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Augustin - Biographie 1 : jusqu'aux "Confessions"

L’édition citée des Confessions est :

Saint Augustin, Confessions, Paris, Gallimard, « Folio classique », 1993, traduction d’Arnauld d’Andilly (1589-1674).

Aurelius Augustinus, plus connu sous le nom d’Augustin ou de Saint Augustin pour les catholiques, est né le 13 novembre 354 à Thagaste (Souk Ahras dans l’est de l’actuelle Algérie), dans la province romaine de Numidie. Son père, Patricius ou Patrice, est un petit propriétaire foncier, païen (cf. Confessions, I, 11, p.46). Sa mère, Monique est une chrétienne catholique très pieuse. C’est donc dans le christianisme catholique qu’est venu au monde Augustin. Il est catéchumène, mais il n’est pas baptisé : l’acte à cette époque étant réservé à l’âge adulte. Enfant et malade, il demanda à être baptisé, mais sa guérison lui fit remettre l’acte (cf. Confessions, I, 11, p.46 et V, 9, p.167). Bref, sa future conversion doit être conçue un peu comme celle d’un “born again” américain.

En 361, il entre à l’école du litterator, à Thagaste, une sorte d’école primaire. Il se souvient dans les Confessions (I, 9) qu’il n’aimait pas étudier. Il ne conserva pas grand chose du grec qu’il apprit. Aussi n’a-t-il jamais pu lire le Nouveau Testament dans sa langue d’origine. Les châtiments corporels assuraient l’obéissance des élèves.

En 366, il continue ses études à Madaure, une ville proche de Thagaste. Il lit les auteurs grecs et latins comme Homère (ix° ou viii° av. J.-C. ?), le poète comique Térence (190-159 av. J.-C.), l’orateur et homme politique Cicéron (106-43 av. J.-C.), homme politique et historien Salluste (86-35 av. J.-C.), le poète Virgile (70-19 av. J.-C.), le spécialiste d’agriculture Varron (116-27 av. J.-C.) et d’autres qui étaient des “classiques”. Deux types d’enseignants se succèdent, le grammaticus qui se livre à des explications de texte et apprend la grammaire puis le rhetor, en français rhéteur qui apprend l’art oratoire ou rhétorique. Cet enseignement vise à former un futur haut fonctionnaire ou un avocat (cf. Confessions, I, 18). La rhétorique, c’est-à-dire l’art de bien parler, a toujours eu dans l’Antiquité un rôle politique et judiciaire malgré l’extension de l’empire et du pouvoir absolu de l’empereur :

« Ceux qui avaient suivi l’enseignement d’un rhéteur étaient supposés avoir développé une intelligence plus vive, un discours plus raffiné et un comportement plus harmonieux et respectable que quiconque. Ils en gardaient la marque pour le restant de leur vie. À la fin de l’Empire, l’entraînement rhétorique, qui fleurissait dans le monde grec depuis le iv° siècle av. J.-C. n’avait rien perdu de son importance. La rhétorique demeurait la « reine des disciplines » parce qu’elle s’occupait de ce qui restait important dans la vie publique de l’Antiquité tardive – la façon dont les notables se confrontaient verbalement à leurs supérieurs officiels, à leurs pairs et aux hommes soumis à leur pouvoir et à leur protection. » Peter Brown (né en 1935), Pouvoir et persuasion dans l’Antiquité tardive. Vers un empire chrétien (1992), Paris, éditions du Seuil, 1998, pp.65-66.

En 369-370, il interrompt ses études car son père manque de moyens. Il traîne avec des garçons de son âge. Ici se place le fameux épisode du vol des poires qui eut lieu chez un voisin (cf. Confessions, II, 4). Il le repensa comme le signe d’une volonté intrinsèquement maligne. Il est possible comme déjà Pierre Courcelle (1912-1980) l’avait souligné dans ses Recherches sur les Confessions de Saint Augustin parues en 1950, d’y voir le symbole du « fruit défendu volé dans le jardin d’Eden » (cf. Pierre Hadot, Éloge de la philosophie antique, Editions Allia, 1999, p.15). Patricius meurt après avoir obtenu d’un certain Romanianus un ami de la famille et un évergète (cf. Henri-Irénée Marrou, 1904-1977, Saint Augustin et l’augustinisme, Paris, Seuil, 1955, p.13), une sorte de bourse d’étude pour son fils à Carthage et surtout après avoir été converti par son épouse au dernier moment et donc à temps pour éviter les flammes de l’Enfer.

Augustin reprend ses études à Carthage à l’automne 370. La cité est la seconde ville de la partie occidentale de l’Empire romain par sa population après Rome. Il approfondit son étude de la rhétorique. A-t-il eu une vie étudiante particulièrement dissolue comme il le laisse entendre (cf. Confessions III, 1 « Je vins à Carthage, où je me trouvai aussitôt environné de toutes parts des feux de l’amour infâme. » p.87) ou exagère-t-il ses fautes ? Toujours est-il qu’il se reconnaît une passion pour le théâtre, passion coupable pour le chrétien lorsqu’il le redeviendra (cf. Confessions, III, 2). En outre, il fut un étudiant aussi turbulent que seront ses futurs élèves (cf. Confessions, V, 8, p.164). Rapidement il a une liaison avec une femme à l’automne 371. Elle devient sa concubine. Son nom nous est à jamais inconnu. Elle lui donnera l’été de l’année suivante un fils, Adéodat (cf. Confessions, IV, 2, p.117).

En 373, il lit l’Hortensius de Cicéron, traité perdu, qui semble avoir été un protreptique, c’est-à-dire un texte écrit pour convertir à la philosophie. C’est ce qui se passe avec Augustin. Il écrit à sont propos :

« cet amour de la sagesse est appelé par les Grecs Philosophie ; et c’était à l’amour de cette science que ce livre m’enflammait. » Augustin, Confessions, III, 4, p.95.

