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Sujet et corrigé d'une dissertation relative à une citation de Chamfort

Sujet : dissertation : « Il n’est vertu que pauvreté ne gâte. Ce n’est pas la faute du chat quand il prend le dîner de la servante. » Chamfort, Supplément aux Maximes et pensées.

Vous discuterez ce point de vue en prenant appui sur votre lecture des trois œuvres inscrites au programme.

 

Chômage, pauvreté, exclusion sont souvent invoqués pour expliquer, voire justifier des comportements contraires aux bonnes mœurs. Déjà Chamfort écrivait dans le Supplément aux Maximes et pensées :

« Il n’est vertu que pauvreté ne gâte.

Ce n’est pas la faute du chat quand il prend le dîner de la servante. »

L’auteur veut dire que la pauvreté nuit à la vertu. Il l’illustre par une esquisse de fable : un chat qu’on suppose affamé, qui se saisit du dîner de la servante, femme non pas riche, peut-être pas pauvre, mais au moins modeste et pour qui le dîner est indispensable.

Or, justifier un acte délictueux par une situation économique délicate, bref, par le manque d’argent, c’est nier la vertu qui consiste justement à agir sans tenir compte de l’intérêt. Mais d’un autre côté, nier que la pauvreté incite à la criminalité, c’est concevoir une pauvreté abstraite, celle du penseur bien nourri dans son cabinet de travail.

Dès lors, on peut se demander s’il est possible de penser que la pauvreté nuit à la vertu sans nier cette dernière.

On s’interrogera d’abord sur la question de savoir en quoi la pauvreté n’est pas un obstacle à la vertu, puis en quoi elle gâte la vertu et enfin en quoi la pauvreté crée les conditions qui rendent la vertu difficile.

On s’appuiera notamment sur la pièce de Molière, L’avare [GF Flammarion], sur le dix-huitième roman de la série des Rougon Macquart d’Émile, L’Argent [GF Flammarion] et sur les deux premières sections du chapitre III, L’argent dans les séries téléologiques de la Philosophie de l’argent du philosophe et sociologue Georg Simmel.

 

La pauvreté se définit comme l’état de celui qui a juste de quoi satisfaire ses besoins. Elle s’oppose à la misère qui est l’état de celui qui n’arrive pas à satisfaire ses besoins tout en ayant le minimum qui permet d’éviter la mort comme Péguy l’a montré dans L’argent. Quant à la richesse, elle consiste à avoir bien plus que ce qui est nécessaire. Elle est constitutive de la pauvreté en ce sens que dans les sociétés primitives, la relative égalité économique implique qu’il n’y a pas de pauvreté en ce sens que personne ne peut, voire ne doit vouloir plus que les autres comme Pierre Clastres (1934-1977), dans La Société contre l’État (1974) en a tenté la démonstration. Or, la pauvreté ainsi entendue n’est pas un obstacle à la vertu, c’est-à-dire à la conduite morale.

Ainsi, dans L’avare, Marianne et sa mère sont pauvres sans être misérables. Marianne reste vertueuse malgré cette pauvreté en tant qu’elle obéit à sa mère et refuse d’aller à l’encontre de la morale familiale malgré son inclination certaine pour Cléante (acte IV scène 1). On trouve en Jordan et sa femme Marcelle dans L’Argent de Zola, une honnêteté certaine malgré leur pauvreté. Ainsi Jordan, l’écrivain, refuse la spéculation en bourse. Elle repose en effet comme le roman tout entier en fait la démonstration sur une passion dévastatrice, exclusive de toute réflexion, de toute mesure. Si Mlle Chuchu qui vient d’un milieu pauvre se donne pour de l’argent à Flory, employé de l’agent de change Mazaud (ch. III, p.106), Madame de Jeumont aussi, à l’empereur, puis à Saccard – et à 100000 ou 200000 la nuit, ce n’est pas la pauvreté qui explique son manque de vertu (cf. chapitre VIII, p.325). La pauvreté n’est pas un obstacle à la vertu puisque c’est au contraire du côté de la richesse que se situent les comportements pathologiques comme l’avarice ou la prodigalité selon Simmel dans sa Philosophie de l’argent, comportements qui consistent à ériger en fin soit l’argent lui-même, soit son usage, au détriment de toute mesure.

En effet, il est toujours possible de faire un geste pour les autres. Le pauvre partage. Il agit pour faire vivre sa famille comme Péguy dans L’argent l’indique dans sa description de la morale de la vieille France, morale du travail, de la mesure et de l’heureuse acceptation de l’ordre des choses. Les serviteurs d’Harpagon, malgré sa ladrerie qui les fait vivre comme des pauvres, sont honnêtes (acte III, scène 1). La vertu se manifeste dans la famille, lieu d’ailleurs d’où l’argent est exclu comme le communiste marxisant, Sigismond, le remarque dans L’Argent de Zola, pour montrer comment la société communiste serait possible (chapitre IX, p.356). La pauvreté peut même être recherchée : c’est l’ascétisme décrit par Simmel qui voit dans l’argent au mieux quelque chose d’indifférent, au pire une source de tentation et comme le mal. Ainsi des moines bouddhistes qui refusent même son contact ou des Franciscains que Simmel donne en exemples d’une pauvreté voulue pour la vertu.

Cependant, il n’en reste pas moins vrai que le pauvre a mauvaise presse et que la richesse fait le prestige. Tout se passe comme si la première était comme une faute ou la source de faute alors que la seconde permet de bien faire voire de faire le bien. Dès lors, n’y a-t-il pas dans la pauvreté une situation qui empêche la vertu ?

