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L'aventure - corrigé d'un résumé d'un texte d'Alain "Penser est une aventure"

Sujet.

Résumez le texte suivant en 100 mots (plus ou moins 10%). Vous indiquerez les sous totaux de 20 en 20 (20, 40, …) par un trait vertical et par le chiffre correspondant dans la marge. Vous indiquerez obligatoirement votre total exact à la fin de votre résumé.

 

Une des puissantes formules de l’Eupalinos[1] est sur la Bête égyptienne ; sous ce nom j’entends aussi bien l’homme. « La ruse, les énigmes... Monstres de silence et de lucidité. » On trouve dans Hérodote[2] une idée déjà suffisante de ce régime des castes, où les plus grands crimes sont de manquer aux usages. Ces hommes ont vécu selon l’instinct, pensant leurs propres actes, et créant même l’instinct quand il manquait. Cette intelligence n’a donc plus d’autre fonction que de désapprouver ; d’où ces faces malveillantes, quoique impassibles. Ce genre de beauté fait peur. Mais il y a de l’Égypte partout ; partout quelque chose de ce refus de changer qui fait que l’animal est dieu. Quelle plus puissante image, alors, de la perfection, que ce crocodile qui se borne à lui-même ? Œil sévère, sans curiosité, mais non pas sans attention, comme on voit un chat.

J’ai souvenir d’assemblées où les dieux égyptiens se tenaient en cercle, et gardant leur être, chacun les pieds placés sur un petit carré de tapisserie. Les visages exprimaient toutes réserves à l’égard des inventions de tout genre, et qu’en bref rien n’était approuvé ni permis. Chacun a connu de ces conciles provinciaux, où les visages n’affirment qu’eux-mêmes. Non que les passions manquent en ces immobilités ; mais nocturnes comme celles des chats. Non point matière d’histoire, car l’institution couvre l’événement. Toute poésie et même tout langage revient à la forme ; l’idée se limite à l’être pour soi, et toutes les pensées sont coulées à fond. Par sa forme seulement l’animal exprime tout ce qu’il a à dire. L’homme de même, mais avec cette nuance qu’il pense cela même, et le signifie à toute la terre. C’est le royaume d’importance, où l’on ne rit point. Dogme, c’est trop dire ; car la preuve appelle discussion, comme on l’a assez vu, et l’athéisme commence avec la preuve ontologique[3]. Un Egyptien s’étonnerait de nos religions, toutes pleines d’invention et de dispute, et raisonnables par ce mouvement. Et nos croyants, à vrai dire, sont pleins de doute à l’égard de ce qui est, qui ne leur suffit point. La belle époque des religions est cet immobile culte de l’immobile, de l’immobile qui joue l’éternel. D’où ces pieds pris dans la masse et ces penseurs enchainés. Mais c’est trop de dire qu’ils sont méchants. Ou peut-être faut-il dire qu’il n’y a de bon que le généreux. Au reste il a fallu que cette idée même se montre, et le Sphinx, par le mélange de l’animal et de l’humain, dit assez et même dit tout. Quelquefois un naïf a plaidé pour quelque idée devant ces assemblées de Sphinx ; ces entretiens sont comme des déserts à traverser.

Penser est une aventure. Nul ne peut dire où il débarquera ; ou bien ce n’est plus penser. Cette sévère condition suffit pour retenir au rivage le dieu égyptien. Mais il n’est même pas spectateur ; plutôt rocher et promontoire ; car on ne pense pas à demi. La condition préalable de n’importe quelle idée, en n’importe qui, c’est un doute radical, comme Descartes[4] l’a bien vu. Non pas seulement à l’égard de ce qui est douteux, car c’est trop facile, mais, à l’égard de ce qui ressemble le plus au vrai ; car, même le vrai, la pensée le doit défaire et refaire. Si vous voulez savoir, vous devez commencer par ne plus croire, entendez ne plus donner aux coutumes le visa de l’esprit. Une pensée c’est un doute ; mais à l’égard de la coutume, il y a plus que doute ; car, quelque force qu’ait la coutume, et même si le penseur s’y conforme, la coutume ne sera jamais preuve. Peu d’hommes ont osé faire et maintenir cette difficile séparation. Pour l’ordinaire on pense par jeu, en surveillant du coin de l’œil la divinité égyptienne. Descartes aussi craint d’offenser les dieux ; mais écoutons bien ce qu’il dit ; « craignant (ce sont ses propres paroles) de déplaire à des hommes dont l’autorité ne peut guère moins sur mes actions que ma propre raison sur mes pensées »[5]. Toute la révolte et la plus redoutable, est dans cette virile formule, une des plus belles que je connaisse.

