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Le mal - Shakespeare, "Macbeth" - Analyse

Je propose une analyse de la pièce de Shakespeare orientée par un thème : Le mal. Toutefois, l’analyse se veut la plus juste possible quant au sens global de cette tragédie.

L’édition utilisée est :

Shakespeare, Macbeth, édition bilingue, traduction de Pierre Jean Jouve, préface par G. Wilson Knight, Notice par R.G. Cox, GF Flammarion, 2006, n°1295. Le découpage en scènes est celui de cette édition.

 

J’ai consulté :

Shakespeare, Othello, Macbeth, Le roi Lear, traduction de François-Victor Hugo, préface et notice par Germaine Landré, GF Flammarion, 1964, n°17.

Shakespeare, Macbeth présenté et traduit par M. Grivelet, in Œuvres complètes, tragédies II, édition bilingue, Robert Laffont, Bouquins, 1995.

Shakespeare, Macbeth, préface et traduction d’Yves Bonnefoy, Gallimard, « Folio classique », n°5101, 2010.

 

 

Analyse

 

 

Acte I

 

Scène 1. Trois sorcières.

Trois sorcières s’interrogent sur le lieu et le moment de leur réunion pour leur entrevue avec Macbeth. Elles le verront avant la fin du jour sur la lande déserte.

 

Scène 2. Un camp. Duncan, Malcom, Donalbain, Lennox, leur suite, un capitaine blessé ; Ross et (Angus).

Dans le camp de l’armée écossaise, un capitaine, qui a libéré Malcolm, le fils du roi Duncan, relate à ce dernier les exploits de son cousin Macbeth, thane (sire) de Glamis et de Banquo contre le rebelle Macdonwald. Macbeth a fini par placé la tête du rebelle en hauteur sur les remparts. Mais le capitaine relate aussi l’arrivée du roi de Norvège qui soutient les rebelles.

Arrive le thane de Ross, suivi d’Angus, qui relate au roi la trahison du thane de Cawdor qui a été défait ainsi que les envahisseurs norvégiens. Sweno, le roi de Norvège, demande la paix. Le roi Duncan ordonne l’exécution de Cawdor et la transmission de son titre à Macbeth.

 

Scène 3. Une lande déserte. Les trois sorcières ; Macbeth et Banquo ; Ross et Angus.

Les trois sorcières se retrouvent et se racontent leurs vilenies passées ou à venir en attendant Macbeth. Elles se désignent comme « Les Folles Sœurs » (The Weird Sisters, v.32)

Macbeth arrive en compagnie de Banquo. Ils les voient. Elles saluent le premier de son titre de thane de Glamis, puis de celui de thane de Cawdor, puis lui prédisent qu’il va devenir roi. Ils s’interrogent sur leur réalité. À Banquo qui les interroge sur son avenir, elles prédisent qu’il ne sera pas roi mais que ses descendants le seront. Elles disparaissent comme des bulles.

Le thane de Ross arrive en compagnie d’Angus. Ils apprennent à Macbeth qu’il a été nommé thane de Cawdor par le roi Duncan. Banquo se demande si le démon (devil, v.106) est dans le vrai. Macbeth et Banquo s’interrogent à part sur la valeur des prophéties. Banquo dénonce le procédé des puissances obscures (The instruments of darkness v.122) qui prêchent le vrai pour tromper. Macbeth, plongé dans la rêverie, est en plein doute : la prophétie ne peut ni être le bien ni être le mal. Il évoque la possibilité d’être roi par meurtre ou par le fait de la fortune. Revenu à lui, il ment en promettant à Banquo d’être sincère sur ce qui vient de se passer alors qu’il ne lui dit rien de ses pensées.

 

Scène 4. Forres (ou le camp de Duncan). Une chambre dans le palais royal. Duncan, Malcolm, Donalbain, Lennox, Macbeth, Banquo, Ross, Angus.

Malcom fait le récit au roi des derniers moments édifiants du thane de Cawdor, occasion d’une méditation sur la foi (trust, v.14), sur la vie et la mort.

Macbeth et Banquo qui arrivent avec Ross et Angus sont chaleureusement accueillis par le roi Duncan qui s’accuse du péché (sin, v.15) d’ingratitude. Macbeth prétend ne pas viser de récompenses en faisant son devoir. Duncan fait d’abord de son fils Malcom l’héritier de la couronne et le nomme pour cela prince de Cumberland. Il annonce ensuite à Macbeth qu’il va le visiter à Inverness. Macbeth voit un obstacle dans la promotion de Malcolm. Il révèle en lui des désirs mauvais qu’il veut tenir cachés.

Macbeth parti, Duncan qui ne soupçonne rien, le loue devant Banquo.

 

Scène 5. Inverness, château de Macbeth. Lady Macbeth, un serviteur, Macbeth.

Lady Macbeth lit la lettre de son époux où elle apprend la prophétie des sorcières et sa réalisation partielle. Elle trouve son mari d’une nature trop tendre et d’une ambition qui se refuse à user du moyen du mal. Elle décide de l’entraîner dans la voie du mal.

Un serviteur lui apprend que le roi Duncan va passer la nuit à Inverness, puis que Macbeth arrive en avant-garde. Elle y voit la réalisation de la prophétie et invoque les esprits des pensées mortelles ou des pensées de meurtres (mortal thoughts, v.39) pour qu’il empêche en elle tout obstacle à la réalisation de son projet criminel.

Lorsque son mari arrive, elle lui demande de ne pas empêcher l’élimination du roi qu’elle va organiser. Il demeure hésitant.

 

Scène 6. Inverness. Duncan, Malcolm, Donalbain, Banquo, Lennox, Macduff, Ross, Angus avec leur suite.

Duncan, ses fils, Banquo et des seigneurs arrivent à Inverness, le château des Macbeth.

Le roi Duncan et Banquo devisent gaiement sur la beauté des lieux.

