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La guerre - sujet et corrigé d'un résumé : Alain "De la violence"

Sujet

Résumez le texte suivant en 100 mots (plus ou moins 10%). Vous indiquerez les sous totaux de 20 en 20 (20, 40, …) par un trait vertical et par le chiffre correspondant dans la marge. Vous indiquerez obligatoirement votre total exact à la fin de votre résumé.

 

Chacun s’est livré à des actes de guerre, même contre des choses, et souvent pour des causes bien petites. Je veux que le lecteur examine avec attention l’ordinaire de la vie ; il découvrira les effets de ces passions nouées. Presque tous vivent sans gymnastique ; leur vie est pleine de contrainte, de raideur et de timidité. Les égards de société, dans la fausse politesse, consistent en beaucoup d’actions retenues et contrariées ; le tremblement, la rougeur, les vagues chaudes qui marquent les migrations du sang, sont les signes de cet état de paix armée, qui s’exaspère en effort contre soi. L’imagination suit le même cours, et va d’elle-même à délivrer les muscles. C’est ainsi qu’une pensée mal réglée tombe si aisément dans les solutions de la force. Plus d’un homme, et dans tous les camps, médite ainsi sur le chemin de la guerre. Le droit veut des prisons, des gibets et des coups de fusil. De là des maux sans fin. Le pire des maux est peut-être que la justice se fasse par la force, car cela fait haïr la justice, ou l’aimer mal. En quoi il n’y a pourtant qu’un mauvais mélange. Car la pensée affirme le droit, et ne cède jamais là ; et le corps a besoin d’action aussi ; ainsi il y a des lueurs dans cette nuit ; et la fureur éclaire le devoir de penser. Ne dors point, dit la passion, avant que la justice soit vengée ; mais il faut dormir d’abord. Si les hommes avaient plus d’expérience de ces moments heureux où tout s’ordonne sans peine, à ce point que, lorsqu’on va s’y mettre, tout est fait, ils ne recevraient point comme pensée ce mouvement pénible et contrarié, où l’argument ne vaut que par l’approbation de l’autre, que j’imagine. Un prisonnier de ces choses me fit entendre, comme à travers les murs, ou par quelque lucarne, quelque chose qui n’était pas sans valeur ; il disait que la force de pensée qui change les idées des autres lui paraissait être une espèce de violence encore. Oui, pour beaucoup, la pensée est fabricante, et c’est toujours la victoire qui a des ailes. Dans le fait je n’aime jamais l’écrivain qui entreprend sur moi ; et c’est une des raisons pour lesquelles l’éloquence ne vaut rien. Il faut que l’esprit soit seul.

La guerre est la fin de toutes les passions, et comme leur délivrance. Aussi elles vont toutes là. Chacune n’attend que l’occasion. Ce n’est point un état de paix véritable que celui où l’amant veut punir l’infidèle, et le riche le pauvre, et le pauvre le riche, et l’injuste le juste, et le juste l’injuste. La pensée n’a plus alors que des aiguillons ; mauvais sommeil. Ainsi les causes naturelles ont jeté dans la guerre les ennemis de la guerre aussi. Ces pensées ne pouvaient se terminer que par un grand mouvement et une colère libre. Il n’est donc pas besoin de supposer que les gouvernants pensent à la guerre comme à une solution, ou pour faire tuer les tapageurs, comme Voltaire dirait[1]. La guerre n’est pas une solution ; elle est la solution. Le jaloux tue avec joie ; l’horreur ne vient qu’ensuite.

Telle est la matière de guerre ; si l’on voulait traiter des formes, un livre suffirait à peine. Mais qui n’aperçoit la puissance de cette passion collective, où toutes les colères, de l’ambition, de la maladie, de l’âge, s’expriment si bien, avec l’approbation et la gloire ? Qui ne voit aussi comment l’imitation et la pudeur y jettent la meilleure jeunesse, et comment les passions précoces y jettent la pire encore mieux ? Enfin, comment le vieil art des recruteurs, toujours adapté aux circonstances, dissimule mieux que jamais la contrainte et sourit plus longtemps aux recrues ? Surtout l’idée fataliste est plus puissante encore ici peut-être que dans toutes les autres passions, par la fureur des prophètes, et par leur pouvoir aussi sur les faits, car notre malheur veut que ceux qui annoncent soient aussi ceux qui décident. C’est un sujet dont j’aurais voulu me détourner, car il exigerait toute la place, mais, dans mon idée, il l’a toute, et tout ce livre n’est qu’une méditation sur la guerre, d’où seulement se trouvent écartées, par un autre choix des mots, des images trop émouvantes, et qui appellent un peu trop la guerre contre la guerre.

Alain, 81 Chapitres sur l’esprit et les passions (1916), livre V Des passions, chapitre XI De la violence in Les passions et la sagesse, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », 1960, p.1214-1216.

 

Corrigé

1) Analyse.

