. La discorde, c’est l’impuissance de tous. La colère, voire l’indignation vis-à-vis d’une injustice qui frappe les autres. De même, lorsqu’ils se rencontrent aux bords des routes, les émigrants en route pour la Californie reconstituent des sociétés, retrouvent des lois, des procédures de justice (cf. chapitre 17). Comme le narrateur anonyme l’indique dans le court chapitre intercalaire 14, lorsque deux hommes se rencontrent et échangent, « C’est le commencement … du « Je » au « Nous » (p.211).

À l’inverse, l’injustice est plutôt la manifestation d’une impuissance. Celui qui possède beaucoup de terre n’est rien (Steinbeck). Il montre un certain vide. Egisthe n’est qu’une femme selon Oreste dans les Choéphores (v.303-304). Cette dévalorisation – alors que Clytemnestre, elle, joue le rôle de l’homme, tient à ce qu’Égisthe a tué son ennemi, non pendant le combat, mais par traîtrise. C’est même un héros, vainqueur de Troie qu’il a tué. Il faut rejeter le mythe de la toute puissance tournée vers l’injustice. Par lui-même l’homme ne peut rien : c’est une illusion de puissance qui meut le tyran car, comme Pascal l’indique avec raison (L 58), le tyran ne peut rien dans l’ordre de la science. Contrairement à ce que laisse entendre l’interlocuteur de Socrate, c’est l’impuissance qui caractérise l’homme injuste.

Si la justice est un bien relatif, elle permet l’expression de la vraie puissance. Elle permet à l’homme de se préoccuper de son salut nous explique Pascal. Car, il faut la paix d’abord pour qu’il soit possible d’aller au-delà du simple respect des lois établies. Il faut savoir que l’homme de pouvoir se trouve dans la concupiscence pour se disposer à se soumettre au roi de la charité, c’est-à-dire Dieu selon le troisième des Discours sur la condition des grands. C’est la justice en tant qu’elle réconcilie qui permet à la cité d’être pour le plus grand bien des citoyens selon Eschyle. Aussi le procès tranché par la voix prépondérante d’Athéna est-il suivi par une tentative de sa part de persuader et d’intégrer les Érinyes qui deviennent les Euménides ou bienveillantes. C’est la réconciliation qui fait la puissance. Steinbeck le montre à sa façon dans les dernières pages de son roman. Si la famille Joad est fortement diminuée parce que disloquée, Rose de Sharon qui a perdu son enfant donnant le sein à un homme inconnu et affamé par quoi le roman se termine, montre l’espoir en une vie d’union et de retour à la puissance dont la justice est le moyen.

 

Disons pour finir que le problème était de savoir s’il est possible et comment de penser que la justice n’a pas une valeur purement relative comme manifestation de l’impuissance de ceux qui ne peuvent commettre l’injustice. Elle paraît en tant qu’idéal comme un bien en soi, sans quoi, nous serions les spectateurs intéressés du triomphe de l’injustice. Pourtant, l’idée de justice comme bien en soi est assez vague. Elle semble manifester seulement une certaine impuissance à agir. Néanmoins, il apparaît que cette idée de justice, toute relative qu’elle est, est la condition de la puissance de la vie qui ne réside pas dans la solitude du tyran impuissant mais dans l’union supérieure des hommes qui se savent membres du tout.

Reste à savoir comment il serait possible de convertir en quelque sorte à cette union supérieure la plupart des hommes qui ne connaissent ou plutôt qui ne sont qu’égoïsmes ?

 

Par Bégnana - Publié dans : Sujets
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Vendredi 16 décembre 2011 5 16 /12 /Déc /2011 07:22

Platon avant Socrate.

Platon est né entre 428 et 426 av. J.-C dans une grande famille athénienne qui prétendait descendre de Codros, un ancien roi légendaire d’Athènes. Il s’appelait Aristoclès. Platon est un surnom ; “platos” signifie “largeur” en grec. Est-ce la largeur de son front ou de ses épaules qui lui valut ce surnom ?

Platon a reçu une éducation soignée, celle de tous les jeunes athéniens nobles. Il a appris à lire et à écrire avec les grands poètes comme Homère (ix° av. J.-C.) et Hésiode (viii° av. J.-C.). Il a appris également la musique au sens large et la gymnastique.

Fut-il le disciple de Cratyle (v° av. J.-C.), lui-même élève d’Héraclite dit l’Obscur (~541-~480 av. J.-C.), comme Aristote son élève l’a soutenu ? C’est possible.

Toujours est-il qu’il se destine à la politique et au théâtre, deux activités qui ne s’opposaient nullement comme l’a montré Sophocle (496-406 av. J.-C.).

Comme tout jeune athénien il a dû faire son éphébie, c’est-à-dire son service militaire.

 

Platon avec Socrate.

On place sa rencontre avec Socrate (~469-399 av. J.-C.) vers sa vingtième année, soit entre 408 et 406. Une tradition veut qu’il ait alors brûlé toutes les tragédies qu’il avait écrites.

Un passage de l’Apologie de Socrate peut être considéré comme autobiographique. Platon y fait dire à Socrate qu’il est imité par de jeune gens riches dans son interrogation des prétendus sages.

« … beaucoup de jeunes gens, qui ont du loisir, et qui appartiennent à de riches familles, s’attachent à moi, et prennent un grand plaisir à voir de quelle manière j’éprouve les hommes ; eux-mêmes ensuite tâchent de m’imiter, et se mettent à éprouver ceux qu’ils rencontrent ; et je ne doute pas qu’ils ne trouvent une abondante moisson ; car il ne manque pas de gens qui croient tout savoir, quoiqu’ils ne sachent rien, ou très-peu de chose. Tous ceux qu’ils convainquent ainsi d’ignorance s’en prennent à moi, et non pas à eux, et vont disant qu’il y a un certain Socrate, qui est une vraie peste pour les jeunes gens… » Platon, Apologie de Socrate, 23c-d.

En 404, Athènes perd la guerre qui l’oppose à Sparte depuis 431. Un nouveau régime, celui des Trente Tyrans se met en place. Parmi eux se trouve Critias (~460-403 av. J.-C.), un cousin du côté maternel et Charmide ( ?-403), son oncle maternel. Les exactions commises par ces anciens élèves de Socrate conduisent au rétablissement de la démocratie en 403. Platon dira dans la Lettre VII combien il fut déçu par ce gouvernement tyrannique. Il sera tout autant déçu par la démocratie car c’est un chef du parti démocratique, Anytos, qui soutiendra l’accusation de son maître, Socrate.

Il assiste au procès de son maître en 399 avant J.-C. L’acte d’accusation est ainsi libellé :

« Socrate est coupable en ce qu’il corrompt les jeunes gens, ne reconnaît pas la religion de la cité et met à la place des extravagances démoniques » Platon, Apologie de Socrate, 24b-c, traduction Cousin modifiée.

Ou bien Socrate si on en croit son autre disciple Xénophon (430-355 av. J.-C.), y était

« accusé par ses adversaires de ne pas reconnaître les mêmes dieux que l’État, d’introduire des divinités nouvelles et de corrompre la jeunesse » Xénophon, Apologie de Socrate, 10, traduction Chambry.

Platon est prêt à participer au paiement de l’amende (cf. Apologie de Socrate, 34a). Mais Socrate est condamné à mort et boit la ciguë quelques temps après. Platon est absent au moment de la mort du maître car il est malade (cf. Phédon, 59 b).

