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Simmel "Philosophie de l'argent" 3ème chapitre sections I et II Plan global

Georg Simmel, Philosophie de l’argent, Troisième chapitre L’argent dans les séries téléologiques, sections I et II. Plan global selon les indications de l’auteur

 

L’édition utilisée est : Georg Simmel, Philosophie de l’argent, traduit de l’allemand par Sabine Cornille et Philippe Ivernel, P.U.F., 1ère édition 1987, P.UF. « Quadrige », octobre 2008.

 

Section I

« L’action finalisée, comme interaction consciente du sujet et de l’objet. » (p.7)

(« La grande opposition de toute l’histoire de l’esprit (…) à partir de ces déterminations. » pp.235-238)

 

« La longueur des séries téléologiques » (p.7)

(« Il en ressort premièrement (…) ce qui est objectivement lointain. » pp.238-241)

 

« L’outil en tant que moyen à la puissance deux, l’argent comme le plus pur exemple de l’outil. » (p.7)

(« Là intervient, dans notre examen de l’action finalisée, la notion capital d’outil. (…) le caractère abstrait de l’argent se convertit en réalité bien pratiques. » pp.241-245)

 

« La valorisation de l’argent due à ses possibilités illimitées d’emploi. » (p.7)

(« J’ai mentionné plus haut qu’un but déjà ferme (…) d’avoir en main l’argent plutôt que l’objet. » pp.245-253)

 

« Le superadditum de la richesse. » (p.7)

(« Voilà qui débouche finalement sur un autre phénomène général, qu’on pourrait appeler le super-additum de la richesse (…) son importance pour nous. » 253-255)

 

« Différences propres à un même quantum d’argent, selon qu’il fait partie d’une grande ou d’une petite fortune ; la limitation des prix par la consommation. » (pp.7-8)

(« Il est dans la nature de ce superadditum (…) la possibilité de toutes les valeurs en tant que valeur de toutes les possibilités. » pp.255-259)

 

« L’argent devenant par son caractère de pur moyen le domaine des personnalités qui ne sont pas liées au milieu social » (p.8)

(« Dans la zone d’influence d’un tel rapport (…) ni pour nous ni contre nous. » pp.259-268)

 

 

Section II

« La transformation psychologique des moyens en fins ; l’argent comme exemple le plus extrême. » (p.8)

(« Dans ce qui précède on a supposé une réalité du sentiment de valeur (…) cette création de l’esprit la plus extérieure, parce que au-delà de toutes qualités et intensités. » pp.269-275)

 

« Son caractère téléologique dépend des tendances culturelles des différentes époques. » (p.8)

(« Pour la conscience de la valeur, l’argent devient un absolu (…) n’implique pas nécessairement une évolution également heureuse. » pp.275-283)

 

« Conséquences psychologiques de la position téléologique de l’argent : cupidité, avarice, prodigalité, ascétisme, cynisme moderne, blasement. » (p.8)

(« Quand, pour un individu, le caractère de finalité de l’argent outrepasse ce degré d’intensité (…) je veux dire à ce qui est, tout bonnement, “excitant”. » pp.283-310)

 

 

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Simmel Georg - Biographie

1858-1918

1858-1918

Georg Simmel est né le 1er mars 1858 à Berlin. Il est le plus jeune d’une famille de sept enfants. Il a cinq sœurs et un frère. Son père, Edward Simmel (1810-1874), fils de marchand et marchand lui-même se convertit au catholicisme durant un séjour à Paris entre 1830 et 1835. Sa mère, Flora Bodstein (1818- ?), également d’origine juive, est baptisée dans l’Église évangélique. Le mariage a lieu en 1838 à Berlin où son père fonde l’entreprise Felix und Sarotti, une fabrique de chocolat. Georg est baptisé dans l’église évangélique de sa mère. Il n’est donc pas né juif d’un point de vue religieux mais sera toujours considéré comme tel selon la conception racialiste partagée par les antisémites comme les philosémites.

En 1874, son père décède. Il lègue une certaine fortune à sa femme et à ses sept enfants qui participeront de leur indépendance financière. Julius Friedländer (1813-1884) devient son tuteur. C’est un ami de la famille, propriétaire de la maison d’édition musicale Peters Verlag, toujours en activité.

Simmel fait ses études secondaires au Gymnasium (Lycée) Friedrich Werder un établissement renommé où il obtient son Abitur (baccalauréat) en 1876.

Simmel étudie la philosophie et l’histoire à l’Université Friedrich-Wilhelm de Berlin de 1876 à 1881. Il a pour professeurs l’historien Theodor Mommsen (1817-1903), l’historien et théoricien politique antisémite Heinrich Von Treitschke (1834-1896), les historiens Heinrich Von Sybel (1817-l895) et Johann Gustav Droysen (1808-1884), les philosophes Friedrich Harms (1819-1880), Ludwig Tobler (1827-1895) et Eduard Zeller (1814-1908), les historiens de l’art Herman Grimm (1828-1921) et Max Jordan (1837-1906), les anthropologues et fondateurs de la psychologie des peuples Moritz Lazarus (1824-1903 – il fut un opposant à l’antisémitisme) – et son beau-frère Heymann Steinthal (1823-1899), et l’ethnologue Adolf Bastian (1826-1905).

En 1881, il présente une thèse intitulée Études psychologiques et ethnologiques sur les débuts de la musique (Psychologisch-ethnologische Studien über die Anfänge der Musik), inspirée du darwinisme. Elle est refusée par Zeller et par le physicien Hermann von Helmholtz (1821-1894) au motif de son ignorance en physiologie. On peut la considérer comme perdue (cf. Olivier Agard « Georg Simmel et la Völkerpsychologie » in Quand Berlin pensait les peuples Anthropologie, ethnologie et psychologie (1850-1890) sous la direction de Céline Trautmann-Waller, CNRS éditions, 2004). Il devint docteur en philosophie, avec cette fois les conseils et l’assentiment de Helmholtz, avec une autre thèse, celle-là acceptée, Das Wesen der Materie nach Kant’s Physischer Monadologie (L’essence de la matière selon la Monadologie physique de Kant) où il réfute les thèses de Kant (cf. Hartmut Lehmann, Guenther Roth editors, Weber’s Protestant Ethic: Origins, Evidence, Contexts, Cambridge University Press, 1993, p.149).

En 1882, il publie « Études psychologiques et ethnologiques sur la musique » (Psychologische und ethnologische Studien über Musik, dans le Zeitschrift für Völkerpsychologie und Sprachwissenschaft (n°13).

En octobre 1883, il soutient une thèse d’habilitation sur la théorie de l’espace et du temps de Kant.

En 1884 Julius Friedländer meurt. Il lui lègue une partie de sa fortune qui concourra à son indépendance financière.

En 1885 il devient Privatdozent (c’est-à-dire un professeur qui n’est payé que par ses étudiants) à l’université de Berlin. Le système universitaire allemand quant au statut des professeurs est ainsi résumé par le sociologue Émile Durkheim (1858-1917) :

« (…) les professeurs ordinaires ne forment que la minorité des maîtres qui enseignent à l’Université. Les autres sont des professeurs honoraires ou extraordinaires qui ont tout au plus un très petit traitement, ou bien enfin des privatdocenten qui n’ont généralement d’autres ressources que les honoraires payés par leurs auditeurs. » Émile Durkheim, « La philosophie dans les universités allemandes », Revue internationale de l’enseignement, 1887, n˚13. Texte reproduit in Émile Durkheim, Textes. 3. Fonctions sociales et institutions, Les Éditions de Minuit, 1975.

Les cours de Simmel eurent un tel succès qu’ils étaient annoncés dans les journaux et parfois résumés.

En 1890 il publie La psychologie des femmes (Zur Psychologie der Frauen) et Sur une différenciation sociale (Über sociale Differenzierung). Sa femme Gertrud Kinel (1864-1938), qu’il épouse cette année-là, est peintre et philosophe. C’est une amie intime de Marianne Schnitger, future madame Weber (1870-1954), sociologue, féministe et femme du sociologue Max Weber (1864-1920). Elle écrit sous le pseudonyme de Marie-Luise Enckendorf notamment sur les sujets de la religion et de la sexualité. Ils ont un fils, Hans (médecin et professeur de médecine, il est emprisonné à Dachau en 1938 puis réussit à émigrer aux États-Unis où il meurt en 1943).