Toutefois, à l’étonnement d’un moderne, il se tourne vers la Bible. Pourquoi ? On peut penser qu’Augustin se méfiait de la philosophie des païens comme Saint Paul l’exige :

« Prenez garde que personne ne vous trompe par la Philosophie, et par de vaines subtilités, en suivant plutôt les traditions des hommes et les maximes du monde, que l’Esprit de Jésus-Christ, en qui la plénitude de la divinité réside corporellement. » La Bible, Nouveau Testament, Paul, Epître aux Colossiens, 2, 8, cité par Augustin, Confessions, III, 4, p.95.

C’est la dernière interprétation sur la marché, celle de Jean-Luc Marion dans Au lieu de soi. L’approche de Saint Augustin (Paris, P.U.F., « Épiméthée », septembre 2008, p.23). En ce sens, qu’il se soit tourné vers la Bible irait en quelque sorte de soi. Toutefois, une telle interprétation présuppose ce qui est en question puisqu’au moment où il se tourne vers la Bible, Augustin n’est pas encore redevenu chrétien catholique.

On peut soutenir que chrétien par sa mère, il se serait tourné d’instinct vers la Bible comme Lucien Jerphagnon le soutient (Saint Augustin. Le pédagogue de Dieu, Paris, Gallimard, 2002, « Découvertes », p.32). L’explication par l’instinct revient à ne rien expliquer car il va lui falloir neuf ans pour revenir au christianisme qu’il a abandonné.

Si on évoque « le réflexe de son éducation chrétienne » (Marrou, p.25), reste à se demander quel rapport entre la Bible et la philosophie.

Tout laisse donc à penser que la Bible passait généralement pour un texte qui pouvait satisfaire un « philosophe », c’est-à-dire qu’Augustin vivait à une époque où le christianisme catholique se présentait comme la « vraie philosophie » (Sur cet aspect, Pierre Hadot a écrit de belles pages dans son ouvrage, Qu’est-ce que la philosophie antique ?, Paris, Gallimard, « Folio essais », 1995, p.355 et sq. ; pour le cas Augustin, Peter Brown est convaincant dans La vie de saint Augustin, 1967, 2000, Paris, Éditions du Seuil, 1971 et 2001, p.51).

Or, la Bible le déçoit tant au niveau du contenu que de la forme qui heurte son sens classique de la beauté (cf. sa réinterprétation en Confessions, III, 5). Va-t-il se tourner vers la philosophie à proprement parler ? Nullement. Il adhère bientôt au manichéisme, église assez répandue en Afrique romaine et où se trouvaient des gens influents.

Le manichéisme est une doctrine qui provient de Mani (216-277), un prophète né en Babylonie dans une secte judéo-chrétienne. Il eut une révélation. Le Saint-Esprit promis par le Christ lui est apparu. Il prône alors le « vrai christianisme ». Il se présente aussi comme le successeur de Zarathoustra du côté de l’Asie centrale et comme celui du Bouddha en Chine. Pour le manichéisme, à l’instar du gnosticisme, il y a deux principes, celui du bien et celui du mal. Il y a deux divinités, un dieu bon, le Christ, et une sorte de mauvais démiurge qui a fabriqué le monde matériel. Le premier s’exprime dans le Nouveau Testament, le second dans l’Ancien Testament. Les deux principes luttent et la révélation promet que le bon principe permettra aux âmes enfermées de sortir de la matière. Le manichéisme se présente aussi comme une doctrine scientifique ou philosophique rationnellement démontrée et en même temps comme une doctrine pour initiée. Les manichéens ont des prêtres, les Élus, soumis à de nombreuses prescriptions distinctes de celles des simples fidèles. Ils doivent s’abstenir de toute vie sexuelle, surtout de procréer. Ils doivent refuser la nourriture carnée qui appartient au règne du mal et des ténèbres. Les fruits aux belles couleurs sont valorisés parce qu’ils appartiennent au règne du bien et de la lumière. Les simples fidèles ou Auditeurs quant à eux doivent aider les élus et espérer ainsi se réincarner en Élu dans une autre vie. Augustin devint un Auditeur (les cathares du Moyen Âge seront de lointains descendants des manichéens).

Augustin revient à Thagaste où il ouvre une école pour y enseigner la rhétorique. Sa mère rompt avec lui à cause de sa conversion au manichéisme. Toutefois, elle aurait eu un songe annonçant son futur retour au catholicisme (cf. Confessions, livre III, chapitre 11). Les conseils d’un évêque aidant, Monique se réconcilie avec son fils.

L’année suivante, il retourne à Carthage. Il occupe la chaire municipale de rhétorique (la législation impériale obligeait les cités à payer les professeurs publics). Il y restera jusqu’en 383. Il semble avoir été un bon maître au témoignage de ses anciens élèves, notamment Alypius qui deviendra son ami (cf. Confessions, VI, 7, p.196). Toutefois, les étudiants étaient pour le moins turbulents. Ils pénétraient dans les autres cours et faisaient preuve d’insolence (cf. Confessions, V, 8, pp.163-164). Il compose son premier traité, perdu, le De pulchro et apto (De la beauté et de la convenance).

Il rencontre le manichéen Faustus ou Fauste de Milève (†~390). Faustus pensait que l’Église catholique était non une hérésie chrétienne par rapport au manichéisme mais une secte païenne selon le témoignage d’Augustin dans son Contre Faustus. Augustin commence à douter de la valeur des conceptions manichéennes, notamment du point de vue scientifique. Cet aspect n’est pas à négliger car il montre que la crédibilité « scientifique » – Augustin dit « philosophique » – est importante dans l’Antiquité dans le milieu de la culture (cf. Confessions, V, 3). Son éloignement du manichéisme le conduit à s’approcher du scepticisme de la Nouvelle Académie (cf. Confessions, V, 10, p.170).

Ce terme désigne l’école de Platon à partir d’Arcésilas (~315-~241 av. J.-C.) et de ses successeurs dont le plus célèbre est Carnéade (~219-128 av. J.-C.). Revenant au non savoir de Socrate, les philosophes de la Nouvelle Académie interprètent Platon du côté du doute. D’où la parenté avec le scepticisme même si les sceptiques quant à eux ont toujours refusé la confusion. Augustin fait bien la distinction (cf. Confessions, V, 10, pp.170-171).

