Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

La parole - sujet et corrigé - résumé d'un texte d'Alain - langage et poésie

1) Sujet.

 

Résumez le texte suivant en 120 mots (+ ou – 10%). Vous indiquerez les sous-totaux de 20 en 20 (20, 40, 60 …) dans la marge et le nombre total de mots à la fin de votre résumé.

 

La langue est un instrument à penser. Les esprits que nous appelons paresseux, somnolents, inertes, sont vraisemblablement surtout incultes et, en ce sens qu’ils n’ont qu’un petit nombre de mots et d’expressions ; et c’est un trait de vulgarité bien frappant que l’emploi d’un mot à tout faire. Cette pauvreté est encore bien riche, comme les bavardages et les querelles le font voir ; toutefois la précipitation du débit et le retour des mêmes mots montrent bien que ce mécanisme n’est nullement dominé. L’expression « ne pas savoir ce qu’on dit » prend alors tout son sens. On observera ce bavardage dans tous les genres d’ivresse et de délire. Et je ne crois même point qu’il arrive à l’homme de déraisonner par d’autres causes ; l’emportement dans le discours fait de la folie avec des lieux communs. Aussi est-il vrai que le premier éclair de pensée, en tout homme, et en tout enfant, est de trouver un sens à ce qu’il dit. Si étrange que cela soit, nous sommes dominés par la nécessité de parler sans savoir ce que nous allons dire ; et cet état sibyllin (1) est originaire en chacun, l’enfant parle naturellement avant de penser, il est compris des autres bien avant qu’il se comprenne lui-même. Penser c’est donc parler à soi.

Certes c’est un beau moment, comme Comte l’a remarqué, que celui où l’homme, seul avec lui-même, trouve à la fois avocat, et juge ; c’est le moment de réflexion ; c’est même le moment de la conscience ; sans doute ne fait-on paraître le Soi qu’en parlant à soi. Mais disons que, dans ce bavardage solitaire, il y a une inquiétude qui va à la manie. D’abord on ne peut conduire sa parole, car conduire sa parole ce n’est qu’essayer tout bas et répéter tout haut ; de moi à moi il faut que je me fie à ma parole et que je l’écoute ; et la déception, qui est l’état ordinaire, irrite bientôt. On saisit ici le prix des maximes, par quoi le mécanisme participe de la sagesse. Et certainement il y a un plaisir sans mesure à répéter ; c’est se reconnaître et reprendre gouvernement de soi ; c’est pourquoi les contes ne plaisent que dans une forme fixée.

Mais, contre ce besoin de reconnaître, il y a dans le langage comme mécanisme une exigence de changement, qui est biologique et à laquelle la musique, la poésie et l’éloquence doivent donner satisfaction. Car il faut que certaines parties se reposent et que d’autres se détendent après l’inaction. Et, faute d’une mémoire ornée de belles paroles, le bavard sans culture est jeté de discours en discours, sans pouvoir même répéter exactement ce qui offre au passage comme l’éclair d’une pensée.

Par opposition à cette misère intellectuelle, considérons qu’un beau vers est un merveilleux soutien pour la réflexion. Car d’un côté comme on ne peut dire autrement sans manquer au rythme ou à la rime, on ne peut dériver ; on s’arrête, on retrouve et on se retrouve. Mais surtout cet art de chanter sa propre pensée développe toujours dans la phrase rythmée la compensation après l’effort, soit pour les sons, soit pour les articulations, ce qui ramène au repos après un travail équilibré de l’appareil parleur ; et l’on se trouve ainsi protégé contre le discours errant, au lieu qu’une phrase mal faite en appelle une autre. C’est pourquoi l’entretien avec soi n’est soutenu comme il faut que par les fortes sentences de la poésie. C’est donc par de telles œuvres que l’enfant commence à penser ; il peut alors s’écouter lui-même, et reconnaître sa propre pensée dans l’œuvre humaine ; mais le premier effet est esthétique ; l’enfant est d’abord retenu ou saisi ; ensuite il se reconnaît. Et ces remarques rassurent aussitôt le maître quant au choix des œuvres ; car le principal est qu’elles soient belles et pleines de sens ; mais il n’est point dans l’ordre que l’enfant les comprenne avant de les retenir. Et certes, il peut y avoir à comprendre dans les improvisations d’un enfant ; mais le maître croit trop facilement que ce qui l’intéresse instruit l’enfant aussi ; au contraire dans ce qu’il dit, l’enfant se perd ; et c’est une raison décisive lorsqu’on se risque à provoquer des réponses libres, de les faire toujours écrire aussitôt, afin d’interroger de nouveau la réponse elle-même. Le langage commun appelle naturellement Pensées les formules que l’on retient et qui s’imposent à la mémoire, donnant ainsi un objet à la réflexion. Et quand je dis qu’un tel appui est nécessaire à l’enfant, je n’entends pas que l’esprit le plus ferme et le plus mûr puisse s’en passer ; le défaut le plus commun est d’aller à la dérive, et de tomber d’une idée à l’autre selon les lois mécaniques le la chute. L’égarement est le vrai nom de cet état errant de l’esprit.

Alain, Éléments de philosophie, Livre 3 De la connaissance discursive, Chapitre II Langage et poésie (extrait)

 

(1) Sibyllin : dont le sens est aussi obscur que les oracles romains du même nom.

(Ne pas tenir compte de cette note dans le résumé).

 

2) Analyse et remarques sur le texte.

Alain veut montrer l’importance de la poésie en tant que forme du langage qui permet de penser, qui permet surtout la réflexion, c’est-à-dire la conscience.

On peut analyser le texte en six grandes idées.

·      La première idée est qu’on pense grâce aux mots. Il le prouve en montrant que l’absence de mots ou la pauvreté du vocabulaire manifeste la faiblesse de la pensée. L’autre preuve est que le délire est constitué par un bavardage tournant à vide.

·      La seconde idée est déduite de la première, c’est que le sens de ce qu’on dit suit la parole. Alain peut alors définir penser par l’acte de se parler à soi-même, c’est-à-dire de dialoguer de façon solitaire. Il énonce sans le dire la définition de la pensée de Platon que l’on peut lire dans les deux extraits suivants :

« Socrate : Par penser entends-tu la même chose que moi ? Théétète : Qu’entends-tu par là ? Socrate : Un discours que l’âme se tient à elle-même sur les objets qu’elle examine. Je te donne cette explication sans en être bien sûr. Mais il me paraît que l’âme, quand elle pense, ne fait pas autre chose que s’entretenir avec elle-même, interrogeant et répondant, affirmant et niant. Quand elle est arrivée à une décision, soit lentement, soit d’un élan rapide, que dès lors elle est fixée et ne doute plus, c’est cela que nous tenons pour une opinion. Ainsi, pour moi, opiner, c’est parler, et l’opinion est un discours prononcé, non pas, assurément, à un autre et de vive voix, mais en silence et à soi-même. » Platon, Théétète, 189e-190a.

« L’Étranger : Je dis donc que pensée et discours c'est la même chose, avec cette seule différence que le dialogue intérieur de l’âme avec elle-même, et sans la voix, s’appelle pensée. » Platon, Sophiste, 263e.

·      La troisième idée consiste à montrer que la conscience ou la réflexion, c’est-à-dire le retour sur soi, voire sur le soi, passe par la parole. Mais, précédant la saisie du sens, la parole est toujours comme une fuite qui empêche le sujet de se ressaisir, autrement dit se reconnaître. Les maximes y pallient en fixant les pensées et rendent ainsi possible la reconnaissance de soi.

·      La quatrième idée oppose à cette fixité le changement qui appartient essentiellement au langage et qui la mine. La poésie, la musicalité, l’éloquence, bref, tout le travail sur la matière sonore donne une certaine fixité à la parole ou plutôt rend possible la répétition qui permet la reconnaissance de soi.

·      La cinquième idée est déduite de la précédente. La pensée a besoin de la poésie. Elle n’est pas simple ornementation d’une pensée qui préexisterait à la parole, elle est la forme de parole qui fixe la pensée et évite ainsi qu’elle s’égare elle-même.

·      La sixième idée tire les conséquences éducatives. L’enfant doit apprendre des poèmes pour commencer à penser, même s’il les comprend après. Ce qui est vrai de l’enfant l’est également de l’adulte qui, sans la poésie, voit sa pensée errer.

 

3) Proposition de résumé.

