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La parole - Citations

Simple et vrai en actions et en paroles, Dieu ne change pas de lui-même et il ne trompe les autres, ni par des fantômes, ni par des discours, ni par des signes envoyés de lui dans la veille ou dans les rêves.

Platon, La république, livre II.

 

Prouve tes paroles par tes actes.

Sénèque, Lettres à Lucilius, Lettre 20 (1er siècle).

 

Quant au langage, on ne doit pas estimer que les âmes s’en servent, en tant qu’elles sont dans le monde intelligible ou en tant qu’elles ont leur corps dans le ciel. Tous les besoins ou les incertitudes qui nous forcent ici bas à échanger des paroles, n’existent point dans le monde intelligible ; les âmes agissant d’une manière régulière et conforme à la nature n’ont ni ordre ni conseil à donner ; elles connaissent tout les unes des autres par simple intelligence. Même ici-bas, sans que les hommes parlent, nous les connaissons par la vue ; mais là-haut, tout corps est pur, chacun est comme un œil ; rien de caché ni de simulé ; en voyant quelqu’un, on connaît sa pensée avant qu’il ait parlé.

Plotin (iii° siècle), Ennéades, IV, 3, 18.

 

Cet attelage démonique n’utilise pas la langue ni les organes de phonation ; mais l’âme du démon, par son vouloir même, produit un mouvement et un son harmonieux, chargé de signification, que l’âme humaine perçoit par le sens qui réside dans le char “principiel”.

Hermias (V° siècle), Commentaire sur le Phèdre de Platon.

 

En vérité le mentir est un maudit vice. Nous ne sommes hommes, et ne nous tenons les uns aux autres que par la parole.

Montaigne, Essais, I, ix « Des menteurs ».

 

Le plus fructueux et naturel exercice de notre esprit, c’est à mon gré la conférence. J’en trouve l’usage plus doux, que d’aucune autre action de notre vie. Et c’est la raison pourquoi, si j’étais à cette heure forcé de choisir, je consentirais plutôt, ce crois-je, de perdre la vue, que l’ouïr ou le parler.

Montaigne, Essais, III, viii « De l’art de conférer ».

 

Parler est expliquer ses pensées par des signes que les hommes ont inventés à dessein.

Antoine Arnauld (1612-1694) & Claude Lancelot (1616-1695), Grammaire générale et raisonnée contenant les fondements de l’art de parler, expliqués d’une manière claire et naturelle, 1660.

 

Les habitudes du langage ont pour effet de substituer des jugements mécaniques aux jugements réfléchis. Le souvenir d’avoir toujours cru ou articulé les mêmes paroles tiendra lieu de toute autre preuve et cette confiance routinière, cette foi machinale s’accroît précisément comme le nombre des répétitions augmente.

Maine de Biran, Influence de l’habitude sur la faculté de penser, 1799.

 

La pensée n’est qu’une parole intérieure.

De Bonald, Recherches philosophiques, 1818.

 

La muse

Avant de me dire ta peine,

O poète ! en es-tu guéri ?

Songe qu’il t’en faut aujourd’hui

Parler sans amour et sans haine.

Alfred de Musset, La Nuit d’Octobre (1837)

 

L’amour le plus profond n’a point recours aux paroles.

Louis Lavelle, L’erreur de Narcisse (1939)

 

 

La parole est parlante. Cela veut dire aussi et d’abord : la parole parle. La parole ? et non l’homme ?

 

Martin Heidegger, Acheminement vers la parole (1959) « La parole ».

 

 

La parole (ou la langue), par laquelle l’homme est le vivant qu’il est, est parole, elle est parlante, elle est, et rien en-dehors de cela.

Martin Heidegger, Acheminement vers la parole (1959).

 

La parole n’est pas un moyen au service d’une fin extérieure, elle a en elle-même sa règle d’emploi, sa morale, sa vue du monde, comme un geste quelquefois porte toute la vérité d’un homme.

Merleau-Ponty, Signes, « Le langage indirect et les voix du silence ».

 

Il y a une signification « langagière » du langage qui accomplit la médiation entre mon intention encore muette et les mots, de telle sorte que mes paroles me surprennent moi-même et m’enseignent ma pensée.

 

Merleau-Ponty, Signes, « Sur la phénoménologie du langage » (1951)

 

Dans la mesure où ce que je dis a un sens, je suis pour moi-même quand je parle, un autre « autre », et, dans la mesure où je comprends, je ne sais plus qui parle et qui écoute.

Merleau-Ponty, Signes, « Sur la phénoménologie du langage » (1951)

 

Dans la guerre, on ne parle pas.

Levinas, Totalité et infini (1961)

 

Le « Tu ne tueras point » est la première parole du visage. Or c’est un ordre. Il y a dans l’apparition du visage un commandement, comme si un maître me parlait. Pourtant, en même temps, le visage d’autrui est dénudé ; c’est le pauvre pour lequel je peux tout et à qui je dois tout. Et moi, qui que je sois, mais en tant que « première personne », je suis celui qui se trouve des ressources pour répondre à l’appel.

Levinas, Éthique et infini

 

Ce qui parlait en elle, c’était l’approche, approche de parole, parole de l’approche, et toujours s’approchant, dans la parole, de la parole.

Maurice Blanchot, L’attente l’oubli.

 

J’aurais aimé m’apercevoir qu’au moment de parler, une voix sans nom me précédait depuis longtemps.

Michel Foucault, L’Ordre du discours, 1971.

 

Le logos alêthês, ce n’est pas simplement un ensemble de propositions qui se trouvent être exactes et peuvent recevoir la valeur de vérité. Le logos alêthês, c’est une manière de parler dans laquelle, premièrement, rien n’est dissimulé ; dans laquelle, deuxièmement, ni le faux ni l’opinion ni l’apparence ne viennent se mêler au vrai ; [troisièmement], c’est un discours droit, un discours qui est conforme aux règles et à la loi ; et enfin, l’alêthês logos est un discours qui reste le même, ne change pas, ne se corrompt ni ne s’altère, ne peut jamais être ni vaincu ni renversé ni réfuté.

Michel Foucault, Le courage de la vérité. Le gouvernement de soi et des autres II (Cours au Collège de France, 1984).

 

L’espace sépare les peaux. La parole traverse élastiquement l’espace, l’espace entre les peaux. Non perçus, dépourvus d’écho, comme bêtement suspendus dans l’atmosphère, ses mots se mettaient à pourrir et à puer, c’était une chose indiscutable. Mise en relation, la parole peut également séparer.

Michel Houellebecq, Les particules élémentaires. Roman, 1998