En 1892, il publie anonymement dans le numéro de janvier de Die Neue Zeit, le journal du parti social démocrate, un article intitulé “Quelques réflexions sur la prostitution dans le présent et dans l’avenir” (“Einiges über die Prostitution in Gegenwart und Zukunft”). Il publie également deux ouvrages : Les problèmes de la philosophie de l’histoire (Die Probleme der Geschichtsphilosophie) et une Introduction à la science morale. Une critique des concepts fondamentaux de l’éthique (Einleitung in die Moralwissenschaft. Eine kritik der ethischen Grundbegriife, 1892/93).

En 1894, il fait la rencontre de Célestin Bouglé (1870-1940) un jeune et récent agrégé de philosophie qui bénéficie d’une bourse d’un an pour se former dans les universités allemandes. Il nous reste une partie de la correspondance entre les deux hommes jusqu’en 1908. La même année il publie dans la Revue internationale de sociologie “La différenciation sociale”, un article traduit en français par M. Parazzola et dans la Revue de métaphysique et de morale un article intitulé “Le problème de la sociologie” traduit par Célestin Bouglé. Il publie “Karl Grünberg : Die Bauernbefreiun in Böhmen, Mähren und Schlesien” qui paraît dans les numéros 7-8 de la Revue internationale de sociologie en juillet et en août. Il publie en octobre dans Vossische Zeitung, une sorte d’équivalent du journal Le Monde actuellement, un article intitulé “Sur la sociologie de la famille” (“Zur Soziologie der Familie”).

Pour l’année 1894/1895, il fait paraître un article intitulé “Influence du nombre des unités sociales sur les caractères des sociétés” dont la traduction est de Célestin Bouglé dans les Annales de l’Institut international de sociologie.

En 1896, il publie dans la Revue de métaphysique et de morale un article traduit par Célestin Bouglé intitulé “Sur quelques relations de la pensée théorique avec les intérêts pratiques”. Il écrit également un mémoire traduit en français par Émile Durkheim et Célestin Bouglé pour le premier numéro de la revue de Durkheim, l’Année sociologique (première année, 1896-1897, pp. 71-109) intitulé “Comment les formes sociales se maintiennent”. La revue paraîtra en 1898. Elle est l’organe de l’école française de sociologie. C’est Célestin Bouglé qui tente un rapprochement entre Simmel et Durkheim et ses disciples. Les critiques de Durkheim mettent fin à cette collaboration. La pensée de Simmel est présente dans le premier ouvrage de Bouglé, Les Sciences sociales en Allemagne. Les méthodes actuelles. Cette année-là Simmel publie un article intitulé “Esthétique sociologique”.

En janvier 1898, il publie dans le journal Die Zeit “Le rôle de l’argent dans les rapports entre les sexes. Fragment d’une Philosophie de l’argent” (“Die Rolle des Geldes in den Beziehung der Geschlechter. Fragment au seiner Philosophie des Geldes”) et “Sur la sociologie de la religion” (“Zur Soziologie der Religion”) dans le Neue Deutsche Rundschau (Freie Bühne), un magazine littéraire fondé en 1890.

En 1900, il publie la Philosophie de l’argent (Philosophie des Geldes). Dans son article intitulé « La sociologie et son domaine scientifique » (un article publié en italien, « La sociologia e il suo domino scientifique » in Rivista italiana di sociologia, 4, dont la version se trouve dans Émile Durkheim, Textes. 1. Éléments d’une théorie sociale, Éditions de Minuit, 1975), Durkheim critique vertement Simmel qu’il présente comme un sociologue dilettante et un philosophe peu rigoureux.

En 1901, il quitte l’université de Berlin. Il publie La psychologie de la honte (Zur Psychologie der Scham). Il devint Ausserordentlicher Professor, c’est-à-dire professeur extraordinaire, un titre qui confère un petit traitement.

En 1902, il publie dans le Neue Deutsche Rundschau un article intitulé “Culture féminine”. Il publie également “L’art de Rodin et la question du mouvement dans la sculpture”. Le poète Rainer Maria Rilke (1875-1926) traduira cet article pour le sculpteur Auguste Rodin (1840-1917). Il mettra les deux hommes en contact. En effet, Rilke suit les cours de Simmel comme il l’explique dans une lettre à Rodin du 16 avril 1905.

En 1903 il publie Pont et porte. Essais philosophiques sur l’histoire, la religion, l’art et la société (Brücke und Tür. Essays des Philosophischen zur Geschichte, Religion, Kunst und Gesellschaft). Il publie en français “De la religion au point de vue de la théorie de la connaissance” paru dans le volume du Premier Congrès international de philosophie, Tome II Morale générale. “Les grandes villes et la vie de l’esprit”.

Le semestre d’hiver 1903/1904, est consacré à un cours sur Kant en seize leçons à l’Université de Berlin. Il le publie.

En 1904, Simmel a une fille, Angela Kantorowicz (1904-1944 morte en Palestine), avec son étudiante Gertrud Kantorowicz (1876-1945 morte au camp de Theresienstadt), sa future collaboratrice, historienne de l’art et poétesse, traductrice du philosophe français Henri Bergson (1859-1941). Le fait demeura secret.

En 1905, il publie une « Philosophie de la mode » le n° 11 du Moderne Zeitfragen, Berlin, Hans Landsberg (éd.), 1905.

En 1906, il publie un article « Sociologie du secret et des sociétés secrètes » dans l’American Journal of Sociology (volume XI, n°4) qui deviendra le chapitre V de sa Sociologie (Soziologie, 1908). Il publie Kant et Goethe. Contribution à l’histoire de la conception du monde moderne (Kant und Goethe. Zur Geschichte der modernen Weltanschauung) et La religion (Die Religion).

En 1907, il donne une deuxième édition de son ouvrage intitulé Les Problèmes de la philosophie de l’histoire ainsi qu’une deuxième édition augmentée de sa Philosophie de l’argent. Il publie un article dont le titre en français est Le pauvre ou Les pauvres.

En 1908, il publie la Sociologie. Études sur les formes de la socialisation (Soziologie). Il publie également “Digressions sur l’étranger”. Paraît un article en français intitulé “Enquête sur la sociologie” dans Les Documents du progrès. Revue internationale. “Digressions sur le problème : comment la société est-elle possible ?” Candidat pour être professeur ordinaire à l’université de Heidelberg, il est refusé malgré l’appui de Max Weber. Le philosophe Wilhelm Dilthey (1833-1911) s’oppose à sa nomination. Le rapporteur de son dossier, l’historien Dietrich Schaeffer (1845-1929), le décrit malgré son acte de baptême comme juif et lui reproche un auditoire de femmes et de gens de l’est de l’Europe (cf. Laura Desfor Edles, Scott Appelrouth, Sociological theory in the classical era : text and readings, Thousand Oaks, 2005, p.243). Max Weber dans sa conférence « Le métier et la vocation de savant » (Wissenschaft als Beruf) écrira :

« Lorsque de jeunes savants viennent nous demander conseil en vue de leur habilitation, il nous est presque impossible de prendre la responsabilité de notre approbation. S’il s’agit d’un juif on lui dit naturellement : lasciate ogni speranza [Laissez toute espérance]. » Max Weber, Le savant et le politique, Plon, 1959, 10/18, p.61.

En 1909, Ferdinand Tönnies (1855-1936), Max Weber et Simmel fonde la Société allemande de sociologie (Deutsche Gesellschaft für Soziologie). Simmel publie dans le journal Der Tag les 11 et 12 mai un article intitulé « Psychologie de la coquetterie » (Psychologie der Koketterie). Le futur philosophe marxiste et théoricien de la réification Georg Lukàcs (1884-1971) suit ses séminaires jusqu’en 1912. Simmel publie un article traduit en français par G. H. Milan intitulé “Quelques considérations sur la philosophie de l’histoire” dans la revue « Scientia », Rivista di Scienza.

En 1911 il publie Le concept et la tragédie de la cultureDer Begriff und die Tragödie der Kultur” ; “Rodin”. Il publie également Philosophische Kultur. Gesammelte Essais qui comprend l’article de 1905 sous le titre “Die Mode”.

