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La parole - sujet et corrigé d'un résumé d'un texte de Louis Lavelle sur le silence et la parole

1) Sujet.

Résumez le texte suivant en 100 mots (+ ou – 10%). Vous indiquerez les sous-totaux de 20 en 20 (20, 40,…) par un trait vertical et par le chiffre correspondant dans la marge. Vous indiquerez obligatoirement votre total exact à la fin de votre résumé.

 

Le silence est un effet de la prudence par laquelle on refuse de se laisser juger ou de s’engager. Il est aussi un effet de l’ascétisme par lequel on réfrène la spontanéité de ses mouvements naturels, on renonce à compter dans l’esprit d’autrui, à obtenir son estime ou à exercer une action sur lui.

Cependant, il y a encore dans le silence une sorte d’hommage rendu à la gravité de la vie ; car les paroles ne forment qu’un monde intermédiaire entre ces sentiments intérieurs qui n’ont de sens que pour nous, mais qu’elles trahissent toujours, et les actes qui changent la face du monde et dont souvent elles tiennent la place. L’homme le plus frivole se contente de parler, sans que ses paroles mettent en jeu ni sa pensée, ni sa conduite. Le plus sérieux est celui qui parle le moins : il ne sait que méditer ou agir.

Les paroles ne valent que si elles sont médiatrices entre la virtualité de la pensée et la réalité de l’action. Et l’on peut dire qu’elles rendent la pensée réelle, bien qu’elles ne soient encore qu’une action virtuelle.

C’est parce que les paroles découvrent notre pensée et déjà lui donnent un visage, qu’elles commencent à nous lier. Et pourtant, on ne saurait les confondre avec l’acte véritable ; mais elles l’appellent et le préfigurent ; elles nous rendent infidèles si nous ne l’accomplissons pas. Ainsi, les paroles tendent des chaînes autour de notre liberté ; et il faut être ménager de ses paroles si l’on veut qu’elles ne lui portent aucune atteinte, qu’elle reste toujours elle-même un premier commencement, une relation toujours nouvelle entre un vouloir toujours naissant et une situation toujours imprévisible.

Un mot prononcé suffit déjà à changer l’état des choses, mais sans qu’il y paraisse. Il bouleverse les rapports entre deux êtres, même s’il ne leur dévoile rien qu’ils ne savent déjà : mais il le dévoile. Ce qui, tout à l’heure, n’était qu’une possibilité encore en suspens s’est montré au jour. Ce qui n’avait d’existence que dans mon âme, apparaît au-dehors. Nul ne peut éviter d’en tenir compte et désormais ma conduite tout entière en dépend.

Et pourtant, il subsiste une distance infinie entre ce que je suis dans mon propre silence et ce que je puis exprimer ou traduire. Mais il y a une puissance mystérieuse du silence qui est la puissance de ce que je suis, toujours plus grande que la puissance de ce que je dis. Ce silence intérieur, cette absence de tout regard vers le spectacle qu’il peut donner, rend chaque être à lui-même et l’empêche d’hésiter ou de feindre.

Ainsi, il arrive que je suis plus proche de vous par mon silence que par mes paroles.

L’amour le plus profond n’a point recours aux paroles. Dans ses manifestations les plus subtiles comme les plus ardentes, ce serait le rompre que de rompre le silence : ce serait l’affaiblir pour le justifier. Là où il est, il est un, total et indivisible : on ne peut le montrer sans le diviser, sans mettre au dessus de sa présence, que rien ne surpasse, un témoignage qui lui est toujours inégal.

Il en est ainsi dans toute action que l’on exerce, et jusque dans l’éducation, qui, même quand elle paraît dépendre des paroles, dépend d’abord d’une présence pure, toujours active et toujours offerte, mais qui est telle pourtant qu’elle n’a besoin d’aucune sollicitation pour attirer le regard, ni d’aucune demande pour qu’on lui réponde.