Toutefois Augustin ne sera jamais l’homme du « mol oreiller du doute » pour reprendre une expression célèbre que l’on attribue à Montaigne (Essais, III, 13 De l’expérience : « O que c’est un doux et mol chevet, et sain, que l’ignorance et l’incuriosité, à reposer une teste bien faicte. »).

En 383, il gagne Rome pour y poursuivre sa carrière de professeur, encouragé par sa pieuse mère qui ne négligeait pas la réussite toute temporelle de son fils. Dans un milieu où l’important est d’avoir plus de voitures que les autres, il court après les élèves pour gagner de l’argent et est souvent trompé. Car, si les étudiants romains étaient moins turbulents que ceux de Carthage, ils étaient moins honnêtes différant de payer ce qu’ils devaient à leurs professeurs.

En 384, c’est grâce à ses amis manichéens qu’il est introduit auprès de Symmaque (~342-~403), le préfet de la ville de Milan, véritable capitale de l’Empire à ce moment (cf. Confessions, V, 13). Symmaque est un homme cultivé et un des derniers représentants du paganisme. Augustin est nommé grâce à lui au poste prestigieux de professeur de rhétorique à Milan, poste qui ouvrait à une carrière dans la haute administration impériale. Augustin est au faîte des honneurs. Il partage son temps entre ses cours du matin et les visites aux personnages importants qui peuvent lui permettre de progresser dans sa carrière de fonctionnaire impérial. (cf. Confessions, VI, 11, p.207). Il a rencontré l’évêque Amboise (340-397), cousin de Symmaque, qui va jouer un rôle certain dans son retour au catholicisme. Augustin à qui sont confiés des discours importants, notamment un panégyrique pour célébrer le jubilé de l’empereur Valentinien II (371-375-392), se détache du manichéisme et se rapproche de la religion officielle de l’empire, le catholicisme. Faut-il penser que foi et carrière s’allient ?

Au printemps de 385, Monique le rejoint à Milan. Soucieuse de la carrière de son fils, elle veut lui faire faire un beau mariage. La jeune femme avec qui il vivait est renvoyée en Afrique. On sait par Augustin qu’elle lui fit vœu de lui rester fidèle (cf. Confessions, VI, 15). Le comportement peu chrétien et peu charitable de Monique peut s’expliquer par l’interdiction légale pour quelqu’un comme Augustin qui appartient à la classe des honestiores d’épouser une femme de la classe inférieure des humiliores (cf. Marrou, Saint Augustin et l’augustinisme, p.24). On ne peut qu’être surpris que le christianisme de la future sainte Monique s’accommode si facilement d’une législation pour le moins discutable. Son fils, Adéodat, reste avec lui. Augustin se trouve une nouvelle maîtresse en attendant le mariage.

Sa vision de la Bible commence à changer grâce aux prêches d’Ambroise. Il lit de façon allégorique des textes dont le sens littéral heurtait Augustin. En outre, Ambroise utilisait le néoplatonicien, Plotin (205-270), pour interpréter la Bible. Il avait été formé par Simplicianus ou Simplicien, qui lui succédera. Simplicianus fut un intime de Marius Victorinus (280 ?-365), un rhéteur célèbre converti au catholicisme en 357 (Augustin en donne le récit dans les Confessions, VIII, 2) et traducteur de Porphyre (III° siècle) voire de Plotin (cf. Lucien Jerphagnon, né en 1921, Histoire de la Rome antique, Paris, Tallandier, 1987, pp.471-472).

En 386, il médite sur le mystère du mal. À partir du mois de mai, il découvre directement les livres des « platoniciens », c’est-à-dire de ceux que nous nommons les néoplatoniciens. Dès lors, les questions du mal, du bien, de l’âme et de Dieu s’en trouvent modifiées. En effet, le néoplatonisme permet de penser des réalités qui ne sont pas matérielles. Il permet de penser que les réalités intelligibles sont plus nobles, plus réelles, que les réalités matérielles qui en dérivent pour ce qu’elles ont de positif. Il permet de penser le mal comme moindre être sans présupposer une source du mal différente du Principe suprême. Dans l’Antiquité tardive, le néoplatonisme est la philosophie. Il a amalgamé les autres écoles qui s’en distinguaient, à savoir l’aristotélisme, le stoïcisme et l’épicurisme.

Augustin a dû lire à ce moment là Plotin et peut-être son disciple Porphyre. Il lit les Lettres ou Épîtres de Paul (~10-~64) du Nouveau testament. La conception néoplatonicienne et la conception chrétienne ne sont toutefois pas conciliables. La première repose sur l’idée qu’un Premier Principe, l’Un, est la source éternelle de toutes les réalités, intelligibles et sensibles. Les dieux du paganisme en dérivent. L’âme, réalité intelligible, peut retourner à sa source en rompant avec le corps qui n’appartient pas essentiellement au moi. La conception chrétienne est celle d’un Dieu qui est une personne. Il se présente à Moïse en disant :

« Je suis celui qui suis. » La Bible, Ancien Testament, Exode, 3, 14.

Ce Dieu a créé un monde destructible. L’homme a péché et est condamné. Pour le sauver, Dieu s’est incarné. Il promet la résurrection des corps à ceux qui ont la foi. L’homme est donc âme et corps pour le christianisme. Il méprise la chair, soit le corps corrompu mais non le corps lui-même.

Le néoplatonisme est une philosophie qui exige une rigoureuse formation intellectuelle, à commencer par les mathématiques. Elle n’est accessible qu’à un petit nombre. Le christianisme est une religion. Elle accueille tous ceux qui ont la foi quelle que soit leur culture.

Nouvelles étapes vers sa conversion : Augustin consulte le théologien Simplicianus (Simplicien) (cf. Confessions, VIII, 1). Puis il reçoit la visite de Ponticianus. Il lui fait connaître la Vie de Saint Antoine de (saint) Athanase (~293-373).