Alain note d’abord la fréquence des faits de guerre qui touchent tout le monde. Il s’agit d’une guerre générale et non simplement des conflits armés entre des groupes, notamment parce qu’elle concerne aussi des choses. Il donne ensuite une explication du phénomène. De façon générale, la guerre a pour cause les passions du côté du corps. Contrariées par la vie sociale, les passions n’en restent pas moins actives. La guerre a l’imagination pour cause du côté de l’âme, cette dernière suivant le corps. Aussi la trouve-t-on dans la justice qui exclut normalement la passion et même dans le dialogue. Il recommande alors non seulement de penser, mais de penser sans chercher à vaincre l’autre.

Il fait donc de la guerre l’objectif réel des passions. Il en donne de nombreux exemples pris dans les relations amoureuses, les relations économiques, juridiques. Cela l’amène à préciser que la guerre n’est pas l’objet d’une sorte de calcul pour résoudre des problèmes, elle est bien plutôt ce qui suit des passions.

Enfin, il remarque la force de l’élan guerrier, sa capacité de séduction, aidée par ceux qui s’y adonnent.

Il en déduit sa tentation et sa tentative. C’est un sujet qu’il aurait voulu ne pas traiter mais tout son ouvrage vise à penser la guerre sans la faire.

 

2) Idées essentielles.

La guerre a des causes qui peuvent être futiles.

Elle a pour source les passions, l’imagination. Elle s’immisce dans la justice, voire dans la pensée.

Il faut penser sans combattre.

La guerre est l’objectif des passions.

Elle a une force qui entraîne tout.

La guerre est le sujet véritable de l’ouvrage.

 

3) Proposition de résumé.

On fait la guerre sans raison suffisante. Cela tient à la physiologie. L’imagination suit le corps. D’où des [20] maux, même dans la justice qui punit violemment. Pensons donc pour que la passion ne fasse pas agir. Mais, m’ [40] a-t-on appris, convaincre c’est vaincre. Il faut penser sans combat.

Les passions conduisent à la guerre, même le [60] pacifisme. La fureur guerrière, le mimétisme, la retenue entraînent les jeunes. L’armée recrute en masquant les contraintes. Le fatalisme [80] triomphe puisque les devins font les maux prédits. J’aurais aimé éviter ce sujet. Ce livre pense froidement la guerre.

100 mots.

 

 

 


[1] Peut-être une allusion au début du chapitre 3 de Candide (1759) de Voltaire (1694-1778) où on lit : « la mousqueterie ôta du meilleur des mondes environ neuf à dix mille coquins qui en infectaient la surface » (note de Bégnana : ne pas en tenir compte dans le résumé).

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La guerre - biographie de Clausewitz (1780-1831)

Felipe Giménez Pérez (né en 1961), "Clausewitz, el pensador de la guerra"

Felipe Giménez Pérez (né en 1961), "Clausewitz, el pensador de la guerra"

Vie.

Carl Philipp Gottlieb von Clausewitz est né le 1er juin 1780 à Burg, non loin de Magdebourg. Son père, Friedrich Gabriel Clausewitz (1740- ?), fils d’un professeur de théologie, est percepteur. Il revendique des origines nobles comme le montre l’introduction du von accolé au nom de Clausewitz. Il a reçu une commission d’officier pendant la guerre de Sept Ans (1756-1763). Cette guerre oppose la France à la Grande Bretagne et l’Autriche à la Prusse. Friedrich Clausewitz est démis de ses fonctions à la fin de la guerre, soit à cause d’une blessure à la main, soit en raison de son extraction modeste qui infirme sa revendication de noblesse. Trois de ses frères choisiront la carrière militaire, le quatrième la théologie. Quant à son fils, Carl, il est le cinquième d’une phratrie de six enfants : il a trois frères et deux sœurs, Gustav, Friedrich (1771- ?), Wilhelm, Charlotte et enfin Johanna.

Jusqu’à l’âge de douze ans, il fréquente l’école latine locale (Lateinschule). Grâce aux relations de son père, il entre comme porte-enseigne ou porte-étendard (Fahnenjunker ou cadet) au 34ème régiment d’infanterie à Potsdam en 1792.

Nommé Officier en 1793, c’est-à-dire à treize (la notion d’enfant soldat est récente) il reçoit son baptême du feu au siège de Mayence. La ville fut remise par Kleber en l’échange d’un départ libre de ses troupes par une coalition de Prussiens et d’Autrichiens. Il participe aux campagnes de la première coalition en France durant les guerres révolutionnaires (1792-1794).

En 1795, il rejoint la garnison de Neuruppin où il est promu lieutenant. Il lit les écrits militaires de Frédéric II de Prusse, un de ses héros (cf. Eric Weil, « Guerre et Politique selon Clausewitz, in : Revue française de science politique, volume 5, n°2, janvier-avril 1955 ; sur Frédéric II héros de Clausewitz, cf. René Girard [né en 1923], Achever Clausewitz – Entretiens avec Benoît Chantre, Carnets Nord, 2007, p.252-253).

De 1796 à 1801, il profite de la vie de garnison pour satisfaire sa curiosité intellectuelle et perfectionner ses connaissances dans de nombreux domaines.

Il est admis à l’académie militaire de Berlin en octobre 1801. L’établissement est dirigé par Gerhard Von Scharnhorst (1755-1813), qui n’est pas noble malgré le Von. Il devient son mentor et son protecteur.

