Mardi 11 novembre 2008 2 11 /11 /Nov /2008 23:00

Entre 398 et 404, il rédige un gros Contre Faustus le manichéen (33 livres) où il se livre à une sévère critique d’un ancien condisciple et de sa religion.

En 399, il commence son grand traité De la trinité qu’il achèvera en 422. L’objet du traité est de rendre compte du fait que Dieu est trois tout en étant un, ce qu’y amusait les païens. Augustin voulait aussi instruire les chrétiens et ramener dans le droit chemin les hérétiques. On y trouve un des textes où Augustin semble anticiper sur Descartes :

« On n’est aucunement justifié à dire que l’on connaît une chose tant que l’on en ignore la substance. C’est pourquoi lorsque la pensée se connaît, elle connaît sa substance, et dès qu’elle est certaine de soi, elle est certaine de sa substance. (…) Tout ce que l’on exige d’elle, en lui ordonnant de se connaître, c’est qu’elle soit certaine de ne pas être l’une des choses dont elle n’est pas certaine, et qu’elle soit certaine d’être cela seulement qu’elle est certaine qu’elle est. » Augustin, De la trinité, X, 10.

Un tel texte ne dit rien sur ce qu’est la pensée humaine. Mieux. Elle indique les conditions de la connaissance de soi sans indiquer comment elle est possible. Or, pour Augustin, la pensée s’ignore puisque seul Dieu connaît vraiment la pensée qui est mienne. Aussi son propos est-il bien différent de celui de Descartes.

Entre 400 et 412 environ, Augustin livre bataille contre le donatisme. Ce mouvement, du nom de Donat (†355), un évêque de Carthage, était né après la dernière grande persécution de 303-304 (à laquelle le philosophie “néoplatonicien” Porphyre (234-305) avait participé, celle de Dioclétien (245-313), qui régna de 284 à 305). Donat, considérait que ceux qui avaient failli ne pouvaient administrer les sacrements. Il les rebaptisait. L’Église donatiste devint plus puissante que l’Église catholique en Afrique. Elle avait des milices violentes et fanatiques – aux yeux des catholiques. C’est qu’elle recrutait chez les Berbères peu romanisés et dans le prolétariat agricole exploité par les grands propriétaires (cf. Marrou, Augustin et l’augustinisme, pp.50-51).

En 401, il commence son Commentaire littéral de la Genèse qu’il achèvera en 414.

En 404, Augustin donne La Catéchèse des débutants.

En 406-407, ce sont les Traités sur saint Jean qui seront repris et achevés en 418.

Rome est prise et saccagée par Alaric et ses Wisigoths qui y pénètre le 24 août 410. Ce coup de tonnerre dans le ciel en apparence serein du monde antique est à l’origine de La cité de Dieu. En effet, les chrétiens étaient accusés par les derniers païens d’être responsables, de la disparition des ancestrales vertus romaines. Les cultes antiques venaient d’être définitivement interdits en 408 par un édit de l’empereur Honorius. C’est ainsi que le sénateur Volusien qui n’était pas encore chrétien écrivait :

« Si de tels malheurs ont atteint l’État, c’est le fait des empereurs chrétiens qui observent de leur mieux la religion chrétienne ; la chose est claire » Marcellin, Epist. Ad Augustinum, CXXXVI, 2, C.S.E.L. t. 44, p. 95, 6. Cité dans Courcelle, Histoire littéraire des grandes invasions germaniques, Paris, 1948, p. 68.

C’est à cette accusation qu’Augustin répond comme il l’expliquera plus tard :

« En ce temps, Rome fut envahie par les Goths, sous le commandement du roi Alaric ; et elle fut presque détruite par le désastre de cette mémorable défaite. Ce désastre, les adorateurs de la multitude des faux dieux que nous nommons en langage ordinaire les Païens, s’efforcèrent de l’attribuer à la religion chrétienne, et commencèrent à blasphémer avec plus d’amertume et plus d’ardeur que jamais contre le vrai Dieu. Enflammé du zèle de la maison du Seigneur, j’entrepris d’écrire, contre leurs erreurs ou leurs blasphèmes, les livres de la Cité de Dieu. » Augustin (Saint), Rétractations.

La Cité de Dieu contient le troisième des textes qu’on invoque pour faire d’Augustin un précurseur de Descartes et de son « cogito ergo sum ».

« Car nous sommes, et nous connaissons que nous sommes, et nous aimons notre être et notre connaissance. Et nous sommes assurés de la vérité de ces trois choses. Car ce n’est pas comme les objets de nos sens qui nous peuvent tromper par un faux rapport. Je suis très certain par moi-même que je suis, que je connais et que j’aime mon être. Je n’appréhende point ici les arguments des Académiciens, ni qu’ils me disent : Mais vous vous trompez ? Car si je me trompe, je suis, puisque l’on ne peut se tromper si l’on est. Puis donc que je suis, moi qui me trompe, comment me puis-je tromper à croire que je suis, vu qu’il est certain que je suis si je me trompe ? Ainsi puisque je serais toujours moi qui serais trompé, quand il serait vrai que je me tromperais, il est indubitable que je ne me puis tromper lorsque je crois que je suis. » Augustin, Cité de Dieu, XI, 26.

