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Leiris - Biographie 1 : jusqu'à la publication de "L'âge d'homme"

L’édition utilisée est :

L’Âge d’homme précédé de De la littérature considérée comme une tauromachie, Paris, Gallimard, 1939 pour le premier texte, « Folio » n°435

 

Pour cette petite biographie, je me suis très largement inspiré :

1) de la chronologie de Louis Ivert qui se trouve dans l’édition de La Règle du jeu, Paris, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », 2003, pp. xlix-ci ;

2) de la chronologie du même Louis Ivert qui se trouve sur le site http://www.michel-leiris.fr/spip/;

3) de diverses lectures relatives au surréalisme.

Je suis responsable des erreurs.

 

Michel Leiris est né à Paris le 20 avril 1901. Sa famille bourgeoise et cultivée habite le xvi° arrondissement de Paris. Marie-Madeleine Caubet (1865-1956), sa mère était une catholique fervente. Elle avait fréquenté l’université de la Sorbonne. Elle parlait couramment l’anglais. Eugène Leiris (1855-1921) son père fut agent de change. Il a été notamment l’homme d’affaires d’Eugène Roussel, puis de son fils l’écrivain Raymond Roussel (1877-1933) écrivain admiré de nombreux surréalistes. Il est le dernier d’une phratrie de quatre enfants dont Madeleine, une sœur morte en 1897 à l’âge de trois ans. Son frère aîné, Jacques (1896-1981) est le « frère ennemi » de L’Âge d’homme (p.113 et sq.). Le second, Pierre (1897-1975) est le « frère ami » (p.119 et sq.). Ses parents élèvent aussi Juliette Leiris (1888-1992), fille du frère cadet d’Eugène Leiris qui est mort avant sa naissance et dont l’épouse devenue dame de compagnie d’une aristocrate galloise ne peut s’occuper. Les Leiris la font passer pour leur fille. Elle est la grande sœur de L’âge d’homme (p.26), une preuve que la sincérité a des limites.

En 1904, ses parents s’installent dans le quartier bourgeois d’Auteuil. Michel fréquente des établissements privés.

À l’été 1908, la famille Leiris voyage en Suisse.

À partir de 1909, Marguerite Roussel (1847-1911), la mère de l’écrivain, met à la disposition des Leiris sa loge à l’Opéra. Le jeune Michel fréquente ainsi le palais Garnier. Il y acquiert une connaissance du répertoire classique mais également découvre des œuvres contemporaines comme la Salomé de Richard Strauss qui est joué en mai 1910 (cf. L’Âge d’homme, pp.92-95).

L’été, les Leiris voyagent en Belgique et aux Pays-Bas où Michel découvre l’œuvre de Rembrandt (1606-1669) à Amsterdam et à La Haye.

Au printemps 1910 les Leiris assistent à une représentation de la Carmen (1875) de Bizet (1838-1875) à Bruxelles. C’est Claire Friché (1878-1968) la « Tante Lise » de L’Âge d’homme (p.90) qui joue Carmencita (p.91). Elle est veuve de Camille Chassevent (1860-1909) un cousin de la mère de Michel (L’Âge d’homme, p.89). Le 2 juin, Juliette Leiris, sa cousine ou « sœur aînée » se marie avec Gustave Jannet (1883-1935). Le couple vit près des Leiris et Michel peut voir sa « sœur aînée » tous les jours. Durant l’été dans les Vosges, Michel est encouragé par son père à écrire ses impressions de voyage.

Le 3 mars 1911, Madeleine Jannet (1911-1966) naît (cf. L’Âge d’homme, p.26).

Le 1er mai 1912, Leiris fait sa première communion. Le 11 mai, il assiste avec ses parents à une représentation de l’adaptation théâtrale des Impressions d’Afrique de Raymond Roussel. En octobre il entre en cinquième au lycée Janson-de-Sailly à Passy, quartier plus riche qu’Auteuil.

En janvier 1914 il assiste à la première parisienne de Parsifal (1882) de Richard Wagner (1813-1883). En septembre, en raison de la guerre qui a commencé le 3 août, Michel, Juliette et Pierre sont envoyés à Biarritz. Michel tient un journal qui n’a pas été conservé. Il l’envoie à son père qui lui reproche dans une lettre son style. En octobre, il entre en classe de troisième avec un « zèle décroissant » (cf. Fourbis in Michel Leiris, La Règle du jeu, op. cit, p.416).

En juillet 1916, il finit sa classe de seconde avec les premiers prix de composition française et de latin et un renvoi pour sa mauvaise conduite. En octobre, il entre dans une boîte à bac pour faire sa première.

C’est en 1917 qu’il abandonne toute pratique religieuse. Pense-t-il déjà à se libérer de « l’emprise imbécile de la morale chrétienne » (L’âge d’homme, p.197) ? En juillet, il obtient la première partie de son baccalauréat avec l’indulgence du jury. En octobre, il commence sa classe de philosophie comme on nommait la terminale. En décembre meurt son oncle maternel, Léon Caubet (1860-1917), l’ « oncle acrobate » de L’âge d’homme qui l’a initié au cirque, au music-hall et lui a fait découvrir Charlie Chaplin (1889-1977) alias Charlot (cf. L’Âge d’homme, pp.75-79).

En 1918, Leiris découvre le jazz (cf. L’âge d’homme, p.159 et sq.), c’est-à-dire une musique de “nègres”. En juillet, il échoue à la deuxième partie du baccalauréat. Il le réussit à la session d’octobre.

En 1919, Leiris partage son temps entre sorties avec Jacques Dilly (l’homme à la tête d’épingle) et Maryse Demay (la Chouette) (cf. L’Âge d’homme, p.162 et sq.). Il est quelque temps employé de commerce.

À l’automne 1920, Leiris prépare et réussit l’examen d’entrée à l’Institut de chimie. Il y restera trois ans sans obtenir le diplôme.

Fin février 1921, il fait la connaissance de l’écrivain et poète Max Jacob (1876-1944), de Maurice Ravel (1875-1937) et Erik Satie (1866-1925). À partir du 3 mars il fréquente Max Jacob. Le 16 novembre 1921, son père décède après avoir été opéré de la prostate. Le 15 décembre Leiris commence au fort d’Aubervilliers son service militaire (cf. L’âge d’homme, p.179) qui se poursuivra à l’Institut Pasteur et qui durera deux ans, service qui lui permettra de vivre chez sa mère.

Au printemps 1922, il rencontre l’écrivain, poète et acteur Antonin Artaud (1896-1948) chez Max Jacob à Paris. Il commence son Journal qu’il tiendra avec des interruptions jusqu’à quelques mois avant sa mort. Fin juillet, il rencontre Roland Tual ( ????-1955) qui le présente peu après au peintre André Masson (1896-1987), « le peintre A.M. » de L’âge d’homme (p.186). Grâce à ce dernier, il devient un des membres du groupe de la rue Blomet qui comprend outre Tual, Masson, Artaud et lui, Georges Limbour (1900-1970). En novembre, Masson le présente au marchand d’art Daniel-Henry Kahnweiler (1884-1979) qui s’occupe notamment de Pablo Picasso (1881-1973) chez qui il fait la connaissance de sa future épouse Louise Godon (1902-1988), fille naturelle de Lucie Godon (1882-1945), la compagne de Kahnweiler. Elle passait pour la jeune sœur de sa mère. Ce secret connu de peu de personnes (dont Picasso) ne sera révélé qu’après la mort de Leiris. Le 7 décembre, il assiste à la générale de l’adaptation de Locus Solus de Roussel.

En 1923, Masson réalise, Joueur (portrait de Michel Leiris), un fusain sur papier. Il fait de multiples rencontres grâce à ses amis et relations. Il écrit. Le 15 décembre, il est libéré de son service militaire. Il abandonne ses études de chimie.

En janvier ou février 1924, il demande en mariage Louise Godon qui refuse (cf. L’âge d’homme, p.192). Il fait paraître un poème Désert de mains dans la revue Intentions. Masson expose pour la première fois en février et mars. Il rencontre Aragon (1897-1982), Paul Eluard (1895-1952), Philippe Soupault (1897-1990) et André Breton (1896-1966). Ce dernier lui achète un tableau, Les Quatre éléments. En avril, Leiris commence à s’éloigner de Max Jacob. Le 6 mai, il assiste à L’Étoile au front de Raymond Roussel. Nombre de surréalistes applaudissent pendant que de nombreux spectateurs sifflent. À l’un d’entre eux le poète surréaliste Robert Desnos (1900-1945) joignant le geste à la parole déclare : « Nous sommes la claque et vous être la joue. ». Durant l’été, il fait la connaissance de Raymond Queneau (1903-1976). C’est Limbour qui présente Leiris à Desnos en juillet. En septembre ou octobre, il rencontre Georges Bataille (1897-1962). En octobre, Breton publie le Manifeste du surréaliste, originellement la préface de Poisson soluble. En novembre, Leiris rejoint le groupe surréaliste. Le 1er décembre paraît le premier numéro de La Révolution surréaliste, la revue du groupe.