 

Platon après Socrate.

Platon s’exile par crainte d’être également accusé comme élève de Socrate dans la ville voisine d’Athènes, Mégare, vraisemblablement dans l’école du philosophe Euclide de Mégare (~450-~380 av. J.-C.). Peut-être est-il rentré à Athènes au bout de trois ans.

Ensuite, il voyage. Peut-être est-il allé en Égypte. Le voyage en grande Grèce, c’est-à-dire dans le sud de l’actuelle Italie pour rendre visite au tyran de Tarente, le pythagoricien Archytas (~435-347 av. J.-C.), est plus sûr.

En 388, il tente de convertir à la philosophie, mais sans succès, le tyran de Syracuse, Denys 1er l’Ancien (431-367 av. J.-C.). Il devient l’ami du jeune Dion (408-354), dont la sœur avait épousé le tyran. Sur le chemin du retour à Égine alors en guerre avec Athènes, il aurait été vendu comme esclave, puis racheté par un de ses amis nommé Annicéris.

Vers 387, il achète un domaine doté d’un gymnase et d’un parc situé près du bois sacré du héros Académos à Athènes. Il en fait une école ou plutôt une sorte d’université que l’on nomme depuis l’Académie. On y trouve des salles de cours, des logements pour les étudiants qui affluent de la Grèce entière, une bibliothèque. Elle fermera une première fois en 86 av. J.-C. lorsque Sulla (138-78 av. J.-C.) pillera Athènes. Elle rouvrira et connaîtra un dernier éclat avec le néoplatonisme. Sa fermeture définitive aura lieu en 529 après J.-C. lorsque l’empereur Justinien (483-565) interdira aux non chrétiens l’enseignement de la philosophie. Cette très longue durée explique en partie la remarquable conservation des œuvres de Platon.

Au printemps 366, à la demande de son ami Dion, il retourne en Sicile pour former le successeur de Denys l’ancien, son fils, Denys II le Jeune (397-342 av. J.-C.). Disciple peu enclin à suivre les prescriptions pratiques de la philosophie platonicienne, Denys le Jeune exile bientôt Dion et relâche Platon qui était devenu prisonnier.

Il revient une troisième fois en 361 pour aider Dion qui avait été exilé. Ses relations avec Denys le Jeune se tendent rapidement. Il faut l’intervention d’Archytas de Tarente pour qu’il soit libéré. À cette occasion, il se serait procuré les manuscrits du pythagoricien Philolaos (~485-~385 av. J.-C.) pour une forte somme.

Si la Lettre VII qui nous a été conservée sous son nom est authentique, ces différentes tentatives ne sont pas étrangères à sa philosophie, bien au contraire. Platon a voulu ne pas se contenter de discours. Il lui fallait aussi montrer que la philosophie pouvait avoir des effets réels.

De retour à Athènes, il continue son enseignement jusqu’à sa mort vers 347 av. J.-C.

 

Ses œuvres.

Il est assez difficile de classer chronologiquement les œuvres de Platon. Toutefois, on peut proposer un classement en gros en utilisant comme critère ce qu’on pense être l’enseignement de Socrate à partir de l’Apologie de Socrate de Platon lui-même. En effet, celui-ci y déclare ne rien savoir si ce n’est qu’il ne croit pas savoir ce qu’il ne sait pas. Dès lors, les dialogues aporétiques, c’est-à-dire qui ne donnent pas de solution au problème posé ont des chances d’être premiers.

À ce critère, il faut ajouter les indications que nous pouvons avoir et qui sont sûrs concernant la composition des dialogues lorsqu’il y a des indications aux événements qui donnent une date en deçà de laquelle le texte n’a pu être écrit.

Enfin, Platon a introduit progressivement la notion d’Idées ou de Formes qui sont étrangères à nombre de dialogues. Ce critère permet de regrouper les dialogues où il élabore sa doctrine.

D’où l’ordre suivant (les titres sont suivis du thème qui a été ajouté après la mort de Platon) :

Les dialogues socratiques : Apologie de Socrate, Criton sur le devoir, Premier Alcibiade sur la nature de l’homme, Hippias mineur sur le mensonge, Hippias majeur sur le beau, Euthyphron sur la piété, Lachès sur le courage, Charmide sur la sagesse, Lysis sur l’amitié, Ion sur l’Iliade, Protagoras sur les sophistes, Euthydème sur l’éristique, Ménexène sur l’oraison funèbre.

Les dialogues intermédiaires :

Gorgias sur le rhétorique, Ménon sur la vertu, Le Banquet sur l’amour.

Les dialogues comprenant explicitement la théorie des Idées ou des Formes qui appartient en propre à Platon et qui lui sert à résoudre des problèmes :

Cratyle sur la justesse des noms, Phédon sur l’âme, La République sur la justice, Phèdre sur la beauté.

Les dialogues de la maturité :

Théétète sur la science, Parménide sur les idées, Le politique sur la royauté, Le sophiste sur l’être, Timée sur la nature, Critias sur l’Atlantide (inachevé), Le Philèbe sur le plaisir,.

Le dernier ouvrage :

Les lois sur la législation.

Dialogues douteux ou considérés comme inauthentiques :

Second Alcibiade sur la prière, Épinomis.

Hipparque sur l’homme avide de gagner, Du Juste, De la Vertu, Démodocos sur la délibération, Sisyphe sur la délibération, Eryxias sur la richesse, Axiochos sur la mort, Les Rivaux sur l’amour du savoir, Théagès sur le savoir, Minos sur la loi, Clitophon, Définitions.

Treize Lettres nous ont été conservées. Peut-être sont-elles toutes inauthentiques. La Lettre VII donne des indications qui méritent le détour.

 

Par Bégnana - Publié dans : Auteurs
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Jeudi 17 novembre 2011 4 17 /11 /Nov /2011 15:38

On entend souvent dire qu’il faut respecter la justice pour éviter les conséquences négatives, c’est-à-dire les peines. Mais à ce compte, l’intention et la personne restent mauvaises.

On comprend que le chevalier de Méré (1607-1684) ait pu écrire dans son ouvrage posthume Maximes, sentences et réflexions morales et politiques (1687) :

« Ce n’est pas la crainte de la peine qui doit rendre l’homme bon, mais l’amour de la justice. » (20, p.9)

Le moraliste oppose la crainte de la peine à l’amour de la justice. La première implique qu’on agisse non pas pour la loi ou le devoir mais pour éviter le châtiment qui résulte de la transgression. Le second signifie qu’on vise la justice pour elle-même. Cette opposition a pour sens la question de ce qui rend l’homme bon.

Reste qu’une telle opposition repose sur deux postulats, à savoir que la justice est autre chose que la crainte de la sanction et que l’homme puisse aimer la justice elle-même. Aussi peut-on se demander si la seule bonté de l’homme ne provient pas au contraire de la crainte de la peine ou bien s’il faut les opposer.

On se demandera si la crainte n’est pas suffisante pour rendre l’homme bon, puis si elle ne s’oppose pas à l’amour de la justice et ainsi empêche de rendre l’homme bon, et enfin si elle ne doit pas lui être subordonnée pour rendre possible l’amour de la justice et ainsi rendre l’homme bon.

