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La justice - Sujet Résumé Alain "Politique familiale"

1) Sujet.

Résumez le texte suivant en 100 mots (+ ou – 10%). Vous indiquerez les sous-totaux de 20 en 20 (20, 40, 60 …) dans la marge et le nombre total de mots à la fin de votre résumé.

 

Le communisme est un régime naturel que nous avons tous connu, car c’est le régime de la famille. Nul n’a rien en propre, et chacun reçoit selon ses besoins. Le pouvoir même y est en quelque sorte indivis. Dans la puissance paternelle le fils reconnaît sa propre puissance. Le père est absolu en ses fonctions propres, qui sont les travaux extérieurs et les échanges qui s’y rapportent. La mère est absolue en ses fonctions propres, qui sont les travaux domestiques et tous les genres de commerce auxquels ces travaux donnent lieu. Les attributions se trouvent partagées, et sans aucune loi écrite ni aucune constitution jurée. Le père parle au fils : « Tu as entendu ce que dit ta mère ? » La mère, en d’autres cas : « N’oublie pas ce que ton père t’a ordonné.» L’intercession de la mère est une grande chose qui a passé, a bon droit, dans la mythologie populaire. Enfin tout va, et sans aucune charte. La tyrannie, l’usurpation, la révolte sont des exceptions, et contre nature. Mais pourquoi ? C’est que les sentiments y sont soutenus par la communauté biologique. Il n’y a pas ici de droit, et même la revendication de droit y est injurieuse. Par exemple, entre frères, et la famille déjà dissoute, les partages selon le droit sont irritants ; c’est qu’on regrette l’heureux temps où le sentiment réglait tout. Aristote dit que le sentiment est ami du don et ennemi de l’échange.

D’où l’éternelle idée de transporter dans la société politique ces beaux liens de pouvoir éclairé, d’affectueuse obéissance, et d’égards mutuels. Mais les métaphores ne changent point les choses. On dit que les hommes sont tous frères, mais cela n’est point. Cette communauté de sang, cette vie d’abord protégée par un double pouvoir reconnu et aimé, c’est justement ce qui n’est point entre deux hommes qui n’ont pas le même père et la même mère. On peut imiter le sentiment fraternel, et cet effort est beau, soit dans l’amitié, soit dans le voisinage, soit dans l’exercice de la charité universelle, mais il y manque la matière première, que la nature seule peut fournir, et que rien ne peut remplacer. Au reste il est déjà rare que deux frères, véritablement frères, s’aiment assez pour ce beau genre de partage qui est un don total et réciproque.

Un bon roi est le père de ses sujets. Belle métaphore aussi ; mais cela n’est pas. Le roi devrait gouverner en père ; mais il n’est pas père. Le lien de nature manque. L’orgueil et la colère ne sont point tempérés assez par l’amour, et notamment par l’amour conjugal, si puissant au commencement pour éduquer l’amour paternel. La reine peut bien être dite la mère de son peuple ; mais elle ne l’est point réellement. Cet amour hautement mystique qui résulte d’une vie d’abord commune absolument, quand le petit n’est qu’une partie de l’organisme maternel, ne peut évidemment être imité par raison ; l’esprit ne peut pas tant. Ainsi l’intercession de la reine ne s’exercera point comme celle de la mère. Les sujets voudront une charte et des garanties ; ils n’auront pas tort. Et, d’un autre côté, le roi ne peut compter que ses sujets l’aimeront comme un père ; les sentiments naturels ne se transportent point. Les liens de chair et de sang sont animaux, soit ; mais toujours est-il qu’ils sont de chair et de sang. Comte remarque que les sentiments les plus purs sont aussi les moins énergiques. Ainsi, avec une fraternité sans les racines, ou une paternité sans les racines, nous travaillons vainement à former une famille métaphorique, qui comprendrait des hommes que nous ne verrons jamais ou qui ne sont pas encore nés. Au contraire la sagesse est de respecter alors toutes les précautions du droit, qui soutiennent un sentiment éminent, mais proprement anémique. La justice n’est point l’amour ; elle est ce qui soutient l’amour quand l’amour est faible, ce qui remplace l’amour quand l’amour manque.

Alain, Propos de politique (1934).

 

2) Éléments d’analyse et remarque sur le texte.

Ce « Propos » d’Alain, publié pour la première fois le 12 avril 1930, recueilli dans les Propos de politique publiés en 1934 [il a été repris sous le titre « Politique familiale » dans Alain, Propos, Gallimard « bibliothèque de la Pléiade », 1956, p. 921-923) traite de la possibilité du communisme. Thème d’actualité puisque tel était le régime de la jeune U.R.S.S. dirigée alors par Staline (1879-1953), même si le Propos reste intemporel dans sa forme et dans son fond.

