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Le mal - sujet et corrigé résumé Hannah Arendt le crime totalitaire comme mal absolu

1. Sujet.

Résumez le texte en 200 mots (plus ou moins 10%). Vous indiquerez les sous totaux de 50 en 50 (50, 100, 150 …) par un trait vertical et par le chiffre correspondant dans la marge. Vous indiquerez obligatoirement votre total exact à la fin de votre résumé.

 

Les camps de concentration et d’extermination des régimes totalitaires servent de laboratoire où la croyance fondamentale du totalitarisme – tout est possible – se trouve vérifiée. En comparaison de celle-ci, toutes les autres expériences sont secondaires – y compris celles qui touchent au domaine médical, et dont les horreurs figurent en détail dans les minutes des procès intentés aux médecins du iii° Reich – bien qu’il soit caractéristique que ces laboratoires aient été utilisés pour des expériences de toutes sortes. (…)

Les camps ne sont pas seulement destinés à l’extermination des gens et à la dégradation des êtres humains : ils servent aussi à l’horrible expérience qui consiste à éliminer, dans des conditions scientifiquement contrôlées, la spontanéité elle-même en tant qu’expression du comportement humain et à transformer la personnalité humaine en une simple chose, en quelque chose que même les animaux ne sont pas ; car le chien de Pavlov (1), qui, comme on sait, était dressé à manger, non quand il avait faim, mais quand une sonnette retentissait, était un animal dénaturé. (…)

Ce qui heurte le bon sens, ce n’est pas le principe nihiliste du “tout est permis” que l’on trouvait déjà au xix° siècle dans la conception utilitaire du bon sens. Ce que le bon sens et les “gens normaux” refusent de croire, c’est que tout est possible (le premier à comprendre cela fut David Rousset (2) dans son Univers concentrationnaire, 1947). Nous essayons de comprendre des faits, dans le présent ou dans l’expérience remémorée, qui dépassent tout simplement nos facultés de compréhension. Nous essayons de classer dans la rubrique du crime ce qu’aucune catégorie de ce genre, selon nous, ne fut jamais destinée à couvrir. Quelle est la signification de la notion de meurtre lorsque nous nous trouvons en face de la production massive de cadavres ? Nous essayons de comprendre du point de vue psychologique le comportement des détenus des camps de concentration et des S.S., alors que nous devons prendre conscience du fait que la psyché peut être détruite sans que l’homme soit, pour autant, physiquement détruit ; que, dans certaines circonstances, la psyché, le caractère et l’individualité ne semblent assurément se manifester que par la rapidité ou la lenteur avec lesquelles ils se désintègrent (D. Rousset, op.cit. p.587). Cela aboutit en tout cas à l’apparition d’hommes sans âmes, c’est-à-dire d’hommes dont on ne peut plus comprendre la psychologie, dont le retour au monde humain intelligible soit psychologiquement soit de toute autre manière ressemble de près à la résurrection de Lazare (3). Toutes les affirmations du bon sens, qu’elles soient de nature psychologique ou sociologique, ne servent qu’à encourager ceux qui pensent qu’il est « superficiel » de « s’appesantir sur des horreurs » (voir G. Bataille in Critique, n° de janvier 1948, p.72). S’il est vrai que les camps de concentration sont la plus importante institution du régime totalitaire, « s’appesantir sur des horreurs » devrait sembler indispensable pour comprendre le totalitarisme. (…)

En tout cas, l’effroi dont est frappée l’imagination a le grand avantage de réduire à néant les interprétations sophistico-dialectiques de la politique, qui sont toutes fondées sur la superstition que du mal peut sortir le bien. De telles acrobaties dialectiques eurent un semblant de justification aussi longtemps que le pire traitement qu’un homme pouvait infliger à un autre était de le tuer. Mais, nous le savons aujourd’hui, le meurtre n’est qu’un moindre mal. Le meurtrier qui tue un homme – un homme qui devait de toute façon mourir – se meut encore dans le domaine de la vie et de la mort qui nous est familier ; toutes deux ont assurément un lien nécessaire, sur lequel se fonde la dialectique, même si elle n’en est pas toujours consciente. Le meurtrier laisse un cadavre derrière lui et ne prétend pas que sa victime n’a jamais existé ; s’il efface toutes traces, ce sont celles de son identité à lui, non le souvenir et le chagrin des personnes qui ont aimé sa victime ; il détruit une vie, mais il ne détruit pas le fait de l’existence lui-même. (…)