En 1803, il devient sur la recommandation de Scharnhorst, aide de camp du prince Auguste de Prusse (1779-1843). Il lit et annote entre autres, le stratège et historien grec Polybe (203-120 av. J.-C.), l’homme politique et le philosophe politique florentin Nicolas Machiavel (1469-1527), auteur de L’art de la guerre (1521).

Il sort en 1804 parmi les meilleurs de sa promotion. Il rédige un traité : La Stratégie. Il fréquente la grande noblesse et la cour.

Il participe aux campagnes de 1806. Le 14 octobre, bataille d’Auerstaedt et d’Iena : victoires éclatantes de Napoléon 1er (1769-1821) ou déroutes prussiennes. Le 28, le prince capitule à Prenzlau. Clausewitz est capturé par les Français. Il passe pratiquement deux ans en captivité, en France (à Nancy) et en Suisse. Il profite de sa captivité pour se cultiver. Il apprécie les arts, notamment le poète Schiller. Le 27 octobre, Napoléon 1er entre dans Berlin occupé.

Clausewitz est libéré en 1807. Il séjourne chez l’écrivaine et essayiste suisse, Mme de Staël (1766-1817), adversaire de Napoléon 1er. Elle est l’amie du général Bernadotte (1763-1844). Il a des contacts avec le critique et philosophe Friedrich Schlegel (1772-1829). Il suit à Berlin les cours de Johann Kiesewetter (1766-1819), un vulgarisateur de la philosophie d’Emmanuel Kant (1724-1804). Le 13 décembre, le philosophe postkantien Fichte (1762-1814) commence à donner à Berlin les conférences constituant ses Discours à la nation allemande (« Reden an die deutsche Nation ») qui invitent à rejeter l’occupation française sur la base d’une supériorité des allemands sur les français, les premiers ayant conservé la pureté de leur langue à l’inverse des seconds.

En 1808, Fichte poursuit ses conférences contre les Français.

En 1809, Clausewitz devient l’assistant de Scharnhorst qui réorganise l’armée prussienne. Il est promu capitaine par le prince Auguste.

En 1810, il est promu major, nommé professeur à l’académie militaire et devient responsable de la formation militaire du prince cadet de Prusse, le futur Guillaume Ier (1797-1861-1888) lorsqu’il succédera à son frère aîné, mort sans enfant. Il deviendra après la défaite française de 1870 le premier empereur d’Allemagne. Clausewitz se marie avec Marie comtesse Von Brühl (1879-1836).

Le 31 décembre 1811, l’alliance franco-russe est rompue : la guerre va reprendre.

En 1812, Napoléon 1er soumet la Prusse à une alliance, c’est-à-dire à l’intégration à la politique française. Clausewitz refuse la collaboration militaire avec les Français. Il participe à la rédaction de manifestes (Bekenntnisse) rejetant cette alliance avec d’autres officiers prussiens. Il publie son enseignement au prince cadet sous le titre : Des principes de la guerre ou Principes de l’enseignement ou Théorie du combat. Il quitte en mai son pays, la Prusse, pour rejoindre l’armée impériale russe. Il est recommandé par le général et comte Neidhardt Von Gneisenau (1760-1831). En juin commence la campagne de Russie qui oppose la Grande armée de Napoléon 1er au tzar Alexandre 1er (1777-1801-1825). Clausewitz conseille au tzar le repli conformément à sa théorie de la supériorité de la défense sur l’attaque. Des 5 au 7 septembre a lieu la bataille de la Moskowa. Le 14 septembre, Napoléon 1er entre dans Moscou. Le 19 octobre, il abandonne Moscou. Commence le retrait. Clausewitz parvient à retourner les généraux prussiens notamment le corps d’armée du Général Johann David Ludwig Yorck von Wartenburg (1759-1830) contre les Français. La contre attaque russe après la prise de Moscou incendiée par l’armée française est un désastre pour l’armée de Napoléon 1er. Il est symbolisé par le passage de la Bérézina du 26 au 28 novembre. Clausewitz apparaîtra dans le roman de Léon Tolstoï (1828-1910), Guerre et paix, (1865-1869) qui porte sur la campagne de Russie.

En 1813, il devient alors officier de liaison russe auprès de l’état-major de Gebhard Leberecht Von Blücher (1742-1819) puis chef d’état-major de la légion germano-russe.

En 1814, il réintègre l’armée prussienne avec le grade de colonel. Il participe à la campagne de France qui se déroule de janvier à avril où Napoléon Bonaparte fait montre de son génie militaire contre la coalition de la Russie, de la Prusse, de l’Angleterre, de la Suède – dont l’armée est dirigée par Bernadotte, l’ancien général de Napoléon Bonaparte devenu roi de Suède –, de l’Autrice, de la Bavière et du Wurtemberg. Le 6 avril, Napoléon 1er abdique à Fontainebleau (sur cette campagne et sur Napoléon, modèle de Clausewitz, cf. René Girard, Achever Clausewitz, p.247-251. Clausewitz commente la campagne dans le livre II de son De la guerre).