Alain, Propos sur la religion (1938), LVI Le dieu égyptien, propos du 29 octobre 1923.

 

 

Corrigé.

1) Analyse.

Alain veut montrer que penser n’est possible que par une rupture avec la coutume.

Dans le premier paragraphe, il met en lumière, en se référant implicitement à Valéry, le caractère de la religion égyptienne qui fige l’homme dans l’instinct, voire en fabrique un et trouve par conséquent dans la figure animale la forme des divinités. Il précise que la figure animale exprime un refus de changement qu’on trouve partout et pas seulement en Egypte.

S’appuyant sur son expérience personnelle, le philosophe indique qu’on trouve des assemblées d’hommes qui refusent tout changement, où prédomine la forme ou l’étiquette. Il compare alors l’animal à l’homme. Le premier exprime son être par sa forme, le second aussi à cette différence près qu’il pense et dit ce qu’il en est. Il ne s’agit même pas selon lui de croyance absolue. La raison qu’il expose est qu’elle invite à prouver, donc à discuter. Il l’illustre de façon paradoxale en faisant de la preuve ontologique par laquelle on démontre Dieu un début d’athéisme. Il distingue alors l’ancienne religion où il n’y avait ni dispute ni doute aux religions actuelles qui connaissent ces phénomènes. Il refuse de considérer les croyants comme immoraux sauf si on fait de la seule générosité la source du bien. La générosité elle-même a dû apparaître. Le sphinx symbolise alors la transition en tant qu’il mêle animalité et humanité. Il l’illustre par la représentation de quelqu’un qui a naturellement défendu une idée devant des humains se comportant en sphinx.

Alain donne une métaphore pour caractériser l’acte de penser : l’aventure. Il file la métaphore en indiquant qu’on ne sait où on fera escale. Il précise que pour penser, il faut refuser de croire, condition pour savoir. Un refus qui est un doute qui porte non seulement sur ce qui est douteux mais également sur ce qui est vrai que l’esprit doit faire et refaire à l’instar de Descartes. C’est contre la coutume que l’esprit doit aller plus loin que le doute. Le penseur peut la suivre mais la refuser comme croyance. Alain donne encore en exemple Descartes.

 

Remarque.

La générosité implique la volonté de faire le bien, ce qui présuppose de ne pas agir en se conformant à un ordre extérieur à soi. Dans la mesure où on en ferait la source de toute vertu, ce qu’a fait Descartes dans l’article 153 de son ouvrage Les passions de l’âme (1649), c’est-à-dire où on met au fondement de l’action morale la volonté comme principe dont on dispose et dont on est seul responsable, alors, qui fait de déterminations extérieurs les principes de l’action, refuse la générosité et par conséquent, fait preuve de méchanceté. Elle consisterait alors à ne pas user de sa volonté volontairement, dans une sorte de démission de la volonté.

 

2) Proposition de résumé.

En Egypte, la divinité prenait la figure de l’animal car l’instinct faisait la vie sociale. Cette Egypte, niant [20] toute transformation, est partout.

Des hommes montrant cette fixité animale, s’expriment aussi en êtres pensants mais en privilégiant la [40] forme. Aussi les anciennes religions ne disputaient-elles pas comme les actuelles. L’immobilité n’est pas immorale sauf par absence [60] de générosité. La pensée apparut avec un mixte d’animal et d’humain.

Penser, c’est gagner le grand large [80] sans savoir où arriver. C’est douter, même du vrai : savoir exclut de croire. Si on suit la coutume, il [100] faut que l’esprit la refuse toujours.

107 mots

 

 

[1] Alain fait référence à l’Eupalinos ou l’Architecte de Paul Valéry (1871-1945) de 1921 qu’il cite peu après.

[2] Hérodote (vers 484-vers 420 av. J.-C.), auteur des Histoires ou Enquêtes qui racontent les guerres entre les Grecs et les Perses. Cicéron l’a appelé le « père de l’histoire » dans le De legibus (Des lois, I, 1).

