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Servitude et soumission - sujet : résumé d'un texte d'Alain "Le rapport du maître à l'esclave"

 

Résumez le texte suivant en 100 mots (plus ou moins 10%). Vous indiquerez les sous totaux de 20 en 20 (20, 40, …) par un trait vertical et par le chiffre correspondant dans la marge. Vous indiquerez obligatoirement votre total exact à la fin de votre résumé.

 

Le rapport du maître à l’esclave est le nœud et le ressort de toute l’histoire. Hegel, merveilleusement pénétrant, s’est plu à faire jouer les mouvements d’attraction et de répulsion qui s’exercent entre ces deux espèces d’hommes ; car un des termes suppose l’autre et l’appelle, mais aussi l’éloigne de soi le plus qu’il peut, comme on comprend si l’on compare le bois de Boulogne au bois de Vincennes, ou les Champs-Élysées à Belleville. Alors se montre la dialectique la plus brillante, puisque l’esclave devient, par le travail, le maître du maître, tandis qu’au rebours le maître devient l’esclave de l’esclave. L’histoire nous fait voir sans fin le maître déposé et l’esclave couronné ; sans fin, car aucune couronne ne tient sur aucune tête. Le soldat juge le général, et le général ne juge point le soldat. Tout est mirage dans la pensée du maître, tout est vérité nue et sévère dans la pensée de l’esclave. Ainsi s’achève, par le vide en cette tête couronnée, le mouvement de bascule qui substitue le gouverné au gouvernant. Le moindre valet connaît mieux son maître que le maître ne connaît le valet. Cette différence se remarque aussi dans la connaissance qu'ils ont des choses, car l’oisiveté rend sot. Il n'est point de garde-chasse qui ne connaisse mieux que son seigneur les passages et les pistes. Et la servitude forme un caractère, par cette règle qu’il faut toujours travailler pour d’autres et donner plus qu’on ne reçoit.

La frivolité de l’élite effraye ; ils n’osent pas seulement former une sérieuse pensée ; mais ils regardent toujours où cela les mène ; c’est une danse des œufs ; et cela défait jusqu’à leur style. Ils ne savent plus se parler virilement à eux-mêmes. Ils n’osent pas. Ainsi le grand ressort s’use encore plus vite que les autres. Que l’on me montre une pensée de l’élite qui n’enferme pas une précaution contre cette pensée même. Et au contraire celui qui n’a rien n’a pas peur de penser ; il n’a pas, en ses réflexions, ce visage, comme a dit un auteur, du marchand qui perd.

Cette région des villes où l'on dîne en plastron blanc ne produit point de pensées. Ce que nous appelons la catastrophe de Pierre Hamp ([1]), et certes le mot n’est pas trop fort, vient de ce qu’il a passé sans précaution cette frontière. Et je vois que le même malheur, moins marqué parce qu’ils ont moins de force, arrive présentement à d'autres. Malheur de vivre en riche ; malheur plus grand d’être riche. L’art de persuader manque justement à ceux qui en ont besoin. Ils vont comme des aveugles ; et c’est par la pensée que le pouvoir périt. Savoir est le fait du pauvre.

Cet ordre renversé donc, qui porte en haut les têtes vides, je ne vois point du tout qu’il soit urgent de le redresser ; il suffit de le connaître. J’ai compté un bon nombre de têtes pensantes qui n’ont pas envié la mangeoire d’or. Et si l’élite véritable veut bien rester, si je peux dire, assise par terre, en cette situation d’où l’on ne peut point être déposé, j’aperçois une sorte d’équilibre qui peut durer longtemps, par ce jugement sans la moindre envie. Car, que les gouvernements soient faibles, c’est un mal que l’homme libre ne sent point du tout ; et le symbolique chapeau sur un bâton n’est point un si mauvais roi. On observe quelquefois une sorte de peur très comique dans le citoyen, quand il s’aperçoit qu’il n’est plus assez gouverné. Je ne crois pas que ce sentiment soit commun parmi ceux qui ont fait la guerre, je parle des esclaves. Qu’ils forment seulement les jeunes d’après cette coûteuse expérience, et tout ira passablement, sous le règne de Sa Majesté Chapeau Premier.

Alain, Propos sur des philosophes (1961 posthume), XLVI Le rapport du maître à l’esclave, 1er avril 1928.

 

 


([1]) 1876-1962, autodidacte aux nombreux métiers qui est devenu écrivain et inspecteur du travail. Il a écrit sur la condition ouvrière.