 

On peut distinguer la pauvreté volontaire de la pauvreté involontaire. Si la première semble liée à une exigence morale, la seconde est subie. On n’est pauvre souvent parce qu’on naît pauvre. On peut donc étudier tour à tour leur relation à la vertu.

Les pauvres volontaires que sont les moines mendiants agréent peut-être à leur Dieu ou à leur idéal de sortie du monde mais ils montrent une obsession de l’argent. Et surtout ils sont d’une inutilité sociale certaine car, sans les dons des autres, ils ne pourraient pas vivre. Ils vivent donc du travail des autres. Il en va de même de la princesse d’Orviedo qui finit pauvre volontairement. Pauvre puisqu’elle est endettée après avoir dépensé les 300 millions de la fortune qui lui vient de son mari (chapitre XII). Or, la charité folle dont elle a fait preuve n’a en aucun cas permis quoique ce soit d’autre que le plus dispendieux des gaspillages. N’a-t-elle pas en un sens encouragé le vol de ses fournisseurs ? Quant à Harpagon qui loue l’adage, il faut manger pour vivre et non vivre pour manger que lui fait connaître Valère dans la scène 1 de l’acte III, il est clair qu’il y voit l’occasion de renforce son avarice et non la vertu. Ainsi, il y a bien une proximité entre la pauvreté volontaire et l’avarice comme Simmel l’a vu dans son analyse des pathologies de l’argent. En faisant de l’argent une sorte de mal absolu, l’ascète l’érige en un rôle majeur. Bref, la pauvreté volontaire n’est qu’une apparence de vertu. Reste qu’il n’en va peut-être de même pour les pauvres involontaires.

Or, ils ne peuvent être non plus vertueux. Mariane accepte une quasi vente. En quoi est-il vertueux de ne pas écouter son inclination pour Cléante et d’accepter d’épouser pour son argent un vieux barbon ? Quant à sa mère, ne vend-elle pas sa fille ? Certes, elle ne le dit pas mais semble se rendre aux raisons de Frosine qui lui fait remarquer que le vieil Harpagon sera bientôt mort et qu’elle pourra profiter de sa fortune (acte III, scène 4). On peut donc dire que la pauvreté pousse au vice, au moins à l’intention de nuire à son prochain. Le valet de Cléante, La Flèche, qui vole Harpagon (acte IV, scène 6), paraît excusable à cause du vice du père de son maître, mais il ne fait pas pour cela preuve de vertu, mais traduit le désir de son maître de trouver de l’argent par n’importe quel moyen. Que dire de Victor, le deuxième fils de Saccard. Fruit d’un viol, ayant vécu dans le bouge immonde tenu par la Méchain dans la cité de Naples, amant à douze ans d’une femme de plus de quarante ans qui meurt dans le lit qu’ils partagent, son destin est tout tracé. Recueilli à l’œuvre du Travail grâce à Madame Caroline, il viole et vole la fille Beauvilliers qui n’aura jamais la dot pour se marier. Madame Caroline peut résoudre le problème qu’elle s’était posé : c’est bien l’argent qui distingue le destin de Victor de celui de l’autre fils, Maxime, guère plus moral mais qui ne faute pas. Et Zola peut ainsi montrer que la simple charité ne résout pas le problème du vice. C’est que la pauvreté paraît même une faute morale et la richesse une valeur morale comme Simmel le fait remarquer en bon sociologue. On chasse le mendiant des villes mais on ne prête qu’aux riches. Dans ce jugement qui peut paraître injuste gît l’idée que la pauvreté prédispose à tous les vices comme moyens pour suppléer aux manques qu’elle suscite.

Cependant, on ne peut attribuer à la pauvreté une causalité à sens unique qui en ferait le principe du vice car cela reviendrait à nier cet effort qu’est la vertu. Comme la pauvreté n’est pas non plus neutre, dès lors, on peut s’interroger sur la possibilité pour elle de gâter la vertu en tant qu’elle la rend difficile.

 

Si la vertu au sens morale n’est pas rendue absolument impossible par la pauvreté, toutefois, elle la rend difficile à tel point qu’elle la gâte non pas au sens où elle disparaîtrait, mais en ce sens qu’elle en rend l’exercice plus délicat. On pourrait ainsi comprendre l’amorce de fable de Chamfort comme indiquant que la pauvreté donne l’occasion de commettre des fautes là où justement la richesse l’évite. C’est que le chat ne peut pas ne pas manger et il symbolise la pauvreté. Mais la servante qui a consciencieusement préparé le dîner, est également pauvre.

Il est des vertus d’abord que la pauvreté ne permet pas. Comment être libéral lorsqu’on n’a rien ou tout au plus le stricte nécessaire. Cléante qui vivrait comme un pauvre de fait par la faute de son père use d’expédient comme d’emprunter à des usuriers en s’appuyant sur l’héritage qu’il aura pour tenir son rang. Aussi se plaint-il de ne pouvoir faire le bien, c’est-à-dire d’aider Mariane et sa mère. Cette pauvreté concerne le présent car, qu’il doive hériter lui importe peu puisqu’il aura passé l’âge de jouir de la richesse. Il ne peut que souhaiter la mort de son père, désir immoral s’il en est. À l’inverse, on voit que si Saccard peut aider les Jordan, harcelés par Busch pour une vieille dette qui est prêt à saisir leurs maigres biens, la raison en est sa richesse du moment. Il règle au mieux leur dette en la faisant même diminuer auprès de Busch. Simmel note que l’argent donne un plus, le superadditum. La pauvreté elle donne un moins. Le commerçant qui donnera quelque chose en cadeau à son riche client, chassera comme un malpropre le mendiant. C’est en cela que la pauvreté gâte bien la vertu au sens de la rendre difficile de tous les côtés.