En 1912 il publie un ouvrage en français, Mélanges de philosophie relativiste. Contribution à la culture philosophique, dont la traductrice est Alix Guillain (1876-1951). Outre une préface, il comprend les essais suivants : « Le but de la vie dans les philosophies de Schopenhauer et de Nietzsche » ; « Essai sur la sociologie des sens » ; « Sur la notion de valeur et les relations entre le sujet et l’objet » ; « Le Christianisme et l’art » ; « Du réalisme en art » ; « Étude sur Venise » ; « Réflexions suggérées par l’aspect des ruines » ; « L’œuvre de Rodin comme expression de l’esprit moderne » (traduit par M. Ben Rudi) ; « La philosophie de l’aventure » ; « La religion et les contrastes de la vie » ; « Métaphysique de la mort » ; « De la responsabilité juridique et de la liberté » ; « Essai sur le matérialisme historique » ; « Les formes de l’individualisme et la philosophie de Kant » ; « De l’essence de la philosophie ». Il publie un article « L’individualisme de Goethe » “Goethes individualismus” dans le numéro de décembre de la revue LOGOS. Internationale Zeitschrift für Philosophie der Kultur.

En 1913 il publie un article « Philosophie du paysage » (“Philosophie der Landschaft”) dans la revue Die Güldenkammer. Eine bremische Monatsschrift.

Le 26 janvier 1914, il est nommé professeur ordinaire à Strasbourg – alors université allemande – avec un enseignement de sociologie et de philosophie. Cette université, à la frontière de l’empire, n’a pas une grande réputation. Seuls les professeurs ordinaires avaient un traitement leur permettant de vivre. Il abandonne officiellement la religion protestante et se retrouve sans religion.

En 1916, il publie un Rembrandt.

En 1917, il publie Questions fondamentales de la sociologie. (Grundfragen der Soziologie). Au printemps, il publie également un recueil consacré à la guerre, composé de quatre essais et discours datés de novembre 1914 à septembre 1916, et intitulé La guerre et les Décisions spirituelles (Der Krieg und die geistigen Entscheidungen).

En 1918, il publie Le conflit de la culture moderne (Der Konflikt der modernen Kultur).

Il est mort le 28 septembre 1918 à Strasbourg des suites d’un cancer. Peu avant sa mort il écrivait :

« Je sais que je mourrai sans héritiers spirituels (et c’est bien). La succession que je laisse est comme de l’argent distribué entre de nombreux héritiers, dont chacun met sa part à profit dans quelque occupation qui est compatible avec sa nature propre, mais qui ne peut plus être reconnu comme venant de la succession. » Simmel, Buch des Dankes.

 

Publications posthumes en français.

L’œuvre de Simmel a subi un long discrédit dû d’abord à l’influence de Durkheim qui s’était opposé à lui comme on l’a vu puis après la seconde guerre mondiale par l’influence du marxisme. Aussi, la redécouverte de son œuvre est assez tardive.

1981, Sociologie et Épistémologie, introduction et traduction de Julien Freund.

1984, Problème de la philosophie de l’histoire, introduction et traduction de Raymond Boudon.

1987, Philosophie de l’argent, traduction de S. Cornille et P. Ivernel ; Philosophie et société, traduction et présentation de Jean-Louis Veillard-Baron.

1988, Philosophie de la modernité : la femme, la ville, l’individualisme, introduction et traduction de Jean-Louis Veillard-Baron ; La tragédie de la culture et autres essais, traduction de S. Cornille et P. Ivernel.

1989, Fragments d’une psychologie des femmes (1904) traduit par Henri dans Les Cahiers du GRIF, n° 40, p.79-85.

1990, Philosophie de la modernité. 2. Esthétique et modernité, conflit et modernité, testament philosophique, introduction et traduction de Jean-Louis Veillard-Baron ; Michel-Ange et Rodin traduction de Philippe Ivernel et de Sabine Cornille.

1991, Secrets et sociétés secrètes, traduction de S. Müller.

1994, Rembrandt, traduction de S. Müller.

1995, Le Conflit, traduction de S. Müller.

1998, La Religion, traduction de P. Ivernel ; Les Pauvres (1907), traduit par Bertrand Chokrane avec une introduction de Serge Paugam et Franz Schultheis « Naissance d’une sociologie de la pauvreté ».

1999, Sociologie : Étude sur les formes de la socialisation, traduction de L. Deroche-Gurcel et S. Müller.

2001, La Philosophie du comédien, traduction de S. Müller.

2002, La philosophie de l’aventure qui est la reprise de quelques titres qui étaient parus sous le titre des Mélanges de philosophie relativiste traduits par Alix Guillain. Sont édités : « Le christianisme et l’art » ; « Du réalisme en art » ; « Étude sur Venise » ; « Réflexions suggérées par l’aspect des ruines » ; « L’œuvre de Rodin comme expression de l’esprit moderne » (traduit par M. Ben Rudi) ; « La philosophie de l’aventure » ; « La religion et les contrastes de la vie » ; « Métaphysique de la mort ».

2003, Le Cadre et autres essais, traduction et préface de Karine Winkelvoss.

2004, La Forme de l’histoire et autres essais, traduction, préface et annotations de Karine Winkelvoss.

2005, Kant et Goethe, traduction, préface et annotations de Pierre Rusch.

2006, Le problème de la sociologie et autres textes, postface de Fabienne Barthélémy et Benoît Cret (l’ouvrage regroupe les trois textes suivants : “Le problème de la sociologie”, “Comment les formes sociales se maintiennent” et “Sur quelques relations de la pensée théorique avec les intérêts pratiques”) ; Pour comprendre Nietzsche, traduction de Christophe David ; L’argent dans la culture moderne et autres essais sur l’économie de la vie, introduction et traduction de Alain Deneault avec le concours de Céline Colliot-Thélène (l’ouvrage comprend les cinq textes suivants : “L’argent dans la culture moderne”, “Sur la psychologie de l’argent”, “La différenciation et le principe de l’économie d’énergie”, “L’argent et la nourriture”, “Le tournant vers”)

2007, Esthétique sociologique, Introduction de Philippe Marty, traduction de Lambert Barthélémy, Michel Collomb, Philippe Marty et Florence Thérond (l’ouvrage comprend les textes suivants : “Esthétique sociologique”, “Les paysages de Böcklin” texte édité en 1922 par sa femme, “Sur les quantités esthétiques”, “La Cène de Léonard de Vinci”, “Kant et l’esthétique moderne”, “Esthétique du portrait”, “L’art de Rodin et la question du mouvement dans la sculpture”, “L’esthétique de Schopenhauer et la conception moderne de l’art”, “Sur l’esthétique des Alpes”, “Producteurs de formes et créateurs”, “Fragments d’une philosophie de l’art”, “Souvenir de Rodin”, “Style germanique et style de tradition classique et romane”).

2009, Le pauvre (1907), nouvelle traduction de Laure Cahen-Maurel.

2013, Philosophie de la mode, traduit par Arthur Lochmann, 2013 et Psychologie des femmes (1890), traduit par Frédéric Joly avec une préface de Jean-Jacques Guinchard.

 

 

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Pascal Bruckner - Biographie

Pascal Bruckner est né le 15 décembre 1948 à Paris. Son père était ingénieur des Mines. Il est élève des jésuites à Lyon. En 1966, il devient étudiant en classes préparatoires littéraires au lycée Henri IV à Paris, puis respectivement à l’université Paris I, à l’université Paris VII et enfin à l’École pratique des hautes études. Il est titulaire d’une maîtrise (master I) de philosophie et d’un doctorat de troisième cycle sur Le nouveau monde amoureux (1816) de Charles Fourier (1772-1837) sous la direction de Roland Barthes (1915-1980) et supervisée par Gérard Genette (né en 1930) et Julia Kristeva (née en 1941), intitulée « Le corps de chacun appartient à tous ».