La véritable horreur des camps de concentration et d’extermination réside en ceci que les prisonniers, même s’il leur arrive d’en réchapper, sont coupés du monde des vivants bien plus nettement que s’ils étaient morts ; c’est que la terreur impose l’oubli. Là le meurtre est aussi impersonnel que le fait d’écraser un moucheron. La mort peut être aussi bien la conséquence de la torture systématique et de la privation de nourriture que de la liquidation d’un surplus de matériel humain. David Rousset a intitulé le récit qu’il fit de son séjour dans un camp de concentration allemand : Les Jours de notre mort ; tout se passe effectivement comme s’il y avait une possibilité de rendre permanent le processus de la mort lui-même et d’imposer un état où vie et mort soient également vidées de leur sens.

C’est l’apparition d’un mal radical, inconnu de nous auparavant, qui met un terme à l’idée que des valeurs évoluent et se transforment. Ici, il n’y a pas de critères ni politiques ni historiques, ni simplement moraux, mais tout au plus la prise de conscience qu’il y a peut-être dans la politique moderne quelque chose qui n’aurait jamais dû se trouver dans la politique au sens usuel du terme, à savoir le tout ou rien – tout, c’est-à-dire une infinité indéterminée de formes de la communauté humaine ; ou rien, dans la mesure où une victoire du système concentrationnaire signifierait la même inexorable condamnation pour les êtres humains que l’usage de la bombe à hydrogène pour la race humaine.

Rien ne peut être comparé à la vie dans les camps de concentration. Son horreur, nous ne pouvons jamais pleinement la saisir par l’imagination, pour la bonne raison qu’elle se tient hors de la vie et de la mort. Aucun récit ne peut en rendre compte pleinement, pour la bonne raison que le survivant retourne au monde des vivants, ce qui l’empêche de croire pleinement à ses expériences passées. Cela lui est aussi difficile que de raconter une histoire d’une autre planète : car le statut des prisonniers dans le monde des vivants, où personne n’est censé savoir s’ils sont vivants ou morts, est tel qu’il revient pour eux à n’être jamais nés. C’est pourquoi toutes les comparaisons créent la confusion et distraient l’attention de ce qui est essentiel. (…)

L’enfer au sens littéral a été incarné par ces types de camps réalisés à la perfection par les nazis : là, l’ensemble de la vie fut minutieusement et systématiquement organisé en vue des plus grands tourments. (…)

Le dessein des idéologies totalitaires n’est donc pas de transformer le monde extérieur, ni d’opérer une transmutation révolutionnaire de la société, mais de transformer la nature humaine elle-même. Les camps de concentration sont les laboratoires où l’on expérimente des mutations de la nature humaine, et leur infamie n’est donc pas seulement l’affaire de leurs détenus et de ceux qui les administrent selon des critères strictement “scientifiques” ; elle est l’affaire de tous les hommes. Les souffrances – qui ont toujours été trop nombreuses sur la terre – ne sont pas le fond du problème, non plus que le nombre des victimes. C’est la nature humaine en tant que telle qui est en jeu ; et même s’il semble que ces expériences ne réussissent pas à changer l’homme mais seulement à le détruire, en créant une société où la banalité de l’homo homini lupus (5) est réalisée de manière conséquente, on ne devrait jamais perdre de vue les nécessaires limites d’une expérience qui requiert d’être vérifiée à l’échelle du globe pour fournir des résultats concluants.