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Servitude et soumission - Corrigé d'un résumé d'Alain

Sujet

Il y a une force invincible dans tout homme, et déjà dans l’enfant, dès qu’il aperçoit que ses sentiments sont bien à lui, et que nul n’a pouvoir de les changer. Vertu est force ; et il n’y a point de vertu sans cette force-là. Toutefois les premiers effets de cette force d’âme, car c’est son nom, tournent souvent à mal. Nous sommes ainsi faits que le meilleur en nous est d’abord jugé fort mauvais ; par exemple si un enfant s’obstine et se ferme. Dès qu’il découvre en lui ce trésor du vouloir, qui n’est qu’à lui, aussitôt il s’arme ; et le premier effet est presque toujours une sorte de méchanceté ; car nul ne croit d’abord qu’il pourra sauver sa plus chère opinion sans violence, et la moindre discussion le fait bien voir. En sorte que ne point céder, qui est la plus belle chose, passe d’abord pour la plus laide. Et au contraire les moutons, qui n’ont point encore trouvé leur être, sont naturellement préférés, quand le berger serait l’homme le plus sage. C’est même le piège pour les sages, où ils se laissent prendre une fois ou l’autre, que d’estimer trop ceux qui croient et trop peu qui examinent ; trop peu aussi ceux qui refusent par principe, par crainte de ne plus savoir se défendre s’ils donnent entrée ; et ceux-là ne sont pas les pires.

C’est pourquoi il faut craindre la preuve, j’entends celle qu’on tient par le manche ; ce n’est toujours qu’une arme. Je me suis longtemps étonné de ce que les hommes fuient encore plus devant la bonne preuve que devant la mauvaise, et se ferment à l’évidence. Même de loin ; là-dessus ils sont rusés en proportion qu’ils sont instruits ; les meilleurs esprits sont justement ceux qui voient venir la preuve du plus loin, qui se mettent en alarme, et lèvent le pont. Ne vous pressez pas de conclure qu’un homme est sot ou endormi. Souvent il veille en son silence ; souvent il ne perd pas un seul de vos mouvements ; mais il fait le mort, comme les insectes. Cette pudeur d’esprit est belle. La liberté est alors estimée plus précieuse que la lumière et cela est dans l’ordre. Toutes les fois qu’on juge l’homme d’après sa forme extérieure non d’après ses discours, on juge bien. On perd son temps dans la société, si l’on ne fait continuellement ce genre de rectification. Pensez toujours que l’homme intérieur se donne un délai et renouvelle quelques serments à soi. N’allez pas comme un étourneau autour des chouettes de Minerve.

On n’apprécie pas toujours comme il faudrait ce genre de croyances sans jugement, et qui tiennent à la pratique. La coutume n’offense pas l’esprit. Pourquoi ? Parce qu’elle ne demande pas approbation. Par exemple la guerre ne se donne pas comme raisonnable ; aussi n’y a-t-il point un seul homme de guerre qui n’ait sévèrement jugé la guerre ; ce n’est qu’un état de fait. Mais au contraire la paix est une idée ; la paix demande approbation ; elle frappe indiscrètement au plus haut de l’esprit. Ici vous trouvez une étonnante résistance, et qui n’a rien de vil. Tel s’accommode d’une servitude volontaire qui ne voudrait point d’une liberté forcée. Ces soins de garde et de vigilance ajournent souvent l’examen de raison ; et beaucoup penseraient sagement si on les en pressait moins. En quoi il y a autre chose que cette animale impénétrabilité, que représente le crocodile par ses écailles ; toutefois ce n’est pas un petit inconvénient si, par l’insistance, on fait l’alliance de l’obstination animale et de l’humaine fermeté.

Il ne faut pas tellement se soucier de persuader. Nous croyons trop qu’une pensée n’est pas pensée si elle ne se rend à nos sommations. N’ayez pas peur. Le travail se continue en cet intérieur mobile ; il n’y a point d’argument perdu. La raison est un fait auquel tous ont part, par le refus, par le silence, par un genre de négligence. Que l’écrivain passe donc comme le veilleur, qui frappe un bon coup, et puis s’en va.

Alain, Esquisses de l’homme, XXXV Pudeur d’esprit, 22 novembre 1923 (1927).

 

Corrigé

Analyse du texte.

Alain commence par valoriser la force qui émerge chez l’enfant lorsqu’il comprend que ses sentiments sont à lui et que personne ne peut les changer. Il lui oppose ensuite l’appréciation négative qui en est faite parce qu’on la juge violente. Ce qui illustre ce point de vue que rapporte Alain et qu’il n’approuve pas, c’est la discussion ou débat. On récuse la fermeté dans l’opinion à tort selon lui. On préfère l’obéissance. Même les sages selon Alain se trompent en estimant trop les croyants et trop peu les chercheurs ou sceptiques, voire ceux qui procèdent à une remise en cause fondamentale. Ces derniers pour lui ont peur de ne pas savoir se défendre et Alain juge qu’ils ne sont pas les plus mauvais.