On s’appuiera sur certaines Pensées de Pascal et les Trois discours sur la condition des grands, sur les Choéphores et les Euménides d’Eschyle et sur Les Raisins de la colère de Steinbeck.

 

 

La justice, c’est le respect de l’ordre. L’ordre, c’est ce qui est institué. Pascal insiste sur l’impossibilité où sont les hommes de connaître la « vraie justice » (L 44). Il admet qu’elle peut être donnée par la foi, c’est-à-dire ce que Dieu donne librement à l’homme et lui fait éprouver sans son cœur (L 110). Mais même en ce sens, il est clair que la vraie justice est ce que Dieu institue sans compter que la foi n’est pas universelle. Le polythéisme ancien pouvait en ce sens opposer différents sens de la justice que des dieux différents portaient. Eschyle en témoigne qui met en scène dans les Euménides l’opposition des anciennes divinités, les Érinyes, pour qui le crime contre son sang est le plus grave, aux nouvelles divinités que représente Apollon, pour qui la personne tuée importe en premier lieu. Pour les premières Oreste mérite le châtiment suprême. Pour les secondes, s’il n’avait pas tué sa mère il eût été un criminel. Steinbeck nous montre au chapitre 17 l’institution des lois qui font l’ordre dans ces communautés éphémères qui se forment lors de la grande migration le long de la route 66. La crainte de la peine suffit-elle à penser que l’homme est bon ?

La crainte de la peine est suffisante. L’homme est bon au sens du comportement. Et par là il faut entendre que ce qu’il fait ne nuit pas aux autres. Ce sont les actes de Man qui montrent qu’elle est bonne. Ainsi, au chapitre 10, lorsqu’elle fait honte à son mari qui renâcle à accueillir le pasteur Jim Casy pour partir en Californie sous prétexte qu’ils ont peu à manger. Le dialogue que fait tenir l’auteur nous plonge non dans l’intériorité des personnages, mais dans ce qu’ils manifestent aux autres comme à eux-mêmes. De même Pascal marque que c’est la crainte qui est un des ressorts de l’obéissance des hommes. Le roi ou le sultan avec ses quarante mille janissaires (L 44) effraient et font obéir. Pascal use même souvent du terme de terreur qu’on peut comprendre comme le degré le plus grand de la crainte. Ce terme n’est pas de trop lorsqu’on sait que la pénalité d’ancien régime fonctionnait aux supplices où le bourreau pour le roi exerçait toute sa puissance sur le corps du supplicié bien souvent torturé en place publique et tué dans le même mouvement (cf. Michel Foucault [1926-1984], Surveiller et punir, 1975). C’est cette crainte de la peine, sûre lorsqu’un Dieu en est la source, qui est le motif déterminant de l’action d’Oreste dans les Choéphores. Certes, venger son père, retrouver sa place sont également des motifs, mais qui peuvent nous paraître subordonnés. Qu’on pense à son hésitation au moment où il est prêt à tuer Clytemnestre. Qu’on pense surtout à l’intervention de son ami Pylade. L’importance en est soulignée en ce qu’elle est la seule de toute la pièce des Choéphores de ce personnage. Mais l’homme ne peut-il pas être bon pour un tout autre motif ?

Intérieurement, il reste fondamentalement concupiscence comme le pense Pascal, c’est-à-dire qu’il est animé d’un désir tout entier tourné vers lui. Et si Pascal exige d’haïr le moi dans le fragment 597 des Pensées, c’est justement parce qu’il est le principe de la méchanceté humaine. Pascal interprète la concupiscence de façon augustinienne comme ayant une triple forme comme le montre le fragment 148. Elle est concupiscence de la gloire, des sens et de la connaissance. De même Eschyle nous montre des hommes et des dieux tous soucieux d’eux-mêmes bien avant de se soucier des autres. Pour qu’ils puissent aimer la justice, encore faut-il qu’ils craignent la peine. On peut interpréter cette partialité de façon non théologique. On voit bien dans Steinbeck comment certains fermiers comme le fils de Joe Davis, décrit au chapitre 5, où Willy Feeley, décrit au chapitre 6, se transforment en conducteurs de tracteurs qui détruisent les maisons de leurs anciennes connaissances par simple intérêt. L’espèce d’unité que fait l’homme avec la machine, ce devenir mécanique, exprime justement son absence de préoccupation de la justice autre que ce que la loi autorise.

Néanmoins, si la crainte de la peine était suffisante pour rendre l’homme bon, il n’y aurait jamais de révolte pour la justice. Dès lors, cette crainte de la peine n’est-elle pas indifférente à la justice ?

 

 

La crainte de la peine a pour fonction de rendre possible l’obéissance aux lois et surtout aux pouvoirs. Or, ceux-ci ne sont pas nécessairement justes. On pense principalement à la tyrannie. Même Pascal pour qui la véritable justice réside essentiellement dans l’ordre établi définit une tyrannie dans les Pensées comme le fait de confondre les ordres. Le devoir qu’on doit à la force qui est de la craindre n’est pas celui qu’on doit rendre à la science qui enveloppe un mérite (L 59). Aussi le tyran, s’il est en droit de se faire obéir, n’est pas en droit de se faire apprécier comme il l’exige. C’est dans les Trois discours sur la condition de grands qu’il précise son point de vue. Il y distingue les grandeurs naturelles des grandeurs d’établissement. Le respect dû à ses dernières est bien lié à la crainte mais non celui dû aux premières parmi lesquelles se trouve la science. Aussi la crainte de la peine ne conduit-elle à aucun véritable remords lorsqu’il y a eu faute. Tom Joad prétend, au chapitre IV, qu’il referait la même chose s’il avait de nouveau à tuer un homme à coup de pelles pour lui avoir donné un coup de couteau comme Herb Turnbull. La prison de McAlester n’a donc eu aucun effet sur lui. La crainte qu’éprouve Clytemnestre lorsque les dieux lui envoient son songe selon le récit du chœur dans les Choéphores n’est rien d’autre qu’une sorte de pressentiment de son destin selon une analyse démarquée de Jacqueline de Romilly (1913-2010) dans La crainte et l’angoisse dans le théâtre d’Eschyle (1958). La crainte a une fonction prophétique, mais elle n’a aucun sens du point de vue de la justice du côté de la maîtresse d’Egisthe. Mais la crainte de la peine s’oppose à l’amour de la justice.

Casy, leader syndical ou Tom Joad résistent à la crainte de la peine, instrument de l’injustice. Cette résistance montre qu’il est nécessaire de penser la justice autrement que par l’établissement de la loi. Pascal fait remarquer qu’il ne faut pas que le peuple n’est pas capable de comprendre qu’il faut obéir aux lois parce qu’elles sont lois et non parce qu’elles sont justes car il les respecte parce qu’il les croit justes (L 525). Il faut donc en conclure que le peuple est près à se révolter et à mettre de côté la crainte de la peine s’il pense que le pouvoir est injuste. S’il craint Apollon Oreste, comme sa sœur, éprouve le besoin de justice. C’est le sens du respect qu’il éprouve pour Apollon dont il suit les indications pour laver en lui la souillure du meurtre de sa mère comme les Euménides nous l’apprennent. Aussi ni l’un ni l’autre ne craigne Clytemnestre et Egisthe qui, selon les Choéphores, sont des tyrans. C’est ainsi que les désigne Oreste au chœur dans le dernier épisode. En quoi les hommes sont-ils donc bons ?