[3] On appelle « preuve ontologique » depuis la Critique de la raison pure (1781, 1787) de Kant (1724-1804), la preuve de l’existence de Dieu qui en déduit l’existence nécessaire de son concept dont l’origine se trouve dans le Proslogion (1077-1078) de Saint Anselme de Cantorbéry (1033-1109)

[4] Alain fait allusion à l’usage de doute par Descartes (1596-1650) qui remet tous les principes en cause afin de découvrir s’il y a ou non une vérité indubitable. Il le met en œuvre dans la quatrième partie du Discours de la méthode (1637), dans les Méditations métaphysiques (1641, 1642) et dans les Principes de la philosophie (1644).

[5] Alain cite approximativement le début de la sixième partie du Discours de la méthode de Descartes où il explique comment il a prudemment décidé de ne pas publier un traité de physique, Le Monde ou Traité de la lumière, où il voulait démontrer le mouvement de la Terre autour du Soleil et d’elle-même lorsqu’il a appris la condamnation de Galilée (1564-1642) en 1633 qui s’ensuivit de la publication par le scientifique italien de son Dialogue sur les deux plus grands systèmes du monde en 1632. Prudent, Descartes ne cite ni le nom de Galilée, ni la thèse litigieuse.

Les notes ne font pas partie du résumé.

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L'aventure - résumé d'un texte de Sartre extrait de La Nausée

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Je suis revenu sur mes réflexions d’hier. J’étais tout sec : ça m’était bien égal qu’il n’y eût pas d’aventures. J’étais seulement curieux de savoir s’il ne pouvait pas y en avoir.

Voici ce que j’ai pensé : pour que l’événement le plus banal devienne une aventure, il faut et il suffit qu’on se mette à le raconter. C’est ce qui dupe les gens : un homme, c’est toujours un conteur d’histoires, il vit entouré de ses histoires et des histoires d’autrui, il voit tout ce qui lui arrive à travers elles ; et il cherche à vivre sa vie comme s’il la racontait.

Mais il faut choisir : vivre ou raconter. Par exemple quand j’étais à Hambourg, avec cette Erna, dont je me défiais et qui avait peur de moi, je menais une drôle d’existence. Mais j’étais dedans, je n’y pensais pas. Et puis un soir, dans un petit café de San Pauli, elle m’a quitté pour aller aux lavabos. Je suis resté seul, il y avait un phonographe qui jouait Blue Sky. Je me suis mis à me raconter ce qui s’était passé depuis mon débarquement. Je me suis dit : « Le troisième soir, comme j’entrais dans un dancing appelé la Grotte Bleue, j’ai remarqué une grande femme à moitié soûle. Et cette femme-là, c’est celle que j’attends en ce moment, en écoutant Blue Sky et qui va revenir s’asseoir à ma droite et m’entourer le cou de ses bras. » Alors, j’ai senti avec violence que j’avais une aventure. Mais Erna est revenue, elle s’est assise à côté de moi, elle m’a entouré le cou de ses bras et je l’ai détestée sans trop savoir pourquoi. Je comprends, à présent : c’est qu’il fallait recommencer de vivre et que l’impression d’aventure venait de s’évanouir.

Quand on vit, il n’arrive rien. Les décors changent, les gens entrent et sortent, voilà tout. Il n’y a jamais de commencements. Les jours s’ajoutent aux jours sans rime ni raison, c’est une addition interminable et monotone. De temps en temps, on fait un total partiel : on dit : voilà trois ans que je voyage, trois ans que je suis à Bouville. Il n’y a pas de fin non plus : on ne quitte jamais une femme, un ami, une ville en une fois. Et puis tout se ressemble : Shanghaï, Moscou, Alger, au bout d’une quinzaine, c’est tout pareil. Par moments – rarement – on fait le point, on s’aperçoit qu’on s’est collé avec une femme, engagé dans une sale histoire. Le temps d’un éclair. Après ça, le défilé recommence, on se remet à faire l’addition des heures et des jours. Lundi, mardi, mercredi. Avril, mai, juin. 1924, 1925, 1926.