Il a publié un Fourier (1975) qui présente l’œuvre de l’utopiste socialiste. Il publie un roman, Allez jouer ailleurs en 1976 (qui a connu une seconde édition en 1986). En collaboration avec Alain Finkielkraut (né en 1949), il publie Le Nouveau Désordre amoureux en 1977. On le compte parmi les “nouveaux philosophes”. Toujours avec le même collaborateur, il publie en 1979 Au coin de la rue, l’aventure. En 1981, il publie un roman Lunes de fiel qui est adapté au cinéma par Roman Polanski. Il publie un essai contre le tiers-mondisme, Le sanglot de l’homme blanc : tiers monde, culpabilité, haine de soi en 1983. Il est dans le même temps membre du conseil d’administration de l’ONG Action contre la faim.

En 1985, il publie un roman, Parias. Il devient professeur invité à l’Université d’État de San Diégo en Californie en 1986. Il publie cette année-là Le palais des claques, un livre pour la jeunesse. Il devient professeur invité à l’université de New York à partir de 1987.

En 1988, il publie un roman Qui de nous deux inventera l’autre. Il quitte Action contre la faim.

En 1990, il publie un essai, La mélancolie démocratique. Il devient Maître de conférences à l’Institut d’Études Politiques de Paris.

En 1992, il publie un roman Le divin enfant. En 1994, il quitte l’Institut d’Études Politiques de Paris.

En 1995, il quitte l’université de New York. Il obtient le Prix Médicis de l’essai pour La tentation de l’innocence.

À partir de 1997, il collabore au Nouvel Observateur. Il publie un roman, Les voleurs de beauté qui obtient le prix Renaudot.

En 1998, il publie un autre roman, Les ogres anonymes. En 1999 il publie un essai, Le vertige de Babel. Cosmopolitisme ou mondialisme.

En 2000 son essai, L’Euphorie perpétuelle : essai sur le devoir de bonheur, fustige la paradoxale obligation d’être heureux. Il s’en prend notamment au philosophe Alain (1868-1951).

En février 2002 son essai Misère de la prospérité. La religion marchande et ses ennemis critique l’économisme qu’il soit néolibéral ou altermondialiste. Il reçoit pour cet ouvrage le Prix du Livre d’Économie décerné par l’association “Lire la politique” sous le patronage du Sénat. Il publie un livre pour la jeunesse illustré par Hervé di Rosa, Au secours, le père noël revient.

En janvier 2005 il publie un roman L’amour du prochain.

En septembre 2006, il publie La Tyrannie de la pénitence. Essai sur le masochisme Occidental où il critique la repentance occidentale, preuve selon lui de la valeur supérieure de cette culture par rapport à toutes les autres.

En novembre 2007 il publie un roman, Mon petit mari.

En octobre 2009 il publie un essai Le paradoxe amoureux.

En septembre 2010, il poursuit dans la même veine avec Le mariage d’amour a-t-il échoué ?

En octobre 2011, il publie Le Fanatisme de l’apocalypse. Sauver la Terre, punir l’Homme, ouvrage où il critique une certaine écologie.

En janvier 2013, il publie un roman, La maison des anges.

 

 

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Molière "L'Avare" - analyse

L’édition utilisée est :

Molière, L’Avare, présentation par Jean de Guardia, GF Flammarion, 2009.

 

L’Avare de Molière est une comédie en cinq actes et en prose écrite en 1668. Elle a été créée au Palais-Royal le 9 septembre de la même année. Elle a été jouée neuf fois avant d’être retirée.

La pièce est ensuite publiée à Paris au début de 1669, l’achevé d’imprimer est daté du 18 février.

 

 

Personnages et distribution originelle.

 

Harpagon, père de Cléante et d’Élise, amoureux (c’est-à-dire qui aime sans être nécessairement aimé en retour) de Mariane et amoureux de sa cassette d’or. Il était joué par Molière.

Cléante, fils d’Harpagon, amant (c’est-à-dire qui aime et qui est aimé) de Mariane. Il était joué par La Grange (1635-1692).

Élise, fille d’Harpagon, amante de Valère. Elle était jouée par Armande Béjart dite Mlle Molière (1642-1700).

Valère, fils d’Anselme, amant d’Élise. Il était joué par Du Croisy (1626-1695).

Mariane, fille d’Anselme, amante de Cléante, aimée d’Harpagon. Elle était jouée par Mlle de Brie (1630-1706).

Anselme, père de Valère et de Mariane

Frosine, femme d’intrigue. Elle était jouée par Madeleine Béjart (1618-1672).

Maître Simon, courtier.

Maître Jacques, cuisinier et cocher d’Harpagon était joué par André Hubert ( ?-1700)

La Flèche, valet de Cléante était joué par Louis Béjart (1630-1678).

Dame Claude, servante d’Harpagon.

Brindavoine et La Merluche, laquais d’Harpagon.

Un Commissaire et son Clerc.

 

 

ACTE PREMIER.

 

L’action se passe à Paris dans une salle de la maison d’Harpagon qui comprend un jardin derrière (cf. note 2 p.10).

 

Scène 1. Valère, Élise.

Dans cette scène d’exposition, on apprend qu’Élise est amoureuse et liée à Valère, un gentilhomme napolitain à qui elle est reconnaissante de lui avoir sauvé la vie lors d’un naufrage. Le dialogue est suffisamment ambigu pour qu’on se demande si leur relation est demeurée chaste. Élise doute de la continuité de l’amour de Valère. Il proteste de la sincérité de son amour. Il s’est introduit chez Harpagon en qualité d’intendant pour arriver à ses fins. L’obstacle est Harpagon et « l’excès de son avarice » (p.14) l’oblige selon lui a faire le flatteur. Le projet des amants est de faire du frère, Cléante, un allié. L’entendant arriver, Valère se retire (ce qui lie la scène 1 à la scène 2).

 

Scène 2. Cléante, Élise.

Dans cette seconde scène d’exposition, on apprend en même temps qu’Élise que son frère Cléanthe veut épouser Mariane, une jeune fille pauvre qui vit avec sa mère souvent malade, dont il est amoureux. Il prévient en les débitant les arguments qui font de l’obéissance au père en ce domaine le maître. Cléante se révolte surtout contre l’avarice de son père qui l’empêche d’aider Mariane. Il envisage même de s’enfuir avec sa bien-aimée à l’étranger. Habitué à faire des dettes pour se vêtir convenablement, il a pour son projet de fuite l’intention d’emprunter de l’argent (ce qui annonce les scènes 1 et 2 de l’acte II). Le frère et la sœur se retirent pour continuer leur confidence – Élise fera donc la sienne hors scène puisque nous la connaissons déjà – car ils entendent leur père (ce qui lie la scène 2 à la scène 3).

 

Scène 3. Harpagon, La Flèche.

Harpagon chasse brutalement La Flèche, le valet de Cléanthe parce qu’il le soupçonne d’être un espion pour les voleurs. Il se ravise un moment. Il l’interroge et se montre ridicule en le fouillant. La Flèche lui lance « La peste soit de l’avarice et des avaricieux ! » sans le désigner et le voue à être volé (ce qui annonce le vol de la cassette de la scène 6 de l’acte IV). Il est finalement chassé. Harpagon demeure (ce qui lie la scène 3 et la scène 4).

 

Scène 4. Élise, Cléanthe, Harpagon.

On comprend pourquoi Harpagon est inquiet : il a enterré dans son jardin une cassette contenant dix mille écus en or qu’on lui a rendus et qu’il n’a pu placer. Il craint le vol. Il soupçonne également ses propres enfants qui arrivent pendant qu’il se parle à voix haute. Il les tance pour leur dépense et notamment Valère pour sa prodigalité qui le fait vivre comme un marquis. Il lui reproche non de gagner au jeu comme son fils le prétend, mais de ne pas placer ses gains à un taux usuraire. Après s’être calmé, il leur apprend ses projets matrimoniaux. Il veut épouser Mariane. Cléanthe abasourdi se retire. Harpagon apprend à Élise que son frère doit épouser une veuve dont on lui a parlé et elle, le seigneur Anselme, un presque quinquagénaire de ses amis qui a la réputation d’être riche. Élise s’oppose avec la plus grande énergie au projet de mariage de son père la concernant. Harpagon lui propose de prendre comme juge Valère qui arrive (ce qui lie la scène 4 à la scène 5). Elle accepte.

 

Scène 5. Valère, Harpagon, Élise.