Lady Macbeth arrive. Elle use du langage du devoir et de l’honneur vis-à-vis du roi.

 

Scène 7. Une cour du château de Macbeth. Macbeth, Lady Macbeth.

Macbeth, seul, montre dans un monologue, qu’il hésite à tuer le roi. Il s’en donne comme raison la peur de la vie au-delà, la mauvaise réputation ici-bas, les bontés du roi, la pitié et son insuffisante ambition.

Il fait part à sa femme qui le rejoint de sa volonté d’en rester à ce qu’il a reçu. Lady Macbeth tente de le persuader qu’il doit accorder ses actes avec ses désirs. Elle est prête à tout, y compris à tuer un bébé qui serait le sien, pour tenir son engagement. Macbeth, gagné à demi, invoque l’échec de l’assassinat comme raison pour ne pas l’entreprendre. Lady Macbeth a déjà élaboré un plan pour l’assassiner. Saouler les chambellans du roi, le tuer sauvagement, et faire accuser ses chambellans. Macbeth finit par se décider à agir pour son ambition.

 

Acte II

 

Scène 1. Dans la cour du château une ou deux heures après. Banquo, Fleance, Macbeth avec un serviteur.

Fleance et son père Banquo évoquent l’épaississement des ténèbres. Banquo invoque les puissances bienfaitrices pour qu’elles le libèrent des mauvaises pensées qui surviennent dans le sommeil.

Macbeth arrive. Banquo lui remet un diamant pour lady Macbeth de la part du roi. Il lui dit avoir rêvé des trois fatales sœurs (three Weird Sisters, v.20). Il prétend ne pas se préoccuper des prophéties des sorcières tout en remettant à plus tard la discussion. Banquo et Fleance se retirent.

Macbeth charge son serviteur de demander à sa femme qu’elle le prévienne par une cloche lorsque sa boisson sera prête. Resté seul, il voit un poignard (dagger, v.33, v.38). Il se demande si c’est une hallucination. Le poignard est sanglant (And on thy blade and dudgeon gouts of blood, v.46). Invoquant la nuit, des puissances et des personnages du mal comme Hécate, il se résout à aller commettre l’assassinat du roi Duncan lorsqu’il entend la cloche.

 

Scène 2. Dans le château ( ?). Lady Macbeth, Macbeth

Lady Macbeth arrive. Elle a drogué les chambellans. Mais elle n’a pas pu tuer Duncan car, endormi, il lui a fait penser à son père. Puis vient son mari qui lui annonce avoir commis le meurtre. Mais il a oublié les poignards. Effrayé, il ne veut plus retourner sur le lieu de son meurtre. Il a entendu parler dans la chambre à côté de meurtre. Il a entendu des bénédictions dont il n’est plus capable. Il a entendu la perte du sommeil. Lady Macbeth se charge de remettre les poignards. Seul, Macbeth qui entend frapper, panique. Sa femme revient, maîtresse d’elle-même alors que son mari apparaît agité par le remords. On frappe.

 

Scène 3. Dans le château ( ?). Le portier, Macduff, Lennox, Macbeth, Lady Macbeth, Banquo, Malcom, Donalbain.

Un portier ivre qui ne veut plus être le portier du diable (devil-porter, v.14) tarde à ouvrir la porte de la cour du château aux seigneurs Macduff et Lennox avant l’aube. Relatant sa nuit de bombance, il théorise le caractère équivoque de l’alcool vis-à-vis de la luxure qu’il provoque et empêche tout à la fois.

Macbeth arrive. Macduff lui apprend qu’il est venu réveiller tôt le roi selon les ordres de ce dernier. Lennox évoque une nuit pleine de noirs événements extraordinaires. Macduff revient horrifié : il a découvert le meurtre du roi Duncan. Pendant que Lennox et Macbeth vont constater le fait, Macduff hèle tous les seigneurs.

Lady Macbeth arrive. Elle se montre surprise. Puis Banquo à qui Macduff donne la nouvelle. Sa pensée reste obscure. Lennox et Macbeth reviennent. Ils se lamentent. Le second prétend que dorénavant, la vie n’a plus de sens. Arrivent les fils de Duncan, Malcom et Donalbain.

Macbeth, dans une colère feinte pour les seuls spectateurs et pour son épouse, relate qu’il a tué les deux chambellans soupçonnés du meurtre à cause du sang sur eux et sur leurs armes. Lady Macbeth s’évanouit ou feint de s’évanouir. Banquo fait le serment auquel tous adhèrent de démasquer la trahison et s’en remet à Dieu contre le mal. Macbeth invite la compagnie à une réunion.

Malcom et Donalbain, une fois seuls, craignant d’être accusés d’avoir comploté contre leur père, décident de s’exiler, le premier en Angleterre et le second en Irlande.

 

Scène 4. Devant le château de Macbeth. Un vieillard, Ross, Macduff.

Un vieillard et Ross évoque la nuit qui règne réellement à la place du jour et d’autres événements contre nature.

Macduff, cousin de Ross, arrive et indique que la fuite des fils de Duncan les fait soupçonner d’être les commanditaires du meurtre. L’ambition, accuse Ross qui comprend que Macbeth va devenir le nouveau roi. Macduff leur apprend qu’il se rend à Scone pour être couronné pendant que Duncan va rejoindre à Colme-Kill ses prédécesseurs. Ross va se rendre au couronnement et Macduff va rentrer chez lui, à Fife.

 

Acte III

 

Scène 1. Une chambre d’audience dans le palais à Forres. Banquo, Macbeth, lady Macbeth, serviteur, meurtrier 1, meurtrier 2.

Banquo, seul, soupçonne Macbeth pour la mort du roi mais espère en la prophétie des fatales femmes (weïrd women, v.2) le concernant puisque Macbeth a été exaucé.