On peut croire reconnaître le « cogito ergo sum » de Descartes. Pourtant, il y a une différence essentielle, voire une opposition radicale, c’est que l’affirmation de l’existence de celui que les Académiciens prétendent se tromper n’est pas un principe premier. Dès lors, Augustin n’a pas découvert le cogito. Il a simplement énoncé que le « je suis » est une vérité, une vérité parmi d’autres.

La Cité de Dieu vise à montrer la distinction entre deux cités :

« Deux amours ont bâti deux cités : l’amour de soi jusqu’au mépris de Dieu fit la cité terrestre ; l’amour de Dieu jusqu’au mépris de soi fit la cité céleste. » Augustin, Cité de Dieu, XIV, 28.

En 411, une conférence réunissant des évêques donatistes et des évêques catholiques à laquelle Augustin participe amène à la condamnation des premiers par le pouvoir impérial. Augustin admet la persécution des hérétiques par l’État comme le montre sa lettre au comte Boniface (lettre 185). Cette thèse aura des conséquences incalculables au Moyen Âge.

En 412, il échange des lettres avec Marcellin et Volusien. C’est l’année où commencent les longues controverses avec les Pélagiens. On nomme ainsi les disciples de Pélage (~370-~340), moine par le mode de vie mais laïque du point de vue ecclésiastique. Etabli à Rome vers 400, il se retrouve en Afrique après la prise de Rome. Il tente d’entrer en contact avec Augustin. Celui-ci dans un cours billet de douze lignes refuse. Pélage, lecteur des Confessions, soutenait que la faute d’Adam ne corrompait pas irrémédiablement les hommes. Aussi grâce au libre arbitre et sans que la grâce divine ne soit absolument nécessaire, chaque homme peut se sauver. Une telle conception heurtait et la théologie d’Augustin et sa propre expérience de converti. Augustin publie Des pêcheurs : mérites et rémission.

En 414, Augustin décide de ne plus s’occuper d’affaires extérieures à son diocèse.

En 415, il achève De la nature et de la Grâce. Il y dénonce la conception de la volonté de Pélage selon laquelle le péché n’étant valable que pour Adam, tout homme peut grâce à son libre arbitre, user de la grâce qui lui est offerte. Pour Augustin au contraire, sans la grâce, l’homme ne peut pas vouloir le bien. Il est corrompu par le péché originel. Cet apparent refus du libre arbitre sera à la source des doctrines protestantes de Luther (1483-1546) et de Calvin (1509-1564). Il sera également à la source du jansénisme.

En septembre 413, le tribun Marcellin, l’ami d’Augustin, est exécuté en même temps que son frère pour une supposée trahison.

En 418, Augustin écrit De la Grâce du Christ et du péché originel où il revient sur son opposition à la pensée de Pélage. Celle-ci est maintenant défendue par Julien d’Éclane. Il remarque la difficulté du débat en ces termes :

« Quand on défend le libre arbitre, on a l’air de nier la grâce ; quand on affirmer la grâce, on a l’air de nier le libre arbitre. »

Il faut donc comprendre que lui-même ne nie ni l’un ni l’autre, conformément à la doctrine catholique.

Il publie également Du mariage et de la concupiscence.

En 421 et 422 il écrit son Contre Julien, le théologien pélagien qui lui causa des difficultés théoriques mais l’amena à persévérer dans sa doctrine de la grâce. Il écrit également l’Enchiridion où on trouve une définition néoplatonicienne du mal :

« Mais ce qu’on appelle le mal, qu’est-ce autre chose que la privation d’un bien ? » Augustin, Enchiridion, 3.

D’un point de vue chrétien, il justifie le mal, y compris le péché comme étant en quelque sorte nécessaire et prévu par Dieu.

« Dans la création, il n’est pas jusqu’on appelle le mal qui ne soit bien ordonné et mis à sa place de manière à mieux faire valoir le bien, qui plaît davantage et devient plus digne d’éloges quand on le compare au mal. En effet le Dieu tout-puissant, auquel, ainsi que le reconnaissent même les infidèles, appartient le souverain domaine de toutes choses (Énéide, x, 100) puisqu’il est souverainement bon, ne laisserait jamais un mal quelconque exister dans ses œuvres s’il n’était assez puissant et bon pour faire sortir le bien du mal lui-même. » Augustin, Enchiridion, 3.

En 425 il écrit De la Grâce et du libre arbitre.

En 424, il achève La Cité de Dieu.

En 426, il donne à son successeur désigné, le prêtre Heraclius, l’essentiel de ses fonctions ecclésiastiques afin de libérer du temps pour son œuvre. Il entreprend de la revoir. Aussi commence-t-il à écrire les Rétractations, ouvrage qui fait le point et l’histoire de tout ce qu’il a écrit jusque là.

