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Programme de français philosophie 2014-2015

Thème : la guerre

Œuvres :

Eschyle, Les Perses, traduction par Danielle Sonnier & Boris Donné, GF Flammarion, n°1127.

Carl Von Clausewitz, De la guerre, livre I Sur la nature de la guerre, traduit de l’allemand et présenté par Nicolas Waquet, Rivages poche/Petite Bibliothèque

Henri Barbusse, Le feu. Journal d’une escouade. Roman. GF Flammarion, n°1541.

 

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Le temps vécu - Sujet et corrigé d'un résumé Grimaldi le temps et la vie

Sujet

 

Résumer en 250 mots le texte suivant. Un écart de 10% en plus ou en moins sera accepté. Distinguer chaque tranche de 50 mots par une barre verticale bien nette et indiquer le total exact à la fin du résumé. 

Qu’on ne puisse pas penser la vie sans le temps, la constatation en est si évidente qu’elle m’avait naguère persuadé de ne pouvoir nulle part observer l’exercice du temps aussi bien que dans la vie. Qu’il y ait une efficacité, et par conséquent une réalité du temps, quelles preuves plus évidentes en pourrait-on en effet chercher que celles qui nous sont données par les phénomènes de l’accoutumance, de la lassitude, ou du vieillissement ? Quelle plus longue observations pourrions-nous souhaiter que celle de l’évolution de la vie pour y examiner le travail et peut-être même l’orientation du temps ? Comment opère-t-il ? Où va-t-il ? À quoi tend-il ? Où nous conduit-il ? N’est-ce pas même en comparant les formes les plus archaïques de la vie à ses formes les plus récentes qu’on a la chance de fonder quelque hypothèse sur l’efficacité, le sens, et la nature du temps ? Sans doute l’expérience de la chute des corps nous enseigne-t-elle quelque chose sur la réalité et l’efficacité du temps, mais moins que la réalisation d’une tendance, le processus de l’adaptation, la croissance des individus, ou l’acquisition d’une habitude. Parce que les diverses figures de la vie me paraissaient les plus propres à manifester l’exercice et la nature du temps, il me semblait que ce fût en étudiant la vie qu’on dût le mieux comprendre la nature du temps. N’y avait-il pas eu un commencement de la vie ? N’était-ce pas le travail du temps qui avait produit la première molécule de nucléoprotéine ? Qu’est-ce qui avait en outre produit l’évolution des espèces, si ce n’était le temps ? N’était-ce pas alors dans la paléontologie que le temps avait les plus claires archives qu’on en pût consulter ? Aussi la vie me semblait-elle être par excellence le phénomène du temps.

Comme tant d’analyses l’ont montré, toutes nos expériences supposent l’idée que nous avons du temps sans qu’elle puisse être tirée d’aucune. Comme s’il était constitutif de cette transcendance à soi, ou de ce constant hiatus qui la caractérise, le temps est inhérent à la conscience. Il suffisait d’avoir identifié la conscience à quelque originaire attente pour que cette inhérence du temps à la conscience et cette perpétuelle transcendance de la conscience à toute chose présente en fussent expliquées. Y a-t-il rien, en effet, qui définisse autant l’expérience du temps que celle du délai, et y a-t-il rien qui soit plus constitutif de l’attente que de devoir en endurer la compacité ? De même que c’est à l’expérience du délai que nous devons d’éprouver qu’on ne peut pas plus hâter que retarder le temps, de même est-ce à notre expérience de l’attente que nous devons de sentir l’irréductibilité du délai.

Aussi Bergson avait-il rendu sensible la réalité de la durée par la toute banale expérience du sucre qui fond dans un verre d’eau. Entre le moment où l’eau commence à l’imbiber et celui où il a fini de se dissoudre, le délai est incompressible. Il faut donc attendre. Or tout délai s’ensuit de l’antagonisme entre deux tendances, dont l’une s’efforce vers un but et dont l’autre résiste au changement. D’où viendrait, en effet, qu’il fallût du temps si ce n’était parce que le présent résiste à ce qui tend à le changer ? Or, de quelque tendance ou de quelque projet qu’il s’agisse, seule en retarde l’accomplissement la résistance que l’inertie et la matérialité du présent opposent au dynamisme de l’avenir. Puisqu’on ne peut penser le temps sans la dense consistance du délai, ni le délai sans résistance, ni la résistance sans matière, il m’avait assez longtemps semblé qu’on ne pût séparer l’idée que nous avons du temps de celle que nous avons de la matière.