Le 1er mars 1815, Napoléon revient. Il reprend le pouvoir et les hostilités reprennent. Clausewitz participe à la campagne contre la France en tant que chef d’état-major du 3ème corps d’armée de Prusse du général Von Thielmann. Il participe d’abord à la défaite des Prussiens commandés par Blücher à la bataille de Ligny le 16 juin. Il participe ensuite à la bataille de Wavre les 18 et 19 juin opposant les Prussiens au maréchal Grouchy. Ce dernier est vainqueur. Mais, il a été suffisamment bloqué pour ne pas pouvoir rejoindre la bataille de Waterloo qui a lieu le 18 juin, au contraire de Blücher qui, aidant Arthur Wellesley, 1er comte puis marquis puis duc de Wellington (1769-1852), vit la défaite de Napoléon 1er dont il ne se relèvera pas. Au lendemain du congrès de Vienne (18 septembre 1814 au 9 juin 1915), au cours duquel les vainqueurs du conflit contre le premier empire français ont défini les frontières de l’Europe, Clausewitz est mécontent de son résultat. Car la France lui paraît toujours dangereuse comme le montre la correspondance avec sa femme (cf. Alexandre Adler, « Vers une nouvelle théorie de la guerre », Études, 2002/1 Tome 396, p. 9-16 ; René Girard, Achever Clausewitz, p.162-163).

En 1816, il est membre de l4 état-major du général Von Gneisenau à Coblence. C’est à cette époque qu’il rédige pour lui-même quelques pages sous le titre : Des avantages et inconvénients de la milice (Landwehr) prussienne dans laquelle il analyse la situation politique impliquée par le fait d’armer le peuple (cf. Eric Weil, op. cit. p.309).

En 1818, il est promu major-général. Le 9 mai, il est nommé directeur de l’administration de l’académie militaire de Berlin, poste qu’il occupe jusqu’en 1830. Écarté de l’enseignement, il met ces années à profit pour se consacrer à l’étude et à la rédaction de son œuvre. Dans le même temps, Hegel (1770-1831) arrive à Berlin. Contrairement à ce que Lénine (1870-1924) croira et écrira dans Le krach de la II° Internationale (1915), Clausewitz semble l’avoir méconnu.

En 1819, il publie Des Avantages et inconvénients de la milice (Landwehr) prussienne.

Sur la base de son œuvre, la noblesse de sa famille est reconnue par un patent royal de Frédéric Guillaume III (1770-1790-1840) en 1827 (cf. Eric Weil, « Guerre et Politique selon Clausewitz in : Revue française de science politique, 1955, n°2). On peut citer de lui un passage d’une lettre à Friedrich Erhard Leopold Von Röder (1768-1834), un général de cavalerie prussien. Il y énonce sa grande idée :

« La guerre n’est pas un objet indépendant, mais la continuation de la politique avec des moyens changés ; c’est pourquoi pour leur majeure partie, les lignes principales de tous les grands projets stratégiques sont de nature politique… Aussi ne saurait-il être question d’une appréciation purement militaire d’un grand Tout stratégique ni d’un projet purement militaire pour un tel Tout. » cité par Eric Weil, op. cit).

La même année, il relate dans La Campagne de 1815 en France, sa participation à la défaite de Napoléon 1er durant les Cent jours.

À partir de 1829, il rédige le chapitre I du livre I de De la guerre.

Le 19 août 1830, Clausewitz est nommé inspecteur de l’artillerie à Breslau (l’actuelle Wroclaw).

En 1831, il est chef d’état-major de l’armée de Gneisenau qui réprime la révolution polonaise. Nommé suite au décès de Gneisenau par le choléra, il est cependant remplacé peu de temps après. Comme militaire, il n’a pas démontré de qualités de stratège (cf. Eric Weil, ibid.). Il meurt du choléra le 16 novembre 2 jours après Hegel terrassé par la même maladie ou par la dépression.

 

Œuvres.

Entre 1832 et 1837, sa femme Marie fait publier son œuvre.

Son traité majeur De la guerre (Vom Kriege) est avant tout une compilation d’écrits épars qui est publié la première fois en trois volumes de 1832 à 1834.

On trouve plusieurs éditions de cette œuvre en français.

De la guerre, traduction par le Lieutenant-Colonel De Vatry, éditée une première fois en trois tomes par la Librairie militaire Baudoin (1886), puis édition complétée et révisée par Jean-Pierre Baudet, volume relié, Champ Libre, 1989 ; éditions Ivrea, 2000.

De la guerre, traduction de Jean-Baptiste Neuens, Paris, Astrée, 2014.

De la guerre, traduction de Denise Naville, préface de Camille Rougeron et Pierre Naville, Paris, Minuit, 1955.

De la guerre, traduction de Nicolas Waquet, Éditions Rivage poche, 2006. L’ouvrage est un abrégé.

On trouve également d’autres œuvres en français :

Théorie du Combat. Enseignement militaire au prince de Prusse, Astrée, 2013.

De la révolution à la restauration. Ecrits et lettres, trad. M. L. Steinhauser, Paris, Gallimard, 1976.