Les mots permettent de penser. Les faibles d’esprit le prouvent à qui ils manquent. Le délire n’est-il [20] pas un bavardage vide ? Aussi pense-t-on après avoir trouvé le sens de ce qu’on a dit. Dialoguer avec [40] soi, c’est penser. Mais cette réflexion risque de tourner à la manie. Les sentences y pallient qui fixent les [60] pensées et fondent la reconnaissance de soi. Or le langage est changement. La poésie permet de donner prise à la [80] répétition. La pensée ne peut s’en passer pour se fixer et surtout éviter l’errance. L’enfant a donc [100] besoin d’apprendre des poèmes qu’il comprend après comme l’adulte qui, sinon, ne sait ce qu’il pense.

120 mots

Voir les commentaires

La parole - Platon "Phèdre" - Plan analytique - Première partie

Le découpage proposé dans ce plan détaillé ne prétend nullement être le seul possible. Il ne cherche pas à résoudre le très controversé problème de l’unité du Phèdre. Il vise seulement à en faciliter l’étude. C’est pourquoi le dialogue est divisé en un prologue et en deux grandes parties, l’une sur l’amour et le beau, l’autre sur la rhétorique, la dialectique et l’écriture.

Les titres ou résumés sont de mon invention. Ils peuvent donc être remplacés par de meilleurs. On trouve ensuite entre parenthèses et entre guillemets la portion de texte auxquels ils se réfèrent. Elle est précédée en gras du nom du personnage qui parle (Socrate ou Phèdre). Les italiques permettent au premier coup d’œil de déterminer ce qui appartient à Platon.

Je fais suivre les passages de la pagination standard d’Henri Estienne de 1578 puis de celle de l’édition utilisée :

 

Platon, Phèdre, présentation par Daniel Babut, introduction, traduction, notes et bibliographie par  Létitia Mouze, Le Livre de Poche, n°4649, « Les classiques de la philosophie, 2007.

 

 

 

Plan

 

Préambule.

(« Socrate : Où vas-tu donc, mon cher Phèdre ? (…) toi, choisis la manière que tu trouveras la plus pratique pour lire, et lis. » 227a-230e, p.195-207)

1. Socrate interpelle Phèdre sur ses activités du jour. Ce dernier lui relate qu’il était chez Lysias, fils de Céphale, où il a entendu un discours de son hôte. Il va se promener.

(« Socrate : Où vas-tu (…) Socrate : À condition que tu parles ... » 227a-c, p.195-199)

2. Phèdre et le discours de Lysias. Le sujet en est qu’il faut que le beau jeune homme cède à un homme qui n’en est pas amoureux. Phèdre, qui voulait s’exercer à dire le discours, possède le texte écrit. Socrate veut qu’il le lui lise et non qu’il s’exerce à le dire.

(« Phèdre : Le récit va certainement te plaire, Socrate : (…) où veux-tu que nous nous asseyons pour lire ? » 227c-228e, p.199-201)

3. Sur les bords de l’Ilissos, Socrate et Phèdre cherchent un endroit propice à la lecture.

(« Socrate : Quittons donc ici le chemin (…) À condition que tu avances. » 229a-b, p.201-202)

4. Sous le platane qu’ils ont choisi, Phèdre évoque l’enlèvement d’Orithye par Borée lorsqu’elle jouait avec Pharmacée qui y aurait eu lieu. Socrate récuse la réduction naturaliste des mythes car il n’est pas capable de répondre à l’injonction delphique : « connais-toi toi-même » bien plus importante, pour savoir s’il est un être monstrueux ou s’il possède une nature divine.

(« Phèdre : Dis-moi, Socrate (…) Socrate : (…) doué d’une nature divine, et dépourvu de cette fumée d’orgueil. » 229b-230a, p.202-204)

5. Socrate ne connaît pas l’endroit. Il préfère être un citadin car les hommes seuls peuvent lui apprendre quelque chose. C’est le discours à entendre qui l’a fait sortir.

(« Socrate : (…) Mais, ami, tandis que nous parlons (…) et lis. » 230a-e, p.204-207)

 

 


Première partie : L’amour et le beau.

(« Phèdre : Écoute donc. (…) autre discours que celui-ci. » 230e-257c, p.207-264)

A. Le discours de Lysias et sa critique.

(« Phèdre : Écoute donc. (…) fais comme tu veux. » 230e-237a, p.207-217)

1. Phèdre lit le discours de Lysias.

(« Phèdre : Écoute donc (…) interroge. » 230e-234c, p.207-212)

a) La thèse du séducteur : le jeune homme peut lui céder même s’il n’est pas amoureux.

(« Phèdre : (…) De ma situation te voilà informé (…) je ne suis pas amoureux de toi. » 230e-231a, p.207)

b) Arguments relatifs au point de vue de l’intérêt du jeune homme qui montrent la supériorité du séducteur non amoureux sur les amoureux.

(« Phèdre : (…) Ces gens se mettent à regretter (…) nombre se trouve celui qui est digne de ton affection. » 231a-e, p.207-208)

1) Le séducteur non amoureux, agissant librement, ne regrette pas les bienfaits accordés au jeune homme.

(« Phèdre : (…) Ces gens (…) leurs bienfaits. » 231a, p.207)

2) Le séducteur non amoureux satisfait plus volontiers le jeune homme.

(« Phèdre : (…) En outre (…) devoir leur plaire. » 231a-b, p.207)

3) Le séducteur amoureux promet au dernier aimé et néglige le premier à la différence du séducteur non amoureux.

(« Phèdre : (…) En outre, s’il convient (…) du mal aux premiers. » 231b-c, p.207-208)

4) L’amoureux étant fou, il ne faut pas lui céder.

(« Phèdre : (…) Dès lors, comment (…) lorsqu’ils sont dans cet état ? » 231c-d, p.208)

5) Pour le jeune homme choisir le meilleur parmi les seuls amoureux revient à limiter son choix alors qu’il l’augmente s’il se tourne vers les non amoureux.

(« Phèdre : (…) Et puis, si c’est parmi (…) ton affection. » 231d-e, p.208)

c) Arguments relatifs au point de vue de la coutume.

(« Phèdre : (…) De plus, si tu crains la coutume en vigueur (…) et non de la haine. » 231e-232e, p.208-209)

1) L’amoureux clame son bonheur alors que le séducteur reste discret.

(« Phèdre : (…) De plus (…) devant les autres. » 231e-232a, p.208)

2) Les relations amoureuses entre l’amant et l’aimé sont toujours connues alors que celles entre le séducteur et l’aimé ne sont pas soupçonnées.

(« Phèdre : (…) En outre, il est forcé (…) les gens à se parler. » 232a-b, p.208)

3) Les relations amoureuses entre l’amant et l’aimé isolent ce dernier des relations sociales utiles que favorise au contraire le séducteur.

(« Phèdre : (…) En outre, si tu es inquiet (…) la haine. » 232b-e, p.208-209)

d) Arguments relatifs au point de vue éthique.

(« Phèdre : (…) De plus, parmi les amoureux (…) parents, mais d’autres rapports. » 232e-233d, p.209-210)

1) L’amoureux choisit d’abord pour la seule beauté physique alors que le séducteur commence par le caractère.

(« Phèdre : (…) De plus (…) l’avenir. » 232e-233a, p.209-210)

2) L’amoureux, partial ou aveugle, rend impossible l’amélioration morale de l’aimé.

(« Phèdre : (…) Et puis, il t’appartient de devenir meilleur (...) l’envie. » 233a-b, p.210)

 

 

3) Le séducteur agit raisonnablement dans l’intérêt du jeune homme.

(« Phèdre : (…) Mais si tu me laisse te convaincre (…) une amitié qui durera longtemps. » 233b-c, p.210)

4) Contrairement à ce qu’on croit l’amitié peut être dissociée de l’amour.

(« Phèdre : (…) Mais si tu t’es mis en tête (…) d’autres rapports. » 233c-d, p.210)

e) Sens de la demande.

(« Phèdre : (…) Encore une chose (…) mal s’occuper de leur affaire pour cette raison. » 233d-234b, p.210-211)

1) S’en tenir au seul désir conduirait le jeune homme à accorder ses faveurs aux plus indignes de ceux qui le sollicitent comme le montre la comparaison avec l’invitation à dîner.

(« Phèdre : Encore une chose (…) sur eux mille bienfaits. » 233d-e, p.210-211)

2) Il faut céder au séducteur reconnaissant, digne, fidèle, généreux, discret.