C’est à la fin de juillet ou au début d’août que se situe l’ultime révélation dans le jardin de Milan qui l’amènera à son retour définitif au christianisme catholique. Augustin entend la voix d’un enfant qui lui dit : « Prends et lis ; prends et lis » (« Tolle, lege, tolle, lege ! » Confessions, VIII, 9). Il ouvre un passage de Saint Paul

« Ne vivez pas dans les festins, dans les excès de vin, ni dans les voluptés impudiques, ni dans les querelles et les jalousies ; mais revêtez-vous de Notre-Seigneur Jésus-Christ, et ne cherchez pas à contenter la chair dans ses convoitises. » La Bible, Nouveau Testament, Epître aux Romains, 13, 13-14.

Il se convertit. On peut penser que tout dans cette scène est « si simple et si naturel » (cf. Marrou, Saint Augustin et l’augustinisme, p.32). On peut aussi penser que ce récit n’a de valeur que symbolique comme Pierre Courcelle l’avait soutenu et Pierre Hadot après lui. (cf. Hadot, Éloge de la philosophie antique, Editions Allia, 1999, pp.13-14).

À l’automne, il renonce à ses fonctions de professeur de rhétorique. Il se retire non loin de Milan avec sa mère, son frère, son fils, des cousins et des disciples dans une villa prêtée par un ami et collègue, le grammairien Verecundus, à Cassiciacum (aujourd’hui Cassago de Brianza, à 40 kilomètres environ de Milan, près du Lac de Côme) (cf. Confessions, IX, 3). Il y rédige ses premières œuvres. Dans le Contre les philosophes de l’Académie, il critique les arguments qui remettent en cause la possibilité de trouver la vérité. Dans De la vie heureuse, il reprend à nouveaux frais la question classique des philosophes. Dieu y joue les premiers rôles. De l’ordre permet de résoudre le problème du mal en tenant compte de la totalité. Leibniz (1646-1716) s’en souviendra dans ses Essais de Théodicée (1710). Les Soliloques, un néologisme, désignent le dialogue entre son âme et sa raison. La seconde invite la première de cette façon :

« Ne cesse pas d’avoir confiance en Dieu, abandonne-toi à Lui aussi complètement que tu le pourras. N’aspire pas à n’appartenir qu’à toi-même, à être pleinement indépendant, fait plutôt profession d’être l’esclave de ce Dieu plein de clémence et de bonté. » Augustin, Les Soliloques, I, 15 (30).

Au début de l’année 387, il rentre à Milan. Il y rédige un traité qui empile les preuves de L’immortalité de l’âme. Dans la nuit pascale du 24 au 25 avril, il reçoit le baptême des mains d’Ambroise en compagnie de son ami Alypius, futur évêque de Thagaste, et de son fils Adéodat. Il décide de reprendre le cursus entier des études, grammaire, rhétorique, dialectique, musique, géométrie, astronomie. Une Grammaire est écrite, elle est perdue. Il publie De la musique, un traité de métrique.

À l’automne, alors qu’il veut retourner en Afrique, il est bloqué dans le port d’Ostie par l’usurpation de Maxime. Il y connaît une expérience mystique en compagnie de sa mère. Monique meurt peu après. Il séjourne à Rome. Il rédige un opuscule sur et contre Les Mœurs des manichéens, un dialogue sur La Dimension de l’âme pour montrer qu’elle est d’essence spirituelle. Le montre notamment l’abîme qu’est la mémoire. Il entreprend Le libre arbitre où Dieu est absout du mal et l’homme convaincu d’en être seul responsable par sa désobéissance. Le traité laisse à penser que par sa seule volonté l’homme peut faire le bien. Un certain Pélage retiendra la leçon (cf. Peter Brown, La vie de Saint Augustin (1967, 2000), Paris, Gallimard, « Folio essais », 2001, p.192). Sur ce point, Augustin évoluera. On y trouve aussi une des versions des textes que les contemporains de Descartes ont relevée comme étant une anticipation du principe de la philosophie cartésienne, soit dans le latin des Principes de la philosophie (1644), le « cogito, ergo sum » :

« (Alypius dialogue avec Evodius)

– Et pour partir d’une vérité claire, je te demanderai d’abord si toi-même tu existes. Mais peut-être crains-tu de te tromper en cette question, quand tu ne pourrais certainement pas te tromper si tu n’existais pas ?

– Passe plutôt à la suite.

– Il est donc clair que tu existes ; et, puisque tu n’en aurais pas l’évidence, si tu ne vivais pas, il est donc aussi clair que tu vis. » Augustin, Le libre arbitre, II, 3.

Descartes, quant à lui, a fermement refusé cette paternité, et avec raison. Car, c’est la vie et non l’existence du moi qu’Augustin établit (« ego sum, ego existo » « moi, je suis, moi, j’existe » pourrait-on traduire l’expression du premier principe de Descartes dans la seconde de ses Méditations métaphysiques de 1642).

L’été de 388 vit la fin de l’usurpation de Maxime. À l’automne, Augustin prend la mer pour l’Afrique. Arrivé à Thagaste, il vend les propriétés de son père et forme avec ses amis une sorte de communauté monastique.

En 389, il écrit Le Maître. Il est le verbe divin, la sagesse éternelle que chacun peut consulter en lui.

« Pour toutes les choses que nous comprenons, ce n’est pas une parole résonnant au dehors que nous consultons à leur sujet, mais c’est la vérité qui gouverne l’esprit lui-même au-dedans, les mots peut-être nous avertissant de le faire. Or, celui que nous consultons ainsi, voilà le Maître, celui dont il est dit qu’il habite dans l’homme intérieur, le Christ, c’est-à-dire la force immuable de Dieu et la Sagesse éternelle. Toute âme raisonnable le consulte, mais il ne se révèle à chacun que suivant sa capacité, en raison de sa bonne ou mauvaise volonté. » Augustin, Le Maître, 11.

Il perd son fils Adéodat et son ami Nebridius pendant cette période. Il publie Des mœurs de l’Eglise catholique contre les manichéens. Il donne un Commentaire anti-manichéen de la Genèse.

En 390 il publie De la vraie religion dont il prend soin d’organiser la diffusion afin de mieux combattre le manichéisme. Il combat également la philosophie platonicienne dans le traité en tentant de montrer que c’est la religion catholique qui la réalise.