En janvier 1925, Antonin Artaud qui dirige pour un temps le Bureau de recherches surréalistes charge Leiris de constituer un « Glossaire du merveilleux » et un « Répertoire des idées surréalistes ». Ces travaux ne seront jamais achevés. À la mi-février il donne une série de récits de rêves intitulée « Le Pays de mes rêves » dans le n°2 de La Révolution surréaliste. Durant le premier trimestre, il rédige Point cardinal. Il fait partie des surréalistes qui s’allient aux communistes de la revue Clarté et à ceux du groupe Philosophies contre la guerre du Rif qui met aux prises des Marocains conduits par Abd el-Krim et l’armée française à partir du 13 avril. Le 26 avril est la date de l’achevé d’imprimer du premier livre de Leiris en collaboration avec André Masson intitulé, Simulacre, poèmes et lithographies. Le 2 juillet un banquet en l’honneur de Saint-Pol-Roux est organisé par le Mercure de France. Leiris, rossée par la foule est “sauvé” par la police qui le conduit au poste où il est passé à tabac. Il avait crié « À bas la France ! » et « Vive Abd el-Krim ! » (cf. L’Âge d’homme, p.191). En août il passe des vacances avec les Kahnweiler et Louise Godon. Il se fiance avec Louise le 7 (cf. L’Âge d’homme, pp.192-193). En septembre, un rapprochement entre les groupes Philosophies, surréalistes et Clarté est annoncé par cette revue. Durant l’hiver, les membres du groupe de la rue Blomet rencontrent ceux du groupe de la rue du Château, le peintre Yves Tanguy (1900-1955), le poète Jacques Prévert (1900-1977), Marcel Duhamel (1900-1977). Leiris les fréquentera assidûment. Le numéro 79 de la revue Clarté de décembre 1925-janvier 1926 publie « Les Illuminés. Les Faux Saulniers », une recension par Leiris de la publication du tome IV des Œuvres complètes de Gérard de Nerval (cf. L’âge d’homme, p.100).

En janvier 1926, le projet de revue La Guerre civile est annoncé par Clarté. Il devait fondre le groupe surréaliste et celui de Clarté. Il n’y aura pas de suite. Peut-être comme l’a soutenu bien plus tard un ancien du groupe Clarté, Victor Crastre dans Le drame du surréalisme (Editions le temps, 1963, p.87 et sq.), parce qu’eux, communistes, s’éloignaient du communisme pendant que quelques surréalistes s’en rapprochaient. Le 2 février Leiris se marie avec Louise Godon (la date est donnée p.193 de L’âge d’homme) et s’installe chez les Kahnweiler (cf. L’Âge d’homme, p.193). Il est un temps salarié par le couturier et mécène Jacques Doucet (1853-1929) pour un travail qui sera publié après sa mort : « Essai sur le merveilleux dans la littérature occidentale ». Durant l’été et à l’automne, Leiris publie en anglais deux textes sur les peintres contemporains, Miró et Masson dans la revue The Little Review. Le 22 août c’est en compagnie de Picasso qu’il assiste à sa première corrida à Fréjus (cf. L’Âge d’homme, p.73). Il en écrit le récit Grande fuite de neige en septembre. Il publie dans le numéro d’août-septembre de Clarté un article féroce contre Jean Cocteau (1889-1863) où il s’en prend également à Max Jacob et au poète Pierre Reverdy (1889-1960). En septembre il publie en allemand dans la revue Der Querschnitt, l’article « Paris-minuit » sur la vie nocturne et le jazz. En octobre, il devient représentant en librairie. Le 23 novembre, une assemblée de surréalistes refuse l’adhésion au Parti Communiste Français (P.C.F.). Leiris n’a pas d’avis, puis finalement opte pour une adhésion lors d’une autre assemblée le 24 décembre. C’est la période où Antonin Artaud et Philippe Soupault sont exclus ou partent du mouvement selon les versions, pour s’être opposés à l’inféodation au P.C.F. Artaud écrira quelques pamphlets contre le surréalisme et le communisme dont À la grande nuit ou le bluff surréaliste. Soupault plus discrètement se moquera de ses amis dans son roman, Le Nègre (1927). Breton, Aragon et Eluard sont les principaux surréalistes favorables à l’adhésion.

En janvier 1927, Leiris adhère au P.C.F. qu’il quitte au bout de six mois. Le Parti est occupé des querelles entre partisans de Staline (1878-1953) et partisans de Trotski (1879-1940) qui verra le triomphe des premiers en même temps que leur héros en U.R.S.S. En avril, il publie Point cardinal aux éditions du Sagittaire-Simon Kra dont la direction littéraire est assurée par Léon-Pierre Quint et Philippe Soupault. Le 11 avril Leiris s’embarque pour l’Égypte (cf. L’âge d’homme, p.139) pour sortir d’une dépression et va rejoindre Limbour qui enseigne au lycée français du Caire. Il y séjourne jusqu’au 25 juin. Il est même un court moment examinateur de français au baccalauréat pour se faire un peu d’argent. Il rentre en France en passant par la Grèce, puis l’Italie. Sa dernière contribution à La Révolution surréaliste et la dernière déclaration surréaliste qu’il signe est d’octobre.

En 1928, Leiris en compagnie de Queneau et de l’encore poète surréaliste Jacques Baron (1905-1986) apparaît au « Cercle communiste Marx et Lénine », futur « Cercle communiste démocratique », créé en 1926 par Boris Souvarine (1895-1984), qui a été exclu du P.C.F. en 1924. Le cercle s’oppose au stalinisme. Peut-être à la fin de l’année ou au début de 1929, il propose, sans succès, Aurora aux Éditions du Sagittaire.

À partir de février 1929 où il publie cinq poèmes, il collabore régulièrement à la revue les Cahiers du Sud. Il rompt avec le surréalisme. En avril paraît le premier numéro de Documents, revue fondée par Georges Henri Rivière (1897-1985), sous-directeur du musée d’ethnographie du Trocadéro, Carl Einstein (1885-1940) et Georges Bataille. En juin, il fait la connaissance par l’intermédiaire de Masson du sculpteur et peintre suisse Alberto Giacometti (1901-1960). Le 3 juin il entre à Documents comme secrétaire de rédaction. Il publie un chapitre d’Aurora dans les Cahiers du Sud et un poème dans le numéro 2 de Bifur, revue fondée par l’ex dadaïste, Georges Ribemont-Dessaignes (1884-1974). Il publie le 1er juillet un poème dans la Nouvelle Revue Française (N.R.F.). En août il fait la connaissance de Marcel Griaule (1898-1956), élève du sociologue Marcel Mauss (1872-1950), qui revient d’Éthiopie. Cette rencontre est importante pour sa carrière future d’ethnographe. Fin août, il passe des vacances en Italie. Il publie un article dans le numéro de septembre de Documents sur la « revue nègre » des Lew Leslie’s Black Birds et un autre sur Giacometti. En octobre, il publie un article sur Miró. En novembre, il fait le compte rendu de L’Île magique de William B. Seabrook sur Haïti et le culte vaudou. En novembre, sur les conseils de Bataille et avec le même médecin que lui, le Dr Adrien Borel (1886-1966), il entreprend une cure psychanalytique (cf. L’âge d’homme, p.196 et sq.). En novembre ou décembre, la publication de Glossaire j’y serre mes gloses est annoncée. Elle aura lieu plus tard. En décembre, il publie dans Documents « Une peinture d’Antoine Caron ». Dans son Second manifeste du surréalisme, Breton s’en prend aux anciens surréalistes qui ont refusé la soumission au stalinisme.

En 1930, Leiris assiste à quelques cours de Marcel Mauss à l’Institut d’ethnologie. Le 15 janvier, paraît un pamphlet collectif contre Breton intitulé « Un cadavre ». La contribution de Leiris est intitulée « Le Bouquet sans fleurs ». En février ou mars, Leiris publie un article sur le pianiste et chef d’orchestre de jazz Duke Ellington (1899-1974) « Disques nouveaux » et un premier article sur Picasso. De fin août à début septembre, il entreprend une randonnée solitaire en Catalogne qui inspire le poème « Le Promeneur de Barcelone ». Fin septembre Leiris et sa femme quittent les Kahnweiler faute de place et s’installent chez la mère de Michel dans le xvi° arrondissement. Au début de l’automne, il découvre en photographie un diptyque de Lucas Cranach l’Ancien qui le bouleverse, Lucrèce et Judith (cf. L’Âge d’homme, p.39). En novembre, il publie dans Documents « L’Œil de l’ethnographe » où il livre les raisons de son départ avec la future mission Dakar-Djibouti (cf. L’âge d’homme, p.198 et sq.). En décembre, il écrit « Lucrèce, Judith et Holopherne », un texte demandé par Bataille pour un Almanach érotique. La publication échoue.

En janvier 1931, recommandé par G. H. Rivière, Leiris est officiellement recruté par Marcel Griaule comme secrétaire-archiviste et enquêteur en ethnologie religieuse plus particulièrement chargé des sociétés et rituels initiatiques de la mission ethnographique et linguistique, Dakar-Djibouti. Il interrompt sa cure psychanalytique sur les conseils de son praticien qui l’encourage à participer à ce long voyage. En mars Leiris rédige les Instructions sommaires pour les collecteurs d’objets ethnographiques, conçues par Griaule à partir des cours de Marcel Mauss. Leurs destinataires étaient les voyageurs et les administrateurs des colonies. Le 19 mai la mission embarque. Elle comprend six personnes outre Michel Leiris : Marcel Griaule en est le chef, Marcel Larget, naturaliste est le second de la mission chargé de l’intendance, Éric Lutten chargé des enquêtes sur les technologies et des prises de vue cinématographiques, Jean Mouchet pour les études linguistiques et Jean Moufle pour les enquêtes ethnographiques. Ces deux derniers ne resteront que quelques mois. Quatre autres personnes la rejoindront ultérieurement dont le musicologue André Schaeffner et le géographe et naturaliste Abel Faivre. Du 31 mai au 9 septembre la mission séjourne à Dakar puis par le train et la route arrive à Sanga (dans l’actuel Mali). Du 29 septembre au 19 novembre Leiris étudie la langue initiatique de la société des hommes chez les Dogons. Du 20 novembre au 26 décembre avec trois membres de la mission, il se rend par la route jusqu’au golfe de Guinée puis remonte vers le nord jusqu’à Niamey (Niger) où il retrouve le reste de la mission venus en bateau par le fleuve Niger. Du 26 au 31 décembre la mission fait route vers Damatoulou (Nigeria).