Valère donne raison à Harpagon avant de connaître l’affaire, puis se retrouve dans l’embarras une fois qu’il la connaît. Harpagon nous décrit Anselme comme un homme qui a du bien, aucun enfant d’un premier mariage et surtout qui épouse Élise « sans dot ». C’est cette raison, répétée quatre fois – dont trois par Harpagon dont c’est un mot de nature, c’est-à-dire un mot qui révèle le caractère de celui qui le prononce – qui décide l’affaire malgré les tentatives réitérées de Valère de défendre le point de vue du mariage et de l’amour d’Élise en l’énonçant à sa place. Harpagon sort pour aller voir son trésor pour lequel il craint après avoir entendu aboyer un chien. Valère explique à Élise son attitude par le mauvais naturel d’Harpagon. Il se déclare prêt à fuir. Devant son père de retour, il lui fait une leçon de morale à la façon d’Harpagon dont le principe est que « l’argent est plus précieux que toutes les choses du monde » (p.38).

 

 

ACTE II.

 

Scène 1. Cléanthe, La Flèche.

Cléante cherche à emprunter quinze mille francs. Son valet lui a trouvé un préteur représenté par Maître Simon, un courtier. L’énoncé des premières conditions semblent honnêtes à Valère. Mais lorsqu’il comprend que le prêteur réclame au final un taux exorbitant de 25% et y ajoute comme condition l’obligation d’y inclure un amas de vieilleries hétéroclites évaluées à un prix extravagant pour une partie de la somme, Cléante est indigné des conditions tyranniques de l’usurier qu’il injurie (« quel Juif, quel Arabe » p.42). Il maudit l’avarice de son père dont il souhaite implicitement la mort.

 

Scène 2. Maître Simon, Harpagon, Cléanthe, La Flèche.

Arrivent le courtier Maître Simon et Harpagon (ce qui assure la liaison des scènes). Cléanthe et son valet sont surpris. Cléante découvre que le mystérieux usurier n’est autre que son père. Père et fils s’opposent violemment. Ils se reprochent mutuellement l’immoralité de la dette inutile et du prêt usuraire. Harpagon reste seul.

 

Scène 3. Frosine, Harpagon.

Arrive Frosine (ce qui lie les scènes). Elle échoue à retenir Harpagon qui passe pour aller voir son argent.

 

Scène 4. La Flèche, Frosine.

Frosine se vante auprès de La Flèche qu’elle retrouve et connaît manifestement d’obtenir d’Harpagon de bons subsides en échange des services qu’elle va lui rendre. Elle se présente elle-même comme une intrigante. Profitant de l’absence d’Harpagon, le valet la met en garde contre l’avarice légendaire de son maître. « Donner est un mot pour qui il a tant d’aversion, dit de lui La Flèche, le valet de Cléante, qu’il ne dit jamais : “je vous donne”, mais : “je vous prête le bon jour” ». (p.50) Voyant Harpagon, il se retire (ce qui les la scène 4 à la scène 5).

 

Scène 5. Harpagon, Frosine.

Harpagon arrive. Frosine le flatte éhontément malgré les soixante ans qu’il avoue. Métoposcope et chiromancienne, elle lui prédit cent vingt ans. Ses vêtements démodés, ses quintes de toux sont selon elle du meilleur goût. Après cet éloge paradoxal, elle se vante de faire aboutir le mariage. L’absence de dot de la jeune fille pauvre tourmente pourtant Harpagon. Frosine le rassure en lui indiquant que ses habitudes d’économie relatives à la nourriture, à l’habillement et au fait qu’elle ne joue pas constituent un réel atout. Il refuse cet argent irréel. Seul l’argument de biens que la mère possèderait dans un autre pays lui agrée. Il est ensuite inquiet de la différence d’âge et sur les risques d’infidélité qui en découlent. Frosine lui fait croire alors que Mariane a une prédilection pour les vieillards et qu’elle accepte de l’épouser pour cela. Lorsqu’en échange, Frosine demande de l’aide pour un procès, Harpagon reste sourd à ses demandes et prétexte une affaire urgente pour s’éclipser. Restée seule, Frosine se promet de gagner sur l’autre partie.

 

 

ACTE III

 

Scène 1. Harpagon, Cléanthe, Élise, Valère, Dame Claude, Maître Jacques, Brindavoine, La Merluche.

Harpagon, qui a invité Mariane à dîner, multiplie les recommandations à ses domestiques, en particulier à Maître Jacques pour limiter le plus possible la dépense. La liste de plat que propose ce dernier provoque l’ire d’Harpagon. Devant les protestations de Maître Jacques, Valère se joint à Harpagon pour inciter le cocher-cuisinier à faire des économies. Il cite une antimétabole d’un ancien (proverbe cité par Cicéron (106-43 av. J.-C.), Rhétorique à Hérennius, IV, 28) « il faut manger pour vivre, et non pas vivre pour manger » (p.67). Elle plaît à Harpagon qui n’arrive pas à la répéter dans le bon ordre. Maître Jacques, qui, sur les instances de son maître, lui dit sincèrement ce qu’on dit de son avarice et des histoires qui courent sur son compte, est récompensé par des coups de bâton. (Harpagon doit sortir pour assurer la liaison entre la scène 1 et la scène 2).

 

Scène 2. Maître Jacques, Valère.

Restés seuls, Maître Jacques se querelle avec Valère qui se moque de lui. Il se montre hardi dans un premier temps et fait reculer Valère, qui, dès qu’il est menacé d’être rossé, reprend l’avantage et donne des coups de bâton au serviteur. La scène tourne à la farce. Maître Jacques, laissé seul, apprend au spectateur qu’il est prêt à se venger.

 

Scène 3. Frosine, Mariane, Maître Jacques.

Frosine qui arrive avec Marianne (ce qui assure la liaison des scènes) demande à Maître Jacques après son maître.

 

Scène 4. Mariane, Frosine.

Seules (ce qui fait la liaison des scènes), les deux femmes évoquent la situation. Mariane, est pleine d’appréhension à l’idée d’épouser Harpagon. Frosine lui fait avouer qu’elle aime le jeune homme inconnu. Elle lui fait remarquer l’avantage d’épouser un vieil homme riche plutôt qu’un pauvre jeune homme malgré l’inconvénient pour la sensualité. Bientôt mort, il la laissera libre de mener comme elle l’entend sa vie amoureuse.

 

Scène 5. Harpagon, Frosine, Mariane.

Harpagon entre (ce qui fait la liaison des scènes). Chaussé de lunettes, il en justifie la présence en lui faisant un compliment ridicule en la comparant à un astre qui a besoin d’être vu par de tels instruments. Elle est comme paralysée et Frosine explique à Harpagon que la stupeur de Mariane est de la surprise et de la pudeur.

 

Scène 6. Élise, Harpagon, Mariane, Frosine.

Élise entre (ce qui assure la liaison des scènes). Après qu’elle et Mariane se sont saluées, Frosine sert d’intermédiaire entre Mariane et Harpagon à qui elle transforme en compliments les jugements dépréciatifs de Mariane. Cette dernière reconnaît Cléante qui arrive (ce qui assure la liaison entre la scène 6 et la scène 7).

 

Scène 7. Cléante, Harpagon, Élise, Mariane, Frosine.

Cléante et Mariane échangent des propos doux amers à double entente. Cléante explique en quoi ce mariage ne lui convient pas. Mariane l’assure que c’est pour elle un devoir filial. Harpagon comprend simplement une opposition du fils à une future belle-mère. Sur les instances de son père qui lui demande de changer d’attitude, il feint de se mettre à sa place et lui avoue son amour et son vœu de l’épouser. Mais Harpagon s’agace auprès de Valère de la riche collation que Cléante a préparée pour Mariane qui s’apprêtait à partir à la foire avec Frosine et Élise. Il devient colère lorsque Cléante lui ôte du doigt une bague de diamant pour l’offrir en son nom à sa promise.

 

Scène 8. Harpagon, Mariane, Frosine, Cléante, Brindavoine, Élise.

Brindavoine entre (ce qui lie les scènes) pour annoncer la visite d’une personne qui apporte à Harpagon de l’argent. Il tente alors d’abandonner la scène

 

Scène 9. Harpagon, Mariane, Cléante, Élise, Frosine, La Merluche.