Macbeth et lady Macbeth, royalement parés, entrent avec leur suite. Macbeth invite Banquo au banquet qui sera donné le soir même. Il lui demande ce qu’il compte faire jusque là. Ce dernier va chevaucher jusqu’à la nuit et ne pourra être au conseil du roi. Macbeth évoque les fils de Duncan qui n’ont pas avoué et répandent des inventions.

Une fois seul, après avoir demandé à un serviteur si des hommes l’attendent bien, Macbeth exprime sa contrariété de voir réalisée la prophétie qui fait de Banquo un père de roi.

Un serviteur fait entrer des meurtriers. Macbeth leur rappelle qu’il leur a démontré que Banquo les a mal traités. Il leur propose, puisqu’il est leur ennemi, de le tuer ainsi que son fils Fleance. Ils acceptent : la vie ne les a pas gâtés.

 

Scène 2. (Une autre salle du palais). Lady Macbeth, serviteur, Macbeth

Lady Macbeth commissionne un serviteur pour son mari.

Seule, elle se plaint du vide de son désir satisfait.

Son mari arrivant, ils se montrent insatisfaits de la situation. Elle l’invite à éviter les mauvaises pensées. Lui voue les deux mondes au désordre. Il communique à son épouse son appréhension au sujet de la destinée de Banquo et de son fils. Il lui annonce qu’un événement important doit avoir lieu sans lui préciser qu’il veut faire assassiner Banquo. Il finit par invoquer la nuit aveugle (seeling night, v.47) qui enveloppe la prolifération du mal.

 

Scène 3. (À l’extérieur, à la nuit tombante, non loin de l’entrée du palais royal). Meurtriers 1 et 2, meurtrier 3, Banquo, (Fleance).

Les deux meurtriers sont rejoints par un mystérieux troisième envoyé par Macbeth. Ils tuent Banquo mais Fleance leur échappe.

 

Scène 4. La grande salle du palais. Macbeth, Lady Macbeth, Ross, Lennox, seigneurs et suivants, meurtrier, (spectre de Banquo).

Durant le banquet, Macbeth est prévenu par un meurtrier de la mort de Banquo et de la fuite de Fleance. Cette dernière nouvelle l’affecte et lady Macbeth doit lui demander de faire bonne figure à ses invités pour le sens de la fête.

Il revient à la fête. Il est bientôt le seul à voir le spectre de Banquo (Ghost of Banquo) qui s’est installé à sa place. Lady Macbeth dans un premier temps invoque une maladie pour expliquer l’attitude de son mari. Une fois qu’il a disparu, Macbeth ne doute pas de la réalité du spectre qui correspond à une nouvelle conception religieuse. Le spectre apparaît à nouveau. Macbeth, toujours seul à le voir, s’adresse à lui. Il disparaît. Lady Macbeth prie les invités d’excuser l’attitude de son mari et met fin aux réjouissances. Après un appel au sang, Macbeth fait remarquer que Macduff était absent. Il fait part de son projet d’aller trouver les Weïrd Sisters.

 

Scène 5. (On admet souvent mais non unanimement que cette scène n’est pas de Shakespeare). Une lande. Les trois sorcières, Hécate.

Sur la lande, les trois sorcières conduisent une sorte de sabbat avec Hécate, déesse de la lune noire (nouvelle lune). Elle se plaint de l’ingratitude de Macbeth, de son égoïsme. Elle leur annonce la venue de Macbeth et qu’il va être trompé par des illusions qu’elle va produire magiquement.

 

Scène 6. Un château en Écosse. Lennox, un autre seigneur.

Lennox résume du point de vue de Macbeth la série de meurtres. Les fils de Duncan ont assassiné leur père. Le fils de Banquo a assassiné le sien. L’autre seigneur lui apprend que Macduff est en fuite et qu’il s’est rendu auprès de Malcom, protégé par le roi d’Angleterre, le très pieux Edouard. Il les invite avec Siward, duc de Northumberland, à combattre le tyran. Macbeth apprend-on, connaissance ce qui se trame, se prépare à la guerre.

 

Acte IV

 

Scène 1. Une caverne. Les trois sorcières, Hécate, Macbeth, Apparition 1 (une tête armée), Apparition 2 (un enfant sanglant), Apparition 3 (un enfant couronné avec un arbre dans la main), Vision de huit rois, le dernier avec un miroir à la main, Spectre de Banquo, Lennox.

Les sorcières se réunissent. Hécate vient les féliciter pour leurs actions et leur annonce qu’elles seront récompensées.

Macbeth fait irruption dans la réunion des sorcières. Il veut connaître son avenir. Les sorcières invoquent à sa demande leurs maîtres (masters, v.79). Le premier, une tête armée, l’invite à se méfier de Macduff. Le second, un enfant sanglant, lui affirme que jamais il ne sera tué par un homme né d’une femme. Et le troisième, un enfant couronné avec un arbre dans la main, lui prédit qu’il conservera son pouvoir tant que les arbres de la forêt de Birnam ne marcheront pas vers le château. Macbeth veut aussi savoir si les enfants de Banquo règneront.

Le spectre de Banquo intervient. Il est suivi de ses descendants qui seront tous rois d’Écosse. Les sorcières disparaissent.

Lennox arrivant, il est interrogé par Macbeth. Il l’assure ne pas avoir vu les Weïrd Sisters. Il lui apprend la fuite de Macduff en Angleterre. Macbeth décide de s’attaquer au château de Macduff, Fife, et de passer sa famille au fil de l’épée.

 

Scène 2. Fife. Le château de Macduff. Lady Macduff, son fils, Ross, un messager, des meurtriers.

Au château de Fife, lady Macduff s’inquiète du départ de son mari qui les a laissés seuls et sans protection, son fils et elle. Ross tente de la rassurer. Elle considère son mari comme un traître. Le fils plaisante avec sa mère en prenant le parti des méchants contre les honnêtes gens. Un messager vient les avertir du danger qui les guette.