(« Phèdre : (…) Mais peut-être (…) feront montre de leur valeur. » 233e-234b, p.211)

3) Les amis se reprochent d’être amoureux considérant l’amour comme un mal.

(« Phèdre : (…) Ainsi, garde en mémoire (…) cette raison. » 234b, p.211)

f) Conclusion : l’intérêt des deux parties est le principe du choix.

(« Phèdre : (…) Tu me demanderas peut-être (…) interroge. » » 234b-c, p.211-212)

2. Examen critique du discours de Lysias et passage au premier discours de Socrate, concurrent de celui de Lysias.

(« Phèdre : (…) Que penses-tu de ce discours, Socrate ? (…) fais comme tu veux. » 234c-237a, p.212-217)

a) Socrate loue le seul style de Lysias transfiguré par la lecture de Phèdre.

(« Phèdre : (…) Que penses-tu de ce discours (…) Socrate : (…) chacun des mots en est poli avec exactitude ? » 234c-e, p.212-213)

b) Examen critique du contenu du discours de Lysias.

(Socrate : (…) Car s’il le faut (…) Phèdre : (…) fais comme tu veux. » 234e-237a, p.213-217)

1) Le contenu du discours de Lysias paraît faible à Socrate qui en dénonce les répétitions. Lui a entendu d’anciens sages, comme la poétesse Sappho ou le poète Anacréon. Aussi peut-il en faire un meilleur. Il ne pourra inventer tout le contenu sur un thème convenu mais il pourra inventer l’agencement.

(« Socrate : (…) Car s’il le faut (…) la trouvaille qu’il faut aussi louer. » 234e-236a, p.213-216)

2) Phèdre engage Socrate à prononcer son propre discours qui soutiendra la même thèse que celui de Lysias. Il jugera de l’originalité quoique Socrate en ait. Il force Socrate à le faire qui s’apprête à parler après s’être voilé la tête.

(« Phèdre : Je me range à ce que tu dis (…) fais comme tu veux. » 236a-237a, p.216-217)

B. Le premier discours de Socrate ou discours de Phèdre (cf. 242d-e ; 243e-244a) et sa critique qui ouvre la palinodie.

(« Socrate : Allons, Muses (…) Phèdre : (…) chaque fois que tu le veux. » 237a-243e, p.218-232)

1. Socrate prononce son discours.

(« Socrate : Allons, Muses, que ce soit la forme de votre chant (…) considère que ce discours est terminé. » 237a-241d, p.218-226)

a) Invocation aux Muses.

(« Socrate : Allons, Muses (…) tel maintenant. » 237a-b, p.218)

b) Contexte du discours. Un amoureux rusé soutient la thèse qu’il vaut mieux accorder ses faveurs à celui qui n’est pas amoureux pour l’emporter sur ses rivaux.

(« Socrate : (…) Il était une fois un garçon (…) et il lui dit ceci : » 237b, p.218-219)

c) Le discours de l’amoureux rusé.

(« Socrate : (…) En toute chose, mon enfant (…) c’est à la façon dont les loups aiment les agneaux que les amoureux aiment les garçons. ». 237b-241d, p.219-226)

1) Considération de méthode : il faut commencer par définir l’objet du discours pour que ce dernier et son énonciateur soient cohérents.

(« Socrate : (…) En toute chose, (…) et en nous y rapportant. » 237b-d, p.219)

2) Première définition de l’amour : il s’oppose à l’aspiration au bien ; c’est le désir aveugle du plaisir que donne la beauté physique d’un autre.

(« Socrate : (…) Que l’amour soit un certain désir (…) est appelé amour. » 237d-238c, p.219-221)

3) Intermède. Socrate sent dans son discours l’inspiration des divinités.

(« Socrate : (…) Et bien, mon cher Phèdre (…) notre discours au garçon. » 238c-d, p.221)

4) Rappel du plan et de la réalisation du premier moment, la définition. Annonce de la question des avantages et inconvénients des complaisances pour un amant ou pour un séducteur sans amour.

(« Socrate : (…) Allons-y mon brave (…) lui accorde ses faveurs ? » 238d-e, p.221)

5) L’aimé ne peut attendre que des dommages de la part de l’amant.

(« Socrate : (…) Forcément, celui qui est gouverné par le désir (…) que les amoureux aiment les garçons. ». 238e-241d, p.221-226)

(a) Des désavantages des amants à l’époque de l’amour.

(« Socrate : (…) Forcément (…) d’une franchise impudente et excessive. » 238e-240e, p.221-225)

(1) L’amant est nuisible pour l’esprit du jeune homme.

(« Socrate : (…) Forcément (…) utile. » 238e-239c, p.221-223)

(2) L’amant est nuisible pour le corps du jeune homme.

(« Socrate : (…) Après cela (…) il s’agit d’évidences. » 239c-d, p.223)

(3) L’amant est nuisible pour la fortune et les relations du jeune homme.

(« Socrate : (…) Ce qu’il faut dire (…) fruit. » 239d-240a, p.223-224)

(4) L’amant est déplaisant par sa présence continuelle.

(« Socrate : (…) Il y a encore d’autres maux (…) débouche sur la satiété. » 240a-c, p.224)

(5) L’amant est insupportable par sa laideur et son contact.

(« Socrate : (…) On dit aussi (…) excessive. » 240c-e, p.224-225)

(b) L’ingratitude de l’amant.

(« Socrate : (…) Lorsque cet homme est amoureux (…) que les amoureux aiment les garçons. » 240e-241c, p.225-226)

(1) À l’époque où l’amour a disparu, l’ancien amant revenu à la raison est infidèle à ses promesses.

(« Socrate : (…) Lorsque cet homme est amoureux (…) il s’est enfuit. » 240e-241b, pp.225-226)

(2) L’aimé découvre qu’il aurait dû céder à un séducteur sans amour.

(« Socrate. (…) Mais nécessairement l’autre le poursuit (…) plus digne de considération qu’elle. » 241b-c, p.226)

d) Conclusion du discours : comparaison de l’amoureux et du loup.

(« Socrate : (…) Ainsi donc mon garçon (…) que les amoureux aiment les garçons. » 241c-d, p.226)

e) Socrate s’arrête brutalement.

(« Socrate : (…) Voilà, Phèdre. (…) considère que ce discours est terminé. » 241d, p.226)

2. La palinodie.

(« Phèdre : Pourtant je pensais que c’en était le milieu (…) que tu le veux. » 241d-243e, p.226-232)

a) Continuer le discours est inutile, les inconvénients de l’amoureux sont les avantages du séducteur non amoureux. Socrate s’apprête à rentrer à Athènes. Phèdre l’en dissuade.

(« Phèdre : Pourtant je pensais (…) et quel discours ? » 241d-242b, p.226-228)

b) Le démon (ou son signe habituel) de Socrate lui indique qu’il a commis une faute contre la divinité.

(« Socrate : Au moment (…) d’honneur de la part des hommes. » » 242b-d, p.228-229)

c) La faute de Socrate.

(« Socrate : (…) Mais maintenant je connais ma faute (…) Il me faut donc, cher ami, me purifier. » 242d-243a, p.229-230)

1) Son discours était impie : il a offensé Éros qui est un dieu ou tout au moins qui est divin.

(« Socrate : (…) Mais maintenant (…) faute envers Éros. » 242d-e, p.229-230)

2) Son discours était stupide.

(« Socrate : (…) En outre, (…) me purifier. » 242e-243a, p.137)

d) La palinodie.

(« Socrate : (…) Or, il existe pour ceux qui ont commis une faute dans le domaine de la mythologie (…) Phèdre : (…) chaque fois que tu le veux. » 243a-e, p.230-232)

1) La palinodie de Stésichore.

(« Socrate : (…) Or, il existe (…) il recouvra la vue. » 243a-b, p.230-231)

2) La palinodie de Socrate.

(« Socrate : (…) Eh bien, moi, je serai plus habile (…) Phèdre : (…) tu le veux. » 243b-e, pp.231-232)

C. Le second discours de Socrate ou discours de Stésichore (cf.244a).

(« Socrate : Eh bien, beau garçon (…) il consacre sa vie à rendre hommage à l’amour avec des discours philosophiques. » 243e-257b, p.232-264)

1. Les auteurs des discours de Socrate sont Phèdre pour le premier et Stésichore pour celui qui va suivre.

(« Socrate : Eh bien, beau garçon (…) natif d’Himère. » 243e-244a, p.232)

2. Le discours de Stésichore.

(« Socrate : (…) Voici ce qu’il doit dire (…) autour de la terre et sous terre, privée d’esprit. » 244a-257a, p.232-263)

a) Éloge de la folie. Ses quatre formes.