C’est que vertu est puissance. Sigismond qui rêve de réformer le monde et d’une cité de justice meurt dans son rêve par son impuissance même symboliser par la mainmise sur lui de son frère qui brûle et fait donc disparaître à jamais le plan de la cité parfaite. On ne compense pas l’impuissance. Et l’argent est une puissance. Ainsi du capital supérieur au travail selon Simmel puisqu’il peut se convertir rapidement en n’importe quel travail alors que le travail est limité. Le prodigue montre que le mépris de l’argent présuppose l’argent. Le pauvre, lui, subit sa puissance et ne peut qu’y être soumis. En cela, sa vertu est gâtée car, selon l’expression, il n’a pas de moyens. La puissance d’Harpagon se trouve dans sa richesse, il ne le sait que trop. Mais que dire du riche Anselme : c’est sa richesse qui lui permet cette grande libéralité par laquelle il paye les mariages et tous les frais que demande Harpagon. En tant que pure capacité, comme l’analyse à juste titre Simmel, l’argent donne les moyens sans quoi il n’est pas possible de faire grand-chose. C’est pour cela que lorsque la pauvreté se mue en son extrême, la misère, il n’y a horreur qu’elle ne rend possible.

 

Bref, le problème était de savoir si et en quel sens il est possible de soutenir à l’instar de Chamfort que la pauvreté gâte la vertu. Il est d’abord apparu qu’en tant que vertu morale, la pauvreté était indifférente s’il est vrai qu’agir vertueusement, c’est ne pas tenir compte de son intérêt. Et pourtant, il est ensuite apparu que la pauvreté excluait la vertu en tant qu’elle pousse à mal agir. Finalement, c’est surtout parce que la pauvreté prive de moyens, qu’elle gâte la vertu, en la rendant difficile, voire en lui ôtant les conditions de son exercice.

 

 

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Molière - Biographie

Molière ou plutôt Jean-Baptiste Poquelin est baptisé le 15 janvier 1622 en l’Église Saint-Eustache. Il est le fils de Jean Poquelin (~1593-1669) et de Marie Cressé (~1595-1632) qui se sont mariés le 22 février de l’année précédente. Son père, fils de tapissier est tapissier. Sa mère est fille et petite-fille de tapissier. Il est le premier de six enfants, dont deux mourront en bas âge.

En 1631, Jean Poquelin achète la charge de “tapissier ordinaire du Roi” à son frère Nicolas (1600-1646). Il reçoit ainsi le titre honorifique d’Écuyer et 337 livres de gages par an. Il est reçu le 22 avril.

Le 11 mai 1632, la mère de Molière meurt.

En mai 1633, son père se remarie avec Catherine Fleurette (~1617-1636), fille de marchands du quartier.

En 1635, il entre au collège de Clermont (aujourd’hui lycée Louis-le-Grand). Les Jésuites y prodiguent un enseignement complet où le théâtre tient un grand rôle. Le futur Molière y acquiert une solide culture et une grande connaissance des classiques. Il a peut-être eu pour condisciple Claude Chapelle (1626-1686). Son grand-père maternel, Louis Cressé, l’emmène au théâtre, à l’Hôtel de Bourgogne où sont jouées les farces par les Comédiens Italiens et les tragédies par les “Grands Comédiens”.

Le 12 novembre 1636, la deuxième femme de son père, Catherine Fleurette, meurt.

En décembre 1637 Jean-Baptiste prête serment de “survivancier” à la charge de tapissier du roi. Il commence dans le même temps des études de droit pour devenir avocat.

En 1638, Claude Chapelle emmène Jean-Baptiste voir Pierre Gassendi (1592-1655), l’épicurien qui s’opposera à Descartes, correspondant de Galilée (1564-1642).

En 1640 Jean-Baptiste rencontre Tiberio Fiorelli, dit Scaramouche, maître de la pantomime. Peut-être qu’il prend des cours avec lui. Il rencontre une comédienne de 22 ans, Madeleine Béjart (1618-1672), fille d’un huissier des eaux et forêts, “protégée” du duc de Modène ainsi que le reste de sa famille dont ses frères Joseph (~1616-1658), Geneviève (1624-1675), Louis (1630-1678). Et il y a Armande (1638-1700) née en 1638, qui passera pour la sœur de Madeleine. Mais n’est-elle pas plutôt sa fille et celle de son amant le duc de Modène ?

En 1641, il est peut-être reçu avocat. Son père essaye sans succès de l’éloigner de Madeleine en l’envoyant à sa place à la cour de Narbonne.

Le 6 janvier 1643, Jean-Baptiste renonce à la survivance de la charge de tapisser du roi de son père. Ce dernier lui coupe les vivres. Le 30 juin, il signe le contrat qui fonde l’Illustre-Théâtre avec Madeleine Béjart, son frère Joseph et neuf autres comédiens. Madeleine a seule le droit de choisir ses rôles. Jean-Baptiste se partage les rôles tragiques avec deux comédiens. Le 12 septembre, l’Illustre Théâtre loue le jeu de paume des Métayers. En attendant la fin des travaux d’aménagement, la troupe part jouer à Rouen. En décembre, la troupe revient. Léonard Aubry fait paver le sol devant le théâtre le 28 (cf. Eudoxe Soulié, Recherches sur Molière et sur sa famille, Hachette, 1863, p.173 et sq.).