Du 1er janvier au 21 février 1932 la mission quitte Damatoulou pour le Cameroun. Le 19 janvier Schaeffner rentre en France avec le Journal de Leiris. Du 22 février au 1er mars la mission séjourne à Yaoundé (Cameroun). Du 1er au 29 mars, la mission gagne par le route l’Oubagui-Chari (Centrafrique) puis le Congo belge (actuelle République démocratique du Congo) et enfin Juba (actuel Soudan). Du 29 mars au 4 avril Leiris qui séjourne à Juba écrit deux projets de préface pour la publication de son Journal. Il écrit en ce sens à sa femme et à Kahnweiler pour qu’ils prennent contact avec Malraux ou Paulhan chez Gallimard. Du 4 au 20 avril, par bateau sur le Nil Blanc puis par la route, la mission gagne Gallabat à la frontière égyptienne. Du 20 avril au 31 mai, la mission séjourne à Gallabat en attendant l’autorisation des autorités éthiopiennes (l’Éthiopie est, à cette époque, un des rares pays africains indépendant). Du 1er juin au 1er juillet la mission gagne Gondar en Éthiopie à dos de mulet et d’âne. Durant trois semaines Leiris remplace à la tête de la mission Griaule qui arrive en caravane le 20 juin. Du premier juillet au 5 décembre la mission séjourne à Gondar. À la mi-juillet la linguiste Deborah Lifchitz (1907-1943) et le peintre Gaston-Louis Roux (1904-1998) puis Abba Jérôme Gabra Mussié (1881-1983) un lettré éthiopien mis à la disposition de la mission par son gouvernement se joignent à la mission. Avec ce dernier, Leiris étudie le culte des génies zars. Leur principale informatrice est Malkam Ayahou, guérisseuse et grande prêtresse d’un groupe de possédés. Leiris s’éprend de sa fille Emawayish (cf. L’Âge d’homme, p.199). Du 5 au 31 décembre la mission quitte Gondar pour gagner Asmara (Érythrée) à dos d’âne et de mulet puis en train.

Du 1er au 7 janvier 1933, la mission demeure à Asmara, puis arrive le 10 à Djibouti par le train puis le bateau. Du 10 janvier au 4 février la mission séjourne à Djibouti et Addis-Abeba. Griaule et Leiris sont reçu par le négus (roi ou empereur) Hailé Sélassié (1892-1975). Du 7 au 17 février la mission gagne la France où elle débarque à Marseille. Michel Leiris pense avoir « tué au moins un mythe : celui du voyage en tant que moyen d’évasion. » (cf. L’âge d’homme, p.200). Il devient ethnographe (cf. L’Âge d’homme, p.25). Il publie dans Masses, revue mensuelle d’action prolétarienne un article sur « La Jeune Ethnographie ». Il suit assez régulièrement les cours de Marcel Mauss à l’École pratique des hautes études (V° section) et ceux qu’il donne à l’Institut d’ethnologie. Au printemps il porte son journal de route intitulé Voyage en Afrique. De Dakar à Djibouti à André Malraux (1901-1976) chez Gallimard. C’est à sa demande qu’il trouve un titre plus accrocheur, L’Afrique fantôme. Le 1er juin paraisse les deux premiers numéros de Minotaure dont le premier numéro comprend un fragment de L’Afrique fantôme. Le numéro 2 composé par Leiris est consacré à la mission Dakar-Djibouti. Du 1er juin au 29 octobre une exposition est consacrée à la mission au musée d’Ethnographie du Trocadéro. Il devient boursier puis aide-technique à la Caisse nationale des sciences – englobée au Centre National de la Recherche Scientifique (C.N.R.S.) à sa création en 1939 – et attaché au musée d’Ethnographie du Trocadéro. De la fin juillet au 5 septembre il séjourne avec sa femme en Bretagne. Dans une lettre à l’écrivain Jouhandeau (1888-1979) il écrit qu’il a le projet d’« un grand livre qui serait une totale mise à nu, mais sans aucun cynisme ». Il relit Rousseau (1712-1878), notamment les Confessions (posthume 1782). En septembre il publie grâce à Bataille dans La Critique sociale, revue fondée en mars 1931 par Boris Souvarine. Le 1er décembre, la N.R.F. publie des fragments de L’Afrique fantôme.

En 1934, il éprouve une passion pour Hélène Gordon (1909-1988) qui fondera le journal Elle après la guerre. Il finit par se rendre compte qu’elle se joue de lui. C’est au musée d’Ethnographie qu’il rencontre l’ethnologue Alfred Métraux (1902-1963) qui rentrait d’un long séjour en Amérique du Sud. Il lui reconnaît une dette (cf. L’introduction de « Regard vers Alfred Métraux » in Cinq études d’ethnologie, Paris, Gallimard, Tel, 1969, pp.129-132). Il publie en janvier L’Afrique fantôme, qui porte en exergue une citation des Confessions de Rousseau « Moi seul. Je sens mon cœur… ». Griaule n’apprécie pas le livre qui lui est dédié. En février ou en mars, Leiris et son épouse emménagent dans leur propre logement. Le 10 février Leiris signe l’« Appel à la lutte » rédigé à l’initiative de Breton suite à la manifestation de l’extrême droite du 6 février. Le 12, Leiris participe à la manifestation parisienne à l’appel des partis de gauche et des syndicats. Il signera différents textes par la suite contre l’extrême droite. Début avril il rédige dans son Journal un début d’autobiographie qui formera, remanié, le prologue de L’Âge d’homme. En avril-mai Leiris publie le récit Grande fuite de neige de la première corrida à laquelle il avait assisté dans les Cahiers du Sud (cf. L’âge d’homme, p.73). Le 29 juin il reprend sa cure psychanalytique. Au cours du deuxième semestre il publie ses premiers articles de chercheur africaniste dans différentes revues françaises et américaines. Il est chargé du département Afrique noire du musée d’Ethnographie du Trocadéro. Son mémoire sur la langue secrète des Dogons présenté à l’École pratique des hautes études est ajourné par l’islamologue Louis Massignon (1883-1962). D’août à septembre il séjourne en Catalogne espagnole (cf. L’âge d’homme, p.74). À la fin de l’année il entreprend la rédaction de L’Âge d’homme à partir de « Lucrèce, Judith et Holopherne » écrit en 1930.

En janvier 1935, il commence à suivre les cours sur les religions de Maurice Leenhardt (1878-1964) à l’École pratique des hautes études. En février, il fait la connaissance chez la princesse Marie Bonaparte (1882-1962), traductrice de Freud (1856-1939), d’un jeune psychanalyste, Jacques Lacan (1901-1981). En avril, la N.R.F. publie des fragments de Comment j’ai écrit certains de mes livres de Raymond Roussel avec une introduction de Leiris : « Documents sur Raymond Roussel ». Il publie un autre texte sur Roussel « Le Voyageur et son ombre » dans le numéro 1 de La Bête noire. D’août à septembre, Leiris et sa femme font le tour de l’Espagne en cargo. En septembre, ils séjournent à Tossa chez les Masson. En novembre, il commence une licence de lettres à la Sorbonne. Le livre de Raymond Roussel, Comment j’ai écrit certains de mes livres dont l’édition posthume a été réalisée par Leiris paraît. Il achève L’Âge d’homme qu’il avait repris au début de l’automne. Fin décembre, Paulhan accepte de le publier dans la collection « Métamorphoses » chez Gallimard.

Il publie le 15 janvier 1936 « La Néréide de la mer Rouge » dans Mesures. En février ou en mars, il met fin à son analyse avec le Dr Borel. Le 16 juin, il obtient le certificat d’histoire des religions (option religions primitives), le 21 novembre, celui de sociologie. Fin juin, les Leiris séjournent en Espagne et aux Baléares avec les Queneau. Le 18 juillet le général Franco (1892-1975) et ses troupes attaquent la République. Les Leiris et les Queneau sont rapatriés en France le 26 juillet. Des fragments de L’Âge d’homme sont publiés en juillet dans la revue Mesures. Le 1er décembre, il publie un article sur le peintre et inventeur des ready-made Marcel Duchamp (1887-1968) dans la N.R.F. intitulé « La Mariée mise à nu par ses célibataire, même ». Du 7 au 19 décembre Masson expose : « Espagne 1934-1936 ». Leiris en fait deux comptes rendus.

En mars 1937 le Collège de sociologie est fondé par Bataille et Roger Caillois (1913-1978). Leiris devient un des membres fondateurs quelques temps après. En juin, il obtient son certificat d’ethnologie (options : linguistique et Afrique noire). En août il publie Tauromachies avec un dessein d’André Masson. En octobre, il publie un texte « Faire-part » pour le numéro spécial consacré à Guernica de Picasso dans les Cahiers d’art. Le 21, il obtient le diplôme de langue amharique, la langue la plus parlée en Éthiopie, de l’École nationale des Langues orientales vivantes.