Ça, c’est vivre. Mais quand on raconte la vie, tout change ; seulement c’est un changement que personne ne remarque : la preuve c’est qu’on parle d’histoires vraies. Comme s’il pouvait y avoir des histoires vraies ; les événements se produisent dans un sens et nous les racontons en sens inverse. On a l’air de débuter par le commencement : « C’était par un beau soir de l’automne de 1922. J’étais clerc de notaire à Marommes. » Et en réalité c’est par la fin qu’on a commencé. Elle est là, invisible et présente, c’est elle qui donne à ces quelques mots la pompe et la valeur d’un commencement. « Je me promenais, j’étais sorti du village sans m’en apercevoir, je pensais à mes ennuis d’argent. » Cette phrase, prise simplement pour ce qu’elle est, veut dire que le type était absorbé, morose, à cent lieues d’une aventure, précisément dans ce genre d’humeur où on laisse passer les événements sans les voir. Mais la fin est là, qui transforme tout. Pour nous, le type est déjà le héros de l’histoire. Sa morosité, ses ennuis d’argent sont bien plus précieux que les nôtres, ils sont tout dorés par la lumière des passions futures. Et le récit se poursuit à l’envers : les instants ont cessé de s’empiler au petit bonheur les uns sur les autres, ils sont happés par la fin de l’histoire qui les attire et chacun d’eux attire à son tour l’instant qui le précède : « Il faisait nuit, la rue était déserte. » La phrase est jetée négligemment, elle a l’air superflue ; mais nous ne nous y laissons pas prendre et nous la mettons de côté : c’est un renseignement dont nous comprendrons la valeur par la suite. Et nous avons le sentiment que le héros a vécu tous les détails de cette nuit comme des annonciations, comme des promesses, ou même qu’il vivait seulement ceux qui étaient des promesses, aveugle et sourd pour tout ce qui n’annonçait pas l’aventure. Nous oublions que l’avenir n’était pas encore là ; le type se promenait dans une nuit sans présages, qui lui offrait pêle-mêle ses richesses monotones et il ne choisissait pas.

J’ai voulu que les moments de ma vie se suivent et s’ordonnent comme ceux d’une vie qu’on se rappelle. Autant vaudrait tenter d’attraper le temps par la queue.

Jean-Paul Sartre, La Nausée (1938).

 

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L'aventure - sujet et corrigé d'un résumé d'Alain Théologie de l'honneur

1) Sujet.

Résumez le texte suivant en 100 mots (plus ou moins 10%). Vous indiquerez les sous totaux de 20 en 20 (20, 40, …) par un trait vertical et par le chiffre correspondant dans la marge. Vous indiquerez obligatoirement votre total exact à la fin de votre résumé.

 

L’antiquité est l’âge des oracles ; l’idée fataliste pesait sur toutes les actions ; le héros attendait la colère comme un signe. L’idée moderne c’est l’idée chevaleresque de l’épreuve. J’ai pensé souvent à cet Anglais qui partait pour la France au temps de cette interminable guerre entre eux et nous, et qui jura à sa dame de se tenir l’œil droit bandé jusqu’à ce qu’il eût vaincu. En cette histoire, vraie ou fausse, on saisit clairement l’idée commune, de même que dans les contes. Cette idée est qu’il faut s’éprouver soi-même si l’on veut mériter le bonheur. Et je ne crois point du tout que cette idée soit théologique, car la théologie d’un temps est effet avant d’être cause ; l’immédiate religion ici est celle de l’honneur. Au reste il y a une théologie de l’honneur, en quelque sorte, j’entends un rituel et cérémonial, qui lui-même est effet et non cause. Ce qu’il y a de neuf dans l’homme moderne est qu’il se reconnait maître de lui ; c’est pourquoi ce qui reste encore des oracles lui semble inferieur et dégénéré. L’homme moderne est résolu contre le destin ; non pas résolu dans la résistance, comme le penseur ancien, mais résolu dans l’attaque. Il cherche la prise et le passage dans ce système mécanique qui l’entoure ; il veut passer ; il passe.

