Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Le mal - Sujet/Corrigé - Alain résumé Petits changements

Résumez le texte suivant en 120 mots (+ ou – 10%). Vous indiquerez les sous-totaux de 20 en 20 (20, 40, 60 …) dans la marge et le nombre total de mots à la fin de votre résumé.

 

Une idée que je crois fausse, et à laquelle s’attachent souvent les partis les plus opposés, c’est qu’il faudrait changer beaucoup les institutions et même les hommes, si l’on voulait un état politique passable. Ceux qui ne veulent point du tout de réformes y trouvent leur compte, car ils effraient par la perspective d’un total bouleversement ; ainsi, ne voulant pas tout mettre en risque, on ne changera rien. Et, d’autre côté, les révolutionnaires essaient de faire croire la même chose à leurs amis, les détournant avec mépris des demi-mesures. Or nous vivons de demi-mesures. Il n’y a pas beaucoup de changement d’un homme qui met un cache-nez à un homme qui s’expose au froid ; et pourtant les suites peuvent aller fort loin. Un homme attaqué ou seulement insulté viendra très vite aux mouvements de brute, et oubliera aisément la règle qu’il approuve en son ordinaire : « Tu ne tueras point. » Mais détournez seulement d’un mètre l’insulté ou l’insulteur, tous deux resteront en paix. Au reste nous voyons rester dans la paix, et s’en accommoder très bien, des hommes qui feraient vigoureusement la guerre, une fois qu’ils y seraient entraînés. Les héros du dernier massacre étaient des hommes aussi tranquilles que ceux que nous voyons maintenant aller à leurs affaires, attentifs à ne bousculer personne, et s’arrêtant même pour un enfant qui pleure. L’entraînement et l’emportement font presque tous les maux humains. Ces sombres instincts de domination et de meurtre, que l’on décrit d’après les effets, sont des fictions scolastiques. Il n’y a point d’autre férocité, en la plupart des hommes, que ce puissant système d’os, de muscles et de nerfs, qui s’irrite si promptement par sa propre action. La paix et la guerre se feront par les mêmes ressorts.

Les grands corps que l’on nomme nations sont de même, et encore plus évidemment. Car on peut encore parler avec vraisemblance d’un homme méchant ou brutal. Mais qui voudrait dire qu’il y a des nations méchantes ou brutales ? Celui qui a fait commerce ou hospitalité avec d’autres peuples dira toujours qu’il a trouvé la même paix et le même droit partout où il n’y a point de peur. En revanche dès que la peur faire croire à la nécessité de combattre, il n’y a point de peuple doux, et vous trouverez que les plus paisibles seront redoutables dans l’action. Il ne faut point croire que les méchants font la guerre, pendant que les bons les regardent avec horreur. Ce sont les mêmes hommes qui font la guerre et qui aiment la paix. Et les vertus de paix, comme résignation, obéissance, dévouement, éclatent dans la guerre. D’un régime à l’autre il n’y a point tant de différence, si l’on regarde bien. De petits changements assureront un an de paix, et encore un an, et cela peut durer sans fin. De la même manière une étincelle peut incendier dix maisons ; mais en revanche, comme disait un homme du métier, il n’est guère d’incendie en son commencement qu’un seau d’eau ne puisse éteindre.

En suivant cette idée, je conçois aisément une société meilleure qui ne diffère pas beaucoup de l’ancienne. Composée des mêmes hommes, oui, des mêmes barbares, j’entends des cerveaux, des cœurs et des muscles comme ils étaient il y a dix mille ans, comme ils seront toujours ; avec des marchés, de l’argent, des temples, des écoles, des chefs, des riches, des ambitieux, des paresseux, des brutaux, comme on a toujours vu. Avec l’ignorance de presque tous, avec la vanité de tous, avec cette mobile imagination qui les porte à tout croire et à tout craindre ; avec la naïveté et la colère de l’âge de pierre ; enfin, avec tout ce qui a fleuri dans l’an de malheur de 1914, et par des changements à peine perceptibles, je crois qu’on peut faire une société pacifique, juste et sage, non pas absolument, mais bien au-delà de ce que les réformateurs à systèmes nous font espérer.

Tout pouvoir est méchant dès qu’on le laisse faire ; tout pouvoir est sage dès qu’il se sent jugé. Si l’opinion savait ce qu’elle peut, nous aurions des rois d’Yvetot 1. Tous les maux viennent peut-être de ce que le citoyen, comparant l’épaisse et lourde force publique à l’impalpable jugement de l’opinion, dit et croit qu’on ne peut rien que par des mouvements catastrophiques. D’après cela, l’homme moyen craint autant les remèdes que les maux, et se défend à lui-même de parler et de penser. Ce pessimisme finit par avoir raison, car il engendre les maux qu’il craint.