C’est que si les hommes sont bons, ce n’est pas par crainte des peines encourus mais par amour de la justice. Dès lors, la révolte montre qu’il faut distinguer le calme apparent de ceux qui attendent leur heure avec la véritable bonté qui est amour de la justice, c’est-à-dire respect de l’ordre politique en tant qu’il implique le respect de tous et de chacun. On le voit chez Steinbeck où les migrants dans les misérables camps se respectent les uns les autres selon le récit du chapitre intercalaire 17. Ainsi lorsque l’adjoint du shérif dans le chapitre 20 est près à emmener Floyd qu’il accuse de menées subversives, l’échauffourée qui s’ensuit montre que l’amour de la justice est supérieur et différent de la crainte de la peine. Jim Casy en vient même à remplacer Tom Joad comme pour rendre à la famille ce qu’il lui doit. Eschyle pressent l’injustice du sort des captives qui forment le chœur des Choéphores en énonçant leur plainte lui qui a peut-être vu d’anciens esclaves devenir citoyens lors de la grande réforme de Clisthène en 508/507. Quant à Pascal, puisqu’il admet qu’il y a une véritable justice, sa position qui consiste à préférer l’ordre à la révolte contre l’injustice paraît contradictoire.

Néanmoins, opposer simplement la crainte de la peine à l’amour de la justice, c’est présupposer que cette dernière anime nécessairement le comportement des hommes. Si tel était le cas, c’est l’injustice qui serait impossible. Ne faut-il pas mettre la crainte de la peine au service de l’amour de la justice plutôt que de lui être opposée ?

 

 

La crainte de la peine marque la présence de la justice et de son effectuation rendant ainsi possible l’amour de la justice. Elle est présente dans le camp de Weedpatch qui peut passer pour une sorte de havre de paix ou d’espoir édénique dans la migration des Joad. Si le camp gouvernemental est gouverné par ses membres, il n’en reste pas moins vrai qu’ils y assurent nécessairement l’ordre. C’est le cas bien sûr lorsqu’ils surveillent les provocateurs extérieurs et les éconduisent au chapitre 24. Les Érinyes insistent sur la nécessité de la crainte pour rendre possible le respect de la justice dans le deuxième stasimon des Euménides. Pascal remarque dans le troisième Discours sur la condition des grands que l’ordre de la justice n’est pas celui de la charité. Il repose sur la concupiscence. Il est possible de l’aimer à la condition de le comprendre. Dès lors, il est nécessaire de se faire craindre. L’usage de la force paraît légitime sans quoi la justice ne pourrait être. Qu’entendre alors par la bonté de l’homme ?

L’homme est bon non pas simplement lorsqu’il fait le bien. La charité, même si on lui trouve un principe transcendant supérieur à tout, n’est pas suffisante : il faut aussi respecter le tiers. Peut-être que Dieu peut se donner à toutes ses créatures en même temps. Et c’est pour cela que la charité paraît supérieure pour un esprit profondément religieux comme Pascal supérieur à tout. Mais pour les hommes, cela n’est pas possible. Aussi y a-t-il des conflits nécessaires où les partis en présence ont raison. L’affrontement des dieux dans le procès des Euménides est de cette nature. Aussi faut-il que le conflit soit tranché mais les Erinyes transformées en Euménides, c’est-à-dire en bienveillantes. Et c’est de l’affrontement de ces raisons que résulte la justice qu’il faut respecter. Ce conflit entre la propriété et l’exigence d’égalité est celui qu’expose Steinbeck, sans qu’il soit résolu. C’est pour cela que la crainte de la peine rappelle qu’il y a un tiers et ainsi limite la charité.

La transgression des mauvaises lois rend possible ainsi une épreuve de l’amour de la justice. Elle montre en l’homme un sentiment pour la justice qu’on peut appeler le sens de la dignité. C’est lui qui explique si ce n’est toute colère, au moins cette colère qui naît d’un traitement contraire à la dignité. C’est cette colère qui a pour source la faim que le narrateur anonyme énonce dans le chapitre 21, colère que méconnaissent les propriétaires californiens, source de leur bon droit. C’est elle qui anime Tom Joad jusqu’à ce qu’il la convertisse en une recherche de justice dans le combat syndical après qu’il a tué le meurtrier de Casy et s’est caché comme le montre son dialogue avec sa mère au chapitre 29.

 

En un mot, le problème était de savoir si la crainte de la peine est ou non suffisante pour rendre l’homme bon ou si c’est plutôt l’amour de la justice. Il est apparu que la crainte de la peine permettait à l’homme de se comporter conformément aux lois mais que cela ne suffisait pas pour le rendre bon. Aussi c’est plutôt l’amour de la justice qui peut le rendre bon. Mais cet amour n’est qu’un des aspects. C’est le respect de la justice qui finalement importe et le respect n’est rien d’autre que les sentiments mêlés de l’amour et de la crainte, l’amour devant dominer la crainte.

Est-il possible d’être sûr qu’un homme respecte vraiment la justice ?

Par Bégnana - Publié dans : Sujets - Communauté : Les petits curieux
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Samedi 29 octobre 2011 6 29 /10 /Oct /2011 18:04

John Ernest Steinbeck III est né le 27 février 1902 à Salinas, en Californie, dans une famille d’origine allemande du côté paternel. Son père, John Ernest Steinbeck II était gérant d’une minoterie. Sa mère, Olive Hamilton était institutrice. Il est le troisième des enfants. Il a eu trois sœurs. Sa mère encourage ses enfants à lire.

En 1915, il entre à la Salinas High School.

En 1919, il est diplômé de la Salinas High School.

En 1920, il est étudiant à l’université de Stanford. Il suit des cours de versification anglaise, de biologie marine, et aussi de « creative writing » où il apprend son futur métier. Pendant ses études, il fait divers métiers.

En 1924, il publie ses premiers textes satiriques dans The Stanford Spectator.

En juin 1925, il quitte Stanford sans diplôme. Il est d’abord gardien de bungalow au lac Tahoe (qui se situe à la frontière de la Californie et du Nevada). Puis, il part en cargo pour New York. Il y est manœuvre sur le chantier de construction du Madison Square Garden. Il abandonne ce travail après qu’un ouvrier est tombé d’un échafaudage. Puis, grâce à un oncle maternel, Joe Hamilton, il devient reporter au magazine American de New York.

En 1926, il retourne en Californie par la mer. Il devient régisseur au lac Tahoe. Il écrit.

En 1928, il quitte le lac Tahoe.

En 1929, il publie La Coupe d’or (Cup of Gold). En juin il rencontre Carol Henning (1902-1983). Le 24 octobre, la Bourse de New York s’effondre : c’est le « jeudi noir ». C’est le début de la grande crise qui va secouer le monde.

Le 14 janvier 1930 il se marie avec Carol Henning. En octobre, il rencontre à Pacific Grove, une petite ville côtière californienne, le biologiste Edward F. Ricketts (1897-1948), spécialiste des fonds marins.

En 1931 paraît l’ouvrage de l’anthropologue Robert Briffault, The Mothers : The Matriarchal Theory of Social Origins dans lequel il soutient la thèse selon laquelle le matriarcat originel est fondateur des sociétés modernes.

En octobre 1932, il publie son premier recueil de nouvelles, Les Pâturages du Ciel (The Pastures of Heaven).