Des meurtriers surgissent immédiatement et tuent le fils devant sa mère qui s’enfuit.

 

Scène 3. Angleterre. Devant le palais du roi. Malcolm, Macduff, un médecin, Ross.

En Angleterre, Macduff discute avec Malcolm qu’il a rejoint. Il lui relate les atrocités de Macbeth pour l’inciter à le combattre. Le fils du roi se présente comme plus mauvais que Macbeth qui est pourtant selon lui affublé de tous les vices (« bloody, / Luxurious, avaricious, false, deceitful, / Sudden, malicious, smacking of every sin / That has a name » v.58-61). Il se dépeint comme plein de concupiscence (voluptuousness, v.61), cupidité (avarice, v.78) n’ayant aucune qualité nécessaire pour gouverner comme « justice et vérité, tempérance et sûreté, Bonté avec humilité, persévérance, miséricorde, Dévouement, patience et courage, constance » (p.229). Il éprouve ainsi Macduff de peur qu’il soit un envoyé de Macbeth. Celui-ci montre son désespoir. Il lui apprend qu’à la tête de 10 000 hommes, le vieux Siward s’apprête à bouter le tyran hors d’Écosse.

Un médecin annonce que le roi d’Angleterre, un saint homme va guérir les malades du Mal (evil, v.145) en plaçant une médaille d’or à leur cou. Il est capable de prophéties. Il soutient la cause de Malcolm.

Ross vient. Il finit par annoncer la nouvelle du massacre de la famille et des serviteurs de Macduff en son château de Fife. Il se demande comment le ciel a pu laisser faire et finit par s’accuser. Malcolm l’exhorte à user de sa colère pour libérer l’Écosse de la puissance maléfique de Macbeth.

 

Acte V

 

Scène 1. Dunsinane. Une chambre dans le château. Un médecin, une dame de compagnie, lady Macbeth.

Un médecin et une dame de compagnie discutent de la maladie de lady Macbeth. Elle est insomniaque et sujette à des hallucinations.

Lady Macbeth arrive, avec une lumière qu’elle ne quitte jamais, dans une crise de somnambulisme. Elle croit voir une tache de sang sur ses mains qu’elle ne parvient pas à laver. Elles évoquent celles et ceux qui ont été assassinés par elle ou son mari : le vieil homme (= Duncan), la femme du seigneur de Fife (= la femme de Macduff) et Banquo. Le médecin qui pense qu’elle a besoin d’un prêtre recommande d’écarter d’elles tous les instruments dangereux.

 

Scène 2. La campagne près de Dunsinane. Mentheith, Caithness, Angus, Lennox, des soldats.

Des nobles d’Écosse devisent. Les troupes anglaises et celles des Écossais qui soutiennent Malcolm se préparent à attaquer le château. Par contre, Donalbain est absent. Elles vont faire leur jonction près de la forêt de Birnam. Pendant ce temps, Macbeth a préparé ses troupes dans le château de Dunsinane.

 

Scène 3. Dunsinane. Une cour dans le château. Macbeth, le médecin, serviteur, Seton.

Macbeth laisse éclater sa colère sur un serviteur qui lui apporte des informations relatives à la situation. Nombre de ses partisans désertent. Il se croit invincible selon les prophéties des sorcières. Seul, il se montre conscient d’être la proie du mal. S’adressant à Seton (= Satan ?), il se prépare au combat. Il confie sa femme au médecin. Il rejette l’impuissance de la science (physic, v.49).

 

Scène 4. La campagne près de Birnam. Malcolm, Siward, Macduff, le fils de Siward, Menteith, Caithness, Angus, Lennox, Ross, des soldats.

Les chefs des forces anglaises et écossaises se préparent. Les soldats doivent se dissimuler avec des branchages coupés pour approcher le château. La forêt marchera selon la prophétie. Macbeth, selon les révoltés, est isolé à cause des nombreuses révoltes.

 

Scène 5. Dunsinane. La cour du château. Macbeth, Seton, soldats, messager.

Macbeth, malgré les trahisons, s’apprête à aller au combat lorsqu’on vient lui annoncer la mort de lady Macbeth. Il déclame sur l’absence de sens de la vie. Il apprend également que la forêt semble marcher vers le château. Il devine qu’il a été joué par l’ennemi (the fiend, v.41, autrement dit “le diable”). Toutefois, sa détermination à combattre n’est pas atteinte. Il décide de combattre.

 

Scène 6. Dunsinane. Devant la porte du château. Malcolm, Siward, Macduff.

Malcolm donne l’ordre à ses troupes de mettre à bas leur camouflage. Il distribue les troupes. L’assaut du château est donné.

 

Scène 7. Hors du château. Macbeth, le jeune Siward, Macduff, Malcolm, Siward.

La bataille paraît gagnée pour les alliés. Macbeth est sans crainte sur le champ de bataille à cause de la première partie de la prophétie. Il tue le jeune Siward. Il sort du champ de bataille. Macduff entre et le cherche. Il quitte le champ de bataille. Malcolm et le vieux Siward constatent la proche victoire et entrent dans le château.

 

Scène 8. (Sur le champ de bataille). Macbeth, Macduff.

Macbeth refuse le suicide. Il préfère continuer à tuer. Macduff revient. Ils se battent. Macduff apprend à Macbeth que sa mère est morte avant sa naissance et qu’il est né arraché à son ventre. Il n’est donc pas né d’une femme. Il tue Macbeth qui fait preuve de courage.

 

Scène 9. Dans le château. Malcolm, Siward, Ross, les sires, les soldats.

Malcolm et les alliés ont conquis le château avec des pertes. Siward apprend la nouvelle de la mort de son fils. Il se montre stoïque. Macduff apporte la tête de Macbeth à Malcolm. Ce dernier est couronné roi. Il fait les premiers comtes d’Écosse en récompense des services qui lui ont été rendus. Il promet de régner autrement que le tyran.

