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La parole - sujet et corrigé - résumé d'un texte de Chomsky sur la conception cartésienne du langage

Sujet.

Résumez le texte suivant en 100 mots (+ ou – 10%). Vous indiquerez les sous totaux de 20 en 20 (20, 40, …) par un trait vertical et par le chiffre correspondant dans la marge. Vous indiquerez obligatoirement votre total exact au début de votre résumé.

 

Les cartésiens essayaient de montrer que même si on affine, on clarifie et on pousse à la limite la théorie des corps, elle reste encore incapable de rendre compte de faits évidents à l’introspection et qui nous apparaissent également lorsque nous observons les actions des autres. En particulier, elle ne peut rendre compte de l’emploi normal du langage humain, de même qu’elle ne peut expliquer les propriétés fondamentales de la pensée. Il devient par conséquent nécessaire d’invoquer un principe entièrement nouveau, en termes cartésiens de postuler une seconde substance dont l’essence est la pensée, accolée au corps, avec ses propriétés essentielles d’étendue et de mouvement. Ce principe nouveau a un « aspect créateur » qui est clairement mis en évidence dans ce que nous pouvons désigner comme « l’aspect créateur de l’utilisation du langage », la faculté spécifiquement humaine d’exprimer des pensées nouvelles et de comprendre des expressions de pensées nouvelles dans le cadre d’un « langage institué », produit culturel soumis à des lois et à des principes qui lui sont en parties propres et qui reflètent en partie des propriétés générales de la pensée. Ces lois et ces principes, affirme-t-on, ne sont pas formulables en termes des concepts même les plus généraux et les mieux élaborés, propres à l’analyse du comportement et de l’interaction des systèmes physiques, et ils ne sont pas réalisables par un automate, fût-il le plus complexe. En fait, Descartes affirmait que la seule indication certaine qu’un autre corps possède un esprit humain au lieu d’être un simple automate, c’est son aptitude à utiliser le langage de façon normale. Et il arguait que cette aptitude ne peut être décelée chez l’animal ni chez l’automate qui, sous d’autres aspects, montrent des signes apparents d’intelligence supérieurs à ceux de l’homme, même si un tel organisme ou une telle machine pouvait être aussi pleinement doté que l’homme des organes physiologiques nécessaires pour produire le discours (…).

Il est important de comprendre quelles propriétés du langage frappaient le plus Descartes et ses disciples. La discussion de ce que j’ai appelé « l’aspect créateur de l’utilisation du langage » tourne autour de trois observations importantes. La première est que l’utilisation normale du langage est novatrice, en ce sens qu’une grande part de ce que nous disons en utilisant normalement le langage est entièrement nouveau, que ce n’est pas la répétition de ce que nous avons entendu auparavant, pas même un calque de la structure – quel que soit le sens donné aux mots « calque » et « structure » – de phrases ou de discours que nous avons entendus dans le passé. C’est un truisme, mais un truisme important, souvent oublié et bien des fois nié au cours de la période béhavioriste de la linguistique (…) durant laquelle on proclamait presque universellement qu’on peut représenter la connaissance qu’a une personne du langage comme une réserve de modèles appris par une constante répétition et un minutieux entraînement, l’innovation n’y étant tout au plus qu’un problème d’« analogie ». On peut sûrement tenir pour acquis, cependant, que le nombre de phrases de la langue maternelle qu’on comprendra immédiatement sans aucune impression de difficulté ou d’étrangeté est astronomique. Le nombre de modèles sous-tendant notre utilisation normale du langage et correspondant à des phrases douées de sens et facilement compréhensibles atteint également un ordre de grandeur supérieur au nombre de secondes dans une vie humaine. C’est en ce sens que l’utilisation du langage est novatrice.

Cependant, dans la perspective cartésienne, le comportement de l’animal est également potentiellement infini dans sa variété, au sens spécial où l’on peut dire que les indications lues sur un compteur de vitesse sont potentiellement infinies en variété. C’est-à-dire que si le comportement de l’animal est contrôlé par des stimuli externes ou par des états internes (y compris pour ces derniers ceux qui sont dus au conditionnement), les stimuli variant à l’infini, on peut dire qu’il en est de même du comportement de l’animal. Mais l’utilisation normale du langage n’est pas seulement novatrice et d’une étendue potentiellement infinie, elle est aussi libre de tout contrôle par des stimuli décelables, qu’ils soient externes ou internes. C’est grâce à cette liberté face au contrôle du stimulus que le langage peut servir d’instrument de pensée et d’expression individuelle, comme il sert non seulement chez les gens exceptionnellement doués et talentueux, mais aussi, en fait, chez tout être humain normal.

Ce fait d’être illimité et libre de tout contrôle du stimulus ne dépasse pas, en lui-même, les limites de l’explication mécaniste. Et la discussion cartésienne des limites de l’explication mécaniste révéla une troisième propriété de l’utilisation normale du langage, c’est-à-dire sa cohérence et son « adéquation à la situation » – ce qui est bien sûr entièrement différent du contrôle par des stimuli externes. Nous ne pouvons pas dire de façon claire et définitive en quoi cette « adéquation » et cette « cohérence » consistent exactement, mais ces concepts sont sans aucun doute significatifs. Nous pouvons faire le départ entre l’utilisation normale du langage et les divagations d’un maniaque ou les données d’une calculatrice dont un élément est déréglé.

Noam Chomsky, Le Langage et la pensée (janvier 1967).