Le 8 janvier 1938, il fait une conférence au Collège de sociologie : « Le Sacré dans la vie quotidienne », qui sera publiée dans la N.R.F. de juillet. Au printemps, le désormais licencié ès lettres Michel Leiris est nommé chef de service au Laboratoire d’ethnologie du Muséum national d’histoire naturelle. Il présente à nouveau son mémoire sur la langue secrète des Dogons de Sanga en juin et obtient son diplôme des hautes études, section des Sciences religieuses. C’est la fin de ses études. Le 20 juillet, il publie un essai, Miroir de la tauromachie avec trois dessins de Masson. Le 1er novembre est publiée dans la N.R.F. une « Déclaration du Collège de sociologie sur la crise internationale » cosignée par Caillois, Bataille et Leiris.

En 1939, Leiris rencontre le poète René Char (1907-1988) et le compositeur et chef d’orchestre René Leibowitz (1913-1972). Il publie L’Âge d’homme le 15 juin 1939 avec un prière d’insérer écrit pour l’occasion. Il est mobilisé la même année dans le Sud Oranais. Il publie le 9 août Glossaire, j’y serre mes gloses illustrées de lithographies de Masson. Toujours en août il voyage en Grèce. Pendant la drôle de guerre, le maréchal des logis chimiste Leiris est affecté au 22ème Bataillon d’Ouvriers d’Artillerie (B.O.A.). Le 19 septembre, il arrive à Beni-Ounif à la frontière de l’Algérie et du Maroc.

 

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Chateaubriand - Biographie

 

L’Ancien régime.

François-René, vicomte de Chateaubriand est né à Saint-Malo le 4 septembre 1768. Il vient d’une très ancienne famille aristocratique ruinée. Son père, René-Auguste de Chateaubriand est un cadet sans fortune. Sa mère est Apolline de Bédée. Ils se sont mariés en 1753. Leurs autres enfants nés avant “René” sont : Geoffroy (1758, mort en bas âge), Jean-Baptiste (1759-1794), l’héritier, Marie-Anne (1760 qui deviendra Madame de Marigny et qui mourra centenaire), Bénigne (1761, qui deviendra Madame de Québriac, puis Madame de Chateaubourg), Julie (1763-1799, qui deviendra Madame de Farcy), Lucile (1764-1804, qui deviendra Madame de Caud), Auguste (1766, mort en bas âge) et Calixte (1767, mort en bas âge).

Il vit d’abord éloigné de ses parents chez une nourrice à Plancoët, près de Dinan. Sa grand-mère maternelle y réside en compagnie de sa sœur. Il y reste ses trois premières années.

Son père réussit dans le commerce (notamment des nègres). Il achète le château de Combourg en Bretagne. En 1771, “René” retrouve ses parents. Il fit des études aux collèges de Dol-de-Bretagne à partir de 1778, puis de Rennes à partir de 1781. De 1783 à 1785, il vit à Combourg. À 16 ans, il traverse, auprès de sa sœur préférée, Lucile, une période fiévreuse et exaltée qui fut la matière de son René.

Destiné d’abord à la carrière de marin, conformément à la tradition familiale, il était bien davantage tenté par la prêtrise et par la poésie. Il prend un brevet de sous-lieutenant en 1786 dans le régiment de Navarre à Cambrai. Le 6 septembre il perd son père. Il est présenté au roi Louis xvi à Versailles le 19 février 1787. Il fréquente les salons parisiens. L’année suivante, il est capitaine. Une légère tonsure marque son entrée dans l’ordre de Malte. Il assiste à l’ouverture des états de Bretagne le 29 décembre.

Le 27 juin, c’est la réunion des trois ordres à l’Assemblée nationale. Peu après, Chateaubriand et ses sœurs, Julie et Lucile, s’installent à nouveau à Paris.

Il s’y lie avec Jean-François de La Harpe (1739-1803), Marie-Joseph Chénier (1762-1794), Jean-Pierre Louis de Fontanes (1757-1821).

 

La révolution et l’exil.

À Paris, il assiste aux premiers bouleversements de la Révolution en juillet. Il est d’abord séduit par les débats d’idées. Il s’attribuera même dans les Mémoires d’outre-tombe (II, 6) des « inclinations républicaines ». Mais, il ne goûte nullement les violences qui accompagnent la Révolution.

Le 6 octobre 1789, il assiste à l’arrivée à Paris de la famille royale.

L’Almanach des Muses publie sa première oeuvre imprimée : l’Amour de la campagne, une idylle en vers, en 1790.

L’Amérique.

En mars, le 22, il voit La Rouërie (1751-1793), un héros de l’indépendance américaine qui lui donne une lettre pour Washington.

Le 8 avril 1791, il s’embarque pour l’Amérique où il débarque le 10 juillet à Baltimore. Le 20 ou 21, d’après son propre témoignage, il est reçu par Washington (1732-1799), le héros de la guerre d’indépendance (1776-1783) et le premier président des Etats-Unis (1789-1797). De juillet en décembre, il gagne les rives des lacs Ontario et Érié, voit les chutes du Niagara puis descend vers le sud. Jusqu’où ? Le 10 décembre, il s’embarque à Philadelphie.

Il rapporte de volumineuses notes qui allaient nourrir ses œuvres littéraires, notamment son Voyage en Amérique (1826). Les érudits se disputent sur la question de l’authenticité de ses récits relatifs à son séjour en Amérique.

La révolution : le retour.

Après son retour à Philadelphie d’où il s’embarque pour la France le 10 décembre 1791, il débarque au Havre le 2 janvier 1792 après avoir essuyé une tempête dont il pensa ne pas sortir. Revenu à Saint-Malo au début de l’année 1792, il se marie par intérêt avec Céleste Amable Buisson de la Vigne (1774-1847) le 20 février par un prêtre non assermenté et le 19 mars par un prêtre assermenté.

Après un séjour à Paris avec sa nouvelle épouse et ses sœurs Julie et Lucile, il émigre le 15 juillet avec son frère Jean-Baptiste. Il rejoint l’armée contre-révolutionnaire des Princes. Blessé au siège de Thionville le 6 septembre dans la 7ème compagnie bretonne de Gouyon-Miniac, il est licencié le 16 octobre. Là s’achève sa carrière militaire.

Malade, après être passé par Bruxelles le 29 octobre, il est transporté convalescent à Jersey où il débarque le 20 janvier 1793. Il séjourne chez son oncle de Bedée. Le 21 janvier, Louis xvi est exécuté. Il se réfugie ensuite en Angleterre où il débarque à Southampton le 17 mai. En 1793 et en 1794, il enseigne le français dans une école de Beccles dans le Suffolk, ce qu’il n’avoue pas dans ses Mémoires d’outre-tombe. Le 22 octobre 1794, Jean-Baptiste Chateaubriand, Malesherbes et sa famille sont guillotinés. À partir du 19 janvier 1795, il commence à enseigner le français dans la même école transplantée à Bungay. À la suite d’un accident de cheval, il séjourne chez le pasteur Ives et sa femme en 1796. Leur fille Charlotte (1780-1852), l’attire et lui-même n’est pas insensible à ses appâts. Les parents sont près au mariage. Il avoue être déjà marié et s’enfuit.

Il retourne à Londres en juin 1796.

Il publie son Essai historique, politique et moral sur les révolutions anciennes, considérées dans leurs rapports avec la Révolution française le 18 mars 1797.

« Qui suis-je, et que viens-je annoncer de nouveau aux hommes ? On peut parler de choses passées ; mais quiconque n’est pas spectateur désintéressé des événements actuels doit se taire. Et où trouver un tel spectateur en Europe ? Tous les individus, depuis le paysan jusqu’au monarque, ont été enveloppés dans cette étonnante tragédie. “Non seulement, dira-t-on, vous n’êtes pas spectateur, mais vous êtes acteur, et acteur souffrant, Français malheureux, qui avez vu disparaître votre fortune et vos amis dans le gouffre de la révolution ; enfin vous êtes un émigré.” À ce mot, je vois les gens sages, et tous ceux dont les opinions sont modérées ou républicaines, jeter là le volume sans chercher à en savoir davantage. Lecteurs, un moment. Je ne vous demande que de parcourir quelques lignes de plus. Sans doute je ne serai pas intelligible pour tout le monde ; mais quiconque m’entendra poursuivra la lecture de cet Essai. Quant à ceux qui ne m’entendront pas, ils feront mieux de fermer le livre ; ce n’est pas pour eux que j’écris.

Celui qui dit dans son cœur : “Je veux être utile à mes semblables” doit commencer par se juger soi-même : il faut qu’il étudie ses passions, les préjugés et les intérêts qui peuvent le diriger sans qu’il s’en aperçoive. Si malgré tout cela il se sent assez de force pour dire la vérité, qu’il la dise ; mais s’il se sent faible, qu’il se taise. Si celui qui écrit sur les affaires présentes ne peut être lu également au directoire et aux conseils des rois, il a fait un livre inutile ; s’il a du talent, il a fait pis, il a fait un livre pernicieux. Le mal, le grand mal, c’est que nous ne sommes point de notre siècle. Chaque âge est un fleuve qui nous entraîne selon le penchant des destinées quand nous nous y abandonnons. Mais il me semble que nous sommes tous hors de son cours. Les uns (les républicains) l’ont traversé avec impétuosité, et se sont élancés sur le bord opposé. Les autres sont demeurés de ce côté-ci sans vouloir s’embarquer. Les deux partis crient et s’insultent, selon qu’ils sont sur l'une ou sur l’autre rive. Ainsi, les premiers nous transportent loin de nous dans des perfections imaginaires, en nous faisant devancer notre âge ; les seconds nous retiennent en arrière, refusent de s’éclairer, et veulent rester les hommes du quatorzième siècle dans l’année 1797.