Quoique j’aurais pu me borner à analyser l’expérience du sucre qui se dissout, ou celle de la chute des corps, il me semblait toutefois que le temps ne s’exerçait pas de la même façon dans des expériences qui se produisent dans le temps, que dans celles que le temps lui-même produit. Certes, tout ce qui est mécanique se produit dans le temps, mais le temps y reste extérieur aux choses. À l’inverse, c’est le temps lui-même qui produit tout ce qui a rapport à la vie. Le temps est alors intérieur au vivant. Entre diverses figures de la vie, l’une d’elles me paraissait particulièrement propre à manifester l’efficacité du temps. Condition de tout apprentissage comme de toute formation, c’est celle qui consiste pour la volonté à s’achever dans l’habitude qu’elle tend à nous faire acquérir. Sans doute n’y faut-il qu’assez de constance, de persévérance et d’assiduité. Mais qu’est-ce que cela sinon le temps ?

Qu’il s’agisse de devenir pianiste ou violoniste, d’apprendre une langue étrangère ou de remporter des compétitions sportives, notre volonté consiste toujours à rendre le présent si malléable, si ductile, qu’on puisse petit à petit le modeler comme un fer dans la forge, jusqu’à lui faire prendre la forme de l’avenir. Vouloir, c’est toujours tendre à n’être plus ce que nous sommes pour devenir ce que nous ne sommes pas. C’est ce qui fait de la volonté une puissance d’initiative. À condition que tout suive, c’est par elle que tout commence. À l’inverse, l’habitude se borne à conserver ce qui a été conquis à force de volonté. Résultat d’une acquisition, elle nous procure la définitive possession de ce que la volonté n’avait pu obtenir que peu à peu. S’immédiatise dans l’habitude tout ce qu’au long du temps avait médiatisé la volonté.

Ayant toujours affaire à l’inertie et à la résistance du présent, la volonté est une tension, et ne peut s’exercer que comme un dynamisme de la négativité. Mais alors que la volonté consomme une rupture et inaugure une discontinuité, à l’inverse tout est homogénéité et continuité dans l’habitude qui s’ensuit. À force d’exercices, d’efforts et de répétition se produit une progression, qui est l’opération du temps. Pour nous rendre capables de ce dont nous étions incapables, il n’a en effet fallu qu’assez de temps à notre volonté pour qu’elle nous fasse acquérir de nouvelles aptitudes. Insensiblement, voici en effet que nous accomplissons de plus en plus facilement ce à quoi nous ne nous efforcions naguère qu’avec difficulté.

Une fois l’habitude acquise, tout se passe comme si nous avions moins exercé nos efforts au long du temps que si le temps ne les avait au contraire totalisés et synthétisés. Ainsi le temps incorpore-t-il à chaque instant présent tous les instants passés qui tendaient à le produire. Par le même mouvement dont une tendance se détend en s’accomplissant, l’habitude nous rend finalement capables d’accomplir automatiquement ce que nous ne pouvions auparavant tenter qu’en y appliquant toute notre attention. Aussi nos habitudes accomplissent-elles sans que nous ayons à le vouloir ce qui mobilisait auparavant toute notre volonté. Lorsque nous nous en étions assigné la tâche, nous ne pouvions savoir si notre volonté pourrait la mener à son terme, ni de quoi nous deviendrions capables. Car il y a bien des manières de savoir jouer du piano, comme il y a bien des manières de connaître une langue. Si automatique est en outre l’habitude que nous avons acquise qu’à notre insu presque tout y est devenu prévisible. Sans même nous en rendre compte, nos habitudes nous rendent en effet prisonniers de menus artifices qui sont devenus autant de manières d’être. C’est ce qui rend nos habitudes presque aussi déterminables qu’était indéterminable la volonté qui s’y accomplit.