Jusqu’à présent, la croyance totalitaire que tout est possible semble n’avoir prouvé qu’une seule chose, à savoir : que tout peut être détruit. Néanmoins, en s’efforçant de prouver que tout est possible, les régimes totalitaires ont découvert sans le savoir l’existence de crimes que les hommes ne peuvent ni punir ni pardonner. En devenant possible, l’impossible devint le mal absolu, impunissable autant qu’impardonnable, celui que ne pouvaient plus expliquer les viles motivations de l’intérêt personnel, de la culpabilité, de la convoitise, du ressentiment, de l’appétit de puissance et de la couardise ; celui par conséquent que la colère ne pouvait venger, que l’amour ne pouvait endurer, ni l’amitié pardonner. De même que les victimes, dans les usines de la mort ou dans les oubliettes, ne sont plus “humaines” aux yeux de leurs bourreaux, de même, cette espèce entièrement nouvelle de criminels est au-delà des limites où la solidarité peut s’exercer dans le crime.

C’est un trait inhérent à toute notre tradition philosophique que nous ne pouvons pas concevoir un “mal radical” : cela est vrai aussi bien pour la théologie chrétienne qui attribuait au diable lui même une origine céleste, que pour Kant (6), le seul philosophe qui, dans l’expression qu’il forgea à cet effet, dut avoir soupçonné l’existence d’un tel mal, quand bien même il s’empressa de le rationaliser par le concept d’une “volonté perverse”, explicable à partir de mobiles intelligibles. Ainsi, nous n’avons, en fait, rien à quoi nous référer pour comprendre un phénomène dont la réalité accablante ne laisse pas de nous interpeller, et qui brise toutes les normes connues de nous. Une seule chose semble claire : le mal radical est, peut-on dire, apparu en liaison avec un système où tous les hommes sont, au même titre, devenus superflus. Les manipulateurs de ce système sont autant convaincus de leur propre superfluité que de celle des autres, et les meurtriers totalitaires sont d’autant plus dangereux qu’ils se moquent d’être eux-mêmes vivants ou morts, d’avoir jamais vécu ou de n’être jamais nés. Le danger des fabriques de cadavres et des oubliettes consiste en ceci : aujourd’hui, avec l’accroissement démographique généralisé, avec le nombre toujours plus élevé d’hommes sans feu ni lieu, des masses de gens en sont constamment réduites à devenir superflues, si nous nous obstinons à concevoir notre monde en termes utilitaires. Les événements politiques, sociaux, économiques sont partout tacitement de mèche avec la machinerie totalitaire élaborée à dessein de rendre les hommes superflus. La tentation implicite à cet état de choses est bien comprise par les masses qui, avec leur bon sens utilitaire, sont trop désespérés dans la plupart des pays pour garder bien présente la peur de la mort. Les nazis et les bolcheviks peuvent être sûrs : leurs entreprises d’anéantissement qui proposent la solution la plus rapide au problème de la surpopulation, au problème de ces masses humaines économiquement superflues et socialement déracinées, attirent autant qu’elles mettent en garde. Les solutions totalitaires peuvent fort bien survivre à la chute des régimes totalitaires, sous la forme de tentations fortes qui surgiront chaque fois qu’il semblera impossible de soulager la misère politique, sociale et économique d’une manière qui soit digne de l’homme.

Hannah Arendt, Les origines du totalitarisme, tome 3 : Le système totalitaire (1951).

 

Notes :

(1) Ivan Petrovitch Pavlov (1849-1936) médecin et un physiologiste russe, lauréat du prix Nobel de physiologie ou médecine de 1904 pour ses travaux sur la physiologie de la digestion. Ses travaux sur les réflexes furent compris comme la mise en évidence que des stimuli comme la sonnette sont susceptibles de déclencher la salivation comme réaction de l’association avec l’attente de nourriture chez un chien. C’est la notion de « réflexes conditionnés ».

(2) David Rousset (1912-1997), résistant et déporté, il a publié deux ouvrages sur les camps de concentration, L’Univers concentrationnaire (1946) et un roman Les Jours de notre mort (1947).

(3) Dans la Bible, plus précisément dans le chapitre 11 de l’Évangile de Jean, Lazare est ressuscité par Jésus.

(4) Georges Bataille (1897-1962) est un écrivain français. Son œuvre touche à de nombreux domaines : littérature, anthropologie, philosophie, économie, sociologie et histoire de l’art.