La Merluche entre en courant (ce qui lie les scènes) et renverse Harpagon. Il s’empressait de le prévenir du déferrement de ses deux chevaux, ce qui retarde la sortie à la foire. Cléante se propose de faire l’honneur du jardin à sa future belle-mère et Harpagon enjoint Valère d’économiser le plus de mets possible.

 

 

ACTE IV

 

Scène 1. Cléante, Mariane, Élise, Frosine.

Revenant après la collation dans le jardin, malgré le soutien d’Élise et de Frosine, Mariane ne veut user d’aucun moyen immoral pour fuir le mariage avec Harpagon décidé par sa mère. Elle invite Cléante à persuader sa mère. Cléante, Mariane et Élise demandent l’aide de Frosine. Celle-ci imagine devant eux un stratagème qui consisterait à faire espérer une riche veuve, marquise ou vicomtesse de basse Bretagne, riche de 100000 écus, qui voudrait l’épouser et en faire son héritier. Une de ses amies fera l’affaire.

 

Scène 2. Harpagon, Cléante, Mariane, Élise, Frosine.

Harpagon revient (ce qui lie les scènes). Il surprend son fils baisant la main de Mariane consentante. Il est intrigué. Il fait rester son fils pendant que les dames partent à la foire, le carrosse étant réparée.

 

Scène 3. Harpagon, Cléante.

Feignant alors d’avoir renoncé à la jeune fille et d’avoir conçu plutôt un mariage entre elle et Cléante, pour désarmer les soupçons de son fils qui a dénigré Mariane, il veut l’inciter à lui confier ses véritables sentiments. Harpagon finit par le faire tomber dans le piège : Cléante avoue à son père qu’il est l’amant de Mariane. Une fois Harpagon arrivé à ses fins, il enjoint son fils de renoncer à Mariane et à se préparer au mariage que son père lui a prévu. Devant le refus de son fils, il se met en colère et s’apprête à bastonner son fils.

 

Scène 4. Maître Jacques, Harpagon, Cléante.

Maître Jacques survient (ce qui lie les scènes). Mis au courant du différend par Harpagon à qui il fait semblant de donner raison, il en est fait juge par les deux parties. Il prend à part chacun d’eux tour à tour et fait croire au père et au fils que l’autre renonce désormais à épouser Mariane.

 

Scène 5. Harpagon, Cléante.

Après le départ de Maître Jacques, le père et le fils se réconcilient jusqu’à ce qu’ils prennent conscience du malentendu lorsque Cléante remercie son père de lui laisser Mariane. Leur dispute reprend avec plus de violence. Le ladre renie, déshérite et maudit son fils. Le fils insolent lui rétorque qu’il n’a « que faire de [ses] dons » (p.98). (Harpagon doit sortir pour assurer la liaison des scènes et la scène 7 permet de penser qu’il est encore une fois allé voir son cher argent).

 

Scène 6. La Flèche, Cléanthe.

La Flèche arrive, portant la cassette d’Harpagon qu’il a dérobée. Il prévient Cléante et s’enfuit avec lui.

 

Scène 7. Harpagon.

Harpagon hurle en revenant du jardin où il a découvert le vol. Il se montre dans un monologue démarqué de la scène 10 de l’acte IV de L’Aululaire ou Comédie de la marmite de l’auteur comique latin Plaute (~254-~184 av. J.-C.) désespéré, s’égarant au point de se prendre pour le voleur, déclarant son amour pour son argent (« mon pauvre argent, mon pauvre argent, mon cher ami ! on m’a privé de toi ; et puisque tu m’es enlevé, j’ai perdu mon support, ma consolation, ma joie » p.99) il fait le serment de faire exécuter les coupables quels qu’ils soient et sinon de se pendre lui-même.

 

 

ACTE V

 

Scène 1. Harpagon, le Commissaire, son clerc.

Un commissaire de police, convoqué par Harpagon, arrive pour mener l’enquête. Harpagon lui apprend la somme colossale de 10000 écus qui lui a été dérobée et présente son affaire comme de première importance pour l’ordre public. Il demande au commissaire d’arrêter tous les habitants de la ville et des faubourgs. Ce dernier lui propose de plutôt mener une enquête prudente.

 

Scène 2. Maître Jacques, Harpagon, le Commissaire, son clerc.

Arrive Maître Jacques (ce qui lie les scènes). Un quiproquo survient lorsqu’il parle d’égorger et qu’Harpagon croit qu’il s’agit de son voleur alors qu’il s’agit d’un cochon de lait. Le commissaire interroge Maître Jacques qui le prend d’abord pour un invité. Un temps soupçonné, ce dernier pour se venger accuse Valère du vol de la cassette en reprenant les renseignements que lui livre Harpagon qui est malgré tout persuadé.

 

Scène 3. Valère, Harpagon, le Commissaire, son clerc, Maître Jacques.

Valère arrive (ce qui lie les scènes). Harpagon le presse de confesser son crime. S’ensuit un quiproquo où Valère qui plaide coupable, se défend en arguant de la pureté de ses intentions et Harpagon, quoiqu’un peu surpris, confond aisément l’amour de sa fille avec l’amour qu’il éprouve pour sa cassette. Il finit toutefois par comprendre qu’Élise et Valère sont amants tout en continuant à le croire coupable du vol. Valère quant à lui n’a pas compris qu’il était accusé de vol.

 

Scène 4. Élise, Mariane, Frosine, Harpagon, Valère, Maître Jacques, le Commissaire, son clerc.

Élise revient de la foire en compagnie de Mariane et Frosine (ce qui lie les scènes). Harpagon la menace du couvent pour son action déshonorante et promet la pendaison puis la roue à Valère. Sa fille l’invite à la clémence. Elle lui révèle qu’il est son sauveur. Harpagon lui rétorque que sa noyade aurait été préférable aux crimes dont il accuse Valère.

 

Scène 5. Anselme, Harpagon, Élise, Mariane, Frosine, Valère, Maître Jacques, le Commissaire, son clerc.

Le seigneur Anselme, le promis d’Élise arrive pour son contrat de mariage (ce qui lie les scènes). Pour montrer qu’il est un parti honorable, Valère dévoile qu’il est le fils de don Thomas d’Alburcy, qu’il se croit orphelin suite à un naufrage qu’il vécut avec sa sœur et ses parents, naufrage qui se produisit au cours de leur fuite de Naples qui connaissait des troubles politiques. Il est à la recherche de son père dont il vient d’apprendre qu’il est vivant. Il donne des preuves matérielles de ses dires qui amènent Mariane à le reconnaître comme son frère. Elle conte alors son propre sauvetage avec sa mère, leur esclavage durant dix ans, leur libération et leur deuxième fuite de Naples. Nouvelle reconnaissance : le seigneur Anselme leur découvre qu’il est leur père à tous les deux. Harpagon ne lâche pas l’affaire. Valère apprend que son accusateur est Maître Jacques.

 

Scène 6. Cléante, Valère, Mariane, Élise, Frosine, Harpagon, Anselme, Maître Jacques, La Flèche, le Commissaire, son clerc.

Survient Cléante (ce qui lie les scènes). Il propose un marché à son père : sa cassette contre Mariane. La mère de cette dernière étant d’accord, le père retrouvé donne son consentement après avoir été respectueusement sollicité par sa fille. Harpagon accepte les mariages des deux couples d’amants puisque le seigneur Anselme promet de payer pour les deux mariages et pour les frais de justice. Il va retrouver sa « chère cassette ».

 

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L'argent - Sujet et corrigé dissertation Montesquieu "Il faut savoir le prix de l'argent : les prodigues ne le savent pas, et les avares encore moins."

« Argent trop cher » se plaignait le refrain d’une chanson de rock dans les années 1980 et qui ajoutait que « la vie n’a pas de prix ». Penser que l’argent a un prix semble donc une idée qui va de soi. Montesquieu à cet égard écrivait dans Mes pensées :

« Il faut savoir le prix de l’argent : les prodigues ne le savent pas, et les avares encore moins ».

Il est remarquable que le président du parlement de Bordeaux propose à la fois l’impératif de connaître le prix de l’argent et qu’il exclue de cette connaissance les prodigues et les avares selon une gradation dans l’incapacité. Il veut donc dire que ce savoir implique un rapport à l’argent qui ne soit ni celui de la dépense excessive et encore moins celui de la conservation excessive. Ces deux vices empêchent ceux qui en sont habités d’accéder à la connaissance de l’argent. En être délivré, c’est pouvoir répondre à cet impératif. Seuls le pourraient ceux qui ne dépensent pas trop et encore moins ceux qui ne veulent rien dépenser.