Le 1er janvier 1644, L’Illustre Théâtre ouvre ses portes. Ses rivaux sont l’Hôtel de Bourgogne, troupe née en 1629 et le Marais, troupe née en 1634 grâce à Guillaume Desgilberts, dit Montdory (1594-1653). La troupe joue sans grand succès Pierre Corneille (1606-1684), Pierre du Ryer (1605-1658) Nicolas Mary, sieur Desfontaines dit Desfontaines, (~1610-1652), Jean Magnon ( ?-1662) et François l’Hermite dit Tristan l’Hermite (1601-1655). Sous le pseudonyme de Molière (mot-lierre), Jean-Baptiste signe un contrat pour engager un danseur professionnel le 28 juin. Malgré le soutien de Gaston d’Orléans (1606-1660), deuxième frère du roi, les dettes s’accumulent.

En juillet 1645, Molière connaît la prison pour deux factures impayées de chandelles. C’est le paveur Léonard Aubry qui fournit la caution qui lui permet d’être libérer. Son père rembourse ce dernier. Bientôt la troupe quitte Paris. C’est la fin de l’Illustre Théâtre. À l’automne, Molière, Joseph, Madeleine et Geneviève Béjart entrent dans la troupe du comédien Charles Dufresne (~1611-1684) où se trouve René Berthelot, dit Du Parc ou Gros-René (1630-1664). Elle compte une vingtaine de comédiens. Elle est la troupe de Bernard de Nogaret de La Valette, duc d’Épernon (1592-1661), alors gouverneur de Guyenne. Commence ainsi une série de pérégrinations qui vont durer jusqu’en 1658. La troupe joue à Albi.

En 1648, la troupe est à Nantes.

En 1649, la troupe est à Toulouse, Montpellier, Narbonne.

Début janvier 1650 Molière et Catherine Leclerc du Rosé (1630-~1706), actrice de la troupe, font baptiser un fils. Elle se marie peu après avec Edme Villequin, dit de Brie (1607-1676). Quelques jours plus tard, Molière est le parrain de Jean, fils d’Anne. Est-ce le même ? En avril, il rentre à Paris pour régler une affaire de dettes avec son père. Il prend la direction de la troupe. Elle est à Agen. Elle parcourt le Languedoc avec un nouveau membre, l’ancien maître de musique de Louis xiii (1601-1610-1643) un excellent luthiste souvent obligé de fuir à cause de son homosexualité, Charles Coypeau (1605-1675/77), dit d’Assoucy. À Pézenas la troupe attire l’attention d’Armand de Bourbon, prince de Conti (1629-1666, frère du Grand Condé), nouveau gouverneur de Guyenne puis du Languedoc. Bientôt la troupe de Molière devient la troupe du prince de Conti. La troupe s’installe à Pézenas.

En 1651, la troupe est à Vienne puis à Carcassonne.

En 1652, la troupe est à Grenoble.

À partir de 1653, Lyon, est le port d’attache de la troupe qui fait la navette entre cette ville et les États de Languedoc.

En 1654, le prince de Conti qui a besoin d’un secrétaire propose cet office à Molière. Il préfère continuer l’aventure de la troupe.

En 1655 Molière est en Avignon. Le peintre Nicolas Mignard (1606-1668) y peint « le portrait de Jean-Baptiste Poquelin-Molière en César ». Il aurait créée L’Étourdi, sa première comédie où « Un valet conseiller y fait mal ses affaires » (Acte I, scène 2). Le prince de Conti rencontre Mgr Nicolas Pavillon (1597-1677), évêque d’Aleth (de 1639 à 1677) et membre de la Confrérie du Saint-Sacrement de l’Autel. Créée vingt-huit ans plus tôt, le projet de la confrérie était de contraindre le peuple à la sainteté pour la plus grande gloire de Dieu. Sa campagne du moment visait à l’interdiction définitive de l’usage du tabac. Conti prend pour confesseur l’abbé Gabriel de Ciron (1619-1675), chancelier de l’Université de Toulouse. Il est converti. Il retire son patronage à la troupe qu’il chasse violemment. Il va devenir, au sein de la confrérie du Saint-Sacrement, un ennemi de Molière.

En 1656, la troupe est à Narbonne puis à Béziers où est créé Le Dépit amoureux. Une fille amoureuse se travestit en garçon pour retrouver son amoureux.

En 1657, la troupe parcourt le Sud-ouest et la région de Lyon-Dijon.

En 1658, la troupe remonte sur Rouen. Elle prépare son retour à Paris. Molière rencontre les deux frères Corneille, Pierre et Thomas (1625-1709). Pierre Corneille, amoureux, et en concurrence avec son frère Thomas, adresse ses fameuses stances à la « Marquise » Du Parc (1633-1668). Molière et sa troupe sont de retour à Paris. La troupe devient celle de Monsieur, Philippe d’Anjou (1640-1701), homosexuel notoire mais jeune frère du roi Louis xiv (1638-1643-1715). Le 24 octobre, la troupe joue devant le roi dans la salle des gardes du Louvre. Au programme, Nicomède (1651) de Corneille. Quoique rodée, la pièce de Corneille ennuie. Molière donne une de ses farces, le Docteur amoureux. C’est un triomphe. Le 2 novembre grâce à l’appui du roi, la troupe s’établit dans la salle du Petit-Bourbon qu’elle partage avec les Comédiens-Italiens, ceux-ci jouent les jours ordinaires (dimanche, mardi, vendredi), la troupe de Molière se contentant des autres jours.

