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L'argent - Sujet et corrigé d'un résumé d'Alain "Mon objection contre l'argent" propos du 1er mars 1934

1) Le texte d’Alain.

Résumez le texte suivant en 100 mots (+ ou – 10%). Vous indiquerez les sous-totaux de 20 en 20 (20, 40, 60 …) dans la marge et le nombre total de mot à la fin de votre résumé.

Ma grande objection à l’argent, c’est que l’argent est bête. Ne regardez point par là, ou bien vous perdrez l’esprit. La jeunesse, telle que je la vois et telle que je l’entends, a certainement juré de n’être pas bête ; et sachez bien que n’être pas bête est une affaire de volonté. Je ne sais qui a sur ce sujet brouillé les cartes, distinguant dans les hommes ceux qui sont doués et ceux qui ne le sont pas. Dans le fait il s’agit de choisir entre l’esprit et la puissance ; et toute puissance ayant besoin d’argent, il s’agit de choisir entre l’esprit et l’argent. Un homme de coupons et d’affaires se condamne à n’avoir que des opinions sur lesquelles il gagne ; c’est dire qu’il attelle son esprit à sa fortune. Honneur, au contraire, en tous pays, à n’importe quel artisan ou artiste ou jugeur qui jamais n’hésitera entre le profit d’argent et le travail bien fait. Il y a assez grand nombre de ceux-là pour que l’esprit de pauvreté soit enfin roi.

Un vieil ami à moi, qui m’a beaucoup appris, que j’ai admiré, que je n’ai pas imité, était royaliste, bonapartiste, boulangiste, selon l’occasion, me montrant toujours, au sommet des choses humaines, la frivolité, le luxe, le brillant, comme les seules choses qui méritent qu’on les loue et qu’on les serve. Il savait bien ce qu’il voulait, et il le disait ; mais il avait eu aussi la précieuse chance de ne pas réussir, ce qui fit qu’il resta grand liseur et bon raisonneur. Depuis, dans nos générations et dans celles qui suivirent, j’en ai vu un bon nombre qui ont pris à un moment le chemin du foie gras et de la salle de bains ; les uns volontairement, les autres par un hasard qu’ils n’ont pas repoussé. De toute façon je les ai vus décapités, parlant du ventre, et disant et écrivant alors ce qu’on pouvait attendre d’un ventre. Or, regardant ces vivantes terrines cachetées, et l’esprit qu’elles promènent dans le monde où l’on mange, je les ai trouvées trop punies. Aucun homme n’est heureux de soi que par pauvreté et liberté, qui vont ensemble. Et, parce que chacun souhaite que la politique autour de lui ressemble à sa propre et intime politique, l’homme libre ne jugera pas mal d’un ministère d’après une suffisante proportion d’étranges pardessus et de pantalons aux genoux gonflés. Cette négligence est déjà noblesse à nos yeux.

Cette sorte de jugement illumine en éclair la bataille qui se livre entre l’esprit et l’argent. Cette bataille est plus belle qu’on ne dit. Car il semble quelquefois que l’esprit soit tout simplement battu ; mais c’est bien autre chose ; l’esprit n’a jamais cessé d’asséner son mépris sur des sacs d’écus qui, au contraire, seraient volontiers polis et protecteurs des lettres. Et je n’ai point remarqué que l’argent demande jamais respect ; bien plutôt il demande indulgence, et bien vainement. Si donc quelqu’un se sent gouverné par l’argent, qu’il ne cherche pas loin de lui-même ; il remarquera que c’est lui qui, de ses propres mains, tient le bout de la chaîne ; c’est qu’il aime l’argent. Alors, oui, tout est perdu pour la liberté, pour la justice, pour la paix ; non pas que Monseigneur l’Argent soit plus qu’un autre injuste ou méchant ; mais c’est que Monseigneur l’Argent est bête. Laissez-le faire, il se détrône lui-même.

Corrompre, ce n’est qu’enrichir. Aucune maladie, à mon sens, n’a été et n’est encore grave, que cet enrichissement des serviteurs de l’État, qui a marché de pair avec la multiplication des ingénieurs de plus de cent mille. Cette simple invasion de prospérité a déporté le jugement humain de Solon (1) à Crésus (2). Nous revenons de là. Et j’avoue que je ne crains pas de nous voir un peu nus. Toute pensée et toute justice vient de pauvreté générale, et non point de richesse générale. Et le premier article d'un socialisme quelconque devrait être : « Tout le monde pauvre », et non pas « Tout le monde riche », comme a fini par dire la Timbale de foie gras, toujours fidèle au Socialisme autant qu’elle pouvait, et ce n’était guère.