Principes fondamentaux de stratégie militaire, rédigé en 1812 et destiné à la formation militaire du Prince de Prusse, traduction de Grégoire Chamayou, Paris, Mille et une nuits, 2006.

Sur la guerre et la conduite de la guerre : Éclairage stratégique de plusieurs campagnes (tomes IX et X) : Gustave Adolphe, Luxembourg, Frédéric Le Grand, La Maison du dictionnaire, Traduction de G. Reber, 2008.

La Campagne de 1796 en Italie, Librairie militaire Baudoin, Paris, 1899.

Campagne de 1799 en Italie et en Suisse, Librairie militaire Chapelot, Paris, 1906. Réédition aux éditions Champ libre en 1979.

Notes sur la Prusse dans sa grande catastrophe, traduction de A. Niessel, Paris, Champ libre, 1976.

La Campagne de 1812 en Russie, traduction de M. Bégouën, Bruxelles, Complexe, 2005

La Campagne de 1813 et la campagne de 1814, Librairie militaire Chapelot, Paris, 1900

Campagne de 1814, traduction de G. L. Duval de Fraville, Paris, Champ libre, 1972.

Campagne de 1815 en France, traduction de A. Niessel, Paris, Champ libre, 1973.

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La guerre - sujet et corrigé d'un résumé : Alain "L'amour de la patrie"

Sujet.

Résumez le texte suivant en 80 mots (plus ou moins 10%). Vous indiquerez les sous totaux de 20 en 20 (20, 40, …) par un trait vertical et par le chiffre correspondant dans la marge. Vous indiquerez obligatoirement votre total exact à la fin de votre résumé.

 

Nous devons faire un exact inventaire, sans aucun respect. Mais il est moins question de nier que de donner à chaque sentiment sa juste part dans la grande aventure. Il s’agit maintenant pour moi de la vie des autres, au sujet de laquelle je dois décider pourquoi et en quelles circonstances j’accepterai ou non, le cas échéant, qu’ils meurent pour mes idées. Soyons donc scrupuleux, et non point légers. Or je crois que cet amour de la patrie, si naturel en tous, n’est pas assez fort pour porter par lui-même le grand effort de guerre.

Et voici pourquoi je crois cela. La nation en guerre a autant besoin d’argent que d’hommes. C’est un fait qu’elle trouve autant d’hommes qu’il y en a en elle pour mourir. C’est un fait aussi qu’elle ne trouve pas aisément de l’argent. Il y faut de la contrainte, lorsqu’il s’agit de l’or, ou bien une sorte de marché avantageux. Et, pour les emprunts, on n’a même pas l’idée de dire : « L’emprunt national ne rapportera aucun intérêt ; le principal même n’est pas garanti. »

Examinons de plus près. Il y a à dire ici quelques vérités désagréables. Chacun sait que les militaires, à partir d’un certain grade, et par la simplicité de la vie qui est alors imposée au combattant et même à la femme, amassent quelque argent pendant une guerre de quatre années. Or, parmi ces hommes qui donnent leur vie, y en a-t-il un qui, ayant fait le compte de ses dépenses, rende le superflu en disant : « Je ne veux point m’enrichir pendant que ma patrie se ruine » ? Que les citoyens donnent plus volontiers leur vie que leur argent, voilà un paradoxe assez fort.

Ceux qui exposent leur vie jugent peut-être qu’ils donnent assez. Examinons ceux qui n’exposent point leur vie. Beaucoup se sont enrichis, soit à fabriquer pour la guerre, soit à acheter et revendre mille denrées nécessaires qui sont demandées à tout prix. J’admets qu’ils suivent les prix ; les affaires ont leur logique, hors de laquelle elles ne sont même plus de mauvaises affaires. Bon. Mais, la fortune faite, ne va-t-il pas se trouver quelque bon citoyen qui dira : « J’ai gagné deux ou dix millions (1) ; or j’estime qu’ils ne sont pas à moi. En cette tourmente où tant de nobles hommes sont morts, c’est assez pour moi d’avoir vécu ; c’est trop d’avoir bien vécu ; je refuse une fortune née du malheur public ; tout ce que j’ai amassé est à la patrie ; qu’elle en use comme elle voudra ; et je sais que, donnant ces millions, je donne encore bien moins que le premier fantassin venu » ? Aucun citoyen n’a parlé ainsi. Aucune réunion d’enrichis n’a donné à l’État deux ou trois cents millions. Or si la patrie était réellement aimée plus que la vie, on connaîtrait ce genre d’héroïsme, et même, puisque celui qui donne sa vie devait la donner, les héros du coffre-fort donneraient encore moins que leur dû.

Cela prouve, il me semble, que l’amour de la patrie, lorsqu’il se manifeste par l’action militaire, est certainement soutenu et réchauffé par d’autres sentiments, sans doute naturels à l’homme aussi, mais cultivés par l’art militaire, le plus ancien et le plus savant de tous, tandis que l’art du percepteur est encore dans l’enfance.