Deux fois le tranquille Descartes[1] fit la guerre. Sans passion aucune, autant que l’on peut savoir ; cet homme solitaire s’était délié de toutes les obligations extérieures. Seulement il devait à lui-même de ne pas rester spectateur ; cela n’était pas permis. Et cet homme de médiocre santé n’essayait pas alors sa force, comme aurait fait Ajax, mais plutôt sa puissance de vouloir. Tout à fait comme cet autre qui avait juré de tenir son œil droit fermé. Ce genre d’homme n’est guère moins redoutable qu’Achille.

Les guerres de notre temps ne résultent point d’un sauvage plaisir de se mettre en colère et de tuer. Voilà̀ ce qui les rend d’abord absurdes. La cause en est dans l’honneur et dans l’ennui, qui sont frères jumeaux. L’ennui saisit tous ceux qui vivent selon l’oracle extérieur ; quand le hasard apporterait tout ce qui est envié en ce monde, richesse, gloire, amour, ces dons splendides sont aussitôt décolorés sous le regard de l’homme libre. Il se sent indigne s’il ne veut et s’il n’agit. Mais, poussant cette idée plus près encore de lui-même, je dirais que, faute d’agir, il n’a point cette étincelle de vrai bonheur qui fait vivre l’autre bonheur ; c’est pourquoi il cherche l’aventure ; ainsi la plus sotte guerre sera encore faite, comme autrefois les duels de pure forme, non moins sauvages dans leurs effets que la mêlée homérique.

Lisant donc les choses humaines d’après cette idée, j’aperçois aussitôt que cette inexplicable pratique, je dis inexplicable dans l’apparence, doit produire d’elle-même l’excroissance théologique, construction extérieure. D’où est apparue la divinité de nos temps, que l’on nomme patrie. Joseph de Maistre[2] voulait dire que l’idée de l’épreuve suppose un Dieu, puisqu’elle serait absurde sans cette supposition. Par le même raisonnement les milliers de héros donnent existence à la patrie. Nul ne voudra croire, s’il ne regarde longtemps par là, que le héros soit obligé seulement à l’égard de lui-même. Dont le héros a bien quelque idée ; mais la théorie du héros est faite par le poltron. Selon mon opinion l’homme moderne qui part en guerre a peur de lui-même ; il se sent trainé ; il lui faut quelque dieu extérieur qu’il adore. Il devient patriote juste au moment où il ose, car oser ne lui semble pas naturel. C’est Bayard[3] qui découvre en lui la source du courage et qui n’en est que plus tranquille, menant alors toutes les forces avec lui ; il s’avance sans peur et sourit à la patrie comme à une fiction de ses rêves ; il se sent un peu jeune et un peu fou, comme Stendhal[4] le hussard sur son cheval.

Alain, Propos sur la religion (1938), XLV Théologie de l’honneur, propos du 14 décembre 1922.

 

2) Corrigé.

a) Analyse du texte et remarques.

Analyse du texte et remarques.

Alain veut montrer que l’homme moderne voulant s’éprouver cherche ainsi l’aventure, notamment guerrière qui lui fait créer une idole : la patrie.

Il oppose d’abord l’antiquité où régnait l’idée de destin à la modernité où prime l’idée d’épreuve. Il donne comme exemple d’épreuve l’histoire fictive ou réelle d’un anglais qui s’était bandé un œil pendant la guerre de cent ans jusqu’à ce qu’il gagne. Il l’interprète comme signifiant la pensée que le bonheur se mérite par l’épreuve. Il refuse l’explication par la religion car il estime qu’elle est toujours un effet. Même en tant que pratique. Alain donne comme trait spécifique de l’homme moderne l’affirmation de sa liberté et son refus des pratiques oraculaires. Il précise qu’il combat le destin directement et non simplement en résistant.

Il développe l’exemple de Descartes qui se fit militaire pour éprouver sa volonté et non sa force comme Ajax (cf. Remarque 1), un des héros du cycle troyen.

Il en déduit que les guerres modernes ont pour source l’honneur et comme ennemi l’ennui. Il en infère leur absurdité. Il explique que l’ennui provient du refus d’un bonheur reçu au profit d’un bonheur qu’on se donne. Alain en déduit le caractère moderne de la recherche de l’aventure.

De là il infère l’effet théologique propre aux temps modernes, à savoir la patrie. Pour que l’épreuve ait un sens, explique-t-il en reprenant un raisonnement de Joseph de Maistre, il faut présupposer Dieu (Remarque 2). C’est de la même manière que les soldats donnent l’existence à la patrie. La raison en est selon lui que c’est cette idée qui permet de surmonter la peur de lui-même que ressent l’homme moderne. Alain illustre cette idée en faisant référence au chevalier Bayard et au jeune Stendhal.