En septembre 1933, il publie Au Dieu Inconnu (To a God Unknown). À partir de novembre, la région allant du Texas au Dakota du Sud en passant par l’Oklahoma est envahie par des tempêtes de poussière provoquant une grande sécheresse. On appelle la sécheresse et la région le Dust Bowl (cf. Marc Amfreville, direction, Dix études sur Les Raisins de la colère, Michel Houdiard Éditeur, 2007, p.7). Suite à la crise de 1929, la politique des banques est axée sur la recherche du profit à tout pris. Elle les conduit à exproprier les petits paysans endettés pour regrouper les terres et les exploiter plus industriellement. D’où une migration interne massive. Elle se tourne vers la Californie où les propriétaires de vergers ont fait la publicité des emplois qu’ils offrent. L’excès de main d’œuvre crée un prolétariat victime d’un racisme. Les Californiens méprisent les “immigrés” okies, des américains blancs, comme ils ont méprisé les immigrés chinois et les immigrés japonais avant eux.

En 1934, il enquête sur les organisations syndicales, notamment dans l’agriculture.

Le 28 mai 1935 Steinbeck publie Tortilla Fiat. C’est un succès commercial. Il est reconnu comme écrivain. Il voyage au Mexique où il rencontre le peintre Diego Rivera (1886-1957).

En octobre 1936, il publie En un combat douteux (In Dubious Battle), titre démarqué du Paradis perdu (1667, 1674) de John Milton (1608-1674). Le roman raconte la genèse d’une grève de travailleurs agricoles organisée par deux militants communistes dont l’un, Mac, est particulièrement cynique. La mort de l’autre, Jim, stoppe le mouvement. Mais les travailleurs ont pris conscience de la force de leur union. Le San Francisco News lui commande des articles sur les ouvriers agricoles migrants. Il rencontre les représentants fédéraux de la Resettlement Administration (RA), organisme créé en 1935 dans le cadre de la politique dite du New Deal du président démocrate (1933-1945), Franklin Delano Roosevelt (1882-1945). Le RA était chargé d’organisé l’accueil des migrants dans des camps. Steinbeck visite la vallée de San Joaquin (Californie) en compagnie d’Eric H. Thomsen, un ancien prêtre, directeur régional du programme fédéral chargé des camps de migrants. Ils sont environ 150 000 selon Steinbeck. Il visite aussi les « Hoovervilles », ces camps de fortune ainsi nommés en référence à Herbert Clark Hoover (1874-1964), le président des États-Unis (1929-1933) de la crise de 1929 qui passe pour avoir mené une politique libérale de « laisser-faire ». Au camp sanitaire d’Arvin (modèle possible du « Weedpatch » du roman Les Raisins de la Colère) dans le comté de Kern, il rencontre le directeur du camp, Tom Collins. Le roman lui est secondairement dédicacé. Les conversations qu’il a avec lui et la lecture de ses notes lui permettent de rassembler une information qui sera incorporée dans Les raisins de la colère. Les articles sont publiés en sept livraisons entre le 5 et le 12 octobre [ils sont publiés désormais sous le titre The Harvest Gypsies (« Les bohémiens des récoltes »)]. On peut lire notamment cette description des migrants :

« Ils ont traversé le pays et ont souvent vu mourir leurs enfants en chemin. Leur voiture est tombée en panne et ils l’ont réparée avec l’ingénuité du paysan. Il leur est souvent arrivé de rafistoler leurs pneus usés. Ils ont enduré ça et ils en endureront davantage car ils ont du courage (their blood is strong).

Ce sont les descendants d’hommes qui, après avoir fait la traversée jusqu’au Middle West, avaient conquis leur terre à coups de fusil, avaient cultivé la prairie pour y demeurer jusqu’à ce qu’elle soit reprise par le désert. Du fait de leur tradition et de leur éducation, ce ne sont pas des migrants par nature. Ils sont devenus bohémiens par la force des circonstances. » cité par Marie-Christine Lemardeley-Cunci commente Les raison de la colère de John Steinbeck, Gallimard, 1998, p. 16.

En février 1937 il publie Des souris et des hommes (Of Mice and Men). Le titre est démarqué d’un poème de Robert Burns (1759-1796). Le roman relate la vie de deux ouvriers agricoles. Il va à New York et en Pennsylvanie pour travailler à l’adaptation théâtrale Des souris et des hommes. Il publie en septembre un cycle de nouvelles intitulé Le poney rouge. Le 23 novembre, la pièce, Des souris et des hommes, est jouée par le Music Box Theater à New York dans une mise en scène de George Kaufman (1889-1961). Elle remporte le prix du Cercle de la critique pour la saison. Il y aura 207 représentations. Le livre est distribué par le Book of the Month Club. Il lui assure un certain confort matériel. Il voyage pour la première fois en Europe. Il se rend au successivement au Danemark, en Suède, en Finlande puis en U.R.S.S. À Washington, il rencontre les responsables de la Farm Security Administration (c’est-à-dire le Secrétariat aux questions agraires qui prit la suite du RA). Il voyage en Californie pour mieux connaître le milieu des travailleurs migrants provenant de l’Oklahoma. Il confie à un journaliste du New York Times qu’il a travaillé comme travailleur saisonnier (cf. Marie-Christine Lemardeley-Cunci commente Des souris et des hommes, Gallimard, Folio, 1992, p. 17). Tom Collins le rejoint.

En février puis en mars 1938, il voyage dans la vallée de San Joaquin. Il rejoint Tom Collins pour étudier les conditions de vie des migrants suite à d’importantes inondations à Visalia. Le 15 avril, il publie un article dans le Monterey trader intitulé « Famine sous les orangers » (Starvation under the Orange Trees). Il y dénonce la condition des travailleurs agricoles. L’article se termine ainsi :

« Faut-il que la faim se mue en colère et que la colère dégénère en rage pour que quelque chose enfin soit fait ? (Must hunger become anger and the anger fury before anything will be done ?» cite par Marie-Christine Lemardeley-Cunci, 1998, p.91.

On voit l’association que permet l’anglais entre la faim (hunger) et la colère (anger) que développera bientôt le grand roman de Steinbeck. En avril, l’association Simon J. Lubin publie une nouvelle version de The Harvest Gypsies sous le titre Their Blood is strong (« Ils ont du courage ») pour réunir des fonds et venir en aide aux travailleurs migrants. En mai, il abandonne un roman satirique « L’affaire Lettuceberg » (en français dans le texte) inspiré par une grève des maraîchers et leurs démêlés avec les vigiles en septembre 1936. Il motive ce refus auprès de son éditeur en expliquant qu’il veut promouvoir la compréhension entre les hommes plutôt que la haine. Il reçoit un prix du cercle théâtral de New York pour la pièce, Des souris et des hommes. À partir de la fin du mois, il commence la période de travail de cent jours qui deviendra Les Raisins de la colère (The Grapes or Wrath). Il travaille en écoutant de la musique, notamment Le Lac des cygnes (1877) de Tchaïkovski (1840-1893), La Symphonie des Psaumes (1930) de Stravinsky (1882-1971) et des sonates et symphonies de Beethoven (1770-1827). Il tient un journal. Il y précise notamment l’influence de la musique sur la composition du roman. En septembre, il publie un recueil de nouvelles, La Grande Vallée (The Long Valley) qui inclut Le poney rouge. Dans le même temps, il trouve le titre de son roman. Il provient d’un chant antiesclavagiste datant da la guerre de Sécession, The Battle Hymn of the Republic, composé par Julia Ward Howe (1819-1910). Selon lui, c’est sa femme Carol qui en a eu l’idée. Elle a droit à la première partie de la dédicace. Quant à Tom Collins le directeur du camp sanitaire de Arvin (« Weedpatch ») dans le comté de Kern, le roman lui est secondairement dédicacé. Le manuscrit du roman est prêt à la fin du mois de novembre. Steinbeck est épuisé.