 

 

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Le mal - résumé et dissertation - Aristote "Nul n'est volontairement pervers"

1. Sujet.

La maxime suivant laquelle

Nul n’est volontairement pervers, ni malgré soi bienheureux

est, semble-t-il, partiellement vraie et partiellement fausse. Si personne, en effet, n’est bienheureux à contre-cœur, par contre la perversité est bien volontaire. Ou alors, il faut remettre en question ce que nous avons déjà soutenu, et refuser à l’homme d’être principe et générateur de ses actions, comme il l’est de ses enfants. Mais s’il est manifeste que l’homme est bien l’auteur de ses propres actions, et si nous ne pouvons pas ramener nos actions à d’autres principes que ceux qui sont en nous, alors les actions dont les principes sont en nous dépendent elles-mêmes de nous et sont volontaires.

En faveur de ces considérations, on peut, semble-t il, appeler en témoignage à la fois le comportement des individus dans leur vie privée et la pratique des législateurs eux-mêmes : on châtie, en effet, et on oblige à réparation ceux qui commettent des actions perverses, à moins qu’ils n’aient agi sous la contrainte ou par une ignorance dont ils ne sont pas eux-mêmes causes, et, d’autre part, on honore ceux qui accomplissent de bonnes actions, et on pense ainsi encourager ces derniers et réprimer les autres. Mais les choses qui ne dépendent pas de nous et ne sont pas volontaires, personne n’engage à les faire, attendu qu’on perdrait son temps à nous persuader de ne pas avoir chaud, de ne pas souffrir, de ne pas avoir faim, et ainsi de suite, puisque nous n’en serons pas moins sujets à éprouver ces impressions Et, en effet, nous punissons quelqu’un pour son ignorance même, si nous le tenons pour responsable de son ignorance, comme par exemple dans le cas d’ébriété où les pénalités des délinquants sont doublées, parce que le principe de l’acte réside dans l’agent lui-même, qui était maître de ne pas s’enivrer et qui est ainsi responsable de son ignorance. On punit également ceux qui sont dans l’ignorance de quelqu’une de ces dispositions légales dont la connaissance est obligatoire et ne présente aucune difficulté. Et nous agissons de même toutes les autres fois où l’ignorance nous paraît résulter de la négligence, dans l’idée qu’il dépend des intéressés de ne pas demeurer dans l’ignorance, étant maîtres de s’appliquer à s’instruire.

Mais sans doute, <dira-t-on> (1), un pareil homme est fait de telle sorte qu’il est incapable de toute application ? Nous répondons qu’en menant une existence relâchée les hommes sont personnellement responsables d’être devenus eux-mêmes relâchés, ou d’être devenus injustes ou intempérants, dans le premier cas en agissant avec perfidie et dans le second en passant leur vie à boire ou à commettre des excès analogues : en effet, c’est par l’exercice des actions particulières qu’ils acquièrent un caractère du même genre qu’elles. On peut s’en rendre compte en observant ceux qui s’entraînent en vue d’une compétition ou d’une activité quelconque : tout leur temps se passe en exercices. Aussi, se refuser à reconnaître que c’est à l’exercice de telles actions particulières que sont dues les dispositions de notre caractère est le fait d’un esprit singulièrement étroit. En outre, il est absurde de supposer que l’homme qui commet des actes d’injustice ou d’intempérance ne souhaite pas être injuste ou intempérant ; et si, sans avoir l’ignorance pour excuse, on accomplit des actions qui auront pour conséquence de nous rendre injuste, c’est volontairement qu’on sera injuste. Il ne s’ensuit pas cependant qu’un simple souhait suffira pour cesser d’être injuste et pour être juste, pas plus que ce n’est ainsi que le malade peut recouvrer la santé, quoiqu’il puisse arriver qu’il soit malade volontairement en menant une vie intempérante et en désobéissant à ses médecins : c’est au début qu’il lui était alors possible de ne pas être malade, mais une fois qu’il s’est laissé aller, cela ne lui est plus possible, de même que si vous avez lâché une pierre vous n’êtes plus capable de la rattraper, mais pourtant il dépendait de vous de la jeter et de la lancer, car le principe de votre acte était en vous. Ainsi en est-il pour l’homme injuste ou intempérant : au début il leur était possible de ne pas devenir tels, et c’est ce qui fait qu’ils le sont volontairement ; et maintenant qu’ils le sont devenus, il ne leur est plus possible de ne pas l’être. (…)

Objectera-t-on que tous les hommes ont en vue le bien qui leur apparaît comme tel, mais qu’on n’est pas maître de ce que telle chose nous apparaît comme bonne, et que le tempérament de chacun détermine la façon dont la fin lui apparaît ? <À cela nous répliquons> (1) que si chacun est en un sens cause de ses propres dispositions, il sera aussi en un sens cause de l’apparence ; sinon personne n’est responsable de sa mauvaise conduite, mais c’est par ignorance de la fin qu’il accomplit ses actions, pensant qu’elles lui procureront le bien le plus excellent ; et la poursuite de la fin n’est pas ainsi l’objet d’un choix personnel, mais exige qu’on soit né, pour ainsi dire, avec un œil qui nous permettra de juger sainement et de choisir le bien véritable ; et on est bien doué quand la nature s’est montrée libérale pour nous à cet égard (…). Si dès lors ces considérations sont vraies en quoi la vertu sera-t elle plus volontaire que le vice ? Dans les deux cas la situation est la même pour l’homme bon comme pour le méchant, la fin apparaît et se trouve posée par nature ou de la façon que l’on voudra, et c’est en se référant pour tout le reste à cette fin qu’ils agissent en chaque cas. Qu’on admette donc que pour tout homme, la vue qu’il a de sa fin, quelle que soit cette fin, ne lui est pas donnée par la nature mais qu’elle est due en partie à lui-même, ou qu’on admette que la fin est bien donnée par la nature, mais que l’homme de bien accomplissant tout le reste volontairement la vertu demeure volontaire : <dans un cas comme dans l’autre> (1) il n’en est pas moins vrai que le vice sera volontaire comme la vertu, puisque le méchant, tout comme l’homme de bien, est cause par lui-même de ses actions, même s’il n’est pas cause de la fin. Si donc, comme il est dit, nos vertus sont volontaires (et, en fait, nous sommes bien nous- mêmes, dans une certaine mesure, partiellement causes de nos propres dispositions, et, d’autre part, c’est la nature même de notre caractère qui nous fait poser telle ou telle fin) nos vices aussi seront volontaires, car le cas est le même. Mais nos actions ne sont pas volontaires de la même façon que nos dispositions : en ce qui concerne nos actions, elles sont sous notre dépendance absolue du commencement à la fin, quand nous en savons les circonstances singulières par contre, en ce qui concerne nos dispositions, elles dépendent bien de nous au début, mais les actes singuliers qui s’y ajoutent par la suite échappent à notre conscience, comme dans le cas des maladies cependant, parce qu’il dépendait de nous d’en faire tel ou tel usage, pour cette raison-là nos dispositions sont volontaires.