L’impartialité de ce langage doit me réconcilier avec ceux qui de la prévention contre l’auteur auraient pu passer au dégoût de l’ouvrage. Je dirai plus : si celui qui né avec une passion ardente pour les sciences y a consacré les veilles de la jeunesse ; si celui qui, dévoré de la soif de connaître, s’est arraché aux jouissances de la fortune pour aller au delà des mers contempler le plus grand spectacle qui puisse s’offrir à l’œil du philosophe, méditer sur l’homme libre de la nature et sur l’homme libre de la société, placés l’un près de l'autre sur le même sol ; enfin si celui qui dans la pratique journalière de l’adversité a appris de bonne heure à évaluer les préjugés de la vie ; si un tel homme, dis-je, mérite quelque confiance, lecteurs, vous le trouvez en moi.

La position où je me trouve est d’ailleurs favorable à la vérité. Attaqué d’une maladie qui me laisse peu d’espoir, je vois les objets d’un oeil tranquille. L’air calme de la tombe se fait sentir au voyageur qui n’en est plus qu’à quelques journées. » Chateaubriand, Essai historique, politique et moral sur les révolutions anciennes et modernes, Première partie Révolutions anciennes, Introduction.

Il y expose des idées politiques et religieuses qui n’annoncent pas celles du chrétien. Son talent d’écrivain est manifeste. Il y déploie notamment une thèse sur la répétition en histoire qui nie toute nouveauté de la révolution française.

Il se rapproche du milieu des riches émigrés. Il rencontre la vicomtesse du Belloy (1769-1838), une belle “créole” de Saint Domingue, avec qui il a une liaison. Il renoue avec Fontanes à partir de février et le fréquente assidûment jusqu’en juin.

Sa mère meurt le 31 mais 1798. Il apprend la nouvelle dans la deuxième quinzaine de juin. Chateaubriand, est ramené à la foi catholique de son enfance dont il s’était écarté par une lettre lui annonçant cette mort et par les instances d’une de ses sœurs. Julie meurt le 26 juillet 1799.

Après le coup d’État du 18 brumaire de l’an VIII (9 novembre 1799) de Napoléon Bonaparte (1769-1821), il envisage de rentrer en France où il a été précédé par Fontanes. En effet, les royalistes ont l’espoir que le 1er consul rétablisse la monarchie.

 

Le consulat et l’empire.

Il est de retour en France le 8 mai 1800 où il débarque à Calais muni d’un passeport au nom de David de La Sagne, Neufchâtelois.

Il rédige pendant quelques années le Mercure de France avec Fontanes. Il y publie, le 22 décembre, un article sur le dernier ouvrage de Madame de Staël (1766-1817), De la littérature considérée dans ses rapports avec les institutions sociales (1800).

Le 3 avril 1801, il fait paraître Atala, ou les Amours de deux sauvages dans le désert. Dans le cadre de la Louisiane, c’est l’histoire de l’Indien Chactas et de la vierge chrétienne Atala, qui préfère mourir plutôt que de trahir sa foi mal comprise en épousant Chactas. Cette création originale fut l’objet d’une admiration universelle.

Il composa vers la même époque René, œuvre empreinte d’une mélancolie rêveuse, qui deviendra un modèle pour les écrivains romantiques. Dans cette œuvre, il rapporte de manière à peine déguisée l’amour chaste mais violent et passionné qu’il a entretenu pour sa sœur Lucile, qui le surnommait « L’enchanteur ».

Entre juin et novembre, il est installé à Savigny-sur-Orge avec Pauline de Beaumont (1768-1803, voir ci-contre) qu’il a rencontrée quelques mois plus tôt.

Il publia ensuite le 14 avril 1802 le Génie du christianisme, ou les Beautés de la religion chrétienne, qu’il avait en partie rédigé en Angleterre, et dont Atala et René n’étaient à l’origine que des épisodes. Il s’était proposé d’y montrer que le christianisme, bien supérieur au paganisme par la pureté de sa morale, n’était pas moins favorable à la pensée, à la science, à l’art et à la poésie que les « fictions » de l’Antiquité. Ce livre fit événement et donna le signal d’un retour du religieux après la Révolution. Le Concordat avait été signé le 15 juillet 1801 entre la France et le Vatican qui pacifiait les relations entre la France et l’Église catholique.

Il fait la connaissance de Mme Récamier (1777-1849) qui deviendra l’amour de sa vie.

Chateaubriand, remarqué par le Premier Consul, Napoléon Bonaparte, qu’il rencontra, fut choisi en 1803 pour accompagner à Rome le cardinal Fesch (1763-1839), l’oncle du Premier consul, comme secrétaire d’ambassade. Il y arrive le 27 juin. Il s’enthousiasme pour les paysages italiens. Sa maîtresse, Madame de Beaumont, meurt à Rome le 4 novembre. Il conçoit alors les Mémoires de ma vie.

Le 29 février il est nommé chargé d’affaires auprès de la République du Valais.

En mars 1804, il “retrouve” Madame de Chateaubriand avec qui il n’a vécu que quelques mois en 1792.

Le 21 mars 1804, le duc d’Enghien, dernier descendant des Condé, est exécuté, fusillé dans les fossés du château de Vincennes. Chateaubriand donne sa démission en guise de protestation. Il devint un opposant à l’empereur qui lui apparaît dorénavant comme un despote. Il a une liaison avec Delphine de Custine chez qui il séjourne à Fervaques à plusieurs reprises. L’été, il rencontre la sœur de Laborde, Nathalie, comtesse de Noailles (1774-1835).

Rendu aux lettres, Chateaubriand conçut le projet d’une épopée chrétienne, où seraient mis en présence le paganisme expirant et la religion naissante. Le 13 juillet 1806, il quitte Paris pour l’Orient. C’est la Grèce. Il séjourne à Athènes du 23 au 26 août. Du 13 au 18 septembre, il est à Constantinople. Du 4 au 12 octobre, il est à Jérusalem. Puis c’est l’Égypte, le Caire. Il rembarque à Alexandrie.

Le 30 mars 1807, il retrouve la Comtesse de Noailles (1774-1835) à Algésiras en Espagne. Le 5 juin, il est de retour à Paris. Le 4 juillet, il est exilé de Paris pour une phrase dans le compte rendu qu’il fait du premier volume du Voyage pittoresque et historique de l’Espagne d’Alexandre de Laborde (1773-1842).

Il se retire dans une propriété qu’il appelait la Vallée-aux-Loups, dans le Val d’Aulnay près de Sceaux. Il y compose Les Martyrs, sorte d’épopée en prose, qui paraît le 17 mars 1809. Le 31 mars, son cousin, Armand de Chateaubriand (1768-1809) est exécuté.

Il fut élu le 20 février 1811 membre de l’Académie française, en remplacement de Chénier, à une grosse majorité. Dans son discours de réception il critiquait les idées de son prédécesseur, flétrissait le régicide, exaltait la liberté. Le discours est soumis au jugement de Napoléon 1er qui en interdit la lecture faute d’avoir pu obtenir la moindre modification. Chateaubriand est exilé à Dieppe, tandis que ses amies Mme Récamier et Mme de Staël sont exilées de France (il n’occupa son fauteuil à l’Académie française que sous la Restauration). Les notes qu’il avait recueillies durant son voyage forment la matière de L’Itinéraire de Paris à Jérusalem (publié après le 20 février 1811). À l’automne, il commence à rédiger les Mémoires de ma vie.

En janvier 1812, la Comtesse de Noailles rompt avec lui. Il continue à rédiger les Mémoires de ma vie à l’automne.

 

La restauration.

Le 31 mars 1814, les alliés coalisés contre la France entrent dans Paris. Chateaubriand accueillit favorablement le retour des Bourbons : le 3 mai 1814. Il avait publié le 5 avril contre l’empereur déchu un virulent pamphlet, De Buonaparte et des Bourbons, qui fut répandu à des milliers d’exemplaires, et qui, aux dires de Louis xviii (1755-1814-1824), valut à ce prince une armée.

« Non, je ne croirai jamais que j’écris sur le tombeau de la France, je ne puis me persuader qu’après le jour de la vengeance nous ne touchions pas au jour de la miséricorde. L’antique patrimoine des rois très chrétiens ne peut être divisé : il ne périra point, ce royaume que Rome expirante enfanta au milieu de ses ruines, comme un dernier essai de sa grandeur. Ce ne sont point les hommes seuls qui ont conduit les événements dont nous sommes les témoins, la main de la Providence est visible dans tout ceci : Dieu lui-même marche à découvert à la tête des armées et s’assied au conseil des rois. Comment sans l’intervention divine expliquer et l’élévation prodigieuse et la chute, plus prodigieuse encore, de celui qui naguère foulait le monde à ses pieds ? Il n’y a pas quinze mois qu’il était à Moscou, et les Russes sont à Paris ; tout tremblait sous ses lois, depuis les colonnes d’Hercule jusqu’au Caucase ; et il est fugitif, errant, sans asile ; sa puissance s’est débordée comme le flux ce la mer, et s’est retirée comme le reflux. » Chateaubriand, De Buonaparte et des Bourbons.