S’il est vrai que ce passage d’une volonté à une habitude s’opère comme une constante transition d’un état à un autre, cette progression s’exerce certes par des différences de degré, mais s’achève par une différence de nature. N’est-ce pas en effet à la somme de leurs réactions et de leurs propriétés que nous identifions la nature de quelque corps chimique que ce soit ? En ayant acquis d’autres aptitudes, notre rapport au possible a changé notre rapport au réel. Nous ne sommes pas seulement devenus plus habiles que nous n’étions. Nous sommes aussi devenus différents : audacieux et confiants quand nous étions retenus et réservés, ou intrépides et entreprenants au lieu de timorés et timides. Aussi Aristote avait-il bien raison d’attribuer à nos habitudes l’acquisition d’une deuxième nature, comme si un homme nouveau s’était substitué à l’ancien. Plus que d’une simple progression, il s’agit donc d’une mutation.

Autant qu’un passage de l’esprit à la nature, de la médiation à l’immédiat, et du possible au réel, le passage de la volonté à l’habitude représente donc aussi un passage du discontinu au continu, d’un effort soutenu à une activité détendue, et de la contingence d’un projet à la quasi-nécessité d’un automatisme. Or, avais-je pensé, passe-t-on autrement de l’esprit à la matière et de la volonté à l’habitude, que comme on passe du passé au présent, ou du présent à l’avenir ? N’avons-nous pas affaire, par conséquent, ici et là, qu’à des moments différents d’une seule réalité, qui est le temps ?

Aussi naturels que paraissent les termes de cette question, ils avaient suffi à susciter ma méprise. Quoiqu’il y faille du temps, cependant ce n’est pas le temps qui opère le passage de la volonté à l’habitude. Pas davantage n’est-ce lui qui a suffi pour faire évoluer une paramécie jusqu’à produire l’espèce humaine. Qu’on aille de l’esprit à la nature (l’habitude) ou de la nature à l’esprit (l’évolution), nous n’avons jamais affaire qu’à l’obscur dynamisme d’une seule et même tendance, qui est la vie. Nous ne pouvons pas plus penser la vie sans le temps que le temps sans la vie. Mais c’est la vie, et non le temps, qui est l’unique opérateur. Le temps, lui, n’en est qu’une doublure. Il ne fait que l’accompagner, comme son ombre.

Selon ce qu’il m’en semble aujourd’hui, tout mon erreur vient de là. À l’inverse de ce que j’avais pensé, ce n’est pas la vie qui est quelque chose du temps, mais le temps qui est quelque chose de la vie.

Nicolas GRIMALDI, Les théorèmes du moi, VI Cette ombre de la vie, le temps, p.151-158,

Grasset, mars 2013.

Corrigé

 

1) Analyse du texte et remarques.

Ce texte comprend deux moments. Un long exposé de la conception que l’auteur se faisait du temps, puis (dans les deux derniers paragraphes), Nicolas Grimaldi après avoir énoncé qu’il s’était trompé (« ma méprise »), renverse sa perspective. Sa première conception faisait du temps la réalité fondamentale dont les autres découlent, notamment la vie. Il pense inversement dorénavant que c’est la vie qui est la réalité première et le temps un attribut de la vie. On comprend le titre de son chapitre : « Cette ombre de la vie, le temps ».

L’auteur commence par une généralité qui reste valable, à savoir qu’il n’est pas possible de se représenter la vie abstraction faite du temps. C’est d’elle qu’il déduisait que c’est dans la vie qu’il faut chercher à déterminer ce qu’est le temps. Il énumère alors des phénomènes vitaux ou se réfère à la théorie de l’évolution pour montrer en quoi la vie lui paraissait le terrain même d’étude du temps. Il oppose les phénomènes physiques qui présupposent simplement le temps aux phénomènes vitaux qui le manifestent.

Il met en lumière le caractère a priori, au sens kantien, du temps. Autrement dit, il n’y a pas d’expérience sans temps (cf. Alain, Éléments de philosophie, Livre I De la connaissance par les sens, chapitre XVII Du temps). Et pour le montrer, il fait du temps la source d’une sorte d’écart qui est l’essence même de la conscience qui se montre dans l’expérience du délai ou de l’attente.