Aristote, Éthique à Nicomaque, 1113 b 15 – 1115 a 5, traduction J. Tricot, livre III, chapitre 7 La vertu et le vice sont volontaires (2) (extraits), Vrin, 1983, pp.140-146.

 

(1) Insertion du traducteur pour l’intelligibilité du passage.

(2) Le titre du chapitre est du traducteur.

 

1) Résumez le texte en 150 mots (plus ou moins 10%). Vous indiquerez les sous totaux de 50 en 50 (50, 100, …) par un trait vertical et par le chiffre correspondant dans la marge. Vous indiquerez obligatoirement votre total exact à la fin de votre résumé.

 

2) Dissertation.

Vous discuterez à votre tour « La maxime suivant laquelle : Nul n’est volontairement pervers » en vous appuyant sur votre lecture des trois œuvres inscrites au programme. Vous proscrirez tout plan qui se bornerait à examiner ces livres successivement. La dissertation devra compter 1000 à 1500 mots.

 

Corrigé

 

2. Analyse du texte et remarques.

Aristote commence par énoncer une maxime qu’il considère comme en partie vraie et en partie fausse, à savoir d’une part que personne n’est méchant volontairement – ce qui est la thèse de Socrate reprise et défendue par Platon dans nombre de ses dialogues (Gorgias, Protagoras, Timée, Les Lois) – et d’autre part que personne ne peut être heureux involontairement. Il accepte la deuxième partie de la maxime mais rejette la première.

Il rappelle d’abord une de ses thèses : l’homme est l’auteur de ses actions. Il en conclut que la méchanceté est tout aussi volontaire que la bonté.

Il ajoute comme argument que les individus comme les législateurs punissent ceux qui commettent des actes mauvais et encouragent à bien agir, ce qui prouve qu’ils pensent qu’ils agissent volontairement. À l’inverse, on ne punit ni n’encourage les actions involontaires. On punit celui dont l’ignorance est coupable comme les actes commis sous l’emprise de l’alcool ou qui ignore une loi qu’il aurait dû connaître ou qui a été négligent. Autrement dit, on punit l’ignorance volontaire, preuve qu’on admet que les actions mauvaises sont volontaires. Ce qui signifie que le nul n’est méchant volontairement ne peut se justifier par l’ignorance du bien.

Aristote répond à l’objection selon laquelle l’homme relâché ne peut s’appliquer à faire le bien en disant que l’homme injuste ou intempérant est responsable de son état. Le caractère en effet s’acquiert par l’exercice comme le montre l’exemple des sportifs. L’homme vicieux a donc voulu l’être.

Aristote concède qu’une fois devenu vicieux, le méchant, tel un malade qui l’est devenu par ses actes, ne peut simplement redevenir vertueux. Mais cette concession n’enlève rien à la responsabilité du méchant quant à son état. Il en est l’origine.

Il examine ensuite l’objection selon laquelle les hommes se trompant sur le bien, l’erreur serait involontaire en ce que la fin qu’ils poursuivent s’impose à eux. Il montre que cette objection se retourne contre l’idée que la vertu elle aussi est volontaire. Aussi, que la fin soit naturelle ou qu’elle soit en partie volontaire, tout ce que l’homme accomplit par ailleurs est volontaire et la méchanceté l’est donc. L’équivalence de la vertu et du vice est ensuite reprécisée quant à leur acquisition. Aristote distingue toutefois les dispositions des actions. Car si ces dernières dépendent de nous, les premières nous échappent au fur et à mesure que nos actions les renforcent, ce que l’analogie avec la maladie permet de penser.

 

3. Proposition de résumé

La sentence selon laquelle personne n’est méchant volontairement et involontairement heureux, est partiellement fausse. Car nous disions l’homme responsable de toutes ses actions.

Les hommes ou les États punissent les criminels, encouragent les vertueux mais jamais les actions involontaires. On punit l’ignorance coupable ou l’ignorance d’ [50] une loi ou la négligence. Que le négligent ne puisse se consacrer au bien est faux puisqu’il est responsable de son état. Car le caractère s’acquiert par l’exercice comme le sport. Certes, le vicieux, tel un malade fautif, ne peut immédiatement redevenir vertueux.

Rétorquer que les hommes [100] se trompent sur le bien car leur fin est nécessaire revient à rendre la vertu involontaire. Que la fin soit naturelle ou partiellement volontaire, les autres actions, notamment les mauvaises, sont volontaires. Toutefois les actions sont nôtres alors que les dispositions nous échappent à mesure que nos actions les renforcent.