Il en déduit que la preuve est à craindre en tant qu’elle sert à combattre. Il marque l’étonnement qu’il avait de voir les hommes, même ceux qui avaient le plus de connaissance, se refuser à des preuves valables. Il refuse d’en déduire à leur bêtise. Il y voit plutôt une pudeur de l’esprit. Elle valorise la liberté qui est plus précieuse pour Alain que la connaissance. Il en infère qu’il faut juger les hommes sur les apparences en considérant qu’intérieurement l’homme patiente et se jure la vérité. Il exprime métaphoriquement l’idée qu’il ne faut pas être une sorte d’écervelé vis-à-vis de la sagesse.

Il explique ensuite que les croyances sont pratiques à la différence des pensées. Aussi il ne faut pas les juger comme ces dernières. Il l’illustre par la guerre qui est une pratique et la paix qui est une idée. Elle conduit à une résistance de sorte qu’il met sur le même plan le choix d’une servitude volontaire et une liberté contrainte. Il explique que l’absence de réflexion a pour source cette pression. Elle conduit à la fois à l’obstination et à une sorte d’inertie animale.

Il en tire comme leçon que persuader importe peu. Dans le silence, il y a un travail de l’esprit qui le fait accéder à l’universel, c’est-à-dire à la raison. Il en déduit un certain art de l’écriture qui consiste à frapper un coup et de continuer son chemin.

 

Un exemple de résumé.

La force de conviction, si bonne, est mal jugée. Elle serait source de violence comme dans le débat. On la [20] surestime.

Aussi craignons l’argument qu’on tient comme un couteau. Les hommes, même savants, reculant face au bon argument [40], m’ont toujours surpris. Ils ne s’obstinent pas, ils sont pudiques.

Il faut juger les croyances non comme des [60] pensées, mais comme des habitudes réelles. La soumission voulue vaut la liberté contrainte. Attaquer l’autre l’empêche de réfléchir ; [80] d’où obstination et inertie animale.

La persuasion est donc inutile à l’écrivain pour développer en chacun la raison.

100 mots

 

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Servitude et soumission - sujet : résumé d'un texte d'Alain et dissertation

Il y a une force invincible dans tout homme, et déjà dans l’enfant, dès qu’il aperçoit que ses sentiments sont bien à lui, et que nul n’a pouvoir de les changer. Vertu est force ; et il n’y a point de vertu sans cette force-là. Toutefois les premiers effets de cette force d’âme, car c’est son nom, tournent souvent à mal. Nous sommes ainsi faits que le meilleur en nous est d’abord jugé fort mauvais ; par exemple si un enfant s’obstine et se ferme. Dès qu’il découvre en lui ce trésor du vouloir, qui n’est qu’à lui, aussitôt il s’arme ; et le premier effet est presque toujours une sorte de méchanceté ; car nul ne croit d’abord qu’il pourra sauver sa plus chère opinion sans violence, et la moindre discussion le fait bien voir. En sorte que ne point céder, qui est la plus belle chose, passe d’abord pour la plus laide. Et au contraire les moutons, qui n’ont point encore trouvé leur être, sont naturellement préférés, quand le berger serait l’homme le plus sage. C’est même le piège pour les sages, où ils se laissent prendre une fois ou l’autre, que d’estimer trop ceux qui croient et trop peu qui examinent ; trop peu aussi ceux qui refusent par principe, par crainte de ne plus savoir se défendre s’ils donnent entrée ; et ceux-là ne sont pas les pires.

C’est pourquoi il faut craindre la preuve, j’entends celle qu’on tient par le manche ; ce n’est toujours qu’une arme. Je me suis longtemps étonné de ce que les hommes fuient encore plus devant la bonne preuve que devant la mauvaise, et se ferment à l’évidence. Même de loin ; là-dessus ils sont rusés en proportion qu’ils sont instruits ; les meilleurs esprits sont justement ceux qui voient venir la preuve du plus loin, qui se mettent en alarme, et lèvent le pont. Ne vous pressez pas de conclure qu’un homme est sot ou endormi. Souvent il veille en son silence ; souvent il ne perd pas un seul de vos mouvements ; mais il fait le mort, comme les insectes. Cette pudeur d’esprit est belle. La liberté est alors estimée plus précieuse que la lumière et cela est dans l’ordre. Toutes les fois qu’on juge l’homme d’après sa forme extérieure non d’après ses discours, on juge bien. On perd son temps dans la société, si l’on ne fait continuellement ce genre de rectification. Pensez toujours que l’homme intérieur se donne un délai et renouvelle quelques serments à soi. N’allez pas comme un étourneau autour des chouettes de Minerve.