 

Corrigé.

1) Éléments de biographie.

Noam Chomsky est né le 7 décembre 1928 à Philadelphie. C’est un linguiste américain qui a commencé à publier en 1951. À partir de 1961, il enseigne au Massuchetts Instituty of Technology (MIT). Il en est actuellement professeur émérite. Depuis les années 1960 et son engagement contre la guerre du Vietnam, il est un contestataire de tendance anarchiste mondialement connu. Il attaque surtout la politique internationale de son pays dont il dénonce l’impérialisme.

Quelques œuvres.

La linguistique cartésienne (1966) ; Le Langage et la pensée (1968) ; Théories du langage. Théories de l’apprentissage (1975) ; Réflexions sur le langage (1977).

 

2) Analyse du texte et remarques.

Chomsky expose ici la conception cartésienne du langage. Comme aucune remarque critique n’apparaît, on peut penser qu’il y adhère. Toutefois, il est clair qu’on ne peut le savoir que de l’extérieur. Le résumé devait donc comporter obligatoirement cette dimension d’exposé d’une doctrine.

Il commence par indiquer que cette conception cartésienne s’inscrit dans une ontologie dualiste. Elle repose sur l’idée qu’il est impossible d’expliquer le comportement humain comme le résultat des lois de la physique. En effet, ni les faits que découvre la conscience, ni les actions des autres hommes, ni surtout le langage ne peuvent s’expliquer mécaniquement. Dès lors, selon Chomsky, les cartésiens sont amenés à admettre un autre principe que physique, une autre réalité, à savoir celle de la pensée, qui est indépendante de la physique. Cette pensée se montre capable de signifier du nouveau avec un langage qui est une institution et qui a des lois tout en provenant aussi de la pensée. C’est donc elle qui est chargée d’expliquer essentiellement la nouveauté dont l’homme fait preuve. Chomsky rappelle alors que selon Descartes, l’utilisation normale du langage est la seule preuve que nous ayons que les autres possèdent un esprit et ne sont pas des robots (des sortes de « Terminator » que Chomsky ne pouvait connaître à l’époque).

Le linguiste indique ensuite que l’attention des cartésiens a été retenue par trois propriétés du langage qui manifestent cette inventivité de l’esprit humain.

La première consiste en ce que nous sommes capables de dire des choses nouvelles sans que la nouveauté puisse se ramener comme dans les explications behavioristes à la répétition de modèles appris. On appelle behavioriste une théorie psychologique qui, pour ne pas s’embarrasser de l’esprit, prend comme modèle d’explication le couple stimulus, réaction de l’organisme. La répétition de stimuli permet d’expliquer l’apprentissage et par complication, tous les phénomènes attribués à l’esprit. Le behaviorisme s’adosse à une philosophie empiriste comme celle de David Hume (1711-1776). C’est le psychologue américain John B. Watson (1878-1930) qui a le premier utilisé le terme de behaviorisme (de l’anglais “behavior” qui signifie « comportement »). Chomsky indique que le behaviorisme en linguistique est selon lui dépassée. La raison principale avancée par Chomsky est que le nombre de phrases que permet le langage est en nombre infini et que les phrases prononcées sont en trop grand nombre pour s’expliquer par la répétition.

La deuxième vise à montrer la différence entre l’innovation animale et l’innovation du langage humain. Le premier s’explique par le très grand nombre de stimuli qui amène donc des réactions nouvelles de l’organisme animal. Par contre, le langage humain dans son usage est indépendant des stimuli. C’est pourquoi le langage est un instrument d’expression. Bref, la présence de l’esprit se manifeste par la liberté.

Le troisième est le plus important car les deux premiers peuvent donner lieu à une tentative d’explication mécanique, c’est-à-dire par les lois de la physique. On peut parler de réduction physicaliste (on appelle physicalisme la position philosophique qui consiste à soutenir que tous les faits de l’univers, y compris les faits de conscience, sont susceptibles d’une explication à partir des lois de la physique). Or, dans l’usage ordinaire, l’homme montre qu’il s’exprime en fonction de la situation, autrement dit qu’il y a entre ce qu’il dit et le contexte de la parole une certaine cohérence qui montre qu’il s’y réfère loin que le contexte produise la parole comme un effet.

Remarquons ici une étrange méprise de Chomsky qui exclut les cas pathologiques alors que Descartes quant à lui considérait au contraire que les fous parlent à la différence des animaux car la propriété du langage est d’être dit-il « à propos des sujets qui se présentent » même si elle n’est pas cohérente d’un point de vue rationnel (cf. Descartes, Discours de la méthode, cinquième partie, lettre au marquis de Newcastle du 26 novembre 1646 et lettre à Henry More du 5 février 1649).

 

 

3) Proposition de résumé.

 

100 mots

Les cartésiens soutiennent que les données de la conscience ne s’expliquent pas physiquement, notamment le langage. Ils admettent une [20] deuxième réalité : la pensée. Elle explique le caractère novateur du langage qui distingue l’humain du robot selon Descartes.

Trois [40] observations révèlent ce caractère du langage. Premièrement les paroles nouvelles ne proviennent pas de modèles répétés vu leur trop grand [60] nombre. Deuxièmement, si l’innovation animale s’explique par l’infinité des causes extérieures, l’homme parle librement. Troisièmement si [80] les deux premières propriétés semblent mécaniques, la capacité à s’exprimer en fonction de la situation est indépendante du physique.