Alain, Mars ou la guerre jugée (1921, 1936) Chapitre premier : L’amour de la patrie (in Les passions et la sagesse, Gallimard « Bibliothèque de la Pléiade », 1960, p.551-552).

 

(1) D’après le convertisseur de l’INSEE, 1000 francs de 1914 valent environ 3332,14 € de 2013 ; 1000 francs de 1918, 1613,40 € de 2013 ; 1000 francs de 1921, 1087,66 euros de 2013 et 1000 francs de 1936, date de parution de la deuxième édition du volume, 714,56 € de 2013 (http://www.insee.fr/fr/themes/calcul-pouvoir-achat.asp).

 

Corrigé du résumé du texte d’Alain « L’amour de la patrie » in Mars ou la guerre jugée.

 

1) Analyse du texte et remarques.

Alain commence par des considérations générales et apparemment vagues qui portent sur son intention. Il s’agit de réaliser un inventaire, c’est-à-dire de faire la liste et ici l’analyse de ce qu’on trouve ou non dans la guerre. S’il veut le faire sans respect, cela ne veut pas dire avec irrespect, mais plutôt sans tenir compte des valeurs sociales reconnues. Le terme ici doit être pris en son sens social et non moral. Le projet est de donner à chaque sentiment sa place dans la constitution de la guerre. À cela s’ajoute qu’écrire sur la guerre revient à décider de la vie et de la mort des autres pour des idées. Autrement dit, on fait la guerre pour des raisons ou des motifs. Entendons par là par des décisions qui sont orientés par des sentiments. Ces derniers sont bien évidemment naturels. Mais, leur connaissance comme celle du vent permet d’aller où on veut. Leur ignorance conduit à être guidé comme le navire qui dérive.

Et comme c’est à une sorte de critique du patriotisme ou plutôt de l’ennoblissement de la guerre par le patriotisme que va se livrer Alain, on comprend qu’il prévienne son lecteur.

Alain explique ensuite ses propres précautions.

Il part du principe qu’il énonce que la guerre exige autant d’hommes que d’argent. Elle trouve facilement les premiers mais difficilement le second. Pour trouver de l’argent, deux moyens apparaissent : contrainte ou échange intéressé. Autrement dit, la nation emprunte en promettant un intérêt.

Il ajoute que les militaires sont payés, et d’autant plus payés qu’ils montent en grade : la guerre les enrichit quelque peu. S’ils donnent leur vie, aucun ne donne ce qu’il a gagné en plus. Ce que montre Alain en faisant fictivement parler un militaire et en lui attribuant des propos que jamais on n’entend. D’où le paradoxe qu’il nomme comme tel : les membres d’une nation donnent plus facilement leur vie que leur argent. On s’attendrait à l’inverse.

Si on accorde à ceux qui donnent leur vie qu’ils estiment donner assez, donc qu’ils ont raison de ne pas donner leur argent, qu’en est-il des autres s’interroge le philosophe normand.

Il précise qu’il s’agit de ceux qui fabriquent ou commercent pour la guerre. Comment se fait-il qu’ils ne se disent pas, la guerre finie, que les bénéfices qu’ils ont faits, conformes à la logique des affaires, doivent revenir à l’État ? Là encore, Alain fait tenir un discours improbable à un civil enrichi.

Comparant l’héroïsme de celui qui donne à la guerre à l’héroïsme de celui qui donne son argent, il conclut évidemment que le premier est supérieur au second. La conséquence implicite est que le second devrait être au moins aussi répandu que le premier. Or, ce n’est pas le cas.

Alain peut conclure que l’amour de la patrie n’est pas suffisant pour qu’il y ait guerre. Il est nécessaire qu’il y ait d’autres sentiments qu’il considère naturels. Mais surtout, il faut que ces sentiments autres soient cultivés par l’art militaire qu’il caractérise comme le plus ancien et le plus savant de tous les arts. Il lui oppose un art encore dans ses débuts : l’art du percepteur ou collecteur d’impôts, bref, l’art économique.

Ce premier chapitre du recueil réfute donc l’opinion commune selon laquelle la guerre – notamment du côté français – a eu pour seule source l’amour de la patrie.

 

2) Idées essentielles.

Il faut critiquer avec justice sans déférence sociale la guerre.

La guerre exigeant la vie des hommes et de l’argent, le patriotisme devrait conduire à donner autant si ce n’est plus d’argent que la vie.

Ni les militaires, encore moins les civils enrichis par les affaires en temps de guerre, ne donnent de l’argent à l’État.

Le patriotisme s’accompagne donc dans la guerre d’autres sentiments que l’art militaire, le plus ancien, cultive alors que l’économie reste balbutiante.

 

3) Proposition de résumé.

Enumérer sans déférence les sentiments de ce jeu de la vie et de la mort doit être juste. Ainsi, le [20] patriotisme n’explique pas la guerre.

Elle exige des hommes donnant leur vie ou leur argent. Or, ni les officiers [40] rémunérés, ni les entrepreneurs s’enrichissant de la guerre, ne donnent leur argent alors que beaucoup donnent leur vie.

Donc [60] d’autres sentiments portent le patriotisme que manifeste l’antique art militaire là où le nouvel art économique reste impuissant.