« Si donc ces hommes [les anciens philosophes de l’ère païenne] pouvaient maintenant revenir à la vie, ils apprendraient quelle autorité dirige si facilement les hommes ; et en changeant quelques mots, quelques principes, ils deviendraient chrétiens, comme le sont devenus un si grand nombre de platoniciens de nos jours. Si au contraire, persistant dans leur orgueil et leur jalousie, ils ne reconnaissaient point et n’embrassaient point la vérité, comment pourraient-ils, avec leur âme fangeuse et souillée, prendre de nouveau leur essor vers ce qu’ils montraient comme le seul objet à désirer et à convoiter ? » Augustin, De la vraie religion, IV.

Jusqu’en 391, il mène en apparence une vie monastique à Thagaste. Il se rend à Hippone (l’actuelle Annaba sur la côte algérienne). Il est reconnu par Valerius, l’évêque d’origine grec qui s’exprimait fort mal en latin. Valerius connaissait sa réputation. Il est choisi par la foule dans l’église au cri de « Augustin prêtre » comme il en fit le récit dans le Sermon 355. Il est ordonné prêtre en janvier. A-t-il été arraché par les autres à la vie monastique à laquelle il aspirait ou bien a-t-il décidé d’être un homme d’Église ? Il écrit un traité sur Le Mensonge où il montre que la vérité est une valeur absolue. Il commence les Développements sur les Psaumes (jusqu’en 422).

En 394, il rédige le Psaume alphabétique, en latin populaire et en vers rythmés. Puis il donne des Commentaires de (Saint) Paul.

En 395, il est nommé coadjuteur, puis évêque d’Hippone, tâche à laquelle il se consacrera jusqu’à sa mort. La ville d’Hippone n’était nullement une ville sans importance. C’était la deuxième ville après Carthage en Afrique romaine. Augustin organise autour de lui une communauté où chacun donne ses biens. L’ascétisme est de règle. En matière de nourriture il est modéré. En matière sexuelle, il est radical. L’essentiel de l’activité est ecclésiastique. Tous les jours l’évêque doit célébrer la liturgie, administrer les sacrements. La prédication est une de ses tâches tous les dimanches et les jours de fêtes. On comprend qu’Augustin ait laissé plus de cinq cents Sermons. Il instruit les nouveaux convertis et les futurs baptisés. Il intervient en faveur des faibles auprès des puissants. L’évêque joue ainsi le rôle qui était tenu jusque là par le philosophe avec qui il est en concurrence et qu’il finira par évincer (cf. Peter Brown, Pouvoir et persuasion dans l’Antiquité tardive, p. 145 et sq.). Last but not least, l’évêque est juge. Comme l’écrit Marrou :

« l’Empire chrétien s’acheminait vers un type de Chrétienté déjà médiéval, où le spirituel et le temporel, la compétence de l’Église et de l’État se rapprochent et se mêlent inextricablement. » Marrou, Saint Augustin et l’augustinisme, p.43.

En 396, il publie des Questions diverses à Simplicianus. Il commence Enseigner le christianisme (jusqu’en 426).

Il écrit et publie les Confessions entre 397 et 400. Peut-être que les livres I à IX qui raconte sa vie jusqu’à sa conversion ont-ils d’abord été publiés, puis les livres X à XIII. Le livre X est une confession d’Augustin au moment même où il écrit. Les livres XI à XIII commentent la Genèse et l’éclairent philosophiquement ou inversement. L’objet de l’ouvrage est de montrer que c’est Dieu qui a agi des débuts à la conversion d’Augustin et au-delà dans sa vie actuelle. Il en donnera à la fin de sa vie l’interprétation suivante :

« Les treize livres de mes Confessions célèbrent dans mes bonnes et dans mes mauvaises actions la justice et la bonté de Dieu, et excitent l’âme humaine à le connaître et à l’aimer. C’est du moins l’effet qu’elles ont produit sur moi quand je les ai écrites, et qu’elles produisent encore quand je les lis.

Ce que les autres en pensent, c’est leur affaire ; je sais toutefois que cet ouvrage a beaucoup plu et plaît encore à beaucoup de mes frères. Du premier au dixième livre, il traite de moi ; dans les trois autres, des saintes Ecritures, depuis la parole : « Dans le principe, Dieu fit le ciel et la terre, » jusqu’au repos du sabbat. » Augustin, Rétractations.

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Augustin - Biographie 2 : après les "Confessions"

Entre 398 et 404, il rédige un gros Contre Faustus le manichéen (33 livres) où il se livre à une sévère critique d’un ancien condisciple et de sa religion.

En 399, il commence son grand traité De la trinité qu’il achèvera en 422. L’objet du traité est de rendre compte du fait que Dieu est trois tout en étant un, ce qu’y amusait les païens. Augustin voulait aussi instruire les chrétiens et ramener dans le droit chemin les hérétiques. On y trouve un des textes où Augustin semble anticiper sur Descartes :

« On n’est aucunement justifié à dire que l’on connaît une chose tant que l’on en ignore la substance. C’est pourquoi lorsque la pensée se connaît, elle connaît sa substance, et dès qu’elle est certaine de soi, elle est certaine de sa substance. (…) Tout ce que l’on exige d’elle, en lui ordonnant de se connaître, c’est qu’elle soit certaine de ne pas être l’une des choses dont elle n’est pas certaine, et qu’elle soit certaine d’être cela seulement qu’elle est certaine qu’elle est. » Augustin, De la trinité, X, 10.

Un tel texte ne dit rien sur ce qu’est la pensée humaine. Mieux. Elle indique les conditions de la connaissance de soi sans indiquer comment elle est possible. Or, pour Augustin, la pensée s’ignore puisque seul Dieu connaît vraiment la pensée qui est mienne. Aussi son propos est-il bien différent de celui de Descartes.

Entre 400 et 412 environ, Augustin livre bataille contre le donatisme. Ce mouvement, du nom de Donat (†355), un évêque de Carthage, était né après la dernière grande persécution de 303-304 (à laquelle le philosophie “néoplatonicien” Porphyre (234-305) avait participé, celle de Dioclétien (245-313), qui régna de 284 à 305). Donat, considérait que ceux qui avaient failli ne pouvaient administrer les sacrements. Il les rebaptisait. L’Église donatiste devint plus puissante que l’Église catholique en Afrique. Elle avait des milices violentes et fanatiques – aux yeux des catholiques. C’est qu’elle recrutait chez les Berbères peu romanisés et dans le prolétariat agricole exploité par les grands propriétaires (cf. Marrou, Augustin et l’augustinisme, pp.50-51).