Alain, Propos de politique, « Une idée que je crois fausse » propos du 25 janvier 1930, Éditions Rieder, 1934 2.

 

1 « Le roi d’Yvetot » est une chanson de Béranger de mai 1813 qui vante un roi débonnaire et pacifique, tout l’opposé de Napoléon 1er. L’expression qualifia ensuite Louis XVIII.

 

2 Repris sous le titre « Petits changements », in Propos, Paris, Gallimard, 1958, « Bibliothèque de la Pléiade », pp.904-906. (Notes de Bégnana : ne pas en tenir compte dans le résumé).

 

2) Analyse et remarques sur le texte.

L’auteur commence par analyser une idée qui, pour lui, est erronée. Il attribue paradoxalement cette idée à des partis opposés. Elle consiste à penser qu’il faut transformer radicalement les institutions et même les hommes pour que la situation politique soit acceptable. C’est l’idée des conservateurs qui refusent toute réforme. C’est l’idée des révolutionnaires qui veulent tout changer. Alain leur oppose que c’est la vie qui est faite de réformes. Il l’illustre par l’exemple de l’homme qui grâce à une écharpe évite d’attraper froid, ce qui pourrait le conduire à pire, voire au pire. Qui est agressé ajoute-t-il comme second exemple ira jusqu’au meurtre qu’il rejette habituellement. Or, il suffit de séparer deux hommes pour l’éviter. Aussi Alain soutient-il que ce sont les mêmes hommes qui sont en paix ou qui font la guerre et donne comme exemple la première guerre mondiale. Il en vient à rejeter toute intention maligne chez les hommes. C’est l’être biologique de l’homme qui fait toute sa méchanceté.

Il applique au pays ce qu’il vient de dire de l’individu. Il refuse donc l’idée qu’il y aurait des peuples intrinsèquement mauvais ou brutaux (qu’on pense à la supposée férocité des “Boches” comme on appelait les Allemands). La preuve en est le voyageur commerçant ou touriste qui trouve chez tous les peuples la paix. Alain pense que la peur est la cause du conflit et de la brutalité réelle qu’il y a entre les peuples. Il en déduit d’abord qu’il n’y a pas de méchants guerriers et de bons pacifiques, répétant quelque peu ce qu’il a déjà dit. Puis que les vertus qu’on trouve dans la paix comme la résignation, l’obéissance ou le dévouement sont aussi présentes dans la guerre. Enfin, dernière conséquence : il n’y a pas de différence essentielle entre paix et guerre. Pour rendre possible la paix, il faut donc seulement de légères modifications réitérées. Alain illustre sa thèse essentielle avec la comparaison du grave incendie qu’une étincelle suffit à déclencher, étincelle facile à éteindre selon ce qu’un pompier lui faisait remarquer. Ce témoignage vaut autorité.

Il en déduit qu’une société faite des mêmes hommes que ceux de la préhistoire, biologiquement identiques, où il y aurait toutes les institutions que nous connaissons, où les hommes auraient tous les défauts qu’ils ont, aussi bien moraux qu’intellectuels – et Alain précise qu’il s’agit de la société qui existait en 1914, celle qui fit le plus grand massacre alors connu dans le monde occidental – cette société pourrait connaître une paix, une justice et une sagesse relative mais plus importantes que ne le pensent les révolutionnaires.

Pour l’expliquer, Alain énonce à quelles conditions un pouvoir est mauvais ou bon, à savoir selon l’attitude des citoyens. S’ils n’interviennent pas le pouvoir est mauvais. S’ils interviennent en jugeant, ils rendent bons le pouvoir. Aussi Alain en déduit-il que le mal en politique tient au fait que le citoyen ne sait pas la force de son jugement. Et son pessimisme produit justement le mal qu’il juge nécessaire.

 

3) Proposition de résumé.

Une opinion erronée, que défendent conservateurs et révolutionnaires, veut transformer la société, voire l’homme, pour une politique tolérable. Réformons [20] donc. De menus gestes font énormément. De braves hommes deviennent des guerriers terribles. N’inventons pas de perverses pulsions. L’ [40] animal en nous explique les conflits.

Les peuples ne sont pas plus méchants. En témoignent les voyageurs. La peur fait [60] les peuples féroces. Les vertus pacifiques sont identiques aux guerrières. Donc un rien conserve la paix ou provoque la guerre. [80]

Avec les hommes actuels, leurs institutions, leurs vices, bref les hommes de 14, je pense une société paisible, relativement vertueuse, [100] inconnue des révolutionnaires.

Le pouvoir est mauvais lorsque les citoyens ne le jugent pas. Leur pessimisme crée les maux prédits.

120 mots