Nommé le 8 juillet ambassadeur en Suède, il n’avait pas encore quitté Paris quand Napoléon 1er revint en France en 1815 pour ce qu’on nomme les Cent-Jours (entre le 22 mars 1815 et le 22 juin). Le 20 mars, Chateaubriand est avec Louis xviii à Gand, devint un des membres de son cabinet comme Ministre de l’Intérieur, et lui adressa le célèbre Rapport sur l’état de la France. Après le désastre de Waterloo le 18 juin et l’exil définitif de l’empereur à Sainte-Hélène, il devient Pair de France le 17 août et Ministre d’État.

Or, dans La Monarchie selon la Charte qui paraît le 17 septembre, il attaque l’ordonnance du 5 septembre 1816 qui dissolvait la Chambre introuvable. Il fut disgracié dès le 20 où il perdit son poste de ministre d’État. Privé des revenus attachés à ce poste, il doit vendre la Vallée-aux-Loups en 1817. Il entend chanter la grive dans le parc de Montboissier (cf. Mémoires d’outre-tombe, III, 1) dont Proust (1871-1922) fera une anticipation de sa conception de la mémoire involontaire. Il en fait mention dans Le temps retrouvé (posthume 1927). Chateaubriand quant à lui se met à nouveau à rédiger ses Mémoires.

Il se jette dès lors dans l’opposition ultra-royaliste et devient l’un des principaux rédacteurs du Conservateur le plus puissant journal de ce parti dont le premier numéro sort le 1er octobre 1818. Il commence une courte liaison charnelle avec Madame Récamier à l’automne.

Dans un article du Conservateur daté du 15 août 1819, il défend la Charte tout en rendant un vibrant hommage à Edmund Burke (1729-1797). Il oppose la fausse vision de l’opposition entre Révolution et monarchie, à savoir l’opposition de la liberté et du despotisme à la vraie opposition selon lui, à savoir celle de l’égalité absolue et de la liberté. Il peut alors critiquer le ministère Decazes qui poursuit selon lui la politique de la Révolution, favorable au despotisme.

« Révolution, dans la bouche des révolutionnaires, ne veut pas dire liberté, mais égalité absolue.

Révolution, dans la bouche des royalistes, veut dire absence de liberté, égalité absolue, nivellement complet, ou démocratie » Chateaubriand, « Des fautes du ministère, Le Conservateur, 15 août 1919.

Le meurtre du duc de Berry, fils du comte d’Artois et donc neveu de Louis xviii, l’héritier de la couronne, le 13 février 1820, le rapproche de la cour. Il écrit à cette occasion des Mémoires […] touchant la vie et la mort de S.A.R. [… le] Duc de Berry.

En mars 1820 le Conservateur disparaît. Chateaubriand est nommé le 1er janvier 1821 ministre de France à Berlin où il part. Le 30 juillet il donne sa démission suite à la sortie de Villèle (1773-1854) du ministère.

Le 10 janvier 1822 il est nommé ambassadeur à Londres. Il y arrive en avril (son cuisinier invente la cuisson de la pièce de bœuf qui porte son nom). Il poursuit la rédaction de ses Mémoires. Il retrouve Charlotte Ives devenue Madame Sutton.

Sa carrière politique se poursuit au congrès de Vérone où il est un des plénipotentiaires. Il y arrive le 5 octobre. En décembre 1822, il reçoit le portefeuille de ministre des Affaires étrangères. Il fait décider la guerre d’Espagne pour rétablir Ferdinand vii, malgré l’opposition de l’Angleterre. La guerre d’Espagne occupe les mois de mars à octobre 1823. L’armée française y renoue avec la victoire. le 31 août 1823, c’est la prise de Cadix à la bataille du Trocadéro. Chateaubriand est dans le même temps devenu l’amant passionné de Madame Cordélia de Castellane (1796-1847), la femme du maréchal de Castellane qui commandait les troupes françaises. Madame Récamier, blessée par cette “infidélité”, part pour l’Italie.

Mais, n’ayant pu s’accorder avec M. de Villèle, chef du cabinet, Chateaubriand est brutalement congédié le 6 juin 1824. Le 16 septembre, Louis xviii meurt. Son frère, le comte d’Artois lui succède sous le nom de Charles x (1757-1824-1830-1836).

Chateaubriand se retrouve dans l’opposition. Il s’unit cette fois au parti libéral. Il combat à outrance le ministère Villèle, soit à la Chambre des Pairs, soit dans le Journal des Débats. Il se montre à cette époque le zélé défenseur de la liberté de la presse et de l’indépendance de la Grèce. Il y gagne une grande popularité. En 1826, le libraire Ladvocat commence la publication de ses Œuvres complètes.

À la chute de Ministère de Villèle en 1828, il est ambassadeur à Rome où il se rend le 14 septembre. Il fait faire des fouilles. Il prononce un discours au Sacré Collège après la mort de Léon xii survenu le 10 février 1829. Il rentre à Paris en mai. Il part pour Cauterets. Il revient à Paris à la suite de la constitution du ministère Polignac (1780-1847). Il s’y oppose et donne sa démission le 28 août.

 

La monarchie de Juillet.

De plus en plus en rupture avec les partis conservateurs, désabusé sur l’avenir de la monarchie, il se retire des affaires après la Révolution de 1830 (27, 28 et 29 juillet : les Trois Glorieuses). Il quitte la Chambre des Pairs après un discours prononcé le 7 août. Il s’explique sur son impossibilité de servir le nouveau régime quoi qu’il semble reposer sur ses idées dans De la Restauration et de la Monarchie élective (daté de mars 1831). Il continue à rédiger ses Mémoires entre 1830 et 1833. C’est en 1831, qu’elles prennent leur titre de Mémoires d’outre-tombe.

En 1831, il publie Moïse, une tragédie écrite en 1812 et ses Études historiques en quatre volumes, reste d’un projet d’une Histoire de France jamais achevée et qui signe son échec d’être le grand historien du royaume. Dans ce résumé d’histoire universelle, il voulait montrer le Christianisme réformant la société.

Dans la préface de ses Études historiques, il distingue deux écoles historiques contemporaines, à savoir l’école descriptive et l’école fataliste. La première consiste « dans le simple narré des événements, et dans la peinture des mœurs ». Elle s’intéresse au seul individu et à tout ce qui est particulier aux époques. Dès lors, elle méconnaît l’homme éternel : tel est son défaut. La seconde relate les seuls « faits généraux »et reste « impassible devant le vice et la vertu comme devant les catastrophes les plus tragiques. » Elle conduit à nier l’individu et sa valeur absolue.

Il se rend auprès de la famille royale déchue. Il séjourne quelques mois à Genève entre mai et octobre, revient à Paris, puis repart en Suisse.

Il publie un Mémoire sur la captivité de la duchesse de Berry (décembre 1832) après les rocambolesques aventures de cette dernière. Ce mémoire lui vaut des poursuites à cause de la phrase : « Madame, votre fils est mon roi ». Il est acquitté. Il se rend à Prague en mai-juin auprès de Charles x et de Henri v afin de plaider, sans succès, la cause de la duchesse de Berry. Il rédige la Préface testamentaire des Mémoires. Il revient à Paris en juin. En septembre, nouveau voyage, l’Italie puis le voilà de nouveau auprès de la famille royale déchue à Prague.

En février et mars 1834 ont lieu des lectures de ses Mémoires. Le 15 avril 1834, il publie dans la Revue des Deux Mondes, l’Avenir du Monde. Le 25 octobre, sont publiées des Lectures des Mémoires de M. de Chateaubriand. Des commentaires accompagnent des textes inédits. Entre temps, le 2 octobre, son Moïse est représenté pour la première fois à Versailles.

Cependant, sa santé décline. Ses dernières années se déroulent dans une profonde retraite. Il ne quitte guère sa demeure que pour aller à l’Abbaye-aux-Bois, chez Juliette Récamier, dont le salon réunit l’élite du monde littéraire. Recevant de nombreuses visites, tant de la jeunesse romantique que de la jeunesse libérale, il se consacre à achever ses mémoires, qu’il intitule Mémoires d’outre-tombe, vaste projet autobiographique étalé sur trente ans.

Les Mémoires d’outre-tombe ne devaient paraître qu’après sa mort. Toutefois, pressé par des besoins d’argent, il les céda dès 1836 à la société Sala et Delloye qui lui assure un revenu convenable pour le reste de ses jours. Le 26 juin, il publie un Essai sur la littérature anglaise.

En 1838, il publie Le Congrès de Vérone, compte rendu de son activité militaro-diplomatique que Marx ne goûtera guère. Il rend visite à Lamennais (1782-1854), un des chantres du néo-catholicisme, qui rompit avec l’Église et pencha vers une forme de socialisme, qui venait d’être condamné à un an de prison pour avoir attaqué le gouvernement royal et qui était enfermé à Sainte Pélagie. En 1841, il achève ses Mémoires.

Il compose la Vie de Rancé en mai 1844. Jusqu’à sa mort, il révise les Mémoires d’outre-tombe. Le 8 février 1647, Madame de Chateaubriand meurt.

Les 23, 24 et 25 février, Paris connaît de nouveaux les barricades. C’est la révolution. Bientôt la république est proclamée avec à sa tête le poète Lamartine (1790-1869). Un autre poète qui fut royaliste commence à se rapprocher de la république, lui qui, jeune homme aurait écrit : « Je veux être Chateaubriand ou rien » : Victor Hugo (1802-1885).