(« Socrate : (…) Voici ce qu’il doit dire (…) mais elle convaincra les sages. » 244a-245c, pp.232-236)

1) La folie peut être la source de grands biens.

(« Socrate : (…) Voici (…) lorsqu’elle est le fruit d’un don divin. » 244a, p.232-233)

2) La première forme de folie, le délire divinatoire, l’emporte sur la sagesse.

(« Socrate : (…) Ainsi c’est dans leur délire (…) sagesse dont l’origine est humaine. » 244a-d, p.233-234)

(a) Exemples de délire prophétique qui ont apporté des biens aux particuliers et aux États (Delphes, Dodone, etc.).

(« Socrate : (…) Ainsi (…) monde. » 244a-b, p.233)

 

 

(b) Preuve étymologique.

(« Socrate : (…) Mais il vaut la peine (…) sagesse dont l’origine est humaine. » 244b-d, p.233-234)

3) La seconde forme de folie, le délire purificatoire ou expiatoire, affranchit des maux.

(« Socrate : (…) De plus, la folie prophétique (…) possédé de la droite manière. » 244d-e, p.234-235)

4) La troisième forme de folie, la possession par les Muses, est supérieure à la poésie sans délire.

(« Socrate : (…) La troisième sorte de folie (…) par celle des hommes qui délirent. 245a, p.235)

5) Introduction à la quatrième sorte de folie : l’amour.

(« Socrate : (…) Je pourrais te faire part (…) les sages. » 245a-c, p.235-236)

b) De l’âme. Sa connaissance est nécessaire pour comprendre l’amour.

(« Socrate : (…) Il faut donc d’abord se faire une conception vraie de la nature de l’âme, tant divine qu’humaine (…) qu’il est possédé par le dieu. » 245c-249d, p.236-246)

1) Démonstration de l’immortalité de l’âme en tant que principe du mouvement.

(« Socrate : (…) Toute âme est immortelle (…) Pour ce qui concerne son immortalité, c’est suffisant. » 245c-246a, p.236-238)

2) Mythe sur la nature de l’âme.

(« Socrate : (…) Mais voici ce qu’il faut dire de sa constitution (…) qu’il est possédé par le dieu. » 246a-249d, pp.238-246)

(a) Nature du discours : il sera humain et bref.

(« Socrate : (…) Mais voici (…) cette voie. » 246a, p.238)

(b) L’image de l’attelage et du cocher ailé.

(« Socrate : (…) Elle ressemble assurément à une puissance qui unit naturellement un attelage et d’un cocher ailés. (…) comme il plaît à la divinité. » 246a-d, p.238-239)

(1) De la différence entre les âmes divines et les autres. Un des deux chevaux est mauvais chez celles-ci.

(« Socrate : (…) Les chevaux et cochers des dieux (…) difficile et pénible. » 246a-b, p.238)

(2) Être mortel se dit des âmes qui chutent dans un corps de terre alors qu’être immortel se dit des âmes qu’on imagine unies perpétuellement à un corps.

(« Socrate : (…) Il faut maintenant essayer de dire (…) comme il plaît à la divinité. » 246b-d, p.238-239)

(c) Les voyages de l’âme.

(« Socrate : (…) Venons-en maintenant à la cause de la chute des ailes (…) par le dieu. » 246d-249d, p.239-246)

(1) Voyage de l’âme avant l’incarnation – la vie des dieux.

(« Socrate : (…) Venons-en maintenant (…) leur fait boire le nectar. » 246d-247e, pp.142-144)

a) L’élévation des âmes jusqu’à la voûte du ciel.

(« Socrate : (…) Venons-en (…) ce qu’il y a à l’extérieur du ciel. » 246d-247c, p.239-241)

b) Les dieux contemplent l’Être dans le lieu supracéleste ou plaine de la Vérité (cf.248b).

(« Socrate : (…) Aucun des poètes n’a encore chanté (…) Telle est la vie des dieux. » 247c-248a, pp.241-242)

(2) La vie des âmes non divines.

(« Socrate : (…) Parmi les autres âmes (…) possédé par le dieu. » 248a-249d, p.242-246)

a) La lutte des âmes non divines

(« Socrate : (…) Parmi les autres âmes (…) l’âme, se nourrit. » 248a-c, p.242-243)

b) La loi d’Adrastée.

(« Socrate : (…) Voici maintenant le décret d’Adrastée. (…) possédé par le dieu. » 248c-249d, p.243-246)

¤ Le destin des âmes qui ne connaissent pas la chute.

(« Socrate : (…) l’âme qui s’est faite la compagne d’un dieu (…) elle ne subira de dommage. » 248c, p.243)

¤ Le destin des âmes qui chutent.

(« Socrate : (…) Mais si, incapable de suivre (…) possédé par le dieu. » 248c-249d, p.243-246)

(a) La chute dans le corps et la hiérarchie des âmes humaines. Les neuf types de vie.

(« Socrate : (…) Mais si, incapable (…) à la neuvième un tyran. » 248c-e, p.243-244)

(b) Le jugement dernier et la destinée après la mort.

(« Socrate : (…) Parmi l’ensemble de ses hommes (…) par le dieu. » 248e-249d, p.244-246)

c) De l’amour.

(« Socrate : (…) Ainsi donc, c’est ici qu’en est venu tout notre discours sur la quatrième folie (…) d’acquérir en même temps des ailes lorsque c’est le moment. » 249d-257a, p.246-263)

1) Cause et nature de l’amour.

(« Socrate : (…) lorsque quelqu’un qui voit la beauté d’ici (…) l’état des amoureux et cet état même sont bien ceux-là. » 249d-252c, p.246-253)

(a) La vision de la beauté d’ici en un jeune garçon est la meilleure des folies : l’amour. Elle permet de se remémorer les Êtres du lieu supracéleste car la beauté a le privilège d’être l’Être le plus manifeste.

(« Socrate : (…) lorsque quelqu’un qui voit la beauté d’ici (…) et de plus capable de susciter l’amour. » 249d-250e, p.246-249)

(b) L’ancien initié sombre dans le plaisir physique avec le jeune garçon.

(« Socrate : (…) Celui qui n’a pas été initié de fraîche date (…) un plaisir contre nature. » 250d-251a, p.249)

(c) L’initiation récente.

(« Socrate : (…) En revanche celui qui vient d’être initié (…) sont bien ceux-là. » 251a-252c, p.249-253)

2) Les amants.

(« Socrate : (…) Si celui qui en est saisi est un compagnon de Zeus (…) d’acquérir en même temps des ailes lorsque c’est le moment. » 252c-256e, p.253-263)

(a) Attitude des divers amants en fonction du dieu qu’il suivait dans leur existence pré-empirique (Zeus, Arès, Héra, Apollon).

(« Socrate : (…) Si celui qui (…) qu’ils honorent. » 252c-253c, p.253-256)

(b) L’amour de l’aimé.

(« Socrate : (…) Ainsi donc, le désir ardent de ceux qui aiment vraiment (…) des ailes lorsque c’est le moment. » 253c-256e, p.256-263)

(1) Conséquence : il est préférable pour le jeune garçon d’être aimé par un amoureux véritable.

(« Socrate : (…) Ainsi donc, (…) celui qui est saisi par l’amour. » 253c, p.256)

(2) Retour au mythe de l’attelage avec un cocher et deux chevaux. Le bon cheval, attaché à la vertu, est accessible à la parole à la différence du mauvais cheval, vicieux, qui ne comprend que le fouet à clous.

(« Socrate : (…) Au début de ce mythe (…) au fouet à clous. » 253c-e, 256-257)

(3) L’approche. Le cocher et le bon cheval s’en tiennent à la pudeur alors que le mauvais vise les plaisirs d’Aphrodite.

(« Socrate : (…) Or donc, lorsque le cocher (…) la flamboyante apparition du chéri. » 253e-254b, p.257)

(4) Le conflit intérieur du désir et de la pudeur et la victoire de l’amour vertueux.

(« Socrate : (…) À sa vue, le cocher est transporté par le souvenir vers la nature de la beauté (…) c’est pleine de crainte et de réserve que l’âme de l’amoureux suit son chéri. » 254b-254e, p.257-258)

(5) Le désir amoureux du chéri est la réflexion de celui de l’amant.