(5) « L’homme est un loup pour l’homme ». L’expression vient d’une comédie de Plaute (~254-184 av. J.-C.), la Comédie des ânes. Hobbes qui ne la reprend qu’une fois dans l’« Épitre dédicatoire au comte de Devonshire » du De Cive (1642) se la voit parfois faussement attribuer.

(6) Hannah Arendt fait référence à la notion de mal radical élaborée par Kant (1724-1804) dans La religion dans les limites de la simple raison, Première partie : De la coexistence du mauvais principe avec le bon, ou du mal radical dans la nature (1793, 2ème édition 1794). [Notes de Bégnana : ne pas en tenir compte dans le résumé].

 

2. Analyse et remarques sur le texte.

Au début de cet extrait, Hannah Arendt insiste sur le fait que les camps des régimes totalitaires doivent être conçus comme la mise à l’épreuve d’une croyance de ces régimes, à savoir que tout est possible. C’est là le caractère principal de ces camps, qu’ils soient de concentration (nazisme, bolchevisme) ou d’extermination (nazisme).

Elle précise que la finalité des camps est d’expérimenter la suppression de la liberté humaine. Il s’agit de réduire les hommes à des choses, même pas à des animaux ou alors à des animaux dénaturés comme ceux des laboratoires qu’elle illustre avec le chien de Pavlov.

Sa démonstration se tourne alors vers le caractère incompréhensible de ce qui se passe dans les camps des régimes totalitaires du point de vue du bon sens. Celui-ci peut accepter le principe du nihilisme, c’est-à-dire de la pensée selon laquelle il n’y a aucune valeur absolue, principe selon lequel il n’y a rien d’interdit. La raison en est que ce principe ne heurte pas l’utilitarisme qui caractérise le bon sens selon Hannah Arendt. Par contre, il ne peut comprendre la croyance totalitaire selon lequel rien n’est impossible. Dès lors, le crime tel qu’il le conçoit est inadéquat pour penser l’extermination ou la dégradation de masses humaines. Il n’est pas possible de comprendre psychologiquement le comportement des hommes dans les camps puisque justement, c’est la suppression de toute psyché, même lorsque le corps est toujours vivant, qui en est l’effet. Dès lors, le bon sens dans sa volonté de comprendre finit par justifier ceux pour qui il ne faut pas s’intéresser aux camps (elle fait référence à Georges Bataille célèbre dans les années 1930 pour ses analyses du fascisme à l’époque où elle vivait à Paris). Hannah Arendt soutient au contraire que les camps donnent la clef de la compréhension du phénomène totalitaire.

Elle note que le caractère inimaginable des camps a un effet théorique bénéfique qui est de réfuter en quelque sorte la théorie selon laquelle en politique du mal peut ressortir le bien. La raison en est que cette théorie qu’elle qualifie de sophistique pour en dénoncer l’erreur, voire la faute, n’est plausible que si le meurtre est le pire qu’on puisse infliger à un homme. Or, les camps du totalitarisme montrent qu’il y a pire encore. En effet, non seulement on y tue des hommes, mais on cherche à tuer l’existence elle-même à travers le souvenir de la vie de la victime qui est niée en tant que telle.

Elle définit alors l’horreur des camps comme une annihilation du sens de la vie et de la mort. Le rescapé se retrouve coupé de l’existence humaine.

Elle en déduit qu’apparaît un « mal radical ». Celui-ci conduit à nier la thèse de l’évolution des valeurs. S’il n’est pas jugé avec des critères politiques ou moraux, il donne à penser que le principe de la politique moderne, qui est tout ou rien, est une des sources de l’horreur totalitaire ou tout au moins, n’y est pas étranger. En effet, si « tout » peut s’interpréter comme la possibilité d’un nombre indéfini de communautés humaines, le « rien », c’est le totalitarisme qui détruit l’humanité aussi bien que les armes modernes peuvent le faire.

C’est que la vie dans les camps ne peut être racontée puisqu’elle n’est pas une vie. Le rescapé ne peut donc en rendre compte. Elle est bien la mort de l’humanité s’il est vrai que tout ce qui est humain peut être mis en récit.

C’est pourquoi elle peut en déduire que le totalitarisme a réalisé l’enfer.