En 1939, son agent, Elizabeth Otis (1901-1981) obtient de Steinbeck qu’il édulcore la langue du roman et lui impose des modifications. L’éditeur, Pascal Covici, lui demande de changer la fin du roman lorsque Rose de Saron après avoir perdu son enfant allaite un vieil homme affamé. Il s’y refuse (cf. Marie-Christine Lemardeley, 2000, p. 48-49 ; Marc Amfreville, 2007, p.9). L’éditeur s’inquiète également des allusions claires aux Associations de Fermiers californiens et à la Banque de l’Ouest. Il a raison. Steinbeck reçoit des menaces de mort de la part des riches fermiers californiens (cf. Marie-Christine Lemardeley-Cunci, 1998, p. 79). En mars, il apprend qu’il est surveillé par le F.B.I. Il est inquiet à cause de violence possible en provenance de l’organisation des Associated Farmers. Le 14 mars, il publie Les Raisin de la colère chez Viking. Le roman est un best-seller. Il se vend d’abord au rythme de 250 000 exemplaires par jour. À partir de mai, il s’en vend 10 000 par semaine. L’opposition que le roman soulève est telle que son livre est brûlé par des bibliothécaires du Midwest. On accuse Steinbeck d’être un rouge, un communiste, un athée, un pervers sexuel, etc. Le 28 juin, Steinbeck reçoit un soutien de poids. Eléonore Roosevelt, la femme du président, écrit tout le bien qu’elle pense du roman et voit dans le personnage de Man Joad, la mère de famille, l’incarnation de l’amour absolu au sens chrétien. Les droits d’adaptation pour le cinéma sont vendus pour 75 000 dollars. En décembre, il voit en avant-première l’adaptation de John Ford sur un scénario de Nunnally Johnson (1887-1977) avec Henry Fonda (1905-1982) dans le rôle de Tom Joad. Il est satisfait. En décembre le film Des Souris et des hommes de Lewis Milestone (1895-1980) est réalisé.

En février 1940, Les Raisins de la colère est élu livre de l’année par The American Booksellers Association. Il fait toujours partie des dix meilleures ventes. Puis, il obtient le prix Pulitzer. Le roman est encore dans les dix meilleures ventes. Steinbeck offre le montant du prix, 1000 dollars, à son ami Richard Lovejoy (1908-1956) pour qu’il puisse devenir écrivain. Le 11 mars, il part en bateau avec Ed Ricketts recueillir des échantillons d’invertébrés marins. Le voyage dure jusqu’au 20 avril. Au printemps il reçoit le prix Pulitzer ainsi que le prix national du livre pour Les Raisins de la colère. Le projet de traduction française du roman est interrompu par la guerre. Une traduction belge sous le titre Les raisins de la colère paraîtra avec la bénédiction des autorités allemandes qui voulaient ainsi que soit montrée une mauvaise image des États-Unis. Le chanteur folk Woody Guthrie (1912-1967) qui fut un Okie, engagé contre les compagnies fruitières, chante Tom Joad, le héros des Raisins de la colère, dans ses Dust Bowl Ballads. En été, Steinbeck participe au tournage d’un documentaire intitulé Le village oublié (The forgotten village) sur la vie à la campagne au Mexique.

Au printemps 1941, il se sépare de sa femme, Carol Henning. Le 5 décembre, il publie Sea of Cortez (Dans la mer de Cortez) écrit en collaboration avec Edward Ricketts. Il y énonce sa philosophie, une « pensée non téléologique ». Il écrit notamment :

« La pensée non téléologie s’intéresse essentiellement non à ce qui devrait être ou pourrait être, ou encore à ce qui est susceptible d’arriver, mais plutôt à ce qui est effectivement. » cité par Marie-Christine Lemardeley-Cunci, Des souris et des hommes, Gallimard, Folio, 1992, p. 59 ; Marie-Christine Lemardeley, John Steinbeck, Belin, 2000, p. 24.

La dite pensée n’interdit pas, mais plutôt appelle une sorte de vision panthéiste de la vie.

« Dans la petite baie de San Carlos, où vivent de nombreux bancs d’animaux marins appartenant à de multiples espèces, le sentiment s’imposait à nous d’une unité plus vaste, faite de la relation de ses espèces et de leur dépendance en matière de nourriture, même si elles doivent pour cela s’entredévorer… Et peut-être cette unité vivante s’enclave-t-elle dans l’être multiple formé de la vie de tout l’océan, et, de là dans l’être plus vaste qu’est l’univers. » cité par Marie-Christine Lemardeley-Cunci, commente Les Raisins de la colère, Gallimard, Folio, 1998, p.165.

Les films, Des souris et des hommes de Lewis Milestone et Les Raisins de la colère de John Ford, sortent au cinéma.

En mars 1942, il divorce de Carol Henning. Il publie le 8 mars The Moon in Down (Lune noire), titre démarqué d’un passage de la scène 1 de l’acte II du Macbeth (1606) de Shakespeare (1564-1616). Ce roman antinazi est traduit en français et vendu clandestinement par les éditions de Minuit. En mai, le film Tortilla Flat est réalisé. Il publie le 27 novembre une brochure commandée par l’armée de l’air américaine, Lâchez les bombes (Bombs away).

En mars 1943, le film The Moon is Down (Lune noire) est réalisé. Le 29 mars il épouse la chanteuse Gwyndolen Conger (1918-1975) à la Nouvelle Orléans. Il réside à New York. De juin à Octobre, il parcourt l’Afrique du Nord et l’Europe en tant que correspondant de guerre du New York Harald Tribune. The Portable Steinbeck est publié. Le jugement définitif de son divorce avec Carol Henning est prononcé.

Le 2 août 1944 naît son premier fils, Thomas.

Le 2 janvier 1945, il publie Rue de la Sardine (Cannery Row). Il écrit le script du film Lifeboat d’Alfred Hitchcock (1899-1980).

Le 12 juin 1946 naît son second fils John Ernest IV (1946-1991). La Grande Vallée paraît aux éditions Gallimard traduit par Marcel Duhamel (1900-1977) et l’ancien surréaliste Max Morise (1900-1973).

En février 1947, il publie les Naufragés de l’autocar (The Wayward Bus). D’août à septembre, il voyage en U.R.S.S. avec le photographe Robert Capa (1913-1954) pour un reportage commandé par le New York Herald Tribune. Au retour, il publie en novembre La perle (The Pearl). Les raisins de la colère paraissent aux éditions Gallimard dans la traduction de Maurice-Edgard Coindreau (1892-1990) et Marcel Duhamel. Le premier avait choisi pour titre Le ciel en sa fureur d’après Les Animaux malades de la peste de La Fontaine (1621-1695) du second recueil des Fables, VII, 1 (1678).

