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Corrigé d'un résumé Alain L'oracle 19 avril 1921

1) Sujet.

Résumez le texte suivant en 100 mots (+ ou – 10%). Vous indiquerez les sous-totaux de 20 en 20 (20, 40, 60 …) dans la marge et le nombre total de mot à la fin de votre résumé.

 

Les récits d’Hérodote sont presque ridicules. Il n’était pas un peuple de Grèce ou d’Asie Mineure, en ce temps-là, qui, avant de rien entreprendre, ne consultât l’oracle delphien. Dont témoignaient des offrandes innombrables et magnifiques. Et l’historien reconnaît, ce qui est assez clair par son récit, que l’oracle n’était compris de personne et ne se comprenait pas lui-même. Aussi agissaient-ils selon les passions et selon l’occasion. L’oracle les en avertissait, par son inscription préliminaire : « Connais-toi », qui éclaira Socrate et tant d’autres jusqu’à nous. Et cette sagesse s’accorde avec cette folie. Ces histoires ne sont point de sauvages, ni étrangères, mais tout près de nous, et familières ; comme d’une enfance à nous, mais déjà éduquée et politique ; sans grimace ni contrainte ; chaque détail répond à tout le reste, comme en leurs statues. Quelqu’un me disait un jour : « En cette antiquité grecque, tout est composé et complet ; le moindre fragment est l’image de l’ensemble ; c’est le modèle de toute pensée ; et qui dira pourquoi ? » Au sujet des oracles, je comprends à peu près pourquoi.

Un homme qui dort sait tout, dans un sens. Il est au centre des choses et ne perd rien de leurs mouvements. Il les entend toutes et reçoit par des chocs de l’air et par tant d’autres chocs le retentissement de tout ce qui est dit et fait sous la voûte du ciel. Nos observatoires divisent et choisissent, mesurant ici le poids de l’air, ailleurs la vitesse du vent, ailleurs l’eau invisible, ailleurs les secousses de la terre, ailleurs les ondes hertziennes ; et cette connaissance, si incomplète qu’elle soit, de ce qui est, n’est pas de petite importance si l’on veut conjecturer sur ce qui sera. Mais l’homme qui dort reçoit tout ensemble ; et le moindre mouvement de son corps exprime tout cet univers, mêlé aux événements du corps humain lui-même. Il est vraisemblable que les songes qui sont comme des perceptions naïves et non choisies, expriment autant les bruits et changements alentour, forts ou faibles, que les mouvements et troubles de la vie. Mais qui peut se souvenir d’un songe tel qu’il fut ? Nous appelons songe ce qui est déjà une traduction du songe. Toutefois c’est un sentiment juste que le sentiment universel et assuré qu’il y a quelque chose à deviner dans un songe.

Une Pythie, une Sibylle, un Prophète sont des rêveurs aussi, qui rêvent non point pour eux-mêmes, mais pour nous. Ainsi ils ne traduisent pas, mais expriment directement, par la voix, le geste et l’attitude, l’univers indivisible qui retentit dans leur corps ; d’abord l’univers proche, et de proche en proche l’univers autour d’eux, au delà de toute limite assignable, comme un physicien le peut comprendre aujourd’hui. Mais quand je dis d’abord, de proche en proche, loin et près, je parle en physicien. En ce corps sensible, tout est ensemble ; rien n’est loin ni près, puisque tout est mouvement en lui et réaction en lui. Et puisque l’avenir dépend du présent, il suffit que la Sibylle parle et s’agite sans aucun choix pour que je sois assuré que ce qui m’intéresse et que j’ignore, est enfermé dans ce tumulte prophétique. Mais comment déchiffrer cela ? Ni la Pythie, ni Socrate, ni personne ne le peut ; plutôt y deviner d’abord ce qui plaît ; y retrouver ensuite la prédiction après l’événement. D’où ces consultations de Mages, et ces ruses à l’égard de l’oracle, qui n’altèrent point le respect. Aller à l’oracle, c’est chercher une raison de décider quand on n’en voit pas. Celui qui décide par instinct se livre en quelque sorte à la nature et tente de s’accorder avec elle. Mais il perd en cela la direction de ses pensées. Au contraire s’il interroge le rêveur, s’il l’écoute, il peut encore choisir. Du moins il se donne des raisons qui seront des excuses ensuite, s’il s’est trompé ; il est surtout commode de rejeter la responsabilité sur un personnage divin. Ces détours et retours, ce mouvement sinueux, cet entrelacement de naïveté et de prudence, d’absurde et de raisonnable, dessine mieux l’homme réel que ne font ces prédictions des contes, en langage clair, inflexibles, abstraites, sans esprit. Il y a plus de maturité et de vraie sagesse déjà en cette crédulité hellénique, que le doute suit aussitôt et toujours comme son ombre. Et le plus profondément vrai en ces oracles est que nul ne sait les lire, non plus que celui qui les rend. Par quoi l’inscription delphique s’accorde au temple et au trépied. C’est bien le corps d’un homme, et c’en est bien le front.