En 429, il rédige encore De la prédestination des saints où il insiste sur le fait que tous ne seront pas sauvés. Dans Du don de la persévérance, il donne un conseil relatif au débat qui l’oppose au pélagianisme :

« Ne nous efforçons pas de pénétrer ce qui est impénétrable et de comprendre ce qui est incompréhensible. »

Le 28 août 430, Augustin meurt dans Hippone assiégée par les Vandales. Installés en Espagne depuis une vingtaine d’années, ils décidèrent de s’installer dans l’Afrique romaine sous la conduite de leur roi, Genséric (~399-477).

L’œuvre d’Augustin fut catalogué et conservé par son collègue Possidius de Calama qui écrira sa première biographie après 439.

Au concile œcuménique d’Ephèse, en 431, le pélagianisme est condamné. L’empereur Valentinien III (419-424-455) qui ne connaissait pas encore la nouvelle, avait convoqué Augustin quelques semaine après sa mort, tant sa réputation était grande.

En 476, Romulus Augustule (460-511) est déposé : c’est la fin de l’Empire romain d’Occident.

 

 

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Dimanche 9 novembre 2008 7 09 /11 /Nov /2008 09:41

     Henri Bergson est né en 1859 à Paris. Son père était un musicien et compositeur juif polonais exilé et sa mère une juive anglaise qui ne lui parla qu’en anglais. Il fut élevé dans la tradition juive. Après un séjour en Angleterre, il revient en France vers neuf ans où il fit ses études. Élève aussi brillant en science qu’en lettres, il gagna le concours général de mathématiques et sa résolution du problème fut sa première publication. Il s’engagea pourtant dans la section « Lettres » de l’École Normale Supérieure. Il y entre premier en 1878 dans la même promotion que Jean Jaurès (1859-1914), second.

Il devient agrégé de philosophie en 1881 (troisième derrière Jaurès second). En 1883, il publie James Sully. Les illusions des sens et de l’esprit. En 1884, il donne des Extraits de Lucrèce. Il soutient ses deux thèses de doctorat en 1889. Sa thèse principale, soutenue le 27 décembre 1889 était intitulée : Essai sur les données immédiates de la conscience. Sa thèse latine était consacrée à Aristote. Elle était intitulée Quid Aristoteles de loco senserit.

Il se maria en 1891. Marcel Proust (1871-1922) était son garçon d’honneur. Il eut une fille, Jeanne, handicapée ; elle ne parlait pas et n’entendait pas. Durant seize ans il fut professeur en Lycée.

Il publie en 1896 son deuxième ouvrage important, Matière et mémoire, essai sur les rapports du corps à l’esprit. Il obtint un poste de maître de conférence à l’École Normale Supérieure en 1897, puis une chaire au Collège de France en 1900. Il publie son essai sur Le rire dont le succès ne s’est jamais démenti. Ses cours connurent un grand succès. Charles Péguy (1873-1914), Jacques Maritain (1882-1973) et bien d’autres, vinrent l’écouter. Il publie son troisième grand ouvrage, L’évolution créatrice en 1907. Il fut élu à l’Académie française le 12 février 1914 mais ne fut reçu qu’après la première guerre mondiale le 24 janvier 1918. Durant celle-ci, il eut une activité diplomatique secrète en Espagne et surtout aux Etats-Unis. Il participa à la mission chargée de convaincre le président Woodrow Wilson (1856-1924 ; deux mandats de 1913 à 1921) de faire entrer en guerre les Etats-Unis contre les puissances de l’axe. Son patriotisme anti-allemand fut intransigeant. Il fut aussi un professeur invité à Columbia, aux Etats-Unis et à Oxford, en Angleterre.

En 1919, il publie L’énergie spirituelle, un recueil de différents articles publiés dans diverses revues. En 1922, il publie Durée et simultanéité, ouvrage où il critiquait la conception du temps de la théorie de la relativité d’Einstein. Il rejeta ultérieurement ce livre.

Il obtient le prix Nobel de littérature en 1928. En 1932, il publie Les deux sources de la morale et de la religion et en 1934, La pensée et le mouvant, un recueil d’articles.

Attiré par le catholicisme, il renonce néanmoins à se convertir, en raison de la montée de l’intolérance et des persécutions antisémites. « Je serais converti, écrit-il en 1937, si je n’avais vu se préparer depuis des années la formidable vague d’antisémitisme qui va déferler sur le monde. J’ai voulu rester parmi ceux qui seront demain persécutés. »

Ayant refusé tout traitement de faveur, il meurt à Paris le 3 janvier 1941. Paul Valéry (1871-1945) prononcera son éloge funèbre le 9 janvier devant quelques dizaines de personnes pendant que la France subira la domination de son collègue de l’Académie française, le maréchal Pétain (1856-1951).