150 mots

 

4. Dissertation.

Lorsqu’il agit, l’homme commet parfois des actes qui étonnent par leur méchanceté comme ces soldats d’Amérique latine qui fracassaient la tête des bébés indiens dans les villages qu’ils attaquaient au début des années 1980. Et pourtant, une vieille tradition dont témoigne une maxime selon laquelle « Nul n’est volontairement pervers » qu’Aristote cite pour la critiquer dans l’Éthique à Nicomaque, veut que la méchanceté ne soit pas volontaire.

Il faut comprendre par là que même si l’action dépend de l’individu, celui-ci ne peut vouloir le mal pour lui-même. En réalité, il agit pour ce qu’il croit être le bien, y compris lorsqu’il le confond avec son bien.

Toutefois, si une telle conception évite de penser que l’homme est une sorte de démon, elle conduit en apparence à innocenter la perversion ou méchanceté.

Dès lors, on peut se demander s’il y a un sens à penser que « Nul n’est volontairement pervers » ou bien s’il faut attribuer à l’homme la possibilité d’une volonté du mal.

On s’interrogera d’abord sur le devenir involontaire de la méchanceté comme source possible de la maxime, puis sur le manque de volonté comme source d’une perversion qui n’est pas volonté du mal et enfin sur la possibilité de déterminer le moment où il serait possible que la volonté perverse puisse se manifester.

On s’appuiera notamment sur la première partie de la « Profession de foi du vicaire savoyard » du livre IV de l’Émile ou de l’Éducation de Jean-Jacques Rousseau, sur Macbeth de Shakespeare et sur Les Âmes fortes de Giono.

 

La perversité ou méchanceté peut devenir involontaire. C’est finalement ce que le Philosophe soutient. Dès lors, ce n’est pas au départ que l’homme n’agit pas mal involontairement, c’est lorsque la méchanceté est devenue en lui une disposition.

On voit bien par exemple que Macbeth devient une sorte de mécanique à tuer une fois qu’il a commencé par le roi Duncan et qu’il s’endurcit lorsqu’il ordonne le massacre de toute la famille Macduff. Le récit de ce dernier à Malcolm donne l’impression que l’Écosse est en proie à de très nombreux massacres (acte IV, scène 3, v.3-8). Mais Macbeth a bien choisi de tuer Duncan. Pour le prouver, le dramaturge le montre hésitant face à la résolution de sa femme par exemple à la scène 7 de l’acte I. Le vicaire dans un passage autobiographique indique que les mauvaises habitudes qu’il a contractées sont comme incrustées en lui sous forme d’illusions qu’il ne peut totalement dissiper (pp.94-95). Preuve donc que la méchanceté une fois ancrée, devient involontaire, au moins comme intention mauvaise. Aussi l’individu peut-il croire que ses motivations elles-mêmes ne sont pas voulues puisqu’elles lui apparaissent dans le sillage de ses mauvaises habitudes. Thérèse relate l’égoïsme foncier du docteur dont la passion résidait dans les cartes et qui était capable de tout lorsqu’il perdait. Aussi l’affuble-t-elle du qualificatif de « roi des mouches » (p.286) dont on sait par ailleurs que c’est un titre qui est à l’origine du terme Belzébuth qui est un des noms du diable ou de Satan.

La preuve du caractère volontaire des actes méchants ou pervers à l’origine se situe dans le repentir ou remords. Ainsi, le sieur de Cawdor, qui au témoignage de Malcolm, à la scène 4 de l’acte I, s’est exprimé en ce sens avant d’être exécuté. Le moment montre en quoi il le fait de façon désintéressée et sincère. Il s’accuse donc d’avoir agir volontairement. Rousseau dénonce en l’homme l’auteur du mal. Mais cet homme n’est plus l’homme primitif (p.76). C’est l’homme qui abuse de ses facultés (p.75). De même, on voit tour à tour Thérèse selon son récit ou Firmin selon le dernier récit de la narratrice que Giono, dans ses carnets de préparation, nomme « le Contre » (cf. Giono, Œuvres romanesques complètes, tome V, notice de Robert Ricatte, Gallimard, « La Pléiade », 1980, p.1008) échafauder le plan de se tuer l’un l’autre. C’est bien une preuve de leur volonté de faire le mal.

Néanmoins, que l’action soit volontaire ne prouve nullement qu’elle ait le mal pour but. Or, que « nul n’est volontairement pervers » signifie que la méchanceté n’est pas recherchée pour elle-même. Elle est tout au plus un moyen. Mais si l’homme agit volontairement et ne veut pas être pervers, comment comprendre qu’on puisse contester que nul n’est volontairement pervers ?

 

La méchanceté peut être volontaire mais seulement au sens où la volonté du bien manque, bref, par ce qu’on nomme un manque de volonté. On dit bien de quelqu’un qu’il cède au mal, ce qui indique une sorte de passivité.

Ainsi de Macbeth au début de la pièce puis de sa femme elle-même qui ne peut se résoudre à tuer Duncan parce qu’il ressemble trop à son père (acte II, scène 2, v.12-13). Elle en vient à sombrer dans une sorte de folie due au remords qui est comme la manifestation que sa volonté ne peut s’en tenir à la dimension du diabolique, c’est-à-dire de la volonté du mal pour le mal (acte V, scène 1). Et ce manque de volonté, c’est lady Macbeth qui le fournit à Macbeth comme si l’un devait assumer la pensée et l’autre l’action. C’est pourquoi Rousseau insiste sur le fait que l’homme qui fait le mal cède aux passions qui viennent du corps (p.71). C’est donc dire qu’il manque de volonté et que c’est dans ce manque de la volonté à elle-même qu’est possible le mal. Mais ce manque de volonté, il ne l’interprète pas comme dans la tradition augustinienne comme la manifestation en nous du péché originel (cf. Augustin, Cité de Dieu) mais comme une faiblesse qui s’enracine dans la nature double de l’homme lors de son séjour terrestre à tel point qu’il laisse entendre qu’il est deux substances (pp.71-72). De même, le manque de volonté de Thérèse en ce qui concerne les hommes comme le relate la narratrice qui s’appuie sur le témoignage de sa tante Junie (p.75) explique implicitement au lecteur qu’elle trompe son mari, voire qu’elle se soit enfuie avec lui, alors qu’elle aurait pu rester chez elle.