En 401, il commence son Commentaire littéral de la Genèse qu’il achèvera en 414.

En 404, Augustin donne La Catéchèse des débutants.

En 406-407, ce sont les Traités sur saint Jean qui seront repris et achevés en 418.

Rome est prise et saccagée par Alaric et ses Wisigoths qui y pénètre le 24 août 410. Ce coup de tonnerre dans le ciel en apparence serein du monde antique est à l’origine de La cité de Dieu. En effet, les chrétiens étaient accusés par les derniers païens d’être responsables, de la disparition des ancestrales vertus romaines. Les cultes antiques venaient d’être définitivement interdits en 408 par un édit de l’empereur Honorius. C’est ainsi que le sénateur Volusien qui n’était pas encore chrétien écrivait :

« Si de tels malheurs ont atteint l’État, c’est le fait des empereurs chrétiens qui observent de leur mieux la religion chrétienne ; la chose est claire » Marcellin, Epist. Ad Augustinum, CXXXVI, 2, C.S.E.L. t. 44, p. 95, 6. Cité dans Courcelle, Histoire littéraire des grandes invasions germaniques, Paris, 1948, p. 68.

C’est à cette accusation qu’Augustin répond comme il l’expliquera plus tard :

« En ce temps, Rome fut envahie par les Goths, sous le commandement du roi Alaric ; et elle fut presque détruite par le désastre de cette mémorable défaite. Ce désastre, les adorateurs de la multitude des faux dieux que nous nommons en langage ordinaire les Païens, s’efforcèrent de l’attribuer à la religion chrétienne, et commencèrent à blasphémer avec plus d’amertume et plus d’ardeur que jamais contre le vrai Dieu. Enflammé du zèle de la maison du Seigneur, j’entrepris d’écrire, contre leurs erreurs ou leurs blasphèmes, les livres de la Cité de Dieu. » Augustin (Saint), Rétractations.

La Cité de Dieu contient le troisième des textes qu’on invoque pour faire d’Augustin un précurseur de Descartes et de son « cogito ergo sum ».

« Car nous sommes, et nous connaissons que nous sommes, et nous aimons notre être et notre connaissance. Et nous sommes assurés de la vérité de ces trois choses. Car ce n’est pas comme les objets de nos sens qui nous peuvent tromper par un faux rapport. Je suis très certain par moi-même que je suis, que je connais et que j’aime mon être. Je n’appréhende point ici les arguments des Académiciens, ni qu’ils me disent : Mais vous vous trompez ? Car si je me trompe, je suis, puisque l’on ne peut se tromper si l’on est. Puis donc que je suis, moi qui me trompe, comment me puis-je tromper à croire que je suis, vu qu’il est certain que je suis si je me trompe ? Ainsi puisque je serais toujours moi qui serais trompé, quand il serait vrai que je me tromperais, il est indubitable que je ne me puis tromper lorsque je crois que je suis. » Augustin, Cité de Dieu, XI, 26.

On peut croire reconnaître le « cogito ergo sum » de Descartes. Pourtant, il y a une différence essentielle, voire une opposition radicale, c’est que l’affirmation de l’existence de celui que les Académiciens prétendent se tromper n’est pas un principe premier. Dès lors, Augustin n’a pas découvert le cogito. Il a simplement énoncé que le « je suis » est une vérité, une vérité parmi d’autres.

La Cité de Dieu vise à montrer la distinction entre deux cités :

« Deux amours ont bâti deux cités : l’amour de soi jusqu’au mépris de Dieu fit la cité terrestre ; l’amour de Dieu jusqu’au mépris de soi fit la cité céleste. » Augustin, Cité de Dieu, XIV, 28.

En 411, une conférence réunissant des évêques donatistes et des évêques catholiques à laquelle Augustin participe amène à la condamnation des premiers par le pouvoir impérial. Augustin admet la persécution des hérétiques par l’État comme le montre sa lettre au comte Boniface (lettre 185). Cette thèse aura des conséquences incalculables au Moyen Âge.

En 412, il échange des lettres avec Marcellin et Volusien. C’est l’année où commencent les longues controverses avec les Pélagiens. On nomme ainsi les disciples de Pélage (~370-~340), moine par le mode de vie mais laïque du point de vue ecclésiastique. Etabli à Rome vers 400, il se retrouve en Afrique après la prise de Rome. Il tente d’entrer en contact avec Augustin. Celui-ci dans un cours billet de douze lignes refuse. Pélage, lecteur des Confessions, soutenait que la faute d’Adam ne corrompait pas irrémédiablement les hommes. Aussi grâce au libre arbitre et sans que la grâce divine ne soit absolument nécessaire, chaque homme peut se sauver. Une telle conception heurtait et la théologie d’Augustin et sa propre expérience de converti. Augustin publie Des pêcheurs : mérites et rémission.

En 414, Augustin décide de ne plus s’occuper d’affaires extérieures à son diocèse.

En 415, il achève De la nature et de la Grâce. Il y dénonce la conception de la volonté de Pélage selon laquelle le péché n’étant valable que pour Adam, tout homme peut grâce à son libre arbitre, user de la grâce qui lui est offerte. Pour Augustin au contraire, sans la grâce, l’homme ne peut pas vouloir le bien. Il est corrompu par le péché originel. Cet apparent refus du libre arbitre sera à la source des doctrines protestantes de Luther (1483-1546) et de Calvin (1509-1564). Il sera également à la source du jansénisme.

En septembre 413, le tribun Marcellin, l’ami d’Augustin, est exécuté en même temps que son frère pour une supposée trahison.