Chateaubriand meurt à Paris le 4 juillet 1848 et est enterré le 19 Juillet, selon ses dernières volontés, sur le rocher du Grand-Bé, dans la rade de Saint-Malo.

Le 21 octobre, les Mémoires d’outre-tombe commencent à paraître dans la Presse en feuilleton. La publication, discontinue, se poursuit jusqu’en juillet 1850.

 

 

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Alfred de Musset - Biographie

Louis-Charles-Alfred de Musset est né le 11 décembre 1810 à Paris. Il est le troisième enfant de Victor-Donatien de Musset-Parthay, un amateur de Roussseau et d’Edmée-Claudette Guyot-Desherbiers qui se sont mariés le 10 juillet 1801. Un premier enfant, Louise-Jenny, née le 25 juillet 1802 est morte le 9 novembre 1805. Le 7 novembre 1804, naît Paul-Edme de Musset (†1880), le fidèle compagnon de son frère cadet et son futur biographe. Le 6 novembre 1814, Oscar de Musset naît. Il décède en 1818.

Il entre en sixième en octobre 1819 au collège royal Henri-IV. Le 1er novembre, naît Charlotte-Amélie-Hermine de Musset.

En 1821, son père publie une Histoire de la vie et des œuvres de J.-J. Rousseau (1821)

En 1824, il se lie d’amitié au collège Henri-IV avec Ferdinand-Philippe d’Orléans, duc de Chartres (1810-1842), fils aîné du futur roi Louis-Philippe. On peut dater du 16 septembre À ma mère, chanson, les plus anciens vers conservés du poète. Son père commence cette année-là à publier une édition des Œuvres complètes de J. J. Rousseau, mises dans un nouvel ordre, avec des notes historiques et des éclaircissements, en 26 volumes. Le tome premier est consacré aux Beaux-arts : Dictionnaire de musique.

Le 17 août 1827, à la distribution des prix du collège Henri-IV, alors qu’il est élève de philosophie (terminale), il reçoit le 1er prix de dissertation latine et le 2e prix de dissertation française. Il obtient la même année le premier prix de dissertation française au concours général. Bachelier, il peut se reposer durant les vacances dans le château de son oncle et parrain, le marquis de Musset-Cogners (1753-1839) dans la Sarthe. Le 23 septembre, à propos de son avenir, il écrit à son ami et condisciple, Paul Foucher (1810-1875), le beau-frère de Victor Hugo (1802-1885) :

« Je ne voudrais pas écrire, ou je voudrais être Shakespeare ou Schiller ; je ne fais donc rien ! »

À l’automne, il suit d’abord des cours à la faculté de médecine, puis passe au droit, enfin au dessein et à la musique.

En 1828, il se lie à des élégants viveurs avec qui il écume les cafés à la mode et a de nombreuses aventures. C’est une de ses liaisons où il fut moqué qu’il transposera dans la Confession d’un enfant du siècle. Le 31 août, Un rêve, ballade qu’il signe de ses seules initiales, est imprimée dans Le Provincial, un recueil périodique imprimé à Dijon. Le 4 octobre, il adapte les Confessions of an English Opium Eater (1822) sous le titre L’Anglais mangeur d’opium de Thomas de Quincey (1785-1859). À l’automne, il est présenté à Victor Hugo par Paul Foucher. Il rencontre les écrivains Alfred de Vigny (1797-1863), Charles-Augustin Sainte-Beuve (1804-1869) et Prosper Mérimée (1803-1870). Il est également reçu chez Charles Nodier (1780-1844).

En avril 1829, il commence à travailler dans une entreprise de chauffage militaire après avoir été recommandé par son père. Le 24 décembre, son père organise une soirée littéraire au cours de laquelle Alfred de Musset lit devant Mérimée, Vigny et d’autres, des poèmes extraits de son recueil à paraître Contes d’Espagne et d’Italie. C’est peu après qu’il démissionne de son entreprise. Fin décembre, les Contes d’Espagne et d’Italie paraissent datés de 1830. Ils remportent un succès immédiat.

Dans le premier semestre de 1830, il écrit La Quittance du diable d’après Walter Scott (1871-1832), pièce qui ne sera pas représentée. En juillet, la Revue de Paris publie Les Secrètes pensées de Rafaël, gentilhomme français. Puis, en octobre, la même revue publie Les Vœux stériles. Il collabore à partir du 27 octobre à la revue le Temps où il signe des chroniques hebdomadaires. Sa pièce, La Nuit Vénitienne ou Les Noces de Laurette, connaît un échec cuisant lors de sa représentation à l’Odéon le 1er décembre. La 2ème représentation le lendemain se passe aussi mal. Elle sera la dernière. Le texte de la pièce paraît en décembre dans la Revue de Paris. Blessé, il s’éloigne de la scène mais non du théâtre.

Du 10 janvier 1831 au 30 mai 1831, ses chroniques hebdomadaires ont pour titre générique Revue fantastique. Le 6 juin il arrête sa collaboration à la revue le Temps.

Le 8 avril 1832, son père meurt du choléra. Musset doit désormais s’assumer. La littérature devient un gagne-pain. Il publie en décembre Un spectacle dans un fauteuil, poésie, qui comprend Au lecteur, Namouna, Conte oriental et deux poèmes dramatiques, La coupe et À quoi rêvent les jeunes filles. Il se brouille avec Victor Hugo.

Le 15 mars 1833, il entre à la Revue des Deux Mondes créée par François Buloz (1803-1877) le 1er août 1829. Musset donne le compte rendu qu’il ne signe pas de Gustave III ou le bal masqué, un opéra de Daniel-François-Esprit Auber (1782-1871) sur un livret de Eugène Scribe (1791-1861) et Edouard-Joseph-E. Mazères créé le 27 février à l’Opéra de Paris. Le 1er avril André del Sarto, drame en trois actes et en prose, paraît dans la Revue des Deux Mondes. Puis le 15 mai la même revue publie les Caprices de Marianne, comédie en deux actes et en prose. En juin, peut-être le 19, Aurore Dupin, alias, George Sand (1804-1876) dîne en compagnie de Buloz et de collaborateurs de la Revue des Deux Mondes. Elle y aurait fait la connaissance de Musset. Elle avait fait paraître en 1832 deux romans, Indiana et Valentine que Musset avait lus. Toujours est-il que le 24 juin commence un échange de correspondance entre les deux écrivains. Le 26 juillet, Musset lui écrit :

« Mon cher George, j’ai quelque chose de bête et de ridicule à vous dire […]. Je suis amoureux de vous. »

Il est également question du départ de George Sand pour l’Italie. Leur liaison semble consommée le 29 juillet. Du 5 au 13 août, ils séjournent à Fontainebleau. Musset abandonne provisoirement sa vie de débauche. Le 15 août, Rolla paraît dans la Revue des Deux Mondes. Le 1er décembre, c’est Un mot sur l’art moderne qui paraît dans la même revue. Le 12 décembre, George Sand et Musset partent pour l’Italie. Durant leur voyage, ils auront Henri Beyle, alias Stendhal (1783-1842) pour compagnon de voyage entre Lyon et Marseille. Du 17 au 20 décembre, George Sand et Musset séjournent à Marseille. Ils embarquent alors pour Gênes où ils arrivent le lendemain. Puis ils vont à Livourne, Pise, Florence (le 28), Bologne (le 29), Ferrare, Rovigo, Mestre. Ils arrivent à Venise le 31 décembre.

Début janvier 1834, Sand et Musset sont à Venise. À Paris Fantasio, comédie en deux actes et en prose paraît dans la Revue des Deux Mondes. Le personnage éponyme y soupire :

« O Spark, mon cher Spark, si tu pouvais me transporter en Chine ! Si je pouvais seulement sortir de ma peau pendant une heure ou deux ! Si je pouvais être ce monsieur qui passe ! » (Acte I scène 2).

Déjà souffrant en janvier où il a été soigné par le docteur Pagello, le 4 février, Musset tombe gravement malade. George Sand fait de nouveau appelle à Pagello pour Alfred et pour elle. Georges Sand le soigne et le 13 février elle peut écrire qu’il est sauvé. Toutefois, elle s’est rapprochée de son médecin, Pagello. Le 29 mars, Musset quitte seul Venise, laissant George et Pagello. Il publie le 1er juillet On ne badine pas avec l’amour, proverbe en trois actes et en prose dans la Revue des Deux Mondes. Le 10 juillet, il annonce à George qu’il a commencé son roman, la Confession d’un enfant du siècle. Gorge Sand est de retour à Paris le 14 août et revoit Musset le 17. Un spectacle dans un fauteuil, prose, en deux volumes, est édité par la librairie de la Revue des Deux Mondes le 23 août. Le premier volume contient Lorenzaccio dont c’est l’édition originale, et Les Caprices de Marianne ; le second regroupe André del Sarto, Fantasio, On ne badine pas avec l’amour et La nuit vénitienne. Le 25 août, Musset quitte Paris pour Bade. Il revient le 13 octobre. Pendant ce temps, George Sand a séjourné chez elle à Nohant. À son retour, Musset veut la rencontrer. Pagello quant à lui rentre à Venise. George Sand et Musset reprennent leur liaison. Le 7 décembre, Sand quitte Paris pour Nohant. Elle revient le 31.