Après Pâques 1659, les Du Parc quittent la troupe pour celle du Marais. Charles Dufresne prend sa retraite. Arrivent Philibert Gassot, dit du Croisy (1626-1695), âgé de 29 ans, Charles Varlet de La Grange (1635-1692), âgé de 19 ans et Julien Bedeau, dit Jodelet (~1600-1660) le dernier farceur du Paris qui emmène son frère L’Espy (~1603-1663). Le 7 juillet 1659, les Italiens étant retournés en Italie, Molière et sa troupe dispose seul du Petit-Bourbon. Le répertoire est composé des pièces tragiques de Corneille. On n’y déclame emphatiquement des pièces de Jean Rotrou (1609-1650), Tristan l’Hermite, Jean Mairet (1604-1686). Molière n’y réussit pas. Par contre, L’Étourdi et Le Dépit amoureux ont du succès. Le 18 novembre, c’est la création des Précieuses ridicules. La pièce est un immense succès (cf. Gérard Defaux, Molière ou les métamorphoses du comique : de la comédie morale au triomphe de la folie, Lexington, Kentuchy, French Forum, Publishers, 1980, p.46). La pièce est jouée en même temps qu’est repris le Cinna (1641) de Corneille qui ennuie. Molière remplace bientôt la pièce de Corneille qui en est furieux. Son frère, Thomas, qualifie Les Précieuses ridicules de « bagatelles ». Joseph Béjart meurt.

En 1660, Les Précieuses ridicules paraissent avec un achevé d’imprimer daté du 29 janvier. Le 26 mars Jodelet meurt. Par prudence, Molière qui s’est réconcilié avec son père, et dont le frère cadet, Jean, vient de mourir le 6 avril, reprend la survivance de la charge de son père. Elle lui permet de voir matinalement le roi. Les Du Parc, peut-être attirés par le succès, retrouvent la troupe. Le 28 mai est créé Sganarelle ou le Cocu imaginaire au Palais Royal. La pièce est une suite de quiproquos autour d’un médaillon trouvé. Le succès est au rendez-vous. Il poursuit le libraire Ribou qui a publié Les Précieuses ridicules sans son autorisation. Le 31 mai, il prend un privilège pour l’impression de L’Étourdi, du Dépit amoureux et de Sganarelle. Le 11 octobre le théâtre du Petit-Bourbon est détruit. La troupe de Molière obtient le théâtre du Palais-Royal qui nécessite d’importants travaux. Cette année-là, Charles Le Brun (1619-1690) fait le portrait de Molière.

En 1661, les Comédiens Italiens reviennent avec Domenico Biancolelli (1640-1688), le grand Arlequin, âgé de 21 ans. Il deviendra l’ami de Molière. Durant les travaux de la salle du Palais-Royal, la troupe joue quelques fois devant le roi au Louvre ou à Vincennes. Le 4 février, est créée Dom Garcie de Navarre ou le Prince jaloux, une comédie héroïque dont le titre dit bien le sujet. C’est un échec. La pièce est retirée après quatre représentations et Molière ne la fera pas publier de son vivant. Le 24 juin L’École des maris est créée. On a pensé que la pièce était démarquée de la pièce, les Adelphes, du poète comique latin Térence (190-159 av. J.-C.). Deux frères âgés veulent épouser deux sœurs. L’une d’elle réussit à se défaire de son amoureux pour épouser son jeune amant. Le second frère tente en vain de raisonner l’éconduit. La pièce est un succès. En juillet la troupe joue L’Étourdi et Le Cocu imaginaire pour le Surintendant aux Finances, Nicolas Fouquet (1615-1680). Ce dernier, enthousiaste, commande à Molière une nouvelle pièce. Lors de la grande fête donnée par Nicolas Fouquet à Vaux-le-Vicomte pour l’inauguration de son château, Molière est chargée de coordonner les spectacles. Il crée le 17 août Les Fâcheux, sa première comédie-ballet, avec un prologue de Paul Pellisson (1624-1693). Le thème en est un rendez-vous amoureux que des « fâcheux » diffèrent sans cesse. Le roi lui-même lui souffle un épisode. Sous les personnages, on reconnaît les modèles que Molière croque à la cour. La Fontaine (1621-1695), pensionné depuis deux ans par Fouquet, en fait le compte rendu suivant :

« Tout cela fait place à la comédie, dont le sujet est un homme arrêté par toute sorte de gens, sur le point d’aller à une assignation amoureuse.

C’est un ouvrage de Molière ;

Cet écrivain par sa manière

Charme à présent toute la Cour.

De la façon que son nom court,

Il doit être par delà Rome :

J’en suis ravi, car c’est mon homme. » La Fontaine, À Monsieur de Maucroix relation d’une fête donnée à Vaux année 1661.

Le 23 janvier 1662 est signé le contrat de mariage entre Molière et Armande Béjart, la plus jeune sœur de Madeleine ou sa fille, qu’il a élevée. Le 20 février, le mariage religieux est célébré à Saint-Germain l’Auxerrois. Au printemps, Molière engage, François Le Noir, dit La Thorillière (1626-1680). Il vient du théâtre du Marais. Durant l’été, la troupe part jouer pour le roi à Saint-Germain. Molière engage Guillaume Marcoureau, dit Brécourt (1638-1685) qui quittera la troupe deux ans plus tard pour celle de l’Hôtel de Bourgogne. Fin novembre 1662 l’édition originale de L’Étourdi avec Le Dépit amoureux, Sganarelle ou le Cocu imaginaire et Dom Garcie de Navarre voit le jour, avec la date de 1663. Le 26 décembre, L’École des femmes est créée au Palais-Royal. Agnès est élevée par Arnolphe, son tuteur, qui la garde innocente pour l’épouser. Mais l’amour de la jeunesse sera le plus fort. En trois semaines, elle rapporte 11 000 livres. Elle suscite une virulente querelle. Elle est notamment attaquée par le prince de Conti, l’ancien protecteur de Molière revenu à la religion.