(« Socrate : (…) Ainsi parce que ce dernier reçoit (…) la résistance de la raison et de la réserve. » 255a-256a, p.258-261)

(5) Les deux amours.

(« Socrate : (…) Si les éléments les meilleurs de l’âme remportent la victoire (…) lorsque c’est le moment. » 256a-e, p.261-263)

a) L’amour philosophique se manifeste par une maîtrise de soi absolue (amour platonique).

(« Socrate : (…) Si les éléments les meilleurs de l’âme remportent la victoire (…) à un homme un bien plus grand. » 256a-b, p.261-262)

b) L’amour honorable se transforme en amitié.

(« Socrate : (…) Si en revanche ils mènent une vie grossière (…) lorsque c’est le moment. » 256b-e, p.262-263)

d) Conclusion : s’adressant au jeune garçon, Socrate lui loue les bienfaits de l’amoureux.

(« Socrate : (…) Tels sont, mon enfant (…) privée d’esprit. » 256e-257a, p.154)

3. Adresse à Éros. Phèdre l’approuve.

(« Socrate : (…) Qu’ainsi te soit offerte et présentée, cher Amour, la plus belle et la meilleure palinodie (…) Phèdre : autre discours à celui-ci. » 257a-c, p.263-264)

Voir les commentaires

La parole - Platon "Phèdre" - Plan analytique - Deuxième partie

Deuxième partie : Rhétorique, dialectique et écriture.

(« Phèdre : D’ailleurs admirable ami (…) Phèdre : (…) ce pour quoi je fais des vœux. » 257c-278b, p.264-310)

A. Le problème de la parole et de l’écriture.

(« Phèdre : (…) D’ailleurs admirable ami (…) Eh bien, parlons. » 257c-259d, p.264-160)

1. Le reproche adressé à Lysias d’être un logographe. Les hommes politiques craignent de passer pour des sophistes selon Phèdre.

(« Phèdre : (…) D’ailleurs admirable ami (…) sophistes. » 257c-d, p.264-265)

2. Critique du faux problème de la logographie et position du vrai problème : comment bien parler ou bien écrire ?

(« Socrate : Phèdre, l’entourloupe, faite en douceur, t’a échappé (…) Phèdre : (…) il est juste de les appeler serviles. » 257d-258e, p.265-268)

a) Le fait d’écrire n’est jamais en lui-même l’objet d’un blâme puisque les hommes politiques signent les lois qu’ils font adopter.

(« Socrate : Phèdre, l’entourloupe, (…) Phèdre : (…) en effet. » 257d-258d, p.265-158)

b) Le problème véritable est donc de savoir comment il faut écrire ou parler d’un point de vue moral.

(« Socrate : Mais ce qui est honteux (…) Phèdre : (…) de les appeler serviles. »258d-e, p.267-268)

3. Le mythe des cigales ou l’exigence de résoudre le problème.

(« Socrate : On a le temps, semble-t-il. (…) Phèdre : Eh bien, parlons donc. » 258e-259d, p.268-270)

a) Le regard des cigales.

(« Socrate : On a le temps (…) d’ignorer. » 258e-259b, p.268-269)

b) Le mythe des cigales et sa leçon : il est digne des hommes de se livrer aux dialogues philosophiques.

(« Socrate : (…) On dit qu’autrefois les cigales étaient des hommes (…) Phèdre : (…) parlons donc. » 259b-d, p.269-270)

B. Dialectique et rhétorique.

(« Socrate : Ce que nous nous proposions à l’instant d’examiner (…) Phèdre : Absolument. » 259e-274b, p.270-301)

1. La vérité et non la vraisemblance est le principe de tout art.

(« Socrate : Ce que nous nous proposions (…) Phèdre : Il y a des risques. » 259e-262c, p.270-277)

a) L’opposition de la vérité et de la vraisemblance selon les « sages ».

(« Socrate : Ce que nous (…) Phèdre : Tu as raison. » 259e-260a, p.270-271)

b) Première réfutation morale du principe de la vraisemblance : l’exemple de la confusion entre l’âne et le cheval.

(« Socrate : Voici comment nous allons l’examiner. (…) Phèdre : Un fruit d’assez mauvaise qualité, en tout cas. » 260a-d, p.271-272)

c) L’art des discours : art ou pratique dépourvue d’art ?

(« Socrate : Avons-nous dénigré plus grossièrement qu’il ne faut l’art des discours ? (…) Phèdre : Interrogez. » 260d-261a, p.272-273)

d) Seule la connaissance du vrai permet de persuader de n’importe quoi avec un succès garanti.

(« Socrate : La rhétorique ne serait-elle donc pas dans son ensemble un art de conduire les âmes au moyen des discours (…) Phèdre : Il y a des risques. » 261a-262c, p.273-277)

1) Définition et extension de la rhétorique : art de conduire les âmes par le truchement de la parole, porte-t-elle sur tous les sujets et s’adresse-t-elle à tous ou bien se limite-t-elle aux procès et aux assemblées politiques ?

(« Socrate : La rhétorique ne serait-elle donc pas (…) Phèdre : (…) ou de Thrasymaque ou de Théodore une sorte d’Ulysse. » 261a-c, p.273-274)

2) La rhétorique est l’art du débat contradictoire, c’est-à-dire l’art de faire apparaître les mêmes choses avec des propriétés opposées.

(« Socrate : Peut-être. (…) Phèdre : Tout à fait. » 261c-d, p.274-275)

3) La rhétorique, art du débat contradictoire, ne se limite pas aux tribunaux et aux assemblées. Elle présuppose de connaître la vérité sans quoi elle ne peut produire de façon assurée des illusions.

(« Socrate : L’art du débat contradictoire ne concerne pas seulement les tribunaux et le discours au peuple (…) Phèdre : Il y a des risques. » 261d-262c, p.275-277)

2. La dialectique : sa nature et ses procédés.

(« Socrate : Veux-tu donc examiner, dans le discours de Lysias (…) leur apporter des cadeaux comme à des rois ? » 262c-266c, p.277-285)

a) Retour au discours de Lysias. Socrate le juge fautif.

(« Socrate : Veux-tu donc examiner (…) Phèdre : Oui. » 262c-263a, p.277)

b) La division des matières de la rhétorique. Celles pour lesquelles il y a accord dans la foule n’appartiennent pas à la rhétorique au contraire de celles pour lesquelles il y a désaccord.

(« Socrate : N’est-il pas évident pour tout le monde (…) Phèdre : Assurément. » 263a-c, p.277-278)

c) L’amour : matière à désaccord appartient au domaine de la rhétorique.

(« Socrate : Eh bien, dirons-nous que l’amour (…) Phèdre : (…) le plus grand des biens ? » 263c-d, p.279)

d) L’exigence de définition. Socrate a bien défini l’amour lors de son premier discours et non Lysias.

(« Socrate : Tu parles on ne peut mieux. (…) Lis, que je l’entende lui. » 263d-e, p.148, p.279-280)

e) L’exigence d’unité du discours selon le paradigme du vivant.

(« Phèdre : De ma situation te voilà informé (…) Socrate : (…) comme à des rois ? » 263e-266c, p.280-285)

1) L’absence d’unité du discours de Lysias : comparaison avec l’épitaphe du roi Midas (roi du Phrygie au viii°-vii° siècle avant J.-C. et protagoniste de mythes) dont l’ordre des vers est indifférent au sens. Tout discours doit être composé comme un vivant.

(« Phèdre : De ma situation (…) Tu te moques de notre discours, Socrate. » 263e-264e, p.280-282)

2) Examen des autres discours.

(« Socrate : Eh bien, laissons-le (…) comme à des rois ? » 264e-266c, p.282-285)

(a) La distinction entre deux espèces de folie, la folie humaine qui a pour source la maladie et la folie divine, elle-même divisée en quatre espèces (prophétique, initiatique, poétique et érotique) est la solution à la contradiction entre les deux discours de Socrate.

(« Socrate : Eh bien (…) Phèdre : Pour ma part, c’est sans aucun déplaisir que je l’ai écouté. » 264e-265c, pp.282-283)

(b) La dialectique et ses deux procédés.

(« Socrate : Eh bien, voyons à partir de cet hymne (…) comme à des rois ? » 265c-266c, p.283-285)

(1) La définition doit amener à l’unité de l’idée le sujet comme le montrent les discours de Socrate sur l’amour.