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Samedi 18 octobre 2008 6 18 /10 /Oct /2008 18:40

Marc Aurèle (Marcus Annius Verus) est né le 16 avril 121 à Rome. Il est issu d’une famille italienne installée en Espagne. Il était apparenté à l’empereur Hadrien (76-138). L’empereur Antonin (86-161), dit le Pieux, avait épousé sa tante.

Il suivit les cours du rhéteur africain Fronton. La correspondance entre Marc Aurèle et Fronton qui nous a été conservé commence en 139 et s’achève en 166 à la mort du rhéteur. Cela ne l’empêcha pas de se convertir à la doctrine stoïcienne d’Épictète en 146 ou 147 comme la « brouille » avec Fronton le laisse penser.

Aimé de l’empereur Hadrien, celui-ci en fit le successeur de son successeur, Antonin, avec Lucius. C’est Hadrien qui lui donna comme surnom « Verissimus » (le plus véridique ou le plus franc).

Marc Aurèle épouse la fille d’Antonin, Faustine, qui avait la réputation d’être débauchée.

Il accède au trône en 161 et partage le pouvoir avec Lucius Verus qui n’était pas un modèle de vertu. Son fils Commode naît cette année-là.

Son règne est presque exclusivement consacré à la guerre.

Au début, il confie à Avidius Cassius et Statuis Priscus le commandement de l’armée chargée de repousser et vaincre les Parthes du roi Vologès qui avaient envahi les provinces orientales de l’Empire. La capitale de l’empire parthe, Ctésiphon fut détruite, l’Arménie et la Mésopotamie furent annexées. Mais l’armée victorieuse ramena dans ses bagages une épidémie de peste.

En 166, il associe au pouvoir son fils Commode comme « César ». Le « philosophe chrétien » Justin est exécuté à Rome. Il avait publié contre les hérétiques gnostiques, les accusant d’inceste, d’anthropophagie et de liturgies sanglantes. Les calomniateurs étaient condamnés à mort. Rien ne permet donc d’être sûr que ce soit le chrétien qui a été exécuté.

Puis, la guerre se déplaça au nord contre des tribus germaniques. C’est la « première guerre germanique ».

En 167, les Marcomans passent le Danube et envahissent la Norique (actuelle Autriche).

En 168, les Quades et les Sarmates les rejoignent. Ils dévastent la Pannonie (sud de l’actuelle Hongrie) et le nord de l’Italie.

En 171 et 172, l’armée romaine doit repousser des envahisseurs venant des déserts africains qui ont envahi l’Espagne et la Lusitanie (actuel Portugal). En outre, l’Égypte est en proie à une révolte, celle des « Bouloiloi », des pasteurs-brigands.

En 173, après une guerre de cinq ans, Marc Aurèle repousse enfin les envahisseurs germaniques et les ramènent derrière le Danube.

De 174 à 175, il repousse à nouveau les Sarmates derrière le Danube.

En 175, l’usurpation du général Avidius Cassius, vainqueur de la guerre des Parthes et gouverneur de l’orient romain, est rapidement maîtrisée ; les troupes qui l’avaient proclamé empereur l’assassinent.

En 176, Marc Aurèle célèbre son triomphe à Rome en compagnie de son fils Commode.

En 177, c’est la « seconde guerre germanique » : les Quades, les Marcomans et les Hermundures repassent à l’attaque. Pendant ce temps à Lugdunum (Lyon), des chrétiens sont exécutés, dont l’évêque Pothin et la jeune esclave Blandine. L’ont-ils été comme chrétiens ? Toujours en 177, Commode est associé au pouvoir comme « Auguste ».

Cette guerre se finit en même temps que Marc Aurèle meurt de la peste (et non assassiné par Commode comme le film Gladiator le montre) le 17 mars 181 à Vindobona (l’actuelle Vienne en Autriche). Commode, qui lui succède, et dont le règne fut loin d’être celui d’un sage, mourra assassiné dans son bain en 192.

C’est durant toute sa vie que Marc Aurèle a écrit les textes rassemblés après sa mort dans un recueil intitulé Pensées (en souvenir de Pascal) ou Pensées pour moi-même ou encore À moi-même.

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Mercredi 8 octobre 2008 3 08 /10 /Oct /2008 09:23

S’il est une attitude assez fréquente qui surprend, c’est de voir quelqu’un être l’objet de la haine, non pas des autres, mais de soi. Pascal l’avait justifiée dans ses Pensées. Il écrivait :

« Le moi est haïssable (…)

– Point, car en agissant, comme nous faisons, obligeammant pour tout le monde, on n’a plus sujet de nous haïr.