Le 1er janvier 1663 Boileau prend la défense de Molière avec ses Stances à M. Molière sur sa comédie de L’École des femmes que plusieurs gens frondaient. La pièce est publiée le 17 mars et Molière annonce dans la préface qu’il va porter la querelle sur la scène. Il créé La Critique de l’École des femmes le 1er juin au Palais-Royal. Colbert (1619-1683), le ministre de Louis xiv, charge le poète Jean Chapelain (1595-1674) de dresser la liste des écrivains qui méritent d’être pensionnés. Molière en fait partie pour mille livres par an. Il écrit un Remerciement au roi. En août, on joue Zélinde ou la Véritable Critique de l’École de Jean Donneau de Visé (1638-1710) qui accuse Molière d’impiété. Le 1er octobre, Edme Boursault (1638-1701) fait jouer à l’Hôtel de Bourgogne la première du Portrait du peintre ou la contre-critique de l’École des femmes où Molière est présenté comme cocu. Il assiste à une représentation. Il crée L’Impromptu de Versailles à Versailles le 14 octobre. La pièce est donnée une seconde fois le lendemain. Elle est une nouvelle réponse, forte, à ses adversaires où Molière joue son propre rôle. Il y précise d’ailleurs le rôle des modèles réels dans une comédie :

« Comme l’affaire de la comédie est de représenter en général tous les défauts des hommes et principalement des hommes de notre siècle, il est impossible à Molière de faire aucun caractère qui ne rencontre quelqu’un dans le monde ; et s’il faut qu’on l’accuse d’avoir songé à toutes les personnes où l’on peut trouver les défauts qu’il peint, il faut sans doute qu’il ne fasse plus de comédies. » Molière, L’impromptu de Versailles, scène 4.

Molière et sa troupe séjournent à la Cour. Le 4 novembre, il reprend L’Impromptu de Versailles à Paris. Les ennemis de Molière ne désarment pas. Donneau de Visé joue contre lui La Vengeance du Marquis. Zacharie Jacob, dit Montfleury (1600-1667), l’acteur vedette de l’hôtel de Bourgogne, adresse au roi une plainte où il accuse Molière d’avoir épousé sa propre fille fin décembre. Et Antoine Jacob, dit Montfleury (1640-1685), le fils de l’acteur, donne L’Impromptu de l’Hôtel de Condé où il accuse plus ou moins clairement Molière d’inceste.

En 1664, il donne le 29 janvier une comédie-ballet au Louvre, Le Mariage forcé. Commence alors son association avec le musicien Jean-Baptiste Lully, né Giovanni Battista (1632-1687), surintendant de la musique royale. Louis, le premier fils de Molière, né le 19 janvier, est baptisé le 28 février. Il a pour parrain le roi et pour marraine Henriette d’Angleterre. Le roi montre ainsi qu’il ne croit pas aux accusations d’inceste. Molière prépare les Plaisirs de l’Île enchantée, que Louis xiv veut offrir à sa favorite, Mlle de La Vallière (1644-1710), sous le prétexte d’honorer la reine. La Compagnie du Saint-Sacrement s’en inquiète et veut interdire une pièce qu’elle ne connaît pas. Brécourt quant à lui rejoint l’hôtel de Bourgogne. À partir du 8 mai, les Plaisirs de l’Île enchantée ont lieu à Versailles. C’est dans ce cadre que Molière donne le premier jour une comédie galante La Princesse d’Élide qui peut se lire comme la révélation des amours du roi. Le 9, il donne Le Palais d’Alcine. Le dimanche 10, on reprend Les Fâcheux. Le lundi 11, il donne devant le roi un Tartuffe en trois actes. Le mardi, on donne Le Mariage forcé. Le mercredi, la fête s’achève. Le premier Tartuffe est interdit sur l’intervention de la confrérie du Saint-Sacrement, soutenue par la reine-mère. L’abbé Pierre Roullé, curé de Saint-Barthélemy, écrit un libelle contre Molière, le Roy glorieux au monde, où il dénonce une pièce écrite contre l’Église. Il le nomme un « homme, ou plutôt un démon vêtu de chair et habillé en homme, et le plus signalé impie et libertin qui fût jamais ». Il le voue au « dernier supplice exemplaire et public, et le feu même ». Sa troupe crée le 20 juin au Petit-Bourbon La Thébaïde ou les Frères ennemis la première tragédie de Jean Racine (1639-1699). Le 21 juillet, il fait approuver sa pièce par le légat Flavio Chigi (1631-1693). En août il écrit son « Premier placet au roi » à propos de Tartuffe. Il joue et lie sa pièce en privé. Boileau lui dédit la Satire II où il écrit de lui « Rare et fameux esprit dont la fertile veine… » En novembre, Tartuffe comprend maintenant cinq actes. Son fils meurt le 10 novembre. Le 29, il joue la nouvelle version du Tartuffe en privée sur l’ordre de Monseigneur le Prince de Condé (1621-1686). André Hubert ( ?-1700) remplace Brécourt dans la troupe. René Du Parc, dit Gros-René, meurt et la femme de Du Croisy s’en va. Lagrange remplace Molière comme orateur de la troupe.