Or, le prodigue en tant qu’il dépense et l’avare en tant qu’il conserve aime chacun à leur façon l’argent. L’un cherche toujours de l’argent pour le dépenser, l’autre cherche à conserver le sien et donc à dépenser au plus juste. Comment donc pourraient-ils en méconnaître le prix alors que c’est l’affaire de leur vie ? Et si d’un autre côté ni l’avare ni le prodigue ne savent le prix de l’argent, y a-t-il véritablement quelqu’un qui le sait s’il est vrai comme Aristote le soutenait que viser le juste milieu est des plus difficiles ? Enfin, ne peut-on pas considérer que l’avarice et la prodigalité désigne moins des vices que des pôles du rapport à l’argent qui habitent en quelque sorte tout le monde ce qui impliquerait que l’impératif de savoir le prix de l’argent est possible à mettre en œuvre par tous ou par personne ? Bref, l’impératif de connaître le prix de l’argent en ayant un juste rapport à lui a-t-il un sens ?

Nous nous demanderons d’abord en quoi l’avare et le prodigue ne connaissent pas le prix de l’argent et en quoi le second le connaît encore moins. Puis nous examinerons en quoi l’avare connaît mieux le prix de l’argent que quiconque et notamment que le prodigue. Et enfin nous nous demanderons en quoi ni l’avare ni le prodigue ne savent et ne peuvent savoir le prix de l’argent qui n’est rien d’autres pour eux et pour les autres que la place de chacun dans la vie sociale.

Pour cela nous nous appuierons notamment sur la comédie de Molière, L’Avare, sur le roman d’Émile Zola, L’Argent et sur les sections I et II du chapitre trois de la partie analytique de la Philosophie de l’argent de Georges Simmel.

 

L’argent sert à l’échange, c’est un simple moyen d’échange dont l’objet est la jouissance d’un bien dont on a besoin. C’est l’argent qui exprime le prix au sens propre, c’est-à-dire sa mesure dans une monnaie donnée. Or, on peut faire remarquer avec Simmel que « l’argent est le moyen absolu » (p.244) en tant qu’il permet de se procurer tout ce qui se vend. Pour se procurer de l’argent, il faut le gagner d’une manière ou d’une autre. C’est le prix de l’argent au sens de la valeur qui est la sienne. Mais l’argent une fois acquis, il ne peut pas ne pas servir à l’échange afin de pouvoir acquérir des biens qui apportent une jouissance concrète. C’est en ce sens que lorsqu’il évoque avec sa sœur, Élise, son amour pour Mariane, Cléante reproche à juste titre à son père de les empêcher de jouir de la vie. Le vieil homme n’use pas de l’argent. C’est en ce sens que l’avare n’en connaît ni la valeur d’usage ni la valeur d’échange. Et cette méconnaissance l’empêche et empêche les autres de jouir de la vie. L’impératif que propose Montesquieu a bien un sens. La princesse d’Orviedo, animée par la charité et ayant la farouche volonté de dépenser l’argent mal acquis de son défunt mari, fait preuve d’« une prodigalité folle dans la charité » (chapitre II, p.67, GF Flammarion, 2009). Aussi se retrouve-t-elle dans l’impossibilité de voir en quoi elle est volée jusqu’à ce que Saccard mette de l’ordre dans ses affaires nous montre Zola dans le chapitre II de son roman lorsqu’il fait le panorama des protagonistes de son histoire. Le narrateur lui reproche à plusieurs reprises de gaspiller l’argent qu’elle pourrait mieux utiliser dans son but d’aider les pauvres tout comme Harpagon reproche à son fils de dépenser en vêtements l’argent qu’il prétend gagner au jeu au lieu de le placer « à bon intérêt ». Bref, pour lui, il méconnaît le prix de l’argent au sens de ce qui rapporte. Est-ce à dire que finalement l’avare a une connaissance du prix de l’argent ?

Nullement, c’est l’avare qui connaît encore moins le prix de l’argent parce qu’il le transforme en une fin. C’est ce phénomène pathologique que Simmel pointe dans sa réflexion. En effet, l’argent est un moyen qui permet d’obtenir des biens et doit donc être dépensé. Mais comme tout moyen remarque Simmel, il peut être pris pour une fin. L’avare le transforme en une fin absolue alors que le prodigue fait de la dépense en tant que telle la fin absolue. Son action est moins pathologique que celle de l’avare. Il est donc moins éloigné d’un juste rapport à l’argent et donc d’une connaissance de celui-ci. On voit ainsi Harpagon dans le fameux monologue de la non moins fameuse scène 7 de l’acte IV démarquée d’une scène de La comédie de la marmite de Plaute (~254-~184 av. J.-C.), alors qu’il vient de découvrir que sa cassette a été dérobée, prêt à faire donner la question à tous les membres de la maison y compris ses enfants, prêt à faire pendre tout le monde voire lui-même si on ne découvre pas le voleur. Cette incapacité à saisir le prix de l’argent au sens de sa valeur dans l’échange peut sur un mode plus léger conduire à abandonner la partie. Ainsi le procureur Delcambre qui a monté un guet-apens avec la complicité de Clarisse, la femme de chambre de la baronne Sandorff, est trop ladre pour conserver sa maîtresse alors que Saccard qui dépense l’argent des autres sait jouir de la vie comme le montre le chapitre VII du roman de Zola. C’est Saccard qui conservera finalement la jouissance de la joueuse.

Toutefois, le prix de l’argent, c’est certes ce qu’il en coûte pour le gagner, mais c’est surtout objectivement ce qu’on peut en faire. Il est par nature promesse comme Alain (1868-1951) le souligne dans ses Propos d’économique (1934). Dès lors, s’il faut en connaître le prix, ce n’est pas pour simplement en jouir, c’est pour en jouir de la façon la plus juste et la plus efficace possible. Or, qui est plus économe que l’avare ? N’est-il donc pas le seul à véritable connaître le prix de l’argent ? N’y a-t-il pas de juste connaissance de son prix que dans l’usage le plus juste de l’argent ? Ne faut-il pas être ladre pour connaître le prix de l’argent ?

 

L’image traditionnelle du ladre, c’est celle de l’Euclion de Plaute qui a trouvé une marmite d’or ou du loup de la fable de La Fontaine, « Le Loup et le Chasseur » (Fables, VIII, 27, 1678) qui a trouvé le gibier accumulé par le chasseur animé de la convoitise ou cupidité et qui mourra en voulant manger le boyau de l’arc où une sagette l’achèvera. Simmel prend justement garde de distinguer l’avarice de la cupidité au motif que le cupide cherche à gagner de plus en plus d’argent alors que l’avare vénère l’argent comme une personne. Mais il est bien obligé de considérer que cupidité et avarice ont un point commun fondamental : l’argent est pour chacun une fin absolue. Or, comment l’avare pourrait avoir de l’argent si ce n’est en le gagnant d’une façon ou d’une autre ? C’est déjà en ça qu’il en connaît le prix comme Alain le faisait remarquer en analysant dans ses Propos d’économique le personnage de Grandet du roman de Balzac (1799-1850), Eugénie Grandet. C’est pourquoi Molière a raison de les confondre en la figure d’Harpagon ; il travaille et conserve son argent ou plutôt ne le dépense qu’à bon escient. Son train de vie modeste montre qu’il sait le prix de l’argent et qu’il s’oppose à la folle prodigalité qu’il voit en ses enfants et surtout en son fils comme il le lui fait remarquer à la scène 4 de l’acte premier. L’argent qu’il a chez lui dans sa cassette, il vient de le recevoir et ce n’est pas interpréter de façon excessive que de penser qu’il y a là peut-être le résultat d’une usure, celle-là même qu’il propose à celui qu’il ne sait pas être son fils comme le montrent les deux premières scènes de l’acte II. Le prodigue Saccard finit par se ruiner, lui qui dépense de façon inconsidérée non seulement pour lui alors que les ladres de Zola s’en sortent comme le procureur Delcambre qui estime à son juste prix la baronne Sandorff, c’est-à-dire à pas grand-chose, ou le vice-président de la banque universelle, le vicomte de Robin-Chagot « homme doux et ladre » (p.168) selon le chapitre IV que la faillite ne semble pas gagner.