Louis Lavelle, L’erreur de Narcisse (1939).

 

2) Analyse et remarques sur le texte.

Louis Lavelle valorise le silence par rapport à la parole. Celle-ci a une valeur relative alors que celui-là a, pour le sujet, une valeur en lui-même. Il invite donc au silence. On ne peut manquer de relever la contradiction performative du texte qui, nécessairement, doit “parler” pour convaincre de la nécessité de se taire.

L’auteur analyse d’abord le silence comme effet, ou de la prudence ou de l’ascétisme. Dans ses premiers effets, le silence est voulu, le silence montre un sujet qui refuse la relation à autrui. De ce point de vue, l’éloge du silence pourrait facilement se retourner en blâme.

Aussi importe-t-il de relever que l’important dans l’analyse du silence est le trait énoncé en troisième lieu, à savoir qu’il manifeste, voire signifie la gravité de la vie.

Lavelle en donne pour raison que la parole ne peut remplir la même fonction. Il l’explique en donnant une définition normative des paroles. Elles doivent se situer entre la pensée et l’action. Il en déduit que cette extériorisation de la pensée est ce qui nous lie. La raison en est que quoique différente de l’acte, elle l’indique. Ne pas réaliser l’acte qu’appelle la parole, c’est être infidèle. Parler, c’est donc pour lui promettre. Parler, c’est essentiellement donner sa parole. Lavelle peut en déduire que parler le moins possible préserve donc notre volonté qui peut vouloir quelque chose de nouveau qu’appelle une situation nouvelle plutôt que de réaliser ce qui est promesse. Le silence nous libérerait de la promesse.

Si la parole lie la liberté, c’est parce qu’elle engage. Avant d’être prononcé, la pensée est pur possible qui se réalisera ou non. Une fois prononcé le mot acquiert une objectivité qu’il n’est plus possible d’éliminer. Disons qu’on passe du possible au virtuel. Le virtuel est le possible en tant qu’il tend à se réaliser. Le virtuel est expression ou l’exprimé de l’expression. Lavelle en déduit que le sujet est lié au mot prononcé dans la mesure où sa conduite va en dépendre selon qu’il le réalise ou non. On pourrait lui objecter que la véritable liberté est dans la capacité à réaliser sa parole et non à réaliser n’importe quel acte qui semble plutôt caprice que liberté.

À la parole, il oppose l’être du sujet dans le silence qui est à proprement parler intraduisible ou inexprimable. Cet aspect de son propos, démarqué du Bergson (1859-1941) de l’Essai sur les données immédiates de la conscience (1889), n’est pas ce qui importe. Le silence est surtout une manifestation de la puissance du sujet qui est absente de la parole. La première raison avancée est que dans le silence, le sujet est avec lui-même et a donc sa volonté tout entière disponible. Il n’est donc pas paralysé par le doute ou le mensonge. La conséquence paradoxale qu’en tire Lavelle c’est que par le silence, le sujet se trouve dans une plus grande proximité avec l’autre que s’il lui parle. Il l’illustre d’abord avec l’amour. Il faut retenir que dans le silence l’amour est indivisible, les paroles le dispersent. Il l’illustre ensuite par l’éducation qui, malgré les paroles, repose selon Lavelle sur la présence silencieuse de l’éducateur.

 

3) Proposition de résumé.


On se tait par prudence ou par retenue vis-à-vis d’autrui. Mais le silence respecte surtout le sérieux [20] de la vie. Car, les paroles, truchements entre les sentiments du sujet et l’action, le lient. Elles transforment les [40] possibles en commencement de réalité et donc l’engagent. Il faut en être avare pour garder disponible sa volonté.

Or [60] le silence exprime mieux le sujet que les paroles. Il nous fait agir selon la simplicité de notre être comme [80] dans l’amour où la parole nous disperse, voire dans l’éducation où la présence silencieuse s’impose aux mots.

100 mots

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