En avril 1948, il publie son Journal russe, compte-rendu de son voyage de l’année précédente. Son ami Edward Ricketts meurt en mai, broyé dans sa voiture par un train à un passage à niveau. Il divorce en août d’avec Gwyndolen Conger. En décembre, il est élu à l’Académie américaine des arts et des lettres. Les pâturages du ciel, traduit par Louis Guilloux, paraissent chez Gallimard.

En 1949 sort le film Le poney rouge de Lewis Milestone. La traduction française Des souris et des hommes de Maurice-Edgard Coindreau paraît aux éditions Gallimard.

En octobre 1950 il publie Burning Bright (La flamme) qui fait référence à un poème de William Blake (1757-1827) « The Tyger » (1794). Le 18 octobre Burning Bright est représenté à New York. Le 28 décembre il épouse sa troisième et dernière femme, Elaine Anderson Scott (1914-2003).

En 1951 il publie le Journal de la Mer de Cortez (The Log from the Sea of Cortez) avec un essai inédit « About Ed Ricketts » (Sur Edward Ricketts).

En mars 1952 sort le film d’Elia Kazan, Viva Zapata, avec Marlon Brando (1924-2004) dans le rôle du révolutionnaire mexicain. Steinbeck en a écrit le scénario. En septembre, il publie À l’est d’Éden. Le titre est démarqué de la Bible (Genèse 4, 16 : « Puis, Caïn s’éloigna de la face de l’Éternel et habita dans la terre de Nod, à l’est d’Éden »).

En 1953, le scénario de Viva Zapata est publié en Italie puis aux États-Unis.

En juin 1954 il publie Sweet Thursday (Tendre jeudi) une suite de La rue de la Sardine. Il rédige pour le Figaro Littéraire une série de textes sur la IV° République.

En 1955 sort le film d’Elia Kazan avec James Dean (1931-1955) dans le rôle principal, À l’est d’Éden. En novembre a lieu la première d’une comédie musicale, Pipe Dream, de Richard Rodgers (1902-1979) et Oscar Hammerstein II (1895-1960) basée sur Tendre Jeudi.

En avril 1957 il publie le Règne éphémère de Pépin IV (A Short Reign of Pippin IV. A fabrication), un roman « français » provenant de ses articles pour le Figaro Littéraire. On y lit une réflexion sur la démocratie et le pouvoir, sur la France mais aussi sur les États-Unis.

En septembre 1958 il publie Once There Was a War (Il était une fois une guerre), recueil de ses bulletins et articles de guerre.

De février à octobre 1959 il demeure en Angleterre où il étudie La morte d’Arthur (1469, La mort d’Arthur) de Thomas Malory (1405-1471).

De septembre à novembre 1960, il parcourt les États-Unis à bord d’une voiture baptisée Rossinante – comme le cheval de Don Quichotte, le célèbre personnage de Cervantès (1547-1616) – et avec son chien Charley.

En avril 1961 il publie L’hiver de notre mécontentement (The Winter of Our Discontent) récemment traduit sous le titre Une saison amère. Le titre reprend les premiers mots que prononce Richard III dans la pièce (~1592) de Shakespeare (1564-1616).

En juillet 1962 il publie Travels with Charley (Voyages avec Charley) qui relate son voyage de 1960 à travers les États-Unis. Il dénonce le racisme ordinaire qui s’oppose à l’intégration des Noirs américains, comme l’antisémitisme qu’il subit parce que sa voiture est immatriculée à New York (ville juive dans l’imaginaire antisémite américain). Le 25 octobre, il est désigné comme lauréat du prix Nobel de littérature

« pour ses écrits à la fois réalistes et inventifs, remarquables pour leur humour plein de compassion et leur perspicacité sociale. » cité par Marie-Christine Lemardeley, 2000, p. 28.

Une partie de la critique a dénoncé cette attribution, jugeant qu’il avait décliné depuis Les raisins de la colère (cf. Marie-Christine Lemardeley, 2000, p.11-12).

D’octobre à décembre 1963, il voyage à travers la Scandinavie. Puis, il participe à un programme d’échange culturel derrière le Rideau de fer avec le dramaturge Edward Albee (né en 1928). Le 22 novembre, John F. Kennedy (1917-1963), président des États-Unis (1961-1963) est assassiné. Lyndon Johnson (1908-1973) devient président des États-Unis (1963-1969). Steinbeck soutiendra sa politique au Vietnam, ce qui lui vaudra d’être accusé par la gauche d’être un renégat.

En 1964 il reçoit la médaille présidentielle de la liberté.

En 1966 il publie L’Amérique et les Américains. En décembre, il est au Viêt-Nam où il rend visite à son second fils, John Ernest IV.

En janvier 1967, il revient du Viêt-Nam.

Le 20 décembre 1968, John Steinbeck meurt à New York.

 

En 1969 est publié Journal d’un roman : À l’est d’Éden.

En 1971 est réédité The Portable Steinbeck.

En 1975 sa correspondance est publiée sous le titre, Steinbeck : A life in Letters. Le scénario de Viva Zapata est publié aux États-Unis.

En 1976, La geste du roi Arthur et de ses preux chevaliers (The Acts of King Arthur and His Noble Knights), version de La morte d’Arthur imaginée par Steinbeck est publiée à New York.

En 1988 ses articles de 1936 sont publiés sous le titre The Harvest Gypsies et sous-titré On the road to The Grapes of Wratch avec des photographies de Dorothea Lange.

En 1989, Working Days, le journal de son travail durant la rédaction des Raisins de la colère est publié.

En 1992 sort une nouvelle adaptation au cinéma Des souris et des hommes de Gary Sinise (né en 1955) avec John Malkovich (né en 1953).

En 1995 Bruce Springsteen (né en 1949) sort un recueil de ballades intitulé The Ghost of Tom Joad qui donne son titre à un des morceaux. C’est l’Amérique de la crise industrielle et du chômage que chante le boss.

Par Bégnana - Publié dans : Auteurs - Communauté : Les petits curieux
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Mercredi 26 octobre 2011 3 26 /10 /Oct /2011 08:13

En 462/1, Éphialtès, soutenu par Périclès, et en l’absence de Cimon, réduit les pouvoirs de l’Aréopage. Il est dessaisi de certaines fonctions : veiller sur les lois et sur l’État au profit de la Boulê, juger les crimes autres que de sang au profit de l’Héliée notamment. C’est la fondation de la démocratie à proprement parler (cf. Meier 2004, p. 36). Désormais, le peuple exerce bien la plénitude du pouvoir. Le destin d’Athènes dépendra maintenant de ses seules décisions.

En 461, de retour à Athènes, Cimon tente de revenir sur les mesures prises par Éphialtès pour diminuer le pouvoir de l’Aréopage. Non seulement il échoue, mais il est ostracisé. Éphialtès est assassiné par un métèque pour le compte des oligarques (Canfora 1994, p. 193). Athènes s’allie à Argos contre Sparte (cf. Meier 2004, p. 127).

En 458, Eschyle gagne le concours avec l’Orestie (Agamemnon, Les Choéphores, Les Euménides). Dans la troisième pièce, les Érinyes étaient tellement effrayantes qu’il y aurait eu des évanouissements dans le public (cf. De Romilly 2006, p. 71-72). La tradition antique relève même des enfants qui moururent et des fœtus qui avortèrent (cf. Palomar Perez 1988, p. 84). C’est la seule trilogie du théâtre antique qui nous a été conservée entière (cf. De Romilly 2006, p. 9). Eschyle se rend de nouveau en Sicile. Périclès fait construire les longs murs qui relient Athènes à son port, le Pirée, et qui longtemps protègeront la cité contre les attaques terrestres.