Le 15 février 1665, Don Juan est créé au Palais-Royal. La pièce connaît un grand succès jusqu’à la clôture annuelle le 20 mars. S’ensuit une nouvelle querelle. La pièce disparaît à la rentrée de l’affiche. Certainement des pressions discrètes en sont-elles la cause. L’anonyme Sieur de Rochemont fait paraître les Observations sur une comédie de Molière intitulée le Festin de Pierre, un pamphlet contre Molière qui provient peut-être de l’entourage de Port-Royal. C’est à ce moment que le prince de Conti écrit son Traité de la comédie et des spectacles. Le 14 août, la troupe de Molière devient la troupe des Comédiens du roi qui lui accorde 6000 livres de pension. Molière a une fille qui naît le 4 août, Esprit-Madeleine dont la marraine est Madeleine Béjart et le parrain le duc de Modène. C’est le seul enfant qui lui survivra. À Versailles, Molière crée le 15 septembre L’Amour médecin où la flatterie apparaît comme l’essentiel de l’art médical. Il se brouille avec Racine qui avait fait répéter son Alexandre le Grand par sa troupe et la troupe rivale de l’hôtel de Bourgogne. C’est elle qui crée la pièce le 4 décembre. Molière est trahi par ce jeune auteur qu’il a aidé.

En 1666 est publié le Traité de la comédie et des spectacles, selon la tradition de l’Église tirée des conciles et des saints Pères du prince de Conti qui critique ce qu’il a adoré. Molière est gravement malade. Il ne joue pas pendant deux mois. Il a des difficultés avec sa femme, Armande, jeune et volage. Le Misanthrope ou l’Atrabilaire amoureux, sur lequel il a travaillé durant deux ans, est créé au Palais-Royal le 4 juin. Le succès n’est pas net jusqu’à ce que la pièce partage l’affiche à partir du 6 août avec Le Médecin malgré lui. Mélicerte, comédie pastorale héroïque avec un ballet est créée à Saint-Germain le 1er décembre avec dans le premier rôle un jeune comédien de treize ans, Michel Baron (1653-1729) ainsi que Le Ballet des Muses.

En 1667, deux comédies-ballets sont créées à Saint-Germain : La Pastorale comique le 5 janvier et Le Sicilien ou l’Amour peintre le 14 février. Le thème du Sicilien est encore une fois un mariage qui va se faire au nez et à la barbe d’un irascible. Le petit Baron y joue le rôle de Myrtil. En avril et en mai, Molière ne joue pas pour raison de santé. Il se retire à Auteuil. Ses amis l’y rejoignent, Claude Chapelle, Nicolas Boileau, Jean de La Fontaine, Jean-Baptiste Lully. L’affaire Tartuffe rebondit. Le roi a rejoint l’armée des Flandres. Croyant à une autorisation royale, Molière crée le 5 août, l’Imposteur, une version douce du Tartuffe. Le lendemain matin, la pièce est interdite par le premier président du parlement de Paris Guillaume de Lamoignon (1617-1677), par ailleurs membre de la Confrérie du Saint-Sacrement de l’Autel. Boileau et Molière vont le voir. Il refuse qu’elle soit jouée au nom du principe selon lequel un comédien n’a pas à instruire sur les affaires religieuses. Molière en veut à Mgr. Hardouin De Péréfixe (1605-1671), membre de l’académie française, qu’il pense être le chef de la cabale des dévots. Un second « Placet au roi » est porté par Lagrange et La Thorillère, sans succès. Le 11 août une lettre de Mgr. De Péréfixe est publiée qui dénonce la comédie de Molière comme un texte de libertin (le terme désignait un homme dont la pensée est affranchie de la religion quelles que soient ses mœurs par ailleurs). Elle fait interdiction aux chrétiens de la jouer ou de la lire. Texte de droit canonique, il échappe au pouvoir temporel du roi. Un texte anonyme relatif au Tartuffe intitulé Lettre sur la comédie de l’Imposteur et daté du 20 août est publié. Il est peut-être dû à l’entourage de Chapelle, voire a été dicté par Molière lui-même. Le 21 août, Molière connaît un premier séjour forcé à Auteuil. La Du Parc suit Racine, son amant, à l’hôtel de Bourgogne. Au mois de décembre, la troupe joue une nouvelle pièce de La Thorillière, Cléopâtre.

Le 13 janvier 1668 Amphitryon est créé au Palais-Royal. La pièce est démarquée de deux pièces : l’Amphitryon (187 av. J.-C.) de Plaute (~254-184 av. J.-C.) et Les deux Sosies (1636) de Rotrou qui est la traduction de la précédente. Jupiter se change en Amphitryon pour obtenir son épouse, Alcmène. Sont ainsi représentés, et la nouvelle conquête du roi, Françoise Athénaïs de Rochechouart, Marquise de Montespan (1640-1707) et la douleur du mari, le marquis (1640-1691), qui la clame à qui veut l’entendre. La pièce justifie l’adultère royal – ce qui scandalisera Jean-Jacques Rousseau (1712-1778) dans sa Lettre à d’Alembert sur les spectacles (1758). En janvier, Tartuffe est représenté à nouveau à titre privé chez le prince de Condé, partisan des libertins. Georges Dandin est représenté à Versailles le 18 juillet avec une musique de Lully. Le Dandin des Plaideurs de Racine qui était démarqué de La Jalousie du barbouillé est repris par Molière. Ce dernier réussit à désamorcer un conflit avec un dénommé Dandin, une personne réelle. Le 9 septembre, L’Avare est représenté au Palais-Royal. La pièce est démarquée de l’Aulularia ou Comédie de la marmite du poète comique latin Plaute. Molière a-t-il connu La Comédie de l’Aridosia de Lorenzo de Médicis (1514-1548) ? Harpagon, l’avare, veut épouser la jeune Mariane, aimée par son fils Cléante et donner en mariage sa fille Élise au vieil et riche Anselme alors qu’elle est l’amante de Valère, un jeune homme qui l’a sauvée et qui est devenu l’intendant d’Harpagon. Le valet de Cléante volera le trésor d’Harpagon qui abandonne finalement ses idées de mariage lorsque le vieil Anselme se révèlera le père de Mariane et Valère et se proposera d’assurer tous les frais des mariages alors qu’Harpagon retrouve son cher trésor. Molière joue Harpagon à qui il prête sa toux (cf. Acte II, scène 5). La pièce ne fait pas recette. En décembre, il reprend L’Avare. Il se sépare d’Armande, sa femme, qu’il ne voit plus qu’à la scène. Il prête de l’argent à son père dont les affaires vont mal. Le 1er décembre, Marquise Du Parc meurt.

