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Le mal - sujet et corrigé - Voltaire "Méchant"

1. Sujet.

On nous crie que la nature humaine est essentiellement perverse, que l’homme est né enfant du diable et méchant. Rien n’est plus malavisé ; car, mon ami, toi qui me prêches que tout le monde est né pervers, tu m’avertis donc que tu es né tel, qu’il faut que je me défie de toi comme d’un renard ou d’un crocodile. Oh point ! me dis-tu, je suis régénéré, je ne suis ni hérétique ni infidèle, on peut se fier à moi. Mais le reste du genre humain qui est ou hérétique, ou ce que tu appelles infidèle, ne sera donc qu’un assemblage de monstres ; et toutes les fois que tu parleras à un luthérien, ou à un Turc, tu dois être sûr qu’ils te voleront et qu’ils t’assassineront, car ils sont enfants du diable ; ils sont nés méchants ; l’un n’est point régénéré, et l’autre est dégénéré. Il serait bien plus raisonnable, bien plus beau de dire aux hommes : « Vous êtes tous nés bons ; voyez combien il serait affreux de corrompre la pureté de votre être. » Il eût fallu en user avec le genre humain comme on en use avec tous les hommes en particulier. Un chanoine mène-t-il une vie scandaleuse, on lui dit : « Est-il possible que vous déshonoriez la dignité de chanoine ? » On fait souvenir un homme de robe qu’il a l’honneur d’être conseiller du roi, et qu’il doit l’exemple. On dit à un soldat pour l’encourager : « Songe que tu es du régiment de Champagne. » On devrait dire à chaque individu : « Souviens-toi de ta dignité d’homme. »

Et en effet, malgré qu’on en ait, on en revient toujours là ; car que veut dire ce mot si fréquemment employé chez toutes les nations : Rentrez en vous-même ? si vous étiez né enfant du diable, si votre origine était criminelle, si votre sang était formé d’une liqueur infernale, ce mot : Rentrez en vous-même, signifierait : « Consultez, suivez votre nature diabolique, soyez imposteur, voleur, assassin, c’est la loi de votre père. »

L’homme n’est point né méchant ; il le devient, comme il devient malade. Des médecins se présentent et lui disent : « Vous êtes né malade » ; il est bien sûr que ces médecins, quelque chose qu’ils disent et qu’ils fassent, ne le guériront pas si sa maladie est inhérente à sa nature : et ces raisonneurs sont très malades eux-mêmes.

Assemblez tous les enfants de l’univers, vous ne verrez en eux que l’innocence, la douceur et la crainte ; s’ils étaient nés méchants, malfaisants, cruels, ils en montreraient quelque signe, comme les petits serpents cherchent à mordre, et les petits tigres à déchirer. Mais la nature n’ayant pas donné à l’homme plus d’armes offensives qu’aux pigeons et aux lapins, elle ne leur a pu donner un instinct qui les porte à détruire.

L’homme n’est donc pas né mauvais ; pourquoi plusieurs sont-ils donc infectés de cette peste de la méchanceté ? C’est que ceux qui sont à leur tête étant pris de la maladie, la communiquent au reste des hommes, comme une femme attaquée du mal que Christophe Colomb rapporta d’Amérique, répand ce venin d’un bout de l’Europe à l’autre. Le premier ambitieux a corrompu la terre.

Vous m’allez dire que ce premier monstre a déployé le germe d’orgueil, de rapine, de fraude, de cruauté, qui est dans tous les hommes. J’avoue qu’en général la plupart de nos frères peuvent acquérir ces qualités ; mais tout le monde a-t-il la fièvre putride, la pierre et la gravelle, parce que tout le monde y est exposé ?

Il y a des nations entières qui ne sont point méchantes : les Philadelphiens, les Banians, n’ont jamais tué personne. Les Chinois, les peuples du Tonquin, de Lao, de Siam, du Japon même, depuis plus de cent ans, ne connaissent point la guerre. À peine voit-on en dix ans un de ces grands crimes qui étonnent la nature humaine, dans les villes de Rome, de Venise, de Paris, de Londres, d’Amsterdam, villes où pourtant la cupidité, mère de tous les crimes, est extrême.

Si les hommes étaient essentiellement méchants, s’ils naissaient tous soumis à un être aussi malfaisant que malheureux, qui, pour se venger de son supplice leur inspirerait toutes ses fureurs, on verrait tous les matins les maris assassinés par leurs femmes, et les pères par leurs enfants, comme on voit à l’aube du jour des poules étranglées par une fouine qui est venue sucer leur sang.