On n’apprécie pas toujours comme il faudrait ce genre de croyances sans jugement, et qui tiennent à la pratique. La coutume n’offense pas l’esprit. Pourquoi ? Parce qu’elle ne demande pas approbation. Par exemple la guerre ne se donne pas comme raisonnable ; aussi n’y a-t-il point un seul homme de guerre qui n’ait sévèrement jugé la guerre ; ce n’est qu’un état de fait. Mais au contraire la paix est une idée ; la paix demande approbation ; elle frappe indiscrètement au plus haut de l’esprit. Ici vous trouvez une étonnante résistance, et qui n’a rien de vil. Tel s’accommode d’une servitude volontaire qui ne voudrait point d’une liberté forcée. Ces soins de garde et de vigilance ajournent souvent l’examen de raison ; et beaucoup penseraient sagement si on les en pressait moins. En quoi il y a autre chose que cette animale impénétrabilité, que représente le crocodile par ses écailles ; toutefois ce n’est pas un petit inconvénient si, par l’insistance, on fait l’alliance de l’obstination animale et de l’humaine fermeté.

Il ne faut pas tellement se soucier de persuader. Nous croyons trop qu’une pensée n’est pas pensée si elle ne se rend à nos sommations. N’ayez pas peur. Le travail se continue en cet intérieur mobile ; il n’y a point d’argument perdu. La raison est un fait auquel tous ont part, par le refus, par le silence, par un genre de négligence. Que l’écrivain passe donc comme le veilleur, qui frappe un bon coup, et puis s’en va.

Alain, Esquisses de l’homme, XXXV Pudeur d’esprit, 22 novembre 1923 (1927).

 

 

1) Résumez le texte suivant en 100 mots (plus ou moins 10%). Vous indiquerez les sous totaux de 20 en 20 (20, 40, …) par un trait vertical et par le chiffre correspondant dans la marge. Vous indiquerez obligatoirement votre total exact à la fin de votre résumé.

 

2) Dissertation :

« Tel s’accommode d’une servitude volontaire qui ne voudrait point d’une liberté forcée. »

En vous appuyant sur votre lecture des œuvres au programme, vous vous demanderez en quoi il est possible de soutenir cette réflexion d’Alain.

 

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programme de français et de philosophie 2016/2017

Classes préparatoires scientifiques

Programme de français et de philosophie - année 2016-2017

 

NOR : MENS1600411A

arrêté du 7-6-2016

MENESR - DGESIP A1-2

 

Vu code de l'éducation, notamment articles D. 612-19 à D. 612-29 ; arrêtés du 3-7-1995 modifiés ; arrêtés du 20-6-1996 modifiés ; arrêté du 7-1-1998 modifié ; arrêté du 3-5-2005 modifié ; arrêté du 12-5-2015 ; avis du CSE du 19-5-2016 ; avis du Cneser du 23-5-2016

 

Article 1 - L'enseignement de français et de philosophie dans les classes préparatoires scientifiques durant l'année scolaire 2016 - 2017 s'appuie notamment sur les thèmes suivants, étudiés à travers les œuvres littéraires et philosophiques précisées ci-après :

Thème 1 : « Le monde des passions »

1 - La cousine Bette (Honoré de Balzac)

2 - Andromaque (Jean Racine)

3 - Dissertation sur les passions (David Hume) - traduction Jean-Pierre Cléro - (éditions GF Flammarion)

Thème 2 : « Servitude et soumission »

1 - Discours de la servitude volontaire (La Boétie)

2 - Une maison de poupée (Ibsen) - traduction Eloi Recoing - Babel n°1400 (Actes Sud)

3 - Lettres persanes (Montesquieu)

 

Article 2 - L'enseignement de français et de philosophie dans les classes préparatoires de technologie industrielle pour techniciens supérieurs (ATS) durant l'année scolaire 2016 - 2017 s'appuie notamment sur le second thème de l'article 1er, à travers les œuvres mentionnées en 1 et 3 de ce thème.

 

Article 3 - L'arrêté du 12 mai 2015 relatif au programme de français et de philosophie des classes préparatoires scientifiques pour l'année 2015 - 2016, est abrogé à compter de la rentrée 2016.

 

Article 4 - La directrice générale de l'enseignement supérieur et de l'insertion professionnelle est chargée de l'exécution du présent arrêté.

 

Fait le 7 juin 2016

 

Pour la ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche et par délégation,

Pour la directrice générale de l'enseignement supérieur et de l'insertion professionnelle,

La chef de service de la stratégie des formations et de la vie étudiante,

Rachel-Marie Pradeilles-Duval

 

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