En 418, Augustin écrit De la Grâce du Christ et du péché originel où il revient sur son opposition à la pensée de Pélage. Celle-ci est maintenant défendue par Julien d’Éclane. Il remarque la difficulté du débat en ces termes :

« Quand on défend le libre arbitre, on a l’air de nier la grâce ; quand on affirmer la grâce, on a l’air de nier le libre arbitre. »

Il faut donc comprendre que lui-même ne nie ni l’un ni l’autre, conformément à la doctrine catholique.

Il publie également Du mariage et de la concupiscence.

En 421 et 422 il écrit son Contre Julien, le théologien pélagien qui lui causa des difficultés théoriques mais l’amena à persévérer dans sa doctrine de la grâce. Il écrit également l’Enchiridion où on trouve une définition néoplatonicienne du mal :

« Mais ce qu’on appelle le mal, qu’est-ce autre chose que la privation d’un bien ? » Augustin, Enchiridion, 3.

D’un point de vue chrétien, il justifie le mal, y compris le péché comme étant en quelque sorte nécessaire et prévu par Dieu.

« Dans la création, il n’est pas jusqu’on appelle le mal qui ne soit bien ordonné et mis à sa place de manière à mieux faire valoir le bien, qui plaît davantage et devient plus digne d’éloges quand on le compare au mal. En effet le Dieu tout-puissant, auquel, ainsi que le reconnaissent même les infidèles, appartient le souverain domaine de toutes choses (Énéide, x, 100) puisqu’il est souverainement bon, ne laisserait jamais un mal quelconque exister dans ses œuvres s’il n’était assez puissant et bon pour faire sortir le bien du mal lui-même. » Augustin, Enchiridion, 3.

En 425 il écrit De la Grâce et du libre arbitre.

En 424, il achève La Cité de Dieu.

En 426, il donne à son successeur désigné, le prêtre Heraclius, l’essentiel de ses fonctions ecclésiastiques afin de libérer du temps pour son œuvre. Il entreprend de la revoir. Aussi commence-t-il à écrire les Rétractations, ouvrage qui fait le point et l’histoire de tout ce qu’il a écrit jusque là.

En 429, il rédige encore De la prédestination des saints où il insiste sur le fait que tous ne seront pas sauvés. Dans Du don de la persévérance, il donne un conseil relatif au débat qui l’oppose au pélagianisme :

« Ne nous efforçons pas de pénétrer ce qui est impénétrable et de comprendre ce qui est incompréhensible. »

Le 28 août 430, Augustin meurt dans Hippone assiégée par les Vandales. Installés en Espagne depuis une vingtaine d’années, ils décidèrent de s’installer dans l’Afrique romaine sous la conduite de leur roi, Genséric (~399-477).

L’œuvre d’Augustin fut catalogué et conservé par son collègue Possidius de Calama qui écrira sa première biographie après 439.

Au concile œcuménique d’Ephèse, en 431, le pélagianisme est condamné. L’empereur Valentinien III (419-424-455) qui ne connaissait pas encore la nouvelle, avait convoqué Augustin quelques semaine après sa mort, tant sa réputation était grande.

En 476, Romulus Augustule (460-511) est déposé : c’est la fin de l’Empire romain d’Occident.

 

 

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Bergson - Biographie

     Henri Bergson est né le 18 octobre 1859 à Paris. Son père, Michel Bergson (1820-1898) était un pianiste et compositeur juif polonais exilé. Sa mère, Catherine Levison (1834-1928), était une juive anglaise. Elle ne lui parla qu’en anglais. Il fut élevé dans la tradition juive. Il est le second enfant d’une phratrie qui en comptera sept.

En 1863, son père est nommé au Conservatoire de Genève. Toute la famille y déménage.

Le 28 février 1865 naît, à Genève, sa sœur Moina (1865-1928).

En 1866, la famille revient à Paris. Son père ne connaît pas un succès suffisant.

Après un séjour en Angleterre, il revient en France vers neuf ans où il fit ses études.

À partir de 1868, il est élève au lycée Bonaparte (actuellement lycée Condorcet).

En 1870, les parents de Bergson s’installent à nouveau et définitivement à Londres. Henri est pensionnaire à l’institution Springer à Paris. L’été, il rejoint ses parents à Londres.

En 1875, il obtient le premier prix de Rhétorique au Concours général.

En 1876, il obtient le premier prix de philosophie au Concours général.

En 1877, il obtient le premier prix de mathématiques au Concours général. Il fut donc aussi brillant en science qu’en lettres.

Il s’engagea dans la section « Lettres » de l’École Normale Supérieure. Il y entre troisième en 1878 dans la même promotion que Jean Jaurès (1859-1914), premier. Il a également pour condisciple Émile Durkheim (1859-1917) le futur fondateur de la sociologie française, voire de la sociologie tout court, le futur psychiatre, Pierre Janet (1859-1947), le futur historien et évêque, Alfred Baudrillart (1959-1942). Il a comme professeur le kantien Émile Boutroux (1845-1921) et l’historien Numa Denis Fustel de Coulanges (1830-1889), célèbre auteur de La cité antique (1864).

Le 5 novembre 1880, à sa majorité donc, il opte pour la nationalité française, ce que lui donne le droit du sol. Cela valide également son entrée à l’École normale supérieure.

Il devient agrégé de philosophie en 1881 (troisième derrière Jaurès second). Il est professeur au lycée d’Angers.

En 1882, il est professeur de littérature à l’École supérieure de jeunes filles d’Angers.

En 1883, il est professeur au lycée de Clermont Ferrand. Il publie James Sully. Les illusions des sens et de l’esprit. En 1884, il est chargé de conférence à l’Université de Clermont Ferrand.

En 1884, il donne des Extraits de Lucrèce. Il est chargé de cours à l’université de Clermont-Ferrand.

En 1888, il devient professeur suppléant aux lycées Louis-le-Grand et Henri-IV à Paris.

En 1889, il enseigne au collège Rollin à Paris. Il soutient ses deux thèses de doctorat devant Émile Boutroux et Paul Janet (1823-1899). Sa thèse principale, soutenue le 27 décembre 1889 était intitulée : Essai sur les données immédiates de la conscience. Sa thèse latine était consacrée à Aristote. Elle était intitulée Quid Aristoteles de loco senserit.

En 1890, il devient professeur au lycée Henri-IV à Paris.