Alain, Esquisses de l’homme (1927), XXI « L’oracle »,19 avril 1921.

 

2) Remarques sur le texte.

Alain commence par soulever le problème qu’il veut résoudre. Il concerne les oracles, et notamment celui de Delphes. Le paradoxe c’est que si l’oracle était consulté pour les décisions par les Grecs mais aussi d’autres peuples de l’Antiquité, ce n’était pas pour sa clarté puisque son obscurité était reconnue de tous. Là se situe les histoires ridicules d’Hérodote (~484-420 av. J-C., considéré comme le « père de l’histoire »). Et l’inscription célèbre « connais-toi » ou « connais-toi toi-même » prévenait ceux qui comprennent, les sages, de cette obscurité. Dès lors, cette sagesse et cette folie jointes doivent être expliquées. Mieux, Alain évoque l’admirable cohérence du monde antique, monde proche de nous. Il va donc tenter de rendre compte de ce caractère de l’oracle d’être l’expression d’une certaine cohérence.

Le premier élément d’explication est qu’un homme qui dort sait tout parce que tout agit sur lui. Il ne sépare pas les différentes régions ou les différents genres de choses comme dans les sciences. Dès lors, le rêve qui a lieu dans le sommeil est l’expression de tout ce qui se passe dans l’univers. Le songe dont nous nous souvenons est déjà une reconstitution de ce rêve fondamental.

Il ne reste plus à l’auteur qu’à préciser le rapport avec le sujet. Il réside dans le fait que tous les diseurs d’oracles rêvent pour les autres. Ce qu’ils disent exprimant tout l’univers, exprime aussi le futur, celui qu’inquiète ceux qui viennent les consulter et qui leur accordent foi. Leur prédiction est donc en un sens certaine. Avec cette limite que leur propos est obscur puisqu’il dit tout indistinctement. Le sujet doit donc choisir dans ce qui est dit. Dès lors, il peut ainsi ne pas se décider par instinct. L’oracle en libère et rend possible une certaine liberté. Il donne des raisons d’agir à qui n’en a pas à cause de l’incertitude de l’avenir. Il permet même de se disculper sur le divin en cas d’échec. On doit comprendre que la culpabilité est un frein à la libre décision.

Dès lors Alain peut conclure que l’oracle de Delphes avec ses prédictions obscures et son précepte si lumineux, « connais-toi toi-même », exprime ce qu’est l’homme réel. Comprenons un mélange de corps et d’âme, de folie et de sagesse : là est l’admirable de l’oracle de Delphes.

 

2) Proposition de résumé.

Hérodote nous prévient que le célèbre oracle de Delphes était obscur à lui-même. Le « connais-toi » l’indiquait. Ce (20) mixte de lucidité et d’aberration se comprend ainsi.

Endormi, l’homme perçoit tout l’univers que la physique sépare (40) en faits. Les songes traduisent cette perception. Les oracles rêvent pour nous. Le présent étant gros de l’avenir, ils (60) le prédisent mais nul ne peut déchiffrer le sien. Consultant l’oracle, on se donne des motifs pour choisir, on (80) rompt avec le désir, voire on se disculpe. L’oracle et la devise de Delphes expriment donc tout l’homme.

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