En effet, Alain commence par montrer que le communisme a toujours été, ce qu’exprime le terme « naturel ». Il est la forme de gouvernement de la famille. Le philosophe détaille alors les caractéristiques de ce communisme. D’une part et comme on s’en doute, les biens sont communs. D’autre part, le père et la mère gouverne chacun dans un domaine – et le philosophe pose une sorte de division naturelle sexuelle des tâches – à savoir l’extérieur pour le père et l’intérieur pour la mère. Ce qui est propre à ce communisme naturel et familial est qu’on n’y trouve nul trace de lois écrites ni de contestation. Bref, il n’y a pas de droit. Au contraire, le droit vient contredire le fondement de la famille qui est le sentiment.

Alain indique alors qu’on en a toujours déduit l’idée d’un communisme qui s’étendrait à toute la société – et il est clair pour quiconque a lu Platon (428-347 av. J.-C.) qu’il pense notamment à La République de cet auteur. Il s’y oppose en marquant justement la différence essentielle entre famille et société politique ou Cité ou État : le fondement biologique de l’une manque à l’autre. C’est lui qui fonde l’amour entre membres de la famille. Aussi penser la Cité comme une famille n’est qu’une métaphore trompeuse.

La métaphore, Alain l’applique tour à tour au roi considéré comme un père et à la mère considérée comme la mère des sujets. Il montre facilement qu’il s’agit de métaphores dans les deux cas. Mais surtout de métaphores qui trompent sur la réalité. Il en déduit que les sujets pour éviter un pouvoir violent exigeront une charte, c’est-à-dire cette sorte de constitution comme celle que Louis xviii (1755-1824) concéda lors de la Restauration en 1814 : des lois écrites qui règlent le pouvoir sont nécessaires. Alain critique ainsi implicitement les Royalistes qui pensent la nation comme une famille, voire comme une famille fondée sur une communauté de sang – la race. Passant du communisme au royalisme, il montre implicitement qu’il s’agit de la même pensée. À l’inverse, le roi ne peut escompter un amour filial de la part de ses sujets. Se référant au philosophe Auguste Comte (1798-1857), Alain lui reprend l’idée que certains sentiments manquent de force, autrement dit que si l’amour est un sentiment pur, il n’a pas la force nécessaire pour lier des citoyens. La conclusion partielle est que le projet communiste n’a aucune valeur.

Aussi le droit est-il absolument nécessaire. Par conséquent, la division de la propriété et le refus du pouvoir absolu des uns sur les autres. La philosophe peut en conclure que la justice et l’amour se distinguent. La première est nécessaire où le second est impossible.

 

3) Proposition de résumé.

Le communisme règne dans la famille comme nous l’éprouvâmes tous. La communauté de sang assure presque toujours l’harmonie [20] entre parents et enfants. On en a toujours déduit l’idée d’un État communiste. Mais on confond ainsi image [40] et réalité. Sans les liens du sang le sentiment ne règle pas tout. Le roi ou la reine ne sont [60] pas les parents de leurs sujets qui voudront justement des lois écrites. Le roi ne peut prétendre être aimé de [80] ses sujets. L’État n’est pas une famille. La justice est donc nécessaire où l’amour n’est pas.

100 mots

 

 

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les "Cinq propositions" jansénistes condamnées en 1653

Les cinq propositions

 

1. Quelques commandements de Dieu sont impossibles aux justes malgré leur volonté et leurs efforts, étant données les forces qu’ils ont présentement et aussi parce qu’il leur manque la grâce qui les rendrait possibles. (Proposition téméraire, impie, blasphématoire, condamnée par anathème et hérétique.)

2. Dans l’état de nature déchue on ne résiste jamais à la grâce intérieure. (Proposition hérétique.)

3. Pour mériter et démériter dans l’état de nature déchue, il n’est pas requis que l’homme possède une liberté exempte de nécessité, il suffit que sa liberté soit exempte de contrainte. (Proposition hérétique.)

4. Les semi-pélagiens admettaient la nécessité d’une grâce intérieure prévenante pour chaque acte en particulier, même pour le commencement de la foi ; et ils étaient hérétiques en ce qu’ils voulaient que cette grâce fût telle que la volonté pût lui résister ou lui obéir. (Proposition fausse et hérétique.)

5. Il est semi-pélagien de dire que le Christ est mort et a répandu son sang pour tous les hommes sans exception. (Proposition fausse, téméraire, scandaleuse et entendue dans ce sens que Jésus-Christ serait mort pour le salut des prédestinés, cette proposition est déclarée impie, blasphématoire, outrageuse, manquant au respect de la charité divine.)

Cité par François Hildesheimer, Le Jansénisme. L’histoire et l’héritage. Desclée de Brouwer, 1992, p.28.

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