– Cela est vrai, si on ne haïssait dans le moi que le déplaisir qui nous en revient. Mais si je le hais parce qu’il est injuste, qu’il se fait le centre de tout, je le haïrai toujours »

Dans ce court dialogue, il expose une objection de bon sens à sa thèse, à savoir que le moi n’est pas haïssable puisque nous agissons avec respect vis-à-vis des autres. Il n’y aurait pas matière à haine. À quoi Pascal répond que ce n’est pas ce qui est en question, c’est-à-dire que le moi n’est pas haïssable en tant que l’autre ne nous respecte pas. Il est haïssable parce qu’il fait preuve d’injustice, ce qu’il explicite en disant que le moi se prend pour le centre de tout. Le respect n’est donc qu’apparent. Dès lors, je dois le haïr même s’il paraît respectueux. Et c’est moi qui dois être pour moi-même l’objet de ma haine.

Or, s’il est vrai que le moi est haïssable, comment serait-il possible de le haïr, voire qu’il puisse même en avoir l’idée puisque injuste, le moi ne peut que s’aimer ?

Dès lors, on peut se demander quel sens on peut donner à cette fameuse thèse de Pascal selon laquelle « Le moi est haïssable ».

On se demandera d’abord s’il suffit que le moi se dédouble pour qu’il puisse se haïr, puis si la haine du moi provient de la culpabilité qui appartient à l’homme ou à l’individu, et enfin si elle n’est pas plutôt dans le modèle du moi que le moi veut être qui l’amène à vouloir faire disparaître le moi qu’il est.

On s’appuiera sur le livre X des Confessions du père de l’Église, Augustin, de la pièce de théâtre écrite pour être lu, Lorenzaccio d’Alfred de Musset et d’une autobiographie de Michel Leiris, L’âge d’homme.

 

La haine est cette passion qui nous conduit à vouloir la destruction partielle ou totale de l’autre. Ainsi, dès la scène 2 de l’acte I de la pièce de Musset voit-on des commerçants manifester de la haine pour les soldats allemands de la garnison et pour le tyran, le duc Alexandre. De même, Michel Leiris fait part de sa détestation du christianisme lorsqu’il parle de « l’emprise imbécile de la morale chrétienne » (p.197). Or, il est clair que la haine semble différente de l’amour en tant qu’on comprend comment il est possible de s’aimer soi-même mais difficilement de se haïr soi-même puisque cela reviendrait à vouloir se détruire. Et pourtant, il semble bien que la haine de soi soit possible. Comment ?

Il apparaît nécessaire que celui qui se hait lui-même puisse se dédoubler d’une façon ou d’une autre pour que la haine ne soit pas simple complaisance à soi. Après sa conversion, Augustin est capable de haïr celui qu’il est encore au nom de l’amour de celui qui lui donne son unité la plus haute, à savoir Dieu. En effet au chapitre 2 il demande à Dieu de faire en sorte qu’il « renonce à [lui]-même ». C’est que l’amour de Dieu doit s’entendre d’abord comme un génitif subjectif et implique de se haïr soi-même. Le mot de Pascal trouve bien chez Augustin sa source profonde. Quoique Musset manifeste peu de sympathie pour le christianisme comme le montre son personnage du cardinal Cibo qui prétend pouvoir dire des choses que « Dieu lui-même ne saura jamais » (acte IV, scène 4), son personnage de Lorenzo présente bien cette duplicité. Sa mère et Catherine avertissent le lecteur à la scène 6 de l’acte I : il n’est plus ce qu’il a été. Le jeune homme amoureux de la vérité est devenu un criminel débauché. Il est donc potentiellement susceptible de se haïr. Leiris écrit à partir de cet homme qu’il est devenu et contre ce qu’il a été. Si son identité lui paraît hors de doute (p.200) à travers quelques thèmes qui reviennent de façon obsessionnelle, sa manie de l’identification montre comment être soi est pour lui impossible et le pousse à la possibilité de la haine de soi. Par exemple, il s’identifie à une courtisane pour son plaisir solitaire en utilisant sa chemise de nuit à cet effet (p.55). Être un souffre-douleur (p.47) est un trait de son caractère qui se manifeste dans ses jeux enfantins. Preuve de cette haine de soi.

Toutefois, il ne suffit pas de cette duplicité pour qu’il soit possible que le moi se haïsse lui-même. Car, il pourrait tout aussi bien s’aimer lui-même. On doit donc concevoir qu’il y a dans le moi quelque chose de plus profond qui attire la haine de soi. N’est-ce pas que le moi est mauvais comme Pascal l’indique. Comment celui qui est mauvais pourrait se haïr ?

 

En effet, pour qu’il y ait haine, il faut que la personne haïe soit pensée comme mauvaise par celui qui le hait. Si Maffio hait le duc, c’est parce qu’il a séduit sa jeune sœur et la scène 1 de l’acte I a montré qu’il était près à en appeler au duc qu’il croyait juste (cf. scène 6 de l’acte I). Augustin se montre violent avec les Platoniciens au chapitre 42 qui sont pour lui des hommes mauvais dans la mesure où les intermédiaires qu’ils prennent pour remonter à Dieu sont des démons et non par le seul vrai intercesseur, le Christ (chapitre 43). Il manifeste à ce moment une sorte de haine difficile pour un chrétien. Quant à Leiris, il hait son frère aîné (p.116) qui représente pour lui le bourgeois, à savoir ce qu’il déteste. Or, pour que cette haine soit possible par rapport à soi, encore faut-il que moi, je puisse me penser comme mauvais, ce qui suppose aussi que je ne soit pas absolument mauvais sans quoi je m’aimerais injustement.