L’avare sait le prix de l’argent puisque la valeur de l’argent dépend des travaux des autres comme Alain l’indique dans ses Propos d’économique. Harpagon fait travailler son argent et l’exploite à un prix élevé. Ce qu’il reproche à son fils, c’est justement de dépenser inconsidérément. S’il croit que son fils joue pour gagner ce qu’il dépense, ce qui signifierait qu’il dépense son argent, le lecteur sait qu’il ne dépense que l’argent qu’il emprunte. L’énorme somme qu’il lui faut pour son projet de s’enfuir avec Mariane, le reproche de vouloir jouer au marquis que lui fait son père, voire l’acceptation du vol de son père comme le laisse entendre la scène 6 de l’acte IV valent signes et condamnation de sa prodigalité. Ne consiste-t-elle pas comme Alain le note avec raison dans ses Propos d’économique à dépenser l’argent des autres ? Les vertus d’économie et d’avarice sont identiques quoiqu’en dise une tradition que Simmel reprend en faisait de celle-là une sorte de pathologie de celle-ci. L’économie, c’est la réussite, c’est dépenser moins qu’on ne gagne pour investir ou conserver pour des temps plus difficiles. La prodigalité même associée à la cupidité, c’est la ruine dans Zola. Le personnage de Gundermann dont le milliard est le fruit d’un siècle d’effort et qui pense mathématiquement que le projet de Saccard est voué à la ruine, surtout lorsque le cours de l’action dépasse sa valeur, le narrateur de L’Argent précise au chapitre III qu’il n’est pas « l’avare classique qui thésaurise » (p.120). Il correspond pourtant à l’avare que pense avec raison Alain, à savoir l’infatigable travailleur qui sait le prix de l’argent parce qu’il travaille et surtout parce qu’il sait que les travaux de tous font la valeur de tout l’argent. C’est pourquoi le portrait de l’avare de Simmel est impossible. Si dans la comédie outrer les traits d’un type permet de présenter un défaut, dans la philosophie il ne faut prendre le type pour la réalité elle-même. Bref, pour répondre à l’impératif de Montesquieu, l’avare est contrairement à sa pensée le meilleur candidat.

Cependant, on présuppose ainsi un prix de l’argent que mesurerait le travail, l’effort fait pour l’acquérir. Or, cet effort est non seulement variable en fonction des sociétés mais à l’intérieur de la société l’effort n’est pas du tout le même entre le pauvre et le riche. Dès lors, le prix de l’argent ne sera pas le même pour le pauvre ladre et le riche prodigue ou le pauvre prodigue et le riche avare de sorte que c’est l’impératif même que prône Montesquieu qui est discutable pour tous. Chacun ne connaît-il pas à sa façon le prix de l’argent ?

 

Le prix de l’argent n’est rien d’autre que ce que chacun peut en faire. Or, Simmel montre avec sa thèse très juste du superadditum de l’argent en quoi sa disponibilité donne un surcroit de pouvoir au riche alors que le pauvre en a moins. L’argent possédé donne un pouvoir en tant qu’il ouvre un choix que chacun des objets d’échange n’a pas en lui-même. Dès lors le prix de l’argent est relatif à la quantité qu’on possède. Elle est relative à la capacité d’en user immédiatement ou non. Le commerçant fera une remise à celui qui peut payer et refusera une petite pièce au mendiant. Ainsi alors que Saccard joue avec des millions, puis des dizaines de millions, Gundermann avec des centaines de millions, Dejoie se retrouve avec quelques milliers de francs dans l’angoisse du gain. Le prix pour lui n’est pas le même. Le seigneur Anselme qui a retrouvé ses enfants, Valère et Mariane, ne voit aucun inconvénient à dépenser pour leurs deux mariages, à payer les frais de justice engager pour retrouver la cassette d’Harpagon : comment prétendre qu’il ne sait pas le prix de l’argent puisqu’il en fait l’usage qui permet à la vie de reprendre son cours et de laisser chacun à sa passion et notamment Harpagon à la sienne ?

Dès lors, l’avarice et la prodigalité sont relatives. Prenons une des supposées contradiction du personnage d’Harpagon que la critique relève. Il a une riche bague comme l’indique la scène 7 de l’acte IV où Cléante l’offre à Mariane à ce moment la promise de son père. Même s’il a peu de serviteurs puisque Maître Jacques joue deux rôles, celui de cocher et celui de cuisinier comme le montre la scène 1 de l’acte III, il a néanmoins à son service des serviteurs. Il les utilise et par là même, il a une certaine idée du prix de l’argent au sens de la valeur d’échange. À sa façon, il tient son rang de bourgeois. On voit associer dans les Beauvilliers à travers le regard de Madame Caroline qui perce peu à peu leur secret et du jugement du narrateur la plus sordide avarice avec la prodigalité aristocratique comme le montre le chapitre II du roman de Zola. Mais les Beauvilliers comme le montre le discours du chapitre IV qu’elle tient à Saccard lorsqu’elle vient lui demander conseil pour investir dans les actions de la banque universelle sont quant à elles imprégnées des valeurs aristocratiques. L’argent ne vaut que s’il est dépensé pour maintenir son rang et respecter certaines valeurs. Il n’est pas impossible que le baron de la Brède qui fit de l’honneur dans son maître ouvrage, De l’esprit des lois (1748), le principe politique de l’aristocratie, n’eût pas été sensible à la tristesse du sort de ses personnages que le narrateur de L’Argent semble condamner pour sa part au nom d’un capitalisme de la production.

Bref, il y a une double relativité de position et d’époque quant au prix de l’argent qui fait qu’on ne le sait que trop par rapport à sa position. Un noble qui dépense tient son rang et seul l’esprit bourgeois y verra de la prodigalité. Un marchand qui place son argent est un avare dont on peut faire rire le public de la cour comme la pièce de Molière le montre. On peut certes penser une sorte de prix moyen de l’argent soit de l’effort moyen pour l’avoir et pour pouvoir en user. Il est incontestablement plus cher pour les civilisés que pour les sauvages ou les peuples premiers comme on dit maintenant comme Simmel le remarque à juste titre, la civilisation pouvant se définir l’accroissement des séries téléologiques et donc du rôle de l’argent en tant que moyen absolu. Que de biens qui exigent l’argent pour un pauvre des pays développés voire sous-développés comparé à son absence ou à son peu d’usage chez les derniers peuples premiers ! Mais ce prix moyen n’a aucune valeur pour ceux qui en sont éloignés. Dejoie a besoin de six mille francs pour marier sa fille alors que Saccard est prêt à dépenser plusieurs centaines de milliers de francs pour avoir une nuit celle dont Simmel dit (p.483) qu’elle possédait une valeur de rareté. Nul doute que Frosine désire bien moins que le minimum qu’estime Cléante pour s’enfuir avec Mariane.

 

En un mot, le problème était de savoir si l’impératif de connaître le prix de l’argent à la condition d’avoir un juste rapport avec lui, c’est-à-dire de ne pas être dépensier et encore moins ladre avait un sens. Il est apparu en effet que le prodigue s’en tient à la pure dépense et l’avare à l’argent comme fin : l’un et l’autre méconnaissent qu’il est le moyen de l’échange et qu’en ceci consiste son usage. C’est là son prix au sens de sa valeur. Toutefois, l’avare à la différence du prodigue et de tout autre manie l’argent. Il sait qu’il faut le gagner ; il en connaît le prix dans les deux sens de la valeur et de l’effort que coûte quelque chose. C’est pourquoi il en use avec parcimonie. Cependant, prodigue ou avare ne se comprennent que relativement à la position de chacun qui est seule à même de déterminer le prix de l’argent qui varie en fonction de sa position sociale et des valeurs de la société. C’est pour quoi connaître le prix de l’argent est un impératif finalement abstrait et dont on peut dire qu’il est toujours réalisé.

Est-ce que finalement la distinction entre l’avare, le prodigue et l’homme ordinaire n’est pas le simple grossissement de tendances qui se retrouvent en chacun ?

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