Il reprend alors la célèbre analyse de Bergson de L’Évolution créatrice (1907) selon laquelle on doit attendre que le sucre fonde dans l’eau, ce qui prouve la réalité de la durée – et non son inhérence à la conscience comme le laissait entendre le chapitre 2 « De la multiplicité des états de conscience. L’idée de durée » de l’Essai sur les données immédiates de la conscience (1889).

De l’expérience du délai, Nicolas Grimaldi déduit le phénomène de résistance. Et ce phénomène appartient au présent et à la matière. Dès lors, le temps ne peut être pensé abstraction faite de la matière. Cette pensée l’oppose implicitement à Bergson. (Elle prépare aussi le renversement de perspective entre temps et vie).

Il précise pourquoi il ne s’est pas contenté d’analyser le temps dans les phénomènes physiques. En ceux-ci le temps reste extérieur aux phénomènes alors que dans les phénomènes vitaux, il est intérieur. C’est alors le passage de la volonté à l’habitude qui va le montrer selon lui de façon exemplaire.

Il analyse les volitions comme ayant un but qui est toujours le même, être autre que ce qu’on est. La volonté est donc commencement. L’habitude quant à elle est conservation. De même, la volonté est discontinuité. L’habitude continuité. Elle est synthèse dans le présent du passé. Elle réalise donc la volonté. Elle tend à nous rendre déterminable là où la volonté est indétermination. Ce changement introduit une différence de nature plutôt que de degré. La référence à Aristote que Nicolas Grimaldi fait se trouve dans l’Éthique à Nicomaque (VII, 11, 1152a). Le philosophe soutient certes la thèse que l’habitude se transforme en nature dans des termes un peu différents de ceux de Montaigne (Essais, III, 10 De ménager sa volonté) puis de Pascal (Pensées, 126 ? Lafuma), mais il l’emprunte au sophiste Événos de Paros qu’il cite :

« (…) même l’habitude est difficile à changer, précisément pour cette raison qu’elle ressemble à la nature suivant la parole d’Événos :

Je dis que l’habitude n’est qu’un exercice de longue haleine, mon ami, et dès lors

Elle finit par devenir chez les hommes une nature. »

On peut résumer avec lui ce passage comme celui de l’esprit à la matière. Et dès lors, le temps lui apparaissait comme la réalité primordiale.

C’est finalement ce qui lui apparaît maintenant comme une erreur. Ce n’est pas le temps qui opère le passage de la volonté à l’habitude ou comme des êtres unicellulaires à l’homme que montre la théorie de l’évolution. C’est la vie qui est première.

Il peut donc reformuler sa thèse actuelle. C’est le temps qui est quelque chose de la vie, soit un attribut et non l’inverse comme il l’avait pensé.

 

2) Proposition de résumé.

Le temps est la condition de la vie pensais-je puisque les phénomènes affectant les vivants comme l’évolution des espèces paraissaient montrer la réalité même du temps bien mieux que les phénomènes physiques. L’étude du temps me semblait passer par celle de la vie dont il me paraissait (/ 50) l’origine.

Ainsi le temps expliquait-il cet écart constituant l’essence de la conscience, notamment dans l’expérience de l’attente. Bergson l’illustre par la nécessité que la fonte d’un sucre dans l’eau dure.

Et comme l’attente suppose la résistance à un effort, le temps (/100) paraissait impliquer la matière.

Le temps me paraissait mieux se manifester dans les phénomènes qu’il produit que dans ceux qui se font en lui. La transformation du vouloir en habitude semblait exemplaire.

Car, la volonté vise à nous faire être autre que nous sommes et l’habitude la réalise. (/150) Elles inscrivent donc dans le temps ce qui était d’abord impossible. L’accoutumance réalisée synthétise dans le présent les moments passés. En contrepartie, l’habitude, à la différence du vouloir, nous rend quasiment déterminés. Finalement Aristote avait raison de soutenir que l’habitude est une seconde nature.

Il me (/200) semblait alors que passer du spirituel au matériel est le temps même.

Je me trompai. Le temps est nécessaire pour que la volonté devienne habitude, pour l’évolution. Mais la vie est bien la réalité première. Aujourd’hui je pense que le temps appartient à la vie et non l’inverse.

250 mots

 

 

 

 

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