 

Remarque 1.

Il y a deux Ajax. Premièrement, le fils de Télémon, chef du contingent de Salamine (Iliade, II, v.557-558 mais on soupçonne les Athéniens d’avoir introduit ces vers), grand guerrier mort à Troie (cf. Odyssée, III, v.109 ; XI, v.543-551 ; XXIV, 17). Il s’est suicidé – selon une tradition postérieure – suite à la victoire d’Ulysse sur lui pour prendre les armes d’Achille. Deuxièmement, le fils d’Oïlée, chef des Locriens (Iliade, II, 527-535), petit guerrier mort pendant son retour (νόστος, nostos) (cf. Odyssée, IV, v.499-510 ou 511).

Remarque 2.

Pour Joseph de Maistre, penseur catholique, il s’agit d’une sorte de preuve de l’existence de Dieu alors qu’Alain utilise l’argument pour montrer le caractère vide de l’idée de patrie.

 

b) Proposition de résumé.

L’homme antique sentait le poids du destin alors que l’homme moderne chercher à s’éprouver. Ce n’est [20] pas religion car elle est effet. C’est le culte de l’honneur. L’homme moderne se reconnaît libre. Il [40] combat donc le destin au lieu de seulement lui résister comme l’homme antique.

Les guerres modernes ont pour source [60] l’honneur et l’ennui car l’homme moderne veut conquérir son bonheur. Aussi cherche-t-il l’aventure.

De là [80] découle la religion moderne de la patrie. S’effrayant lui-même, il se crée ainsi une idole qui lui donne [100] le courage de l’épreuve.

105 mots

 

 

[1] 1596-1650, mathématicien, physicien et philosophe français. Après ses études à la faculté de Poitiers et après un entraînement physique pour affermir une santé chancelante, il s’engagea, au début de la guerre de Trente ans, comme mercenaire en 1619 dans l’armée du prince de Nassau (1567-1627) puis dans celle de l’électeur de Bavière Maximilien 1er (1573-1651) et en 1621 dans l’armée du comte de Bucquoy (1571-1621).

[2] 1753-1821, écrivain contre-révolutionnaire.

[3] 1475-1524, le chevalier sans peur et sans reproche des guerres d’Italie.

[4] 1783-1842, de son vrai nom Henri Beyle, un temps soldat de Napoléon, écrivain, auteur notamment des romans Le rouge et le noir (1830) et La chartreuse de Parme (1839).

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L'aventure Jankélévitch : oeuvres

Œuvres.

Henri Bergson, 1931 ; L’odyssée de la conscience dans la dernière philosophie de Schelling, Valeur et signification de la mauvaise conscience, 1933 ; L’ironie, 1936 ; L’alternative, Gabriel Fauré et ses mélodies, 1938 ; Maurice Ravel, 1939 ; Du mensonge, Le Nocturne, 1942 ; Le Mal, 1947 ; Dans l’honneur et la dignité, 1948 ; Traité des vertus : tome 1 Le sérieux de l’intention, tome 2 Les vertus et l’amour, tome 3 L’innocence et la méchanceté, 1949 ; Debussy et le mystère de l’instant, 1949 ; Gabriel Fauré, ses mélodies, son esthétique, 1951 ; L’Austérité et le Mythe de la pureté morale ; Philosophie première. Introduction à une philosophie du presque, 1954 ; La Rhapsodie. Verve et improvisation musicale, 1955 ; L’austérité et la vie morale ; Ravel, 1956 ; Le Je-ne-sais-quoi et le Presque-rien : tome 1 La Manière et l’occasion, tome 2 La Méconnaissance, le malentendu, 1957 ; Le pur et l’impur, 1960 ; La Musique et l’ineffable, 1961 ; L’aventure, l’ennui, le sérieux, 1963 ; La mauvaise conscience, La mort, 1966 ; Le pardon, 1967 ; La vie et la mort dans la musique de Debussy, 1968 ; Pardonner ?, 1971 ; L’irréversible et la nostalgie, Fauré et l’inexprimable, De la musique au silence, tome 1, 1974 ; L’occasion et l’aphoristique, 1975. De la musique au silence, tome 2 Debussy et le mystère de l’instant, 1976 ; Quelque part dans l’inachevé. Entretiens avec Béatrice Berlowitz, 1978 ; De la musique au silence, tome 3 Liszt et la rhapsodie. 1, Essai sur la virtuosité, 1979 ; Le Je-ne-sais-quoi et le Presque-rien : 3. La volonté de vouloir, 1980 ; Le paradoxe de la morale, 1981 ; La Présence lointaine : Albéniz, Séverac, Mompou, 1983 ; Sources, 1. Lectures : Tolstoï, Rachmaninov. 2. Ressembler, dissembler. 3. Hommages : X. Léon, J. Wahl, L. Brunschvicg, 1984.