(« Socrate : Eh bien (…) être en accord avec lui-même. » 265c-d, p.283)

(2) La division doit séparer les articulations naturelles du sujet selon le paradigme du bon cuisinier comme le montre le second discours de Socrate sur l’amour.

(« Phèdre : Et quel est le second procédé, Socrate (…) Tu dis très vrai. » 265d-266b, p.283-284)

(3) Socrate nomme « dialecticiens » sont ceux qui sont capables de définir et de diviser les notions et les oppose à ceux qui enseignent l’art du discours.

(« Socrate : Eh bien, moi, je suis amoureux de ces divisions et de ces rassemblements (…) comme à des rois ? » 266b-c, p.284-285)

 

3. Premier examen critique de la rhétorique traditionnelle.

(« Phèdre : Ce sont peut-être des rois (…) j’ai l’impression que tu as raison. » 266c-269c, p.285-292)

a) Les différents éléments du discours selon les traités de rhétorique traditionnelle.

(« Phèdre : Ce sont peut-être (…) Peu de choses, qui méritent pas d’être dites. » 266c-267d, p.285-288)

1) Différence entre rhétorique et dialectique : l’autre partie de l’art.

(« Phèdre : Ce sont (…) dans les livres sur l’art oratoire, Socrate. » 266c-d, p.285)

2) Le prélude ou le début du discours.

(« Socrate : Tu as raison de le rappeler (…) Phèdre : Oui. » 266d-e, p.285)

3) Exposition, témoignages, preuves, vraisemblances ; confirmation et supplément de confirmation ; réfutation et supplément de réfutation ; allusion et éloge indirect, reproches indirects (Théodore, Événos).

(« Socrate : En second lieu (…) un habile homme. » 266e-267a, p.285-286)

4) Les vraisemblances, concision, allongement indéfini et longueur approprié (Tisias, Gorgias, Prodicos, Hippias).

(« Socrate : (…) Laisserons-nous dormir (…) Phèdre : Et pourquoi pas ? » 267a-b, p.286-287)

5) Figures de style (Pôlos, Lycimnios, Protagoras).

(« Socrate : Et Pôlos (…) beaucoup d’autres belles choses. » 267b-c, p.288)

6) La production d’émotions selon le rhéteur de Chalcédoine (Thrasymaque).

(« Socrate : (…) Il me semble que dans les discours (…) d’où qu’elle vienne. » 267c-d, p.288)

7) La récapitulation ou le résumé.

(« Socrate : (…) Quant à la fin des discours (…) Phèdre : (…) qui méritent pas d’être dites. » 267d-e, p.288)

b) La puissance de la rhétorique. Réfutation des prétentions de la rhétorique traditionnelle.

(« Socrate : Laissons donc ces petites choses (…) Phèdre : (…) tu as raison. » 267d-269c, p.288-292)

1) La question de la puissance de la rhétorique.

(« Socrate : Laissons donc ces petites choses (…) Phèdre : Tu n’as qu’à me le montrer. » 267e-268a, p.288-289)

2) L’exemple de la médecine (Éryximaque – Acoumène) montre que l’art exige des connaissances.

(« Socrate : Dis-moi, si quelqu’un allait voir ton ami (…) Phèdre : (…) alors qu’il n’entend rien à l’art. » 268a-c, p.289)

3) L’exemple de la tragédie (Sophocle – Euripide) et celui de la musique montrent aussi que l’art exige des connaissances. Retour à la médecine.

(« Socrate : Et si, autre hypothèse, quelqu’un allait voir Sophocle et Euripide (…) Phèdre : Absolument. » 268c-269a, p.289-291)

4) La dialectique ne peut se contenter des préliminaires auxquels se tient la rhétorique traditionnelle (Adraste – Périclès).

(« Socrate : Et que diraient, imaginons-le Adraste aux paroles de miel ou Périclès (…) Phèdre : (…) tu as raison. » 269a-c, p.291-292)

4. La véritable rhétorique.

(« Phèdre : (…) Mais alors, comment et par quel moyen (…) ce n’est manifestement pas un petit travail. » 269c-272b, p.292-298)

 

a) Le don, la science et l’exercice sont les conditions générales de la perfection en rhétorique comme en tout art.

(« Phèdre : (…) Mais alors (…) quel chemin faut-il prendre ? » 269c-d, p.292)

b) La connaissance de la nature de l’univers est nécessaire pour connaître l’âme. Les deux connaissances sont requises pour dépasser le stade de la routine ou de l’expérience.

(« Socrate : Il y a des chances, excellent homme, (…) Phèdre : Oui. » 269d-270c, p.292-294)

c) Les trois conditions du véritable art oratoire : connaître l’âme, connaître ses actions et ses affections et apparier les types d’âmes et les discours.

(« Socrate : Examine ce que peuvent bien dire (…) Phèdre : (…) ce serait on ne peut mieux. 270c-271b, p.294-296)

d) La composition d’écrits sur l’art de persuader doit se conformer aux conditions du véritable art oratoire et aux données pratiques. Il doit donc s’adapter à chaque type d’âme.

(« Socrate : Et même, très cher, si on procède autrement (…) Phèdre : (…) ce n’est manifestement pas un petit travail. » 271b-272b, p.296-298)

5. Deuxième examen critique de la rhétorique traditionnelle.

(« Socrate : C’est vrai. C’est la raison pour laquelle (…) Phèdre : Absolument. » 272b-274b, p.298-301)

a) Exposé de la conception traditionnelle de la rhétorique de Tisias.

(« Socrate : C’est vrai. (…) Phèdre : Quoi ? » 272b-273d, p.298-300)

1) La voie courte est préférée à la longue pour arriver à l’art oratoire.

(« Socrate : C’est vrai. (…) Phèdre : Fais-le donc toi-même. » 272b-d, p.298)

2) Les défenseurs de la rhétorique traditionnelle soutiennent qu’il faut s’en tenir, dans tous les cas, au vraisemblable et non à la vérité.

(« Socrate : Ils disent donc (…) Phèdre : (…) pour ceux qui s’occupent de ces questions. » 272d-273a, p.298-299)

3) Le vraisemblable est ce qui semble vrai à la multitude. L’exemple de Tisias : au procès d’un homme faible et hardi qui a rossé un homme fort et lâche, chacun doit mentir pour l’emporter.

(« Socrate : Au fait, tu as beaucoup lu Tisias (…) Phèdre : Quoi ? » 273a-d, p.299-300)

b) La vraisemblance est mieux comprise lorsqu’on connaît le vrai. Rappel des principes acquis : il faut dénombrer les caractères des auditeurs, diviser les choses en espèces et ramener chaque idée particulière à l’idée générale pour être au sommet de l’art oratoire. Seule la voie longue y conduit.

(« Socrate : Ceci : Tisias, tout à l’heure (…) Phèdre : Absolument. » 273d-274b, p.300-301)

C. Écriture.

(« Socrate : En revanche, il reste à examiner s’il convient ou non d’écrire (…) Phèdre : Ce dont tu parles, Socrate, est en effet très beau. » 274b-277a, p.301-308)

1. Le problème. Faut-il ou non écrire et si oui quelle est la bonne manière de le faire ?

(« Socrate : En revanche, il reste (…) Phèdre : Oui. » 274b, p.301)

2. Définition de l’écriture par un mythe sur son origine.

(« Socrate : Sais-tu quelle action ou quelle parole (…) Phèdre : Tu as parfaitement raison. » 274b-275e, p.301-305)

a) Le mythe de Theuth.

(« Socrate : Sais-tu (…) Phèdre : (…) quelle facilité tu as pour fabriquer des histoires d’Égypte et d’ailleurs si tu le veux. » 274b-275b, p.301-303)

1) Au sujet de l’écriture. Les anciennes traditions.

(« Socrate : Sais-tu (…) Phèdre : (…) rapporte-moi le récit que tu dis avoir entendu. » 274b-c, p.301-302)

2) Le mythe de Theuth, dieu ou démon, ou l’origine égyptienne de certains arts. L’examen des arts et notamment de l’écriture par le roi Thamous.

(« Socrate : J’ai entendu raconter que près de Naucratis (…) Phèdre : (…) quelle facilité tu as pour fabriquer des histoires d’Égypte et d’ailleurs si tu le veux. » 274c-275b, p.302-303)

(a) Theuth est l’inventeur de nombreux arts : numération, calcul, géométrie, astronomie, trictrac, dés, écriture. Il les montre à Thamous qui les juge.