En janvier 1835, sa liaison avec George Sand reprend. Mais, le 6 mars, elle s’enfuit à Nohant : la séparation définitive est consommée. Il publie dans la Revue des Deux Mondes, Lucie le 1er juin, La Nuit de Mai le 15 juin, La quenouille de Barberine, comédie en deux actes et en prose le 1er août, La loi sur la Presse le 1er septembre, Fragment d’un livre à publier (à savoir le chapitre II de la 1ère partie de la Confession d’un enfant du siècle le 15 septembre, Le Chandelier, comédie en trois actes et en prose le 1er novembre et La Nuit de Décembre le 1er décembre.

Le 1er février 1836, il publie la Confession d’un enfant du siècle qui transpose pour partie sous forme romanesque les affres de sa liaison avec George Sand sans compter une ancienne trahison. Bref, la dimension autobiographique est réelle mais le texte demeure un roman. Il donne à la Revue des Deux Mondes, Lettre à M. de Lamartine le 1er mars, Salon de 1836 le 15 avril, Il ne faut jurer de rien, proverbe en 3 actes et en prose le 1er juillet, La Nuit d’Août le 15 août, les deux premières Lettres de Dupuis et Cotonet le 15 septembre et le 1er décembre et À la Malibran, stances, le 15 octobre.

Au printemps 1837, il fait la connaissance chez Madame Jaubert, d’Aimée-Irène d’Alton (1811-1881) avec qui il a une liaison qui durera deux ans. Il publie dans la Revue des Deux Mondes les 3e et 4e Lettres de Dupuis et Cotonet le 15 mars et le 15 mai, Un Caprice, proverbe en un acte le 15 juin, Emmeline, nouvelle le 1er août, La Nuit d’Octobre le 15 octobre, Les Deux Maîtresses, nouvelle le 1er novembre.

Début 1838, Aimée-Irène d’Alton (1811-1881) propose en vain le mariage à Musset. C’est son frère Paul qui l’épousera en 1861. Le 19 octobre, il est nommé conservateur de la Bibliothèque du Ministère de l’Intérieur avec un traitement annuel de 3000 francs (soit deux à trois fois plus qu’un tailleur de pierre qui travaille 300 jours par an et trois à quatre fois plus qu’un terrassier d’après les chiffres donnés par Émile Chevallier (1851-1902), Les salaires au xix° siècle (1887), Paris Hachette 1971, p.50). Il publie L’Espoir en Dieu, Frédéric et Bernerette.

En 1839, il cesse provisoirement d’écrire. Sa santé est atteinte et il est déprimé. Il fait la cour sans succès à la cantatrice Pauline Garcia (1821-1910), sœur de la Malibran (1808-1836). Le 29 mai, il rencontre l’actrice Rachel (1821-1858) et donnera une relation de la rencontre dans Un souper chez Mlle Rachel qui ne sera publiée qu’en 1859.

En janvier 1840, il tombe gravement malade et est soigné par sa sœur Marcelline qui tente de le ramener, sans succès, à la foi. Il publie des Poésies complètes et des Comédies et proverbes, soit des Œuvres complètes en deux volumes. Il donne des nouvelles, Le fils du Titien, Croisilles, Margot. Il publie Une soirée perdue.

En 1841, il revient à l’écriture en publiant en février Souvenir, en mai À Mme G., en juin Le Rhin allemand.

En 1842, il publie en janvier Sur la paresse, puis Le voyage où il vous plaira, en octobre Histoire d’un merle blanc et Sur une morte, en novembre Après une lecture, Le poète italien Léopardi.

En janvier 1843, Musset tombe à nouveau malade. Peut-être s’agit-il des conséquences de ses abus de boissons alcoolisées dangereuses. Il a des crises nerveuses. Il se réconcilie avec Rachel et avec Victor Hugo. En mars, un projet de mariage avec Mlle de Melesville échoue.

En 1844, il publie des nouvelles Pierre et Camille, Le secret de Javotte, Les Frères Van Buck. Au printemps, il est victime d’une grave pleurésie, une affection des poumons.

En 1845, il est malade au printemps. Le 24 avril il est fait chevalier de la Légion d’honneur en même temps que Balzac (1799-1850). Il se lie avec la comtesse Kalergis (1822-1874), une muse de Théophile Gautier (1811-1872). Le 1er novembre, il publie dans la Revue des Deux mondes le proverbe en un acte : Il faut qu’une porte soit ouverte ou fermée, en décembre Mimi Pinson.

Le 27 novembre 1847, il fait représenter Un Caprice à la Comédie française. C’est un succès. La notoriété d’auteur dramatique de Musset commence. Théophile Gautier salue ainsi son confrère en romantisme désenchanté le 29 novembre 1847 :

« Depuis Marivaux, qui est arrivé au génie à force d’esprit, il ne s’est rien produit à la Comédie française de si fin, de si délicat, si doucement enjoué que ce chef-d’œuvre mignon … qu’Alfred de Musset fasse un acte plein d’esprit, d’humour et de poésie, cela n’a rien d’étonnant, mais la chose à laquelle on ne s’attendait guère, surtout pour un proverbe qui n’a pas été écrit en vue du théâtre, c’est la prodigieuse habileté, la rouerie parfaite, la merveilleuse divination des planches qu’on remarque dans Un caprice… »

En 1848, il est candidat malheureux à l’Académie française. Il commence une liaison avec l’actrice Louise-Rosalie Allan Despréaux (1810-1856) qui avait créé Un caprice. Il faut qu’une porte soit ouverte ou fermée est représentée le 7 avril à la Comédie-Française (rebaptisée suite à la révolution de février 1848 le Théâtre de la République). Le 5 mai, il est révoqué de son emploi de bibliothécaire au ministère de l’Intérieur par Ledru-Rollin (1807-1874) dont la conseillère principale était George Sand (cf. Philippe Soupault, Alfred de Musset, Paris, Seghers, 1957, p.12). Il lui écrit :

« De quel droit venez-vous, fort de la position que vous avez escamotée, reprendre à un homme de génie la place qu’il a conquise ? »

Lamartine (1790-1969), qui dirige le gouvernement provisoire de la II° république ne répond pas à la demande de réintégration de Musset.

Le 22 juin, Il ne faut jurer de rien est représenté pour la première fois à la Comédie-Française dans une version remaniée. C’est un succès pendant que les ouvriers parisiens insurgés sont massacrés par la troupe. Le 10 août, c’est Le Chandelier qui est joué dans une version remaniée. Le 21 septembre André del Sarto est représenté pour la première fois à la Comédie-Française avec quelques retouches. La pièce n’a pas de succès.

En 1849, sa carrière d’auteur dramatique continue. Louison, comédie en deux actes et en vers, est créée à la Comédie-Française le 22 février. Depuis La Quittance du Diable qui ne fut pas jouée et La Nuit Vénitienne qui fut sifflée, Musset n’avait plus écrit directement pour la scène. Musset fréquente l’actrice Augustine Brohan (1824-1893). En mai il donne On ne saurait penser à tout, pièce publiée en feuilleton dans L’Ordre du 6 au 10 juin. Il publie L’Habit vert.

Le 16 février 1850, il publie un recueil de Poésies nouvelles (1840-1849). Le 17 mars, il échoue pour la seconde fois à l’Académie française. Le 29 juin, le Chandelier est repris dans une version remaniée à la Comédie-Française. Le 21 octobre, André del Sarto, dans une version remaniée en deux actes qui suit les recommandations de la censure, est repris à l’Odéon. Du 22 octobre au 6 novembre, Carmosine, comédie en trois actes et en prose, paraît en feuilleton dans Le Constitutionnel.

En 1851, la première représentation des Caprices de Marianne a lieu à la Comédie-Française le 14 juin. Le texte est remanié dans le cens de la censure. Musset rompt avec l’actrice Allan Despréaux. Il fréquente à nouveau Rachel. Le 30 octobre, c’est la première représentation de Bettine, comédie en un acte et en prose, dont le texte paraît dans la Revue des Deux Mondes le 1er novembre.

En 1852, il est élu à l’Académie française le 12 février. Il est reçu le 27 mai. Peu après il a une brève liaison avec la poétesse Louise Colet (1810-1876) qui est aussi la maîtresse de Flaubert (1821-1880) depuis 1846. Ce dernier dans sa correspondance trace un portrait au vitriol de son concurrent. Elle fit le récit de sa liaison avec Musset dans Lui. Il publie ses œuvres poétiques dans un classement définitif, à savoir Premières poésies (1829-1835) et Poésies nouvelles (1836-1852). En août, il donne un Discours pour l’inauguration des monuments de Bernardin de Saint-Pierre et de C. Delavigne.

En mars 1853, il est nommé bibliothécaire du ministère de l’Instruction publique grâce au ministre Hippolyte Fortoul (1811-1856). Il publie Histoire d’un merle blanc.

En 1854, il publie les Contes le 18 mars. Il publie l’édition complète des Comédie et Proverbes dont certains sont remaniés pour la représentation.

En 1855, il écrit en vue d’une représentation à la cour de l’empereur Napoléon III (1808-1873) à la demande de Fortoul L’Âne et le ruisseau, comédie en un acte et en prose. La lecture en est faite devant l’Empereur dans le salon de l’Impératrice Eugénie (1826-1920) aux Tuileries.

En avril  1857, il participe à un dîner chez le prince Napoléon (1856-1879) : c’est sa dernière sortie. Il meurt à Paris le 2 mai et est enterré au Père Lachaise le 4.

 

Pièces de Musset représentées après la mort d’Alfred de Musset :

1861 : On ne badine pas avec l’amour

1865 : Carmosine

1866 : Fantasio

1882 : Barberine

1896 : Lorenzaccio

1926 : À quoi rêvent les jeunes filles.

 

 

 

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