C’est le thème essentiel des Confessions. C’est le péché qui caractérise l’homme. Son orgueil exige qu’il soit brisé par Dieu. Et c’est ainsi que la haine de soi trouve dans le caractère encore mauvais du moi sa source. Et si elle est possible, c’est parce que le moi en quelque sorte promis par Dieu hait celui qui est encore séparé de Dieu. Dieu est l’opérateur de la haine de soi par l’amour qu’il porte à l’homme. C’est pour cela que la confession augustinienne est à la fois louange à Dieu et exposition de ce qu’il y a de mauvais en l’homme comme il l’explique notamment dans son Commentaire au psaume 144 : « la confession ne s’entend pas seulement de l’aveu des fautes, elle s’entend aussi de la louange ; et ne croyez pas que partout le mot de confession ne signifie que l’aveu du péché. » C’est également ce qui fait que Lorenzaccio est fondamentalement désemparé par l’attitude des humains et donc de lui-même. Il réussit à les corrompre alors que son but initial était de les sauver. Telle est l’essentielle pour notre propos de sa “confession” à Philippe Strozzi à la scène 3 de l’acte III. Dès lors, il est amené à haïr l’homme en lui. Leiris confesse deux fois (pp.93-94 ; p.179) son auto punition qui manifeste une haine de sa propre faiblesse. La seconde fois il indique bien que c’est à cause de sa lâcheté qu’il s’est puni lors de son amour avec Kay. La lâcheté étant une faute morale, c’est l’homme mauvais que Leiris semble ainsi punir.

Cependant, si la faute était irrémédiable, l’homme ne pourrait se haïr et par conséquent, il ne serait pas possible que le moi soit haïssable. En outre, il y a une sorte de plaisir que remarque Leiris ou une nécessité de l’orgueil, la troisième tentation et la plus grave selon Augustin (chapitre 36 à 39), voire une complaisance dans la débauche de Lorenzo qui semble indiquer que la haine de soi est plutôt une sorte d’amour de soi que l’on nomme depuis la deuxième moitié du xix° siècle sado masochisme. Dès lors, pour que la haine de soi soit possible, ne faut-il pas que le moi soit ce qu’il y a haïr à partir d’une situation autre ?

 

En effet, quel sens a que le moi est haïssable par le moi ? Il faut que le moi veuille être autre que ce qu’il est. Et pour qu’il le veuille, il faut qu’il connaisse cet état autre. Et pour le moi, se connaître, c’est finalement être. Déjà l’oracle de Delphes accueillait les hommes avec le « connais-toi » car l’homme est justement celui qui n’est jamais assez sage pour s’y conformer comme Alain l’explique dans ses Esquisses de l’homme. Si Lorenzo est haïssable pour ses proches, c’est parce qu’il ne répond pas à la promesse qu’il a été. Et c’est pour cela qu’il peut lui-même avoir ce comportement suicidaire qui amènera à sa mise à mort comme le montre l’acte V. Augustin interprète comme poids de la chair (chapitre 40, p.398), comme tentations de la volupté, de la curiosité et de l’orgueil (chapitre 30) ce moi qu’il ne veut plus être. Quant à Leiris, il se sent rongé (p.25), il lui semble qu’il s’effrite (p.183). Mais d’où vient alors le moi qui permet au moi de se haïr ?

Dans L’Âge d’homme, c’est le thème de la séparation du sujet et de l’objet (pp.36 à 40, p.141, p.174, p.201). La haine de soi repose sur la volonté du retour à l’origine de la non séparation, du chaos de l’enfance (p.32). En étant séparé du monde, le moi est aussi séparé de lui-même. La manie de la confession (p.24) produit un dédoublement qui est le manque de l’existence qui provoque la haine. Et la confession tente de recoller les morceaux. Mais c’est également le thème des Confessions car qu’est ce que ce bonheur qui manque sinon ce qui a toujours déjà précédé et dont nous sentons le manque. L’avons-nous toujours connu – thèse platonicienne – ou est-ce le péché originel – thèse chrétienne – Augustin avertit son lecteur dans le chapitre 20 qu’il ne s’en enquiert pas dans les Confessions. Toujours est-il que c’est à partir justement de cette mémoire d’un moment de manque qu’il est possible de haïr le moi actuel. Lorenzaccio se demande dans un moment de doute, à la scène 3 de l’acte IV, s’il n’a pas été enfanté par un tigre, l’animal féroce par excellence, lui qui veut tuer le duc Alexandre alors que ce dernier ne lui a finalement fait que du bien. Il s’apparaît à lui-même monstrueux ou comme provenant d’un monstre. Et c’est cette origine possible qui, un moment, le console paradoxalement au moment où il est proche d’accomplir son projet. Doute qui ne dure pas. Car, c’est le souvenir de ses rêves de bonté et d’action en faveur du bien qui est le fil de l’unité de son existence. Fil qui se brise une fois le meurtre accompli.