Alain, Propos d’économique, LXXXVIII Ma grande objection à l’argent, 1er mars 1934, Paris, Gallimard, 1934.

Notes :

(1) ~640-~558 av. J.-C., homme d’État, législateur et poète athénien, un des sept sages selon la liste de Platon dans le Protagoras (343a). Riche commerçant, il eut à résoudre le problème des dettes des citoyens pauvre


s. Ses lois passèrent pour avoir fonder une démocratie modérée à Athènes.

(2) Né en ~596 av. J.-C., roi de Lydie entre 561 à 547, célèbre par ses richesses, il reçut Solon. Il lui montra avec orgueil ses possessions et se vanta son bonheur. Solon lui répliqua : « N’appelons personne heureux avant sa mort. » Après qu’Atys son unique fils mourut dans un accident de chasse, il fut vaincu par le Perse Cyrus qui dressa un bûcher pour le brûler. Il s’écria : « Ô Solon, Solon ! ». S’étant fait expliquer cette parole, Cyrus lui laissa la vie sauve en en reconnaissant la sagesse (cf. Hérodote, Histoires, livre I).

Notes de Bégnana : ne pas en tenir compte dans le résumé.

 

2) Remarques sur le texte.

Ce propos d’Alain est une critique politique de l’argent. On pourrait dire qu’il s’oppose au fameux slogan qu’on attribue à Guizot (1787-1874) : « Enrichissez-vous ». Autrement dit, c’est faire de l’argent un but politique auquel Alain s’oppose.

Son premier argument est la bêtise ou stupidité de l’argent. Autrement dit, l’homme a le choix entre l’esprit et l’argent. Car, qui veut l’argent devra renoncer à penser. Il lui faudra se couler dans le moule des opinions qui lui permettent de gagner de l’argent. Bref, il lui faudra ne pas penser. Qu’est-ce que la bêtise, si on comprend Alain ? Renoncer à penser pour un être capable de penser. À l’inverse, nombreux sont ceux qui préfèrent l’œuvre à l’argent et qui peuvent permettre à la pauvreté d’être recherchée comme une valeur.

Alain présente une anecdote personnelle, celle d’un de ses amis aimant la fortune et qui eut la chance de ne pas l’obtenir. Il put continuer à penser. Quant à tous ceux qui firent fortune par volonté directe ou indirecte, Alain estime que leur réussite est leur punition puisqu’ils ont obtenu l’argent et donc la soumission. Il en déduit que la pauvreté rend possible la liberté et le bonheur. C’est ainsi qu’on doit politiquement juger.

Dès lors, dans le combat de l’esprit et de l’argent qui découle de leur antagonisme, la victoire apparente est à l’argent mais en réalité la victoire doit revenir à l’esprit. C’est que l’argent ne peut vaincre que par la volonté qui s’y soumet. En outre, il n’implique jamais le respect, c’est-à-dire n’est jamais une valeur absolue comme l’esprit. C’est en quoi l’argent est bête pour Alain.

La corruption politique réside dans l’enrichissement et non dans le simple enrichissement illégal. L’enrichissement des serviteurs de l’État est donc un renversement des valeurs symbolisé par le primat de Crésus, l’homme de la richesse sur Solon, l’homme de la sagesse. Alain en déduit que le socialisme doit prôner la pauvreté de tous et non comme le socialisme de son époque – et de la nôtre – l’enrichissement de tous.

 

3) Proposition de résumé.

Mon argument contre l’argent est sa stupidité. Qui veut le pouvoir combat l’esprit et choisit l’argent. Le [20] voilà préjugeant pour vendre. Assez préfèrent la belle œuvre pour que l’esprit gouverne. Un ami admirant le clinquant resta [40] pauvre par chance et intellectuellement riche. Trop nombreux pensent par l’estomac. Les malheureux ! La liberté juge positivement la pauvreté. [60] Ainsi l’esprit combattant l’argent perd apparemment car l’argent est indigne. Il enchaîne qui le veut. Sa stupidité [80] le perd. L’enrichissement est la corruption des gouvernants. Le vrai socialisme exige donc la pauvreté et non le caviar.

100 mots

 

Kalinke 09/11/2009 21:56


Excellent travail !! Grâce à toi, j'ai réussi à cerner le texte comme il le fallait.
PS : seul point noir, ton niveau de langage est tel qu'il m'est difficile de te comprendre dans le résumé. ^^ , je dois donc progresser.
A+