(« Socrate : J’ai entendu raconter (…) et il faudrait un long discours pour tout raconter. » 274c-e, p.302-303)

(b) Theuth présente l’écriture comme un art de la mémoire. Thamous critique l’invention de l’écriture car elle n’apporte pas la mémoire mais une simple remémoration, donc une sorte d’oubli et une apparence de savoir.

(« Socrate : (…) Mais lorsqu’ils en furent à l’écriture (…) Phèdre : (…) d’ailleurs si tu le veux. » 274e-275b, p.303)

b) Analyse du mythe.

(« Socrate : Les prêtres du temps de Zeus à Dodone (…) Phèdre : Tu as parfaitement raison. » 275b-e, p.303-305)

1) Vérité du mythe. Socrate loue les anciens et blâme les actuels sages.

(« Socrate : Les prêtres (…) Phèdre : (…) comme le dit le thébain. » 275b-c, p.303-304)

2) Leçon du mythe. L’écriture n’est pas une mémoire vivante mais est aussi muette que les images peintes, incapable qu’elle est de s’expliquer en l’absence de son auteur.

(« Socrate : Ainsi donc, celui qui s’imagine qu’il laisse (…) Phèdre : (…) parfaitement raison. 275c-e, p.304-305)

3. La bonne écriture s’effectue par la science dans l’âme, la mauvaise est l’écriture au sens ordinaire sauf lorsqu’elle est un jeu pour la vieillesse que marque l’oubli.

(« Socrate : Eh bien, n’allons-nous pas considérer un discours (…) Phèdre : Ce dont tu parles, Socrate, est en effet très beau. » 276a-277a, p.305-308)

a) Le discours vivant est écrit dans l’âme par celui qui sait.

(« Socrate : Eh bien (…) C’est cela tout à fait cela. » 276a-b, p.305-306)

b) Écrire au sens ordinaire est comme semer dans les jardins d’Adonis.

(« Socrate : (…) Eh bien, dis-moi ceci : le paysan intelligent (…) Phèdre : Non, vraisemblablement pas. » 276b-c, p.306-307)

c) L’écriture est au mieux un jeu qui permet de conserver un « trésor de souvenirs ».

(« Socrate : Non, en effet : les jardins d’écriture (…) C’est tout à fait cela, cher Phèdre. » 276d-e, p.307-308)

d) L’éducation de la jeunesse est une occupation plus sérieuse que l’écriture.

(« Socrate : (…) Et, à mon avis, le zèle en ce domaine (…) Phèdre : (…) est en effet très beau. » 276e-277a, p.308)

B. Bilan de la deuxième partie.

(« Socrate : Et bien, maintenant que nous sommes d’accord sur tout cela (…) Phèdre : (…) ce pour quoi je fais des vœux. » 277b, p.308-310)

1. Priorité de la connaissance de la vérité et de la dialectique pour amener à la perfection l’art oratoire.

(« Socrate : Et bien, maintenant (…) Phèdre : C’est en effet tout à fait cela qui nous est apparu. » 277a-c, p.308-309)

2. La valeur du discours oral ou écrit dépend absolument de la connaissance de la vérité et c’est donc le discours intérieur qui est supérieur au discours simplement extérieur ou écrit au sens ordinaire.

(« Socrate : Et qu’en est-il maintenant de ces questions (…) Phèdre : (…) ce pour quoi je fais des vœux. » 277c-278b, p.309-310)

 

 

Conclusion : exhortation à la philosophie, véritable art des discours qui tendent à la vérité.

(« Socrate : Considérons donc que nous nous sommes assez divertis (…) Socrate : Partons. » 278b-279c, p.310-314)

A. Le souci de la vérité définit le philosophe qui est supérieur au simple poète, à l’auteur de discours ou au rédacteur de lois.

(« Socrate : Considérons (…) c’est cela que tu dois dire à ton ami. » 278b-e, p.310-311)

B. Isocrate, naturellement doué, ayant un bon caractère, est promis à un bel avenir de philosophe.

(« Phèdre : Mais toi, alors ? (…) mais allons-nous en, maintenant que la canicule s’est adoucie. » 278e-279b, p.312-313)

C. Prière finale à Pan et aux autres divinités pour obtenir la sagesse.

(« Socrate : Ne convient-il pas quand on se met en route d’adresser une prière aux dieux de l’endroit ? (…) Partons. » 279b-c, p.313-314)

 

Voir les commentaires

Les fonctions du langage selon Jakobson

Toute communication suppose les six éléments suivants sans lesquels elle n’est pas possible :

 

                                                  Contexte (ou « référent »)

Destinateur….…Message (ou acte de parole)  ………Destinataire

                                            Contact (physiologique)

                                               Code (ou langue)

D’où les six fonctions du langage suivantes :

                                                           Référentielle

Émotive                                        Poétique                           Conative                                                       Phatique

                                                      Métalinguistique

 

1° La fonction émotive (ou expressive) : elle est centrée sur le sujet de l’énonciation qui exprime ses sentiments.

Exemples : utilisation d’interjections ; « je t’aime » ; « Va, je ne te hais point » Chimène à Rodrigue dans Le Cid (III, 4) de Pierre Corneille (1606-1684).

 

2° La fonction référentielle (ou cognitive ou dénotative) : l’essentiel de l’information vise un état de choses.

Exemples : utilisation scientifique de la langue, phrases déclaratives (mode indicatif).

 

3° La fonction conative : le message ne peut être soumis à une épreuve de vérité (modes impératif, vocatif). Il est centré sur le destinataire.

Exemples : « Buvez ! » ou encore une prière.

 

4° La fonction phatique : le message ne vise qu’à établir ou prolonger ou interrompre la communication.

Exemple : ce dialogue entre deux jeunes gens que propose Jakobson. « Eh bien ! » dit le jeune homme. « Eh bien ! » dit-elle. « Eh bien, nous y voilà. » dit-il. « Nous y voilà, n’est-ce pas. » dit-elle. « Je crois bien que nous y sommes. » dit-il. « Hop ! Nous y voilà. » « Eh bien ! » dit-elle. « Eh bien ! » dit-il « eh bien. ».

Autre exemple que j’emprunte à Sartre : “Garcin, il entre et regarde autour de lui : « Alors voilà. » Le Garçon : « Voilà » Garcin : « C’est comme ça… » Le Garçon : « C’est comme ça. »” Sartre, Huis clos (1944), scène première.

 

5° La fonction métalinguistique : découverte par la logique moderne pour résoudre les paradoxes sémantiques comme celui d’Épiménide le crétois qui affirme que tous les crétois sont des menteurs. Le langage courant en fait usage.

Exemples : « Que voulez-vous dire ? » ; « Le langage est un instrument de communication. »

 

6° La fonction poétique : l’accent est mis sur le message, elle vise à mettre en évidence les signes eux-mêmes.

Exemples : « I like Ike » ; « Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes ? » Racine (1639-1699), Andromaque, acte V, scène dernière ; « C.R.S. S.S. ».

 

 

Cf. Roman Jakobson (1896-1982), linguiste américain d’origine russe, Essais de linguistique générale, I, p.213-220.

Voir les commentaires

La parole - sujet et corrigé : résumé d'un texte d'Alain "le langage"

1) Sujet.

Résumez le texte suivant en 120 mots (+ ou – 10%). Vous indiquerez les sous-totaux de 20 en 20 (20, 40, 60 …) dans la marge et le nombre total de mots à la fin de votre résumé.

 

Avant d’examiner comment la connaissance peut s’étendre et s’assurer par le discours seulement, il faut traiter du langage. Dans tout ce qui nous reste à décrire, d’inventions abstraites, de fantaisies, de passions, d’institutions, le langage est roi. Il s’agit, dans une exposition resserrée, d’étaler dans toute son étendue ce beau domaine qui s’étend des profondeurs de la musique aux sommets de l’algèbre. Mais admirez d’abord comment les jeux du langage prennent l’esprit dans leurs pièges. Il faut, disent les auteurs, s’entendre pour créer une langue, et donc savoir parler avant d’apprendre à parler. Ce puéril argument est un exemple parfait des artifices dialectiques, qui sont pris pour philosophie par ceux qui n’ont pas appris à penser d’abord sans parler.