S’il y a un milliard d’hommes sur la terre, c’est beaucoup ; cela donne environ cinq cents millions de femmes qui cousent, qui filent, qui nourrissent leurs petits, qui tiennent la maison ou la cabane propre, et qui médisent un peu de leurs voisines. Je ne vois pas quel grand mal ces pauvres innocentes font sur la terre. Sur ce nombre d’habitants du globe, il y a deux cents millions d’enfants au moins, qui certainement ne tuent ni ne pillent, et environ autant de vieillards ou de malades qui n’en ont pas le pouvoir. Restera tout au plus cent millions de jeunes gens robustes et capables du crime. De ces cent millions il y en a quatre-vingt-dix continuellement occupés à forcer la terre, par un travail prodigieux, à leur fournir la nourriture et le vêtement; ceux-là n’ont guère le temps de mal faire.

Dans les dix millions restants seront compris les gens oisifs et de bonne compagnie, qui veulent jouir doucement ; les hommes à talents occupés de leurs professions ; les magistrats, les prêtres, visiblement intéressés à mener une vie pure, au moins en apparence. Il ne restera donc de vrais méchants que quelques politiques, soit séculiers, soit réguliers, qui veulent toujours troubler le monde, et quelques milliers de vagabonds qui louent leurs services à ces politiques. Or il n’y a jamais à la fois un million de ces bêtes féroces employées ; et dans ce nombre je compte les voleurs de grands chemins. Vous avez donc tout au plus sur la terre, dans les temps les plus orageux, un homme sur mille qu’on peut appeler méchant, encore ne l’est-il pas toujours.

Il y a donc infiniment moins de mal sur la terre qu’on ne dit et qu’on ne croit. Il y en a encore trop sans doute ; on voit des malheurs et des crimes horribles : mais le plaisir de se plaindre et d’exagérer est si grand, qu’à la moindre égratignure vous criez que la terre regorge de sang. Avez-vous été trompé, tous les hommes sont des parjures. Un esprit mélancolique qui a souffert une injustice voit l’univers couvert de damnés, comme un jeune voluptueux soupant avec sa dame, au sortir de l’opéra, n’imagine pas qu’il y ait des infortunés.

Voltaire, Dictionnaire philosophique, 1764, article « Méchant »

 

 

1) Résumez le texte en 140 mots (plus ou moins 10%). Vous indiquerez les sous totaux de 20 en 20 (20, 40, 60, …) par un trait vertical et par le chiffre correspondant dans la marge. Vous indiquerez obligatoirement votre total exact à la fin de votre résumé.

 

2) Dissertation.

« L’homme n’est point né méchant ; il le devient, comme il devient malade. »

Vous discuterez ce propos de Voltaire en vous appuyant sur votre lecture des trois œuvres inscrites au programme. Vous proscrirez tout plan qui se bornerait à examiner ces livres successivement. La dissertation devra compter 1000 à 1500 mots.

 

2. Analyse et remarques sur le texte.

Voltaire énonce d’abord la thèse selon laquelle l’homme est intrinsèquement méchant. Le vocabulaire (diable, etc.) connote une thèse religieuse. Si tous les hommes sont mauvais, Voltaire objecte à son interlocuteur fictif à la deuxième personne du singulier, qu’il l’est aussi et qu’il faut donc se défier de lui. Il répond que lui est régénéré. Alors Voltaire rétorque qu’une telle thèse impliquerait un comportement de méfiance absolue vis-à-vis des protestants ou des musulmans (on comprend que son interlocuteur fictif est un catholique), comportement qui n’est jamais mis en œuvre. Il oppose une tout autre attitude : penser que l’homme est naturellement bon et l’inviter à agir conformément à sa nature. Voltaire note que telle est l’attitude habituelle qui confirme donc sa propre thèse. Elle se manifeste dans l’injonction : « Rentrez en vous-même ? »

Il nie donc la méchanceté naturelle de l’homme et compare la méchanceté acquise à une maladie. Il en déduit qu’il est possible d’en guérir.

Pour prouver que l’homme n’est pas méchant, il donne d’abord l’exemple de l’innocence des enfants par rapport aux animaux.

Il reprend sa comparaison avec la maladie pour expliquer la méchanceté par la contagion.

Il énonce l’objection qu’on peut lui faire à la deuxième personne du pluriel qui exprime ici la politesse selon laquelle on ne peut expliquer par la contagion le premier méchant. Son adversaire y verrait une preuve de la méchanceté naturelle de l’homme qui est potentielle. Il répond que tout le monde ne devient pas malade même si tous peuvent le devenir. Autrement dit, qui soutiendrait que l’homme est naturellement malade ?