 

En un mot, le problème était de savoir quel sens on peut donner à la thèse des Pensées de Pascal selon laquelle « Le moi est haïssable ». On a vu qu’il ne suffisait pas que le moi se dédouble pour qu’il puisse se haïr quoique ce soit une condition nécessaire. Le moi doit aussi être de telle nature qu’il puisse vouloir s’abaisser lui-même, se faire mal, voire se détruire. Dès lors, il faut que l’homme soit mauvais. Il faut que l’individu veuille le mal sans trop comprendre pourquoi. Mais cela ne suffit pas s’il est vrai que celui qui est mauvais ne le reconnaît pas. Il faut donc non seulement qu’il soit mauvais mais qu’il veuille être autre qu’il n’est mais que ce soit plutôt son véritable moi qu’il recherche. Le moi est haïssable n’a donc d’autre sens que le moi se pense comme n’étant pas ou n’étant plus ce qu’il doit être mais qu’il le soit suffisamment pour pouvoir justement le penser et vouloir l’être.

On pourrait alors se demander si le moi qui manque à lui-même n’est pas toujours un moi défectueux ?

 

Par Bégnana - Publié dans : Sujets
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Mercredi 24 septembre 2008 3 24 /09 /Sep /2008 08:27

1) Sujet.

Résumez le texte suivant en 100 mots (+ ou – 10%). Vous indiquerez les sous-totaux de 20 en 20 (20, 40, 60 …) dans la marge et le nombre total de mot à la fin de votre résumé.

 

Les récits d’Hérodote sont presque ridicules. Il n’était pas un peuple de Grèce ou d’Asie Mineure, en ce temps-là, qui, avant de rien entreprendre, ne consultât l’oracle delphien. Dont témoignaient des offrandes innombrables et magnifiques. Et l’historien reconnaît, ce qui est assez clair par son récit, que l’oracle n’était compris de personne et ne se comprenait pas lui-même. Aussi agissaient-ils selon les passions et selon l’occasion. L’oracle les en avertissait, par son inscription préliminaire : « Connais-toi », qui éclaira Socrate et tant d’autres jusqu’à nous. Et cette sagesse s’accorde avec cette folie. Ces histoires ne sont point de sauvages, ni étrangères, mais tout près de nous, et familières ; comme d’une enfance à nous, mais déjà éduquée et politique ; sans grimace ni contrainte ; chaque détail répond à tout le reste, comme en leurs statues. Quelqu’un me disait un jour : « En cette antiquité grecque, tout est composé et complet ; le moindre fragment est l’image de l’ensemble ; c’est le modèle de toute pensée ; et qui dira pourquoi ? » Au sujet des oracles, je comprends à peu près pourquoi.

Un homme qui dort sait tout, dans un sens. Il est au centre des choses et ne perd rien de leurs mouvements. Il les entend toutes et reçoit par des chocs de l’air et par tant d’autres chocs le retentissement de tout ce qui est dit et fait sous la voûte du ciel. Nos observatoires divisent et choisissent, mesurant ici le poids de l’air, ailleurs la vitesse du vent, ailleurs l’eau invisible, ailleurs les secousses de la terre, ailleurs les ondes hertziennes ; et cette connaissance, si incomplète qu’elle soit, de ce qui est, n’est pas de petite importance si l’on veut conjecturer sur ce qui sera. Mais l’homme qui dort reçoit tout ensemble ; et le moindre mouvement de son corps exprime tout cet univers, mêlé aux événements du corps humain lui-même. Il est vraisemblable que les songes qui sont comme des perceptions naïves et non choisies, expriment autant les bruits et changements alentour, forts ou faibles, que les mouvements et troubles de la vie. Mais qui peut se souvenir d’un songe tel qu’il fut ? Nous appelons songe ce qui est déjà une traduction du songe. Toutefois c’est un sentiment juste que le sentiment universel et assuré qu’il y a quelque chose à deviner dans un songe.