Ce manque de volonté est volonté car le sujet sait qu’il agit mal. Dans le monologue qui ouvre la scène 7 de l’acte I, Macbeth nous indique clairement qu’il voit clairement ce qu’a d’absolument mal l’idée du meurtre de Duncan, d’autant plus qu’il a été bon pour lui. De même Thérèse apparaît choisir sciemment de tromper madame Numance en provoquant et en simulant l’amour maternel (p.307). S’interrogeant sur la destinée après la mort, le vicaire admet que les méchants sont rongés par leurs passions qui les punissent (p.80) et assigne dans le même temps à la volonté la source du mal sinon ce serait Dieu l’auteur du mal. Sa théodicée, quoique particulière, rejoint ainsi celle de Leibniz (1646-1717, Essais de théodicée, 1710, §8-10).

Toutefois, parler d’un manque de volonté c’est masquer la difficulté plutôt que la résoudre. Car le manque de volonté lui-même, d’où vient-il ? S’il vient de la volonté, c’est finalement admettre une perversité originelle et diabolique. Sinon, il faut bien convenir que le manque de volonté revient à dire que « nul n’est pervers volontairement ». N’est-ce pas finalement ce qu’il faut tenter de penser ?

 

En effet, force est d’innocenter l’homme, c’est-à-dire de considérer qu’il ne peut vouloir le mal. Dieu dit-on ne peut vouloir le mal. Qui donc le pourrait ? Ni le diable car s’il est vrai selon l’Évangile de Jean (8, 44) qu’il est essentiellement menteur et le père du mensonge, il ne peut lui-même être dans la vérité sur lui-même. Autrement dit, pour vouloir le mal, il faut savoir qu’on le veut lui, et nulle autre chose.

Ainsi Rousseau reprend-il le thème aristotélicien. En effet, il critique ceux qui se disent forcés d’être criminels mais lui-même note que le criminel, une fois devenue tel, ne peut plus revenir en arrière (p.94). Il place donc une sorte de choix originel mystérieux qu’il attribue à la volonté. Ne faut-il pas dire aussi de ce choix qu’il ne pouvait pas ne pas être ? Macbeth se plaint que les actes mauvais entraînent d’autres actes mauvais (acte III, scène 2, v.56). Et on soutiendra qu’il s’est décidé, la première fois, influencé par Lady Macbeth, à assassiner le roi Duncan en sachant que c’est un « crime abominable » (deep damnation, I, 7, v.20). C’est qu’il hésite en apparence et le dramaturge nous livre ses réflexions. Mais sont-elles valables ? N’a-t-il pas forgé juste après les prédictions des Sœurs fatales (Weïrd Sisters) une certaine volonté de meurtre ? Cette volonté qui a du mal à se mettre en œuvre, qui s’objecte parfois le mal, précède en Macbeth ses actions. Elle n’est donc pas elle-même voulue. Quant à Thérèse, on voit bien par le fait qu’elle se pense comme un furet qui aime le sang (pp.316-317), qu’elle est aussi amenée à agir comme elle le fait par une sorte de volonté qui n’est pas une volonté de mal. C’est pourquoi elle dit d’elle-même qu’elle n’est pas méchante (p.316). Ce qu’elle veut, elle ne peut pas ne pas le vouloir à partir du moment où elle pense qu’il n’y a pas de bien moral puisque conscience et remords ne sont que des mots (p.291).

Le pervers, c’est le méchant systématique. Or, ce qui le rend possible, c’est qu’il poursuit ses propres fin envers et contre tout. Mais cette poursuite est peut-être bien le fruit d’une histoire singulière, d’une sorte de raté de l’existence. Thérèse en fait la théorie elle pour qui les hommes sont égoïstes. Elle suit sa passion et ne la détermine pas. C’est ce que le Contre explique avec l’idée qu’elle est une âme forte (p.349). Une passion l’entraîne, irrésistible. Autrui pour elle n’existe pas en tant que tel. Thérèse dans le milieu des servantes n’a pas pu ne pas apprendre à mal faire. Son récit sur les clients de l’auberge le montre. Rousseau qui a bien vu que la méchanceté s’alimentait du caractère social des passions nous présente un vicaire qui tombe dans le vice en suivant la nature puisque sa première faute aux yeux de la société l’amène au doute sur la morale et donc à tomber. Le récit de son jeune disciple est encore plus édifiant, lui qui commença par être agressé sexuellement dans un hospice. Quant aux Macbeth, ils sont l’un pour l’autre un modèle pour suivre la pente de leur désir. Lady Macbeth tente son mari qui cède à la tentation par amour pour sa femme. Et une fois la série de meurtre commencé, il perd son innocence et poursuit inéluctablement en énonçant l’absence de sens de la vie, ce « récit conté par un idiot, plein de son et furie, ne signifiant rien » (acte V, scène 5, v.25-27).

 

En un mot, le problème était de savoir s’il y a un sens d’accepter l’antique maxime que nous cite Aristote selon laquelle « Nul n’est volontairement pervers » puisqu’elle paraît innocenter l’homme alors que sa négation en fait un démon. On a d’abord vu que la thèse de l’absence de volonté perverse pouvait s’expliquer par le fait que les méchants ne peuvent sortir de leur méchanceté mais qu’il faut leur attribuer une volonté du mal. Celle-ci a pu nous apparaître comme un manque de volonté. Toutefois, si un tel défaut existe, la raison en est peut-être que la volonté n’est qu’une action faite en connaissance de cause. Or, l’action mauvaise apparaît nécessaire. Dès lors, l’antique maxime apparaît juste : il n’y a pas de perversité volontaire.

 

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