 

Posthumes

L’Imprescriptible : Pardonner ? Dans l’honneur et la dignité, 1986 ; La Musique et les heures. Satie et le matin, Rimski-Korsakov et le plein midi, Joie et tristesse dans la musique russe d’aujourd’hui. Chopin et la nuit, Le Nocturne, 1988 ; Le Temps du non, Psycho-analyse de l’antisémitisme, 1989 ; Premières et dernières pages. Avant-propos et bibliographie de Françoise Schwab, 1994 ; Penser la mort ? Avant-propos et dir. éditoriale de Françoise Schwab, 1994 : Recueil d’entretiens avec Daniel Diné, Georges Van Hout et Pascal Dupont, 1967-1975 ; Une vie en toutes lettres : lettres à Louis Beauduc [1903-1980], 1923-1980. Éd. établie, préf. et annot. par Françoise Schwab, 1995 ; Plotin, Ennéades I. 3. Sur la dialectique, Philosophie morale (Flammarion) qui reprend : La mauvaise conscience (1966), Du mensonge (1945), Le Mal (1947), L’Austérité et la vie morale (1956), Le Pur et l’Impur (1960), L’Aventure, l’Ennui, le Sérieux (1963), Le Pardon (1967), Liszt, rhapsodie et improvisation, 1998 ; en 2005, sa thèse de doctorat, L’Odyssée de la conscience dans la dernière philosophie de Schelling est rééditée ; Cours de philosophie morale : notes recueillies à l’Université libre de Bruxelles, 1962-1963. Texte établi, annoté et préfacé par Françoise Schwab, 2006.

 

 

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L'aventure - petite biographie de Jankélévitch

Vladimir Jankélévitch est né à Bourges le 31 août 1903. Son père, Samuel (1869-1951), né à Odessa (actuellement en Ukraine), a émigré en France à cause des lois discriminant les Juifs dans l’empire russe de 1882 sans compter les pogroms encouragés par les Tsars Alexandre III (1845-1881-1894) puis Nicolas II (1868-1894-1917-1918). Étudiant la médecine à Montpellier, il rencontre son épouse Anna Ryss, elle-même originaire de Rostov (Russie) qui devient aussi médecin. Ils ont trois enfants : Ida (future femme du poète Jean Cassou), Vladimir et Léon (futur diplomate). Son père est un traducteur (allemand, anglais, russe, italien), notamment de Freud (1856-1939), des philosophes Schelling (1775-1854) et Hegel (1770-1831). En 1904, ses parents lui obtiennent la nationalité française. Une tante réfugiée, professeur au conservatoire, lui apprend le piano. Il sera autant musicien et musicologue que philosophe. Il entre à l’École Normale Supérieure en 1922. Il étudie la philosophie. Il a pour professeur Léon Brunschvicg (1869-1944). Il rencontre Bergson (1859-1941) en 1923. En 1924, Jankélévitch publie un article où il défend l’œuvre de Bergson. En 1926, il est reçu 1er à l’agrégation.

De 1927 à 1932, il enseigne à l’Institut français de Prague. Il rédige ses thèses, la principale, L’Odyssée de la conscience dans la dernière philosophie de Schelling et la complémentaire, Valeur et signification de la mauvaise conscience qu’il publiera. Avant cela, il fait publier son Henri Bergson en 1931 et sa thèse complémentaire, Valeur et signification de la mauvaise conscience.