80 mots

 

 

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La guerre - sujet et corrigé d'un résumé : Alain "De la révolte"

1) Sujet.

Résumez le texte suivant en 100 mots (plus ou moins 10%). Vous indiquerez les sous totaux de 20 en 20 (20, 40, …) par un trait vertical et par le chiffre correspondant dans la marge. Vous indiquerez obligatoirement votre total exact à la fin de votre résumé.

 

 

Quand le duc de Parme demande à Fabrice si le roi de Naples est aimé, Fabrice répond à peu près ceci : « Je ne me soucie point de savoir si les sujets du roi de Naples sont contents. L’armée est bien munie et parfaitement disciplinée. Qui s’inquiète après cela si la canaille aime ou n’aime pas ? » (1) Voilà la pensée d’un aristocrate, et sans aucune hypocrisie. L’amour plaît aux princes, mais comme la dernière marque de l’obéissance. Ceux qui ont goûté au pouvoir ne supportent pas la moindre tricherie là-dessus ; essayez de faire entendre au maître que vous obéissez parce que vous le voulez bien ; rien n’est plus froidement reçu ; cela est presque impertinent. Mais, d’un autre côté, il est presque impossible que l’on soit aimé si l’on commande ; et le regard de l’esclave, toujours effrayant à voir, affermit bientôt le maître dans les sévères maximes du pouvoir absolu. Au reste il s’élève toujours un peu d’amour dès que le maître ne fait pas tout le mal possible. La crainte d’abord. Je n’aurais point compris sans peine cette rude méthode ; mais je l’ai vue à l’œuvre. J’ai relu Tacite (2) sur les visages. Dans cette épreuve, et quand le plus prochain pouvoir, lui-même éperonné, frappe selon une infatigable vigilance, l’homme de troupe se tortille comme un serpent, prenant mille formes que le regard ne peut suivre. Nos rois et nos rhéteurs ignorent ces mouvements-là, comme le préfet de police ignore la lutte des poignets contre les menottes. L’homme de troupe pourrait raconter ces choses ; mais je remarque que l’homme de troupe oublie beaucoup.

On sait qu’il n’y a jamais eu de guerre sans quelque mouvement de mutinerie. De tels événements sont mal connus, et toujours expliqués par des causes accidentelles, comme la mauvaise nourriture, ou une bataille malheureuse, ou la faute lourde d’un chef. Comme si l’on voulait oublier et faire oublier. Selon mon opinion, de telles causes sont plutôt des occasions que des causes. La révolte est au fond, et permanente, je dirais presque d’institution dans n’importe quelle troupe. J’en ai vu des signes chez les plus dociles d’apparence, et voilà certainement ce qui m’a le plus étonné lorsque j’ai vu ces choses de près et du dedans, jusqu’au temps, qui arriva vite, où je fus obligé de lutter en moi-même contre des sentiments de ce genre. Aussi, tout en me défendant d’espérer un tel redoublement de maux, j’attendais quelque terrible punition au jour de la délivrance. Mais les pouvoirs gagnent une partie après l’autre, et j’aperçois à peu près comment les choses se passent. Je me souviens de ces sentiments, parce que je les ai surmontés ; mais eux, autant que je sais, mes naïfs compagnons, ils les ont subis ; ils peuvent les éprouver encore, et soudainement, par quelque circonstance extérieure, mais ils ne savent pas les retrouver volontairement ; ils n’y pensent jamais. L’homme est facile à gouverner.

Ce que je veux remarquer ici, afin de mettre ces vérités désagréables en leur juste place, c’est que la révolte toujours armée et prête n’exclut pas d’autres sentiments bien forts aussi, comme le goût du bien faire, dont j’ai vu tant de preuves ; car il arrive qu’on se console d’une corvée irritante en la faisant bien, et il est presque impossible de ne pas faire bien ce que l’on sait faire ; d’où vient que souvent, parce que l’action est difficile, l’obéissance devient facile. La justice aussi, j’entends entre égaux, et hors de tout commandement, est continuellement présente et puissante ; car il est visible que ce que je ne fais point sera fait par un autre ; et plus la tâche est pénible et dangereuse, plus cette idée du juste partage des risques mord énergiquement sur tout homme, et mieux même que la peur. Ajoutez que, dans les instants les plus critiques, où le maître est esclave et misérable autant que tous, la fraternité revient. Aussi la grande colère des esclaves s’en va toujours chercher les chefs les plus lointains, et surtout les pouvoirs civils, dont les faciles discours semblent alors odieux. Par ces causes, la révolte du soldat vise justement où elle ne peut atteindre. Aussi le système peut durer longtemps.