En 1669, la première représentation du Tartuffe autorisée a lieu le 5 février. Un dévot, le personnage éponyme, s’est introduit dans une famille bourgeoise où il tyrannise tout le monde. Le bourgeois Orgon qui s’en est entiché sera détrompé par un stratagème de sa femme que Tartuffe tente de séduire. Le roi intervient tel un deux ex machina pour dénouer la captation d’héritage ourdi par l’hypocrite. Jusqu’à la clôture de Pâques, la pièce est jouée avec succès. Molière donne son « Troisième placet au roi ». Le 21 février, la pièce est jouée chez la reine, Marie-Thérèse d’Autriche (1638-1683). Elle est représentée à Saint-Germain le 3 août. Le père de Molière meurt le 27, endetté, presque pauvre. Une succession difficile s’ouvre. La comédie-ballet, Monsieur de Pourceaugnac, est donnée à Chambord le 6 octobre avec une musique de Lully.

Début 1670, un dénommé Le Boulanger de Chalussay (un pseudonyme) publie Élomire hypocondre ou les Médecins vengés. Élomire est l’anagramme de Molière qui est montré soucieux de sa santé et despotique, voire incestueux. Molière réussit à faire retirer la pièce. Le 4 février la comédie-ballet, Les Amants magnifiques, est représentée à Saint-Germain. Le sujet en a été dicté par le roi lui-même qui y joue Neptune puis Apollon. Il y danse pour la dernière fois. Puis, une autre comédie-ballet, Le Bourgeois gentilhomme, est créée à Chambord le 13 octobre. À la première représentation, le roi ne rit pas. Cinq jours plus tard, à la seconde, il félicite Molière qui l’a échappé belle. Alors que la Bérénice de Racine triomphe à l’hôtel de Bourgogne, Tite et Bérénice de Corneille joué par la troupe de Molière au Palais-Royal n’a pas le même succès.

Le 17 février 1671 Psyché, la comédie ballet à laquelle ont collaboré, Corneille et Quinault (1635-1688) avec une musique de Lully est créée. C’est un grand succès. Les Fourberies de Scapin sont créées au Palais-Royal le 24 mai. Psyché est publiée le 6 octobre. La comédie-ballet, La Comtesse d’Escarbagnas est créée à Saint-Germain le 2 décembre sur une musique de Marc Antoine Charpentier (1643-1704) pendant que Lully présente Le Ballet des ballets où il reprend plusieurs de ses compositions : le premier intermède de Psyché, la troisième entrée du Ballet des Muses, le troisième intermède de George Dandin et la cérémonie turque du Bourgeois gentilhomme. Le sujet de La Comtesse d’Escarbagnas est le ridicule d’une femme d’Angoulême éblouie par ce qu’elle a vu lors de son séjour à la cour à Paris. Psyché est publiée le 6 octobre.

Le 17 février 1672, Madeleine Béjart meurt. Molière rompt avec Lully après que ce dernier a obtenu le privilège de l’Académie royale de musique. Les Femmes savantes sont créées au Palais-Royal le 11 mars. Le sujet en est deux amants dont les amours sont contrariés par leur mère. Molière y raille l’écrivain Gilles Ménage (1613-1692) et l’abbé et poète Charles Cotin (1604-1682) sous les personnages de Vadius et de Trissotin qui se disputent l’attachement littéraire de la dame de la maison. Pour ce dernier, il va jusqu’à le citer textuellement. Le 13 mars, Lully obtient le monopole de la musique et de la danse pour l’Académie royale de musique. Dès deux musiciens, il faut son autorisation et payer une redevance. Les comédiens du Palais-Royal attaquent en justice et obtiennent de pouvoir utiliser douze violons et six chanteurs. C’est insuffisant pour certaines parties de ballet et un coup dur pour les recettes de la troupe. Le 15 septembre, Armande accouche de Pierre-Jean-Baptiste-Armand. Baptisé le 1er octobre, il est enterré le 11.

Le 10 février 1673 est créée au Palais-Royal la comédie-ballet, Le Malade imaginaire, dont la musique a été composée par Marc Antoine Charpentier. Le 17 février, Molière meurt après s’être écroulé sur scène lors de la quatrième représentation du Malade imaginaire. Il n’a pas renié son métier de comédien.

Le 21, il est enterré après intervention du roi au cimetière Saint-Joseph. Lully fait du Palais-Royal l’Opéra. Lagrange et Armande transportent la troupe rue Guénégaud où ils sont rejoints par les comédiens du Marais.

En 1674 le bruit court que le corps de Molière a été exhumé et jeté à la fosse commune des non-baptisés.

En 1680, le roi fait des troupes des comédiens de la rue Guénégaud et de l’Hôtel de Bourgogne une seule troupe : la Comédie française.

En 1792, la Révolution exhume les restes présumés de Molière et de La fontaine. Ils sont transférés à la mairie du troisième arrondissement puis au couvent des Petits-Augustins.

     En 1817, leurs restes sont transportés au Père Lachaise.

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