Il se marie en 1891 avec Louise Neuburger (1871-1946). Marcel Proust (1871-1922), cousin de la mariée par sa mère, Jeanne Weil, était son garçon d’honneur. Il fait le discours de distribution des prix au lycée Henri-IV sur le thème de « La politesse ».

En 1893, naît sa fille, Jeanne (1893-1961), handicapée ; elle ne parlait pas et n’entendait pas. Elle sera une peintre et sculpteuse. Il est professeur au lycée Henri-IV.

En 1895, il fait le discours de remise des prix du concours générale : « Le bon sens et les études classiques ».

Il publie en 1896 son deuxième ouvrage important, Matière et mémoire, essai sur les rapports du corps à l’esprit.

Il est chargé de cours en tant que suppléant au Collège de France durant l’année scolaire 1897-1898 en philosophie grecque et latine.

Il obtint un poste de maître de conférences à l’École Normale Supérieure en 1898. Il aura comme élève Charles Péguy (1873-1914). Le 9 mars son père meurt à Londres.

En 1899, Le Rire paraît dans la Revue de Paris.

En 1900, il obtient la chaire de philosophie grecque et latine au Collège de France. Il publie son essai sur Le Rire. Essai sur la signification du comique, dont le succès ne s’est jamais démenti. Ses cours connurent un grand succès. Son ancien élève, Charles Péguy, Jacques Maritain (1882-1973) et bien d’autres, vinrent l’écouter.

En 1901, il devient membre de l’Académie des sciences morales et politiques.

En 1902, il est fait chevalier de la Légion d’honneur. Il publie un article sur « L’effort intellectuel » dans la Revue philosophique.

En 1903, il publie dans la Revue de métaphysique et de morale l’« Introduction à la métaphysique ».

En 1904, il quitte sa première chaire au Collège de France pour occuper celle de philosophie moderne, succédant ainsi au sociologue Gabriel Tarde (1843-1904). Il publie dans la Revue de métaphysique et de morale « Le parallélisme psycho-physiologique ».

En 1905, les discussions entre Bergson et le psychologue Alfred Binet (1857-1911) sont retranscrites dans la séance « Esprit et matière » du Bulletin de la Société française de philosophie.

En 1906 il publie dans la Revue philosophique « L’idée de néant ».

Il publie son troisième grand ouvrage, L’évolution créatrice en 1907. Il est fait officier de la légion d’honneur.

En 1908, Bergson rencontre à Londres, le philosophe américain de l’école pragmatiste, William James (1842-1910).

En 1911, il obtient le Titre de docteur ès sciences de l’Université d’oxford. Il y prononce sa conférence La perception du changement qui sera reprise dans La pensée et le mouvant. Il donne une conférence au congrès de philosophie de Bologne : « L’intuition philosophique ». Il publie sa conférence à l’université de Birmingham : « Vie et conscience ».

En 1912, il donne à Foix une conférence « L’âme et le corps » qui sera reprise dans L’énergie spirituelle.

En 1913, il donne des cours à l’université Columbia de New York. Il obtient la présidence de la Société pour la recherche psychique (Society for Psychical Research).

En 1914, il donne les Gifford Lectures à Edimbourg. Il fut élu à l’Académie française le 12 février 1914 mais ne fut reçu qu’après la première guerre mondiale le 24 janvier 1918. Durant celle-ci, il eut une activité diplomatique secrète en Espagne et surtout aux Etats-Unis. Il participa à la mission chargée de convaincre le président Woodrow Wilson (1856-1924 ; deux mandats de 1913 à 1921) de faire entrer en guerre les Etats-Unis contre les puissances de l’axe. Son patriotisme anti-allemand fut intransigeant. Pendant ce temps, le 1er juin, l’Église catholique met ses ouvrages à l’Index.

En 1919, il publie L’énergie spirituelle, un recueil de différents articles publiés dans diverses revues. Il est fait Commandeur de la légion d’honneur. Il met fin à son activité d’enseignant.

En 1920, Bergson donne une conférence en ouverture à la rencontre philosophique d’Oxford : « Prévision et nouveauté » puis la conclut sur le thème de la technique et du supplément d’âme.

En 1921, il quitte sa chaire de philosophie moderne au Collège de France suite à sa mise à la retraite.

En 1922, il est nommé président de la Commission internationale de coopération intellectuelle (CICI), un organisme de la Société des Nations (SDN), une sorte d’ancêtre de l’actuelle UNESCO. Il publie Durée et simultanéité, ouvrage où il critiquait la conception du temps de la théorie de la relativité d’Einstein. Il rejeta ultérieurement ce livre. Le 6 avril, il rencontre Einstein lors d’un débat (publié) en séance à la Société française de philosophie. Le philosophe et le savant s’y affronte sur la question du temps.

En 1923 il est fait Grand officier de la légion d’honneur.

En 1925, ses problèmes de santé l’amène à démissionner de son poste à la CICI.

En 1928, il obtient le prix Nobel de littérature au titre de l’année 1927. Le 25 juillet, sa sœur, Moina Bergson Mathers, meurt à Londres.

En 1930, il est fait Grand-croix de la Légion d’honneur. Paraît son article « Le possible et le réel » dans la revue suédoise Nordisk Tidskrift.

En 1932, il publie Les deux sources de la morale et de la religion.

En 1934, La pensée et le mouvant, un recueil d’articles, précédé d’une introduction inédite.

Attiré par le catholicisme, il renonce néanmoins à se convertir, en raison de la montée de l’intolérance et des persécutions antisémites.

« Je serais converti, écrit-il en 1937, si je n’avais vu se préparer depuis des années la formidable vague d’antisémitisme qui va déferler sur le monde. J’ai voulu rester parmi ceux qui seront demain persécutés. »

Ayant refusé tout traitement de faveur après les lois antijuives de Vichy, il se fait recenser comme juif, il meurt bientôt à Paris le 3 janvier 1941. Paul Valéry (1871-1945) prononcera son éloge funèbre le 9 janvier devant quelques dizaines de personnes pendant que la France subira la domination de son collègue de l’Académie française, le maréchal Pétain (1856-1951).

 

 

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