L’action humaine, j’entends le mouvement pour frapper, donner, prendre, fuir, est ce qui nous intéresse le plus au monde, et la seule chose au monde qui intéresse l’enfant, car c’est de là que lui viennent tous biens et tous maux dans les premières années. Ces actions sont les premiers signes, et les comprendre ce n’est autre chose, d’abord, que d’en éprouver les effets. Puisque l’homme apprend à deviner les choses qui approchent d’après des signes, il ne faut pas s’étonner qu’il apprenne aussi, bien vite, à deviner ce qu’un homme va faire, d’après ses moindres mouvements. Il ne s’agit que de décrire l’immense domaine des signes humains. À cette fin, on peut distinguer d’abord l’esquisse de l’action ou son commencement, qui font assez prévoir la suite ; et telle est l’origine de presque tous les gestes, comme montrer le poing, tendre la main, croiser les bras, hausser les épaules. On passe naturellement de là à la préparation des actions, qui est l’attitude. On devine qu’un homme à genoux et face contre terre ne va pas combattre, qu’un homme qui tourne le dos ne craint point, qu’un homme qui se ramasse va bondir, ainsi du reste. Enfin, il faut noter aussi les effets accessoires de cette préparation des actions, lesquels résultent de la fabrique du corps humain telle que chacun la connaît d’après la physiologie la plus sommaire. Telles sont la rougeur et la pâleur, les larmes, le tremblement, les mouvements du nez et des joues, le cri enfin, qui est l’effet naturel de toute contraction des muscles ; et il faut faire grande attention à ce dernier signe, destiné à supplanter les autres et à engendrer jusqu’à l’algèbre, par un détour qu’il faut ici décrire. Mais auparavant il faut faire remarquer que la pensée, qui n’est au naturel qu’action retenue, offre aussi des signes bien clairs, qui sont l’arrêt même, l’attention marquée par le jeu des yeux et les mouvements calculés, enfin les mouvements des mains par lesquels, d’avance, nous palpons ou mesurons la chose vue, ou simplement nous favorisons la vue et l’ouïe. Toutes ces choses sont assez connues, il suffit de les rappeler, et de dire que nous savons interpréter les signes des animaux, surtout domestiques, aussi bien que des hommes. Le cavalier devine ce que le cheval va faire, d’après l’allure et les oreilles. Il faut maintenant considérer que le langage est fils de société. Au reste l’homme isolé d’abord, et s’alliant ensuite à l’homme, n’est qu’une fiction ridicule. Je ne veux pas me priver de citer ici, après d’autres, une forte parole d’Agassiz (1) : « Comme la bruyère a toujours été lande, l’homme a toujours été société. » Et l’homme vit en société déjà avant sa naissance. Ainsi le langage est né en même temps que l’homme ; et c’est par le langage toujours que nous éprouvons la puissance des hommes en société ; l’homme fuit quand les hommes fuient ; c’est là parler et comprendre, sans contrainte à proprement parler. Comprenons donc comment l’imitation, qui n’est que l’éducation, simplifie et unifie naturellement les signes, qui deviennent par là l’expression de la société même. Les cérémonies consistent ainsi toujours en des signes rituels, d’où sont sorties la mimique et la danse, toujours liées au culte. D’où un langage déjà conventionnel de gestes et de cris.

Il reste à comprendre pourquoi la voix a dominé, car c’est tout le secret de la transformation du langage. L’homme a parlé son geste ; pourquoi ? Darwin (2) en donne une forte raison, qui est que le cri est compris aussi la nuit. Il y a d’autres raisons encore ; le cri provoque l’attention, au lieu que le geste la suppose déjà ; le cri enfin accompagne l’action, le geste l’interrompt. Pensons à une vie d’actions et de surprises, nous verrons naître les cris modulés, accompagnant d’abord le geste, naturellement plus clair, pour le remplacer ensuite. Ainsi naît un langage vocal conventionnel. Mais comme l’écriture, qui n’est que le geste fixé, est utile aussi, l’homme apprend à écrire sa parole, c’est-à-dire à représenter, par les dessins les plus simples du geste écrit, les sons et les articulations. Cette écriture dut être chantée d’abord, comme la musique ; et puis les yeux surent lire, et s’attachèrent à la figure des lettres ou orthographe, même quand les sons, toujours simplifiés et fondus comme on sait, n’y correspondent plus exactement. Ainsi, par l’écriture, les mots sont des objets fixes que les yeux savent dénombrer, que les mains savent grouper et transposer.

Alain, Éléments de philosophie (1941), Livre 3 De la connaissance discursive

Chapitre I Du langage (extrait)

 

(1) (1807-1873), naturaliste américano-suisse. (1807-1873), naturaliste américano-suisse.

(2) (1809-1882), naturaliste anglais.

Notes : ne pas en tenir compte dans le résumé.

 

2) Analyse du texte et remarques.

Cet extrait du chapitre 1 consacré au langage du livre 3 « De la connaissance discursive » des Éléments de philosophie d’Alain présente le langage dans son origine et dans sa fonction. En effet, c’est un problème traditionnel que celui de l’origine du langage. Mais c’est une solution moderne que celle de le montrer insoluble, en ce sens que le langage se présuppose lui-même pour pouvoir être inventé. Dès lors, son origine est mystérieuse. Soit on se sert de ce mystère pour en appeler à la vérité de la Bible qui en fait un don de Dieu. Soit on qualifie la question de “métaphysique”, c’est-à-dire de question qui ne mérite pas d’être posée par un esprit positif ou scientifique qui ne doit s’en tenir qu’aux faits. Or, Alain présente justement cette objection comme appartenant non à des esprits chagrins ou sceptiques, mais comme provenant du langage lui-même qui est susceptible de tromper l’esprit. Dès lors, montrer comment il naît, résoudre le problème de son origine, c’est donc un premier moyen – et c’est l’objet de ce chapitre – pour se déprendre de ses tours.

Pour cela, Alain commence par énumérer les étapes ou les moments de la compréhension des signes.

Les hommes s’intéressent d’abord aux actions humaines. Elles sont des signes pour eux.

Dans l’ensemble des signes, il distingue successivement la prévision d’un mouvement, la compréhension d’une attitude, l’expression physiologique des émotions et annonce l’importance du cri, l’expression des pensées par les gestes.

Même les comportements des animaux sont des signes que nous comprenons et interprétons.

Il indique rappeler aussi que l’homme est un être social d’emblée. Le langage ne peut donc avoir été inventé après l’homme mais il naît en même temps que lui. Sa fonction est donc d’abord sociale comme son origine. Toutefois, Alain ne laisse en aucune façon entendre que le langage serait naturel en ce sens qu’il se produirait sans l’homme. C’est à l’imitation qu’il rapporte donc l’institution des signes conventionnels, c’est-à-dire l’invention de la parole. Il faut tenir donc pour lui qu’interpréter des signes et imiter conduisent à apprendre à parler sans présupposer la parole. Origine et fonction du langage s’expliquent par l’être social de l’homme et sa capacité à interpréter d’emblée des signes qui rendent possible l’invention sociale des signes.

Reste alors à comprendre que cette institution de signes conventionnels passe par la voix et ne se limite pas au geste. Il donne une première raison prise à Darwin, à savoir que la voix à la différence du geste se voit la nuit. C’est donc sa plus grande possibilité d’utilisation qui en fait la supériorité. Il ajoute quant à lui que comme cri, la voix provoque l’attention de l’interlocuteur alors que le geste exige l’attention. La voix rend donc possible le contact. Enfin, la voix peut accompagner l’action alors que le geste l’interrompt. Autrement dit, la voix ne nuit pas à la continuité de l’action.

L’extrait s’achève par des considérations sur l’écriture qui s’explique comme geste signifiant la voix. Aussi montre-t-elle sa fonction qui est par la peinture des articulations de la voix de rendre possible l’objectivité des mots que l’esprit pourra alors contempler à loisir.

 

3) Proposition de résumé.

Le langage, souverain en de nombreux domaines, égare l’esprit. On dit ainsi qu’il faut savoir parler pour inventer [20] la parole.

Les actions humaines nous intéressant sont des signes que nous comprenons. Nous prévoyons un mouvement, comprenons une attitude, [40] lisons l’expression d’une émotion voire d’une pensée. Et nous interprétons les signes des animaux. Rappelons aussi que [60] l’homme étant social, le langage naît avec lui. Aussi l’imitation institue des signes conventionnels.

La voix a primé [80] sur la parole car non seulement on l’entend la nuit, mais comme cri, elle provoque l’attention et accompagne [100] l’action. L’écriture étant aussi utile, l’homme apprend à dessiner les articulations vocales. Il objective ainsi les mots.

120 mots.

Voir les commentaires