Une Pythie, une Sibylle, un Prophète sont des rêveurs aussi, qui rêvent non point pour eux-mêmes, mais pour nous. Ainsi ils ne traduisent pas, mais expriment directement, par la voix, le geste et l’attitude, l’univers indivisible qui retentit dans leur corps ; d’abord l’univers proche, et de proche en proche l’univers autour d’eux, au delà de toute limite assignable, comme un physicien le peut comprendre aujourd’hui. Mais quand je dis d’abord, de proche en proche, loin et près, je parle en physicien. En ce corps sensible, tout est ensemble ; rien n’est loin ni près, puisque tout est mouvement en lui et réaction en lui. Et puisque l’avenir dépend du présent, il suffit que la Sibylle parle et s’agite sans aucun choix pour que je sois assuré que ce qui m’intéresse et que j’ignore, est enfermé dans ce tumulte prophétique. Mais comment déchiffrer cela ? Ni la Pythie, ni Socrate, ni personne ne le peut ; plutôt y deviner d’abord ce qui plaît ; y retrouver ensuite la prédiction après l’événement. D’où ces consultations de Mages, et ces ruses à l’égard de l’oracle, qui n’altèrent point le respect. Aller à l’oracle, c’est chercher une raison de décider quand on n’en voit pas. Celui qui décide par instinct se livre en quelque sorte à la nature et tente de s’accorder avec elle. Mais il perd en cela la direction de ses pensées. Au contraire s’il interroge le rêveur, s’il l’écoute, il peut encore choisir. Du moins il se donne des raisons qui seront des excuses ensuite, s’il s’est trompé ; il est surtout commode de rejeter la responsabilité sur un personnage divin. Ces détours et retours, ce mouvement sinueux, cet entrelacement de naïveté et de prudence, d’absurde et de raisonnable, dessine mieux l’homme réel que ne font ces prédictions des contes, en langage clair, inflexibles, abstraites, sans esprit. Il y a plus de maturité et de vraie sagesse déjà en cette crédulité hellénique, que le doute suit aussitôt et toujours comme son ombre. Et le plus profondément vrai en ces oracles est que nul ne sait les lire, non plus que celui qui les rend. Par quoi l’inscription delphique s’accorde au temple et au trépied. C’est bien le corps d’un homme, et c’en est bien le front.

Alain, Esquisses de l’homme (1927), XXI « L’oracle »,19 avril 1921.

 

2) Remarques sur le texte.

Alain commence par soulever le problème qu’il veut résoudre. Il concerne les oracles, et notamment celui de Delphes. Le paradoxe c’est que si l’oracle était consulté pour les décisions par les Grecs mais aussi d’autres peuples de l’Antiquité, ce n’était pas pour sa clarté puisque son obscurité était reconnue de tous. Là se situe les histoires ridicules d’Hérodote (~484-420 av. J-C., considéré comme le « père de l’histoire »). Et l’inscription célèbre « connais-toi » ou « connais-toi toi-même » prévenait ceux qui comprennent, les sages, de cette obscurité. Dès lors, cette sagesse et cette folie jointes doivent être expliquées. Mieux, Alain évoque l’admirable cohérence du monde antique, monde proche de nous. Il va donc tenter de rendre compte de ce caractère de l’oracle d’être l’expression d’une certaine cohérence.

Le premier élément d’explication est qu’un homme qui dort sait tout parce que tout agit sur lui. Il ne sépare pas les différentes régions ou les différents genres de choses comme dans les sciences. Dès lors, le rêve qui a lieu dans le sommeil est l’expression de tout ce qui se passe dans l’univers. Le songe dont nous nous souvenons est déjà une reconstitution de ce rêve fondamental.

Il ne reste plus à l’auteur qu’à préciser le rapport avec le sujet. Il réside dans le fait que tous les diseurs d’oracles rêvent pour les autres. Ce qu’ils disent exprimant tout l’univers, exprime aussi le futur, celui qu’inquiète ceux qui viennent les consulter et qui leur accordent foi. Leur prédiction est donc en un sens certaine. Avec cette limite que leur propos est obscur puisqu’il dit tout indistinctement. Le sujet doit donc choisir dans ce qui est dit. Dès lors, il peut ainsi ne pas se décider par instinct. L’oracle en libère et rend possible une certaine liberté. Il donne des raisons d’agir à qui n’en a pas à cause de l’incertitude de l’avenir. Il permet même de se disculper sur le divin en cas d’échec. On doit comprendre que la culpabilité est un frein à la libre décision.

Dès lors Alain peut conclure que l’oracle de Delphes avec ses prédictions obscures et son précepte si lumineux, « connais-toi toi-même », exprime ce qu’est l’homme réel. Comprenons un mélange de corps et d’âme, de folie et de sagesse : là est l’admirable de l’oracle de Delphes.

 

2) Proposition de résumé.

Hérodote nous prévient que le célèbre oracle de Delphes était obscur à lui-même. Le « connais-toi » l’indiquait. Ce (20) mixte de lucidité et d’aberration se comprend ainsi.

Endormi, l’homme perçoit tout l’univers que la physique sépare (40) en faits. Les songes traduisent cette perception. Les oracles rêvent pour nous. Le présent étant gros de l’avenir, ils (60) le prédisent mais nul ne peut déchiffrer le sien. Consultant l’oracle, on se donne des motifs pour choisir, on (80) rompt avec le désir, voire on se disculpe. L’oracle et la devise de Delphes expriment donc tout l’homme.

100 mots

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