Elle précise à nouveau la spécificité des camps totalitaires. Ils visent à transformer la nature humaine. Dès lors, la question du nombre de victimes n’entre en aucun cas dans l’appréhension du phénomène, ni celle de leur souffrance car elles ne sont pas spécifiques. Dans les faits, le totalitarisme n’a réussi qu’à détruire. Hannah Arendt prévient que c’est moins le signe de son échec que celui du fait que son hypothèse suppose d’être réalisée à l’échelle planétaire et qu’il y réussirait peut-être.

Le totalitarisme a dans son effet destructeur découvert selon elle une nouvelle sorte de crime qui ne sont ni punissables, ni pardonnables. Cette découverte n’est pas volontaire puisque du point de vue totalitaire, il ne s’agit pas de crimes. La nouveauté de ces crimes réside en ce qu’ils réalisent le mal absolu. La raison en est qu’on ne peut leur trouver aucun des motifs qui font les crimes ordinaires si l’on peut dire. Dès lors, les motifs de réaction aux crimes comme la colère pour la vengeance, l’amour ou l’amitié pour le pardon, ne peuvent jouer. Aux victimes qui sortent de la vie et de la mort s’ajoutent des criminels qu’il est impossible de comprendre.

Hannah Arendt va justifier l’usage qu’elle fait de la notion de mal absolu ou plutôt de « mal radical » selon l’expression qu’elle emprunte à Kant. Elle note d’abord que notre tradition de pensée qu’elle soit théologique ou philosophique, ne le conçoit pas. Du côté de la théologie, le diable lui-même est d’origine céleste. Du côté de la philosophie, même chez Kant qui a conçu la notion de mal radical, on attribue toujours des motifs, parfois rationnels, au mal. Dès lors, il est en quelque sorte relativisé. Elle en conclut que nous n’arrivons pas à penser les crimes du totalitarisme. Ce qu’il est possible selon elle de mettre en lumière, c’est que ces crimes sont apparus dans un contexte particulier, à savoir d’un système de pensée où les hommes se pensent comme des surnuméraires (j’emprunte ce terme au Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes de Rousseau pour traduire « superflu »). Les partisans des régimes totalitaires se pensent aussi superflus que les victimes qu’ils font lorsqu’ils se transforment en meurtriers de masse. Telle est la condition pour que ces crimes soient commis. Hannah Arendt peut donc en déduire que le totalitarisme est au moment où elle s’exprime toujours possible. En effet, l’accroissement démographique et l’inutilité d’importantes masses humaines, inutilité qui provient de la pensée utilitaire, celle du bon sens, sont les conditions qui font que les solutions totalitaires du nazisme comme du bolchevisme, ne sont pas mortes.

Pour nous, les conditions de la réapparition du totalitarisme (démographie, pauvreté de la grande masse, etc.) sont encore plus présentes.

 

3. Proposition de résumé.

Les camps totalitaires expérimentent surtout l’idée que rien n’est impossible. Le totalitarisme veut supprimer méthodiquement la liberté humaine.

Le bon sens ne peut comprendre ce qui échappe à l’utilitaire, que la notion de crime n’est pas adéquate à l’industrie du cadavre, que victimes et bourreaux [50] n’ont plus d’âmes. L’inimaginable du fait totalitaire détruit le sophisme qu’en politique du mal peut venir un bien car disparaît jusqu’au souvenir de la victime. L’abominable est de créer des zombies. Le mal pur y régnant dépasse le relativisme comme tout critère. Il condamne [100] la politique moderne du tout ou rien. La vie concentrationnaire est inénarrable car le survivant n’a aucun appui : il revient de l’enfer.

Si le totalitarisme n’a réussi qu’à détruire la nature humaine, c’est que son projet exige une réalisation planétaire. Il découvrit involontairement un crime [150] nouveau impunissable et irrémissible. Il est un mal absolu car sans motif, ce que notre tradition intellectuelle ne conçoit pas ou comme Kant motive rationnellement. Il s’est manifesté là où nombre d’hommes se sentent surnuméraires y compris les bourreaux totalitaires. Aussi aujourd’hui encore le totalitarisme est-il possible.

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