Si je joins à ces actions sans relâche et à ces passions qui se dépensent dans le vide, les fatigues extrêmes qui engourdissent, les repos délicieux, et la puissance démesurée des plus simples plaisirs, comme de manger et boire, il me semble que je n’ai pas mal décrit le soldat en son métier quotidien. Par ce mécanisme riche en frottements, la révolte est renvoyée au jour de la paix ; alors le bonheur d’être libre, après la joie esthétique du triomphe, efface naturellement jusqu’au souvenir de la révolte ; ce qui est traduit, par ceux qui ignorent ou qui veulent ignorer, dans de belles phrases qui ne sont pas sans vraisemblance. Le soldat ne se reconnaît pas bien dans cet agréable portrait qu’on lui fait de lui-même. Mais que dirait-il ? Les formes lui manquent. Nous prenons aisément pour vraie l’image de nous-mêmes, dès que les autres la reconnaissent.

Alain, Mars ou la guerre jugée, XXIV De la révolte, in Alain, Les passions et les âges, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », p.590-592.

 

(1) Alain recompose de mémoire un dialogue qui se trouve au chapitre VII du livre premier de La chartreuse de Parme (1839, 1841) de Stendhal (1783-1842).

(2) Tacite (56-117), historien latin, auteur notamment des Histoires et des Annales, appartenant à l’ordre sénatorial, n’a cessé de dénoncer les méfaits des mauvais empereurs tyranniques.

 

2) Analyse et remarques sur le texte.

Après avoir fait une référence – approximative – à un dialogue de la Chartreuse de Parme de Stendhal entre Fabrice Del Dongo et le duc de Parme, qui lui sert d’entrée en matière, Alain met en lumière le fait que le pouvoir ne veut pas être obéi par amour seulement ou par volonté : c’est la crainte que le pouvoir vise.

Prenant un tour plus personnel, Alain explique que cette idée. Il l’a comprise, pour l’avoir vu à la guerre, chez l’homme de troupe. C’est une expérience qui échappe, non seulement aux gouvernants et aux orateurs, car ils sont aussi loin que le préfet de police de l’usage des menottes qui est l’analogie dont use Alain, mais également les hommes de troupes qui le vivent dans la mesure où ils oublient leur expérience. Bref, ici Alain met en lumière sa singularité : un philosophe au milieu des soldats.

Il rapporte ensuite la connaissance que toute guerre implique des mutineries ou révoltes. Il rejette les explications habituelles qui ne sont pas des causes mais des occasions. Il soutient que la révolte est permanente. Autrement dit, elle est n’a pas besoin de cause. Il s’appuie sur son expérience personnelle car il l’a compris sur les plus obéissants des soldats et surtout sur lui-même. Il la rejetait pour le mal qu’elle augmente. Il s’attendait à ce qu’elle éclate. Il n’en a rien été. Il s’oppose à lui-même la victoire des pouvoirs qu’il explique ensuite. Il commence par mettre en lumière la différence entre lui qui a dépassé ses sentiments et ces compagnons d’infortune qui ont été gouvernés par leurs sentiments et qui ne peuvent les retrouver. Il en déduit que l’homme se domine aisément.

Alain met ensuite en lumière les autres sentiments qui empêchent la révolte de se manifester. Premièrement, la satisfaction du travail bien fait. Deuxièmement, la justice qui amène à prendre sa part des efforts. Troisièmement, le sentiment de fraternité qui naît dans la difficulté avec les chefs les plus proches de l’action, les sentiments négatifs s’adressent aux chefs lointains ou aux politiques.

Il ajoute ensuite tout ce qui appartient à la vie quotidienne du soldat qui use la révolte et fait qu’elle est toujours différée pour la paix.

Et lorsqu’elle vient, la joie fait oublier la révolte. De là des discours relatifs aux soldats qui ignorent ou feignent de l’ignorer la présence latente de la révolte. Alain pour finir fait remarquer que le soldat, même s’il ne se retrouve pas dans les discours qui le représentent, ne sait analyser la situation. Il finit par se reconnaître dans la belle image qu’on fait de lui comme tous les hommes.

 

3) Les idées essentielles.

Le pouvoir veut une obéissance craintive plutôt qu’aimante ou volontaire.

C’est une vérité expérimentée et retenue par Alain.

La révolte présente en toute guerre trouve ici ou là des occasions mais est permanente.

Alain l’a vue et expérimentée en lui-même. Mais les autres soldats ont subi les sentiments, ce qui les rend aisés à dominer comme l’homme en général.

Il explique l’absence de révolte pendant la guerre par le goût du travail bien fait, par la justice, par la fraternité et par les activités de la vie quotidienne.

Quant à son absence lorsque la paix revient, elle tient à la joie et aux portraits trompeurs dans lesquels les soldats, qui ne sont pas des penseurs, se reconnaissent.

 

4) Proposition de résumé.

 

Le pouvoir exige l’obéissance craintive plutôt qu’amoureuse, voire volontaire. Je l’ai appris de simples soldats ignorés des [20] puissants, oubliant leur expérience.

La révolte a des occasions, non des causes. Je l’ai vue chez les plus obéissants. [40] Je l’ai vécue. Mais les sentiments dominaient mes camarades. Gouverner l’homme est donc aisé.

La révolte est étouffée [60] par la discipline du travail, par la justice qui fait agir comme autrui, par la fraternité avec les chefs souffrant, [80] et par le quotidien.

La paix revenue, la joie la fait oublier comme les discours des puissants flattant les soldats.

100 mots

 

 

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