En 1933, il publie sa thèse : L’Odyssée de la conscience dans la dernière philosophie de Schelling. De retour en France, il enseigne en lycée avant d’enseigner à l’université de Toulouse à partir de 1936, puis en 1938, à celle de Lille.

En 1940, le régime de Vichy lui retire sa nationalité française et son poste. Il entre dans la clandestinité à Toulouse et s’engage dans la résistance. Il fait venir sa famille à Toulouse. Après la guerre, il reprochera à Jean-Paul Sartre (1905-1980) de ne pas s’être réellement engagé alors qu’il théorisait sur l’engagement (allusion dans L’aventure, l’ennui et le sérieux, chapitre I, p.129, GF Flammarion).

C’est en 1947 qu’il retrouve son poste de professeur à Lille. Puis de 1951 à 1979, il est professeur titulaire de la chaire de philosophie morale à Paris-Sorbonne.

En 1965, Jankélévitch s’insurge contre l’idée que les crimes nazis puissent être prescrits.

En 1968, il est aux côtés des étudiants dans leur révolte. En 1979, il participe aux États généraux de la philosophie initié par le philosophe Jacques Derrida (1930-2004) pour sauver l’enseignement de la philosophie en terminale, menacée par le pouvoir giscardien. Il déclare alors : « Laissez-vous réformer ! Laissez-vous faire ! Vous ne sentirez rien ! Un beau matin vous vous réveillerez et il n'y aura plus de philosophie...On vous l'aura enlevée dans votre sommeil ; sans que vous vous en aperceviez ».

Il meurt le 6 juin 1985 à Paris.

 

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Programme de français et de philosophie 2017-2018

BULLETIN OFFICIEL N°26 DU 20 JUILLET 2017

Programme de français et de philosophie - année universitaire 2017-2018

NOR : ESRS1700064A

arrêté du 12-7-2017

MEN - MESRI - DGESIP A1-2

 


Vu code de l’éducation, notamment articles D. 612-19 à D. 612-29 ; arrêtés du 3-7-1995 modifiés ; arrêtés du 20-6-1996 modifiés ; arrêté du 7-1-1998 modifié ; arrêté du 3-5-2005 modifié ; arrêté du 7-6-2016 ; avis du Cneser du 18-4-2017 ; avis du CSE du 29-6-2017,


Article 1 - L'enseignement de français et de philosophie dans les classes préparatoires scientifiques durant l'année scolaire 2017-2018 s'appuie notamment sur les thèmes suivants, étudiés à travers les œuvres littéraires et philosophiques précisées ci-après :

Thème 1 : « Servitude et soumission »

1. Discours de la servitude volontaire (La Boétie)

2. Une maison de poupée (Ibsen) - traduction Eloi Recoing - Babel n° 1400 (Actes Sud)

3. Lettres persanes (Montesquieu)

Thème 2 : « L'aventure »

1. L'aventure, l'ennui, le sérieux (Vladimir Jankélévitch) - Chapitre 1 - collection GF

2. L'Odyssée (Homère) - traduction Philippe Jaccottet - éditions La découverte/Poche

3. Au cœur des ténèbres (Joseph Conrad) - traduction Jean-Jacques Mayoux - collection GF

 

Article 2 - L'enseignement de français et de philosophie dans les classes préparatoires de technologie industrielle pour techniciens supérieurs (ATS) durant l'année scolaire 2017-2018 s'appuie notamment sur le thème 2 défini à l'article 1er du présent arrêté, à travers les œuvres mentionnées en 1 et 2 de ce thème.

 

Article 3 - L'arrêté du 7 juin 2016 relatif au programme de français et de philosophie des classes préparatoires scientifiques pour l'année 2016-2017, est abrogé à compter de la rentrée universitaire 2017.

 

Article 4 - Le chargé des fonctions de directeur général de l'enseignement supérieur et de l'insertion professionnelle est chargé de l'exécution du présent arrêté qui sera publié au Bulletin officiel de l'éducation nationale et au Bulletin officiel de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation.

 

Fait le 12 juillet 2017

 

Pour la ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation et par délégation,

Pour le chargé des fonctions de directeur général de l’enseignement supérieur et de l’insertion professionnelle par intérim,

Le chef de service de la stratégie des formations et de la vie étudiante,

Rachel-Marie Pradeilles-Duval

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