À la fin de sa vie il a dû faire jouer sa trilogie sur Prométhée dont il nous reste le premier, le Prométhée enchaîné. Malgré de nombreuses remises en cause, il n’y a pas d’arguments décisifs pour rejeter le témoignage de l’Antiquité qui en fait l’auteur (cf. Meier 2004, p. 174-175 ; contra Canfora 1994, p. 208-209).

En 457 les hoplites athéniens sont défaits par les Spartiates à la bataille de Tanagra. Par contre, ils sont vainqueurs de Thèbes et des Béotiens alliés de Sparte à la bataille de d’Œnophyta. L’archontat est ouvert aux zeugites (Mossé 1971, p. 46 ; Lévy 1995, p. 210).

En 456 ou 455, Eschyle meurt à Géla en Sicile. Une légende veut qu’il fut tué par un aigle qui prit son crane pour un rocher et y laissa tomber une tortue pour la briser. Elle est rapportée par le moraliste latin du début de notre ère Valère Maxime dans ses Faits et paroles mémorables (IX, 12) Pline l’ancien (23-79) dans son Histoire naturelle rapporte la même anecdote (X, 3, 2) avec une variante selon laquelle un oracle ayant prédit à Eschyle qu’il mourrait sous la chute d’une maison, il s’en était vainement prémuni en se mettant à l’air libre. La Fontaine (1621-1695) reprendra l’anecdote dans sa fable L’horoscope (Fables, VIII, 12). Sur sa tombe étaient gravés ces mots :

« Ce mémorial renferme Eschyle fils d’Euphorion, Athénien, mort dans Géla riche en froment. Le Mède à longue chevelure et la baie célèbre de Marathon savent ce que furent sa valeur. » Texte cité par Vidal-Naquet, 1986, p. 98.

 

En 405 av. J.-C. le poète comique Aristophane (~450-~385 av. J.-C.) montre dans sa pièce Les Grenouilles, le Dieu Dionysos, descendant aux Enfers pour aller chercher le meilleur des poètes tragiques. Il oppose Eschyle à Euripide. Il donne la victoire à Eschyle et accable Euripide (cf. Vidal-Naquet 1986, p. 91).

Œuvres.

On estime entre 75 et 90 le nombre de pièces qu’Eschyle a écrites. Il fut 13 fois victorieux au concours de tragédies de son vivant. Il fut également victorieux après sa mort.

Pour chaque concours, l’auteur de tragédie devait proposer quatre pièces. Trois tragédies formant une trilogie et un drame satyrique appartenant au même groupe d’histoires (cf. De Romilly 2006, p. 9). Eschyle était réputé pour ses drames satyriques si on en croit le témoignage de Ménédème (IV-III° siècle av. J.-C.) cité par Diogène Laërce dont il ne nous reste que des fragments, notamment 68 vers des Diktuoulkoi («Les Pêcheurs au filet», publié en 1935 puis en 1941 (cf. Canfora 1994, p. 156-157).

Il nous reste sept tragédies complètes d’Eschyle, à savoir Les Perses ; Les Suppliantes ; Les Sept contre Thèbes ; Agamemnon, Les Choéphores, Les Euménides qui composent L’Orestie et le Prométhée enchaîné qui est, à tort, d’attribution discutée. Il aurait été la première pièce d’une trilogie dont les deux pièces suivantes s’intituleraient Prométhée délivré et Prométhée porte-feu.

Des pièces dont il nous reste des fragments, on peut citer une trilogie sur Ajax, Le jugement des armes, Les femmes de Thrace, Les femmes de Salamine ; la «Lycurgie» : Les Edônes, Les Bassarai (« Bacchantes de Thrace »), Les jeunes hommes avec un drame satyrique, Lycurgue. Des papyrus ont livré des fragments de tragédies, Niobé, Les Myrmidons, première pièce de la Trilogie d’Achille et les Diktuoulkoi, drame satyrique de la Trilogie de Persée (cf. Canfora 1994, p. 209).

 

Bibliographie.

Éditions d’Eschyle.

Eschyle, Les Suppliantes – Les Perses – Les Sept contre Thèbes – Prométhée enchaîné, …, texte établi et traduit par Paul Mazon, Les Belles Lettres, 1925.

Eschyle, Agamemnon – Les Choéphores – Les Euménides, texte établi et traduit par Paul Mazon, Les belles lettres, 1925.

Eschyle, Théâtre, traduction Émile Chambry, GF-Flammarion, 1964.

Eschyle, Tragédies, traduction Paul Mazon, préface de Pierre Vidal-Naquet, Gallimard, Folio, 1973.

Eschyle, L’Orestie, traduction et présentation de Daniel Loayza, GF-Flammarion, 2001.

Ouvrages divers.

Dictionnaire de l’Antiquité de l’université d’Oxford, Robert Laffont, Bouquins, 1993.

Encyclopédie Universalis.

Cabanes (Pierre), Introduction à l’histoire de l’Antiquité, Armand Colin, 2008.

Canfora (Luciano), Histoire de la littérature grecque d’Homère à Aristote (1986, 1989), traduit de l’italien par Denise Fougous, Éd. Dejonquières, 1994.

De Romilly (Jacqueline), Précis de littérature grecque, P.U.F., 1980.

De Romilly (Jacqueline), raconte l’Orestie d’Eschyle, Bayard, 2006.

De Romilly (Jacqueline), La crainte et l’angoisse dans le théâtre d’Eschyle, Les Belles Lettres, 2ème édition, 1971.

Lévy (Edmond), La Grèce au v° siècle de Clisthène à Socrate, Seuil, Points Histoire, 1995.

Loraux Nicole, La voix endeuillée. Essai sur la tragédie grecque, Gallimard, 1999.

Meier (Christian), De la tragédie grecque comme art politique (1988), traduit de l’allemand par Marielle Carlier, Les Belles Lettres, 2004.

Mossé (Claude), Histoire d’une démocratie : Athènes. Des origines à la conquête macédonienne, Seuil, Points Histoire, 1971.

Palomar Perez (Natalia), « La figure du poète tragique dans la Grèce ancienne », traduit de l’espagnol par Dominique Blanc, chapitre II de l’ouvrage collectif Figures de l’intellectuel en Grèce ancienne, sous la direction de Nicole Loraux et Carles Miralles, Belin, 1988.

Poursat (Jean-Claude), La Grèce préclassique des origines à la fin du VI° siècle, Seuil, Points Histoire, 1995.

Saïd (Suzanne), Trédé (Monique) et Le Boulluec (Alain), Histoire de la littérature grecque, P.U.F., 1997.

Trédé-Boulmer (Monique) et Saïd (Suzanne), La littérature grecque d’Homère à Aristote, P.U.F., « Que sais-je ? », 2ème éd. 1992.

Vernant (Jean-Pierre) et Vidal-Naquet (Pierre), Mythe et tragédie en Grèce ancienne, Maspero, 1972.

Vernant (Jean-Pierre) et Vidal-Naquet (Pierre), Mythe et tragédie en Grèce ancienne II, Maspero, 1986.

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