Il donne donc comme exemples et preuves de bonté une série de peuples qui ne font pas la guerre. Puis l’exemple du peu de crimes dans les grandes villes européennes.

Reprenant l’hypothèse d’une méchanceté native, il en déduit qu’elle devrait être suivie d’une conséquence qui ne s’observe pas : la quotidienneté des crimes les plus affreux.

Il se livre alors à une estimation du nombre de criminels en éliminant les femmes occupées à leurs tâches domestiques, les enfants, vieillards et malades qui ne peuvent commettre de crimes. Il reste des hommes occupés à travailler qui n’ont pas le temps d’être méchants. Finalement il ne trouve que quelques politiques et quelques criminels pour s’adonner au mal et donc une proportion de 1 pour 1000 dans son estimation statistique (discipline qui naît à cette époque et que les anglais nommaient arithmétique politique).

Voltaire en déduit que le mal effectif est bien moindre qu’on ne le pense. Il explique la thèse contraire par la généralisation de celui qui subit le mal.

 

3. Proposition de résumé.

Qui juge l’homme démoniaque l’est. Tu rétorques que tu es élu, conduis-toi avec autrui comme avec le [20] démon. Il vaut mieux affirmer la bonté humaine et la rappeler à qui y déroge. Partout règne cette injonction.

La [40] méchanceté n’est pas innée. Les enfants n’en manifestent aucune. Si l’homme contracte la méchanceté comme la vérole [60], le premier méchant révèle la perversité humaine me rétorquez-vous. Mais tous ne tombent pas malades.

De nombreux peuples ne [80] sont pas méchants qui ne font pas la guerre. Dans les grandes villes il est peu de grands crimes. La [100] méchanceté en produirait d’innombrables. Les femmes, les enfants, les travailleurs, les professions intéressés à la vertu laissent peu de [120] méchants sur terre : quelques politiques ou criminels.

Le mal est moindre que l’illusion de la généralisation le fait  croire.

140 mots.

 

4. Dissertation.

Aussi loin qu’on remonte, il semble que le spectacle du mal que l’homme fait à l’homme ait donné à penser que les hommes sont naturellement méchants. Là contre, une idée plus optimiste s’est tardivement faite jour comme le prouve cette citation de Voltaire extraite de l’article « Méchant » du Dictionnaire philosophique :

« L’homme n’est point né méchant ; il le devient, comme il devient malade. »

Le philosophe veut dire que la méchanceté n’appartient pas fondamentalement à l’homme ; il nie le péché originel. Il soutient donc que l’homme lorsqu’il est méchant l’est devenu. Il compare cette acquisition de la méchanceté au fait de contracter une maladie.

Or, d’une maladie, on n’est pas nécessairement responsable. Et si c’est un autre qui me rend méchant, comment l’est-il devenu. Mais penser une sorte de péché originel, c’est peut-être aussi bien s’innocenter : né méchant, je n’ai plus qu’à attendre d’en être délivré.

Dès lors, on peut se demander s’il est pensable que l’homme contracte le mal moral à la façon d’une maladie ou si bien plutôt il faut convenir que l’homme est naturellement méchant et alors comment est-ce possible.

En nous appuyant notamment sur la première partie de la « Profession de foi du vicaire savoyard » extraite du livre IV de l’Émile ou de l’Éducation de Rousseau, sur Macbeth de Shakespeare et sur Les Âmes fortes de Giono, nous verrons d’abord comment l’acquisition de la méchanceté se distingue fondamentalement de la maladie par son caractère volontaire, puis en quoi il y a un sens à admettre que l’homme est naturellement méchant et enfin en quoi comme la maladie elle peut se penser comme une sorte d’erreur.

 

Être méchant ne peut simplement consister à produire le mal. En effet, on n’accuse jamais les choses d’être méchantes. On accuse éventuellement Dieu parce qu’on le pense comme une personne. On accuse les êtres démoniaques parce qu’on estime qu’ils font le mal en connaissance de cause. Ainsi la méchanceté du docteur dont parle Thérèse dans son second récit, et qu’elle nomme le « roi des mouches », expression qui désigne le diable, tient-elle à ce qu’il agit volontairement. C’est pourquoi aussi la thèse de Rousseau est que le mal est le fait de l’homme dans la mesure où elle repose sur sa libre volonté. La méchanceté des Weird Sisters se montre aux ingrédients qu’elles mettent dans leur chaudron à la scène 1 de l’acte IV comme le doigt de bébé étranglé à la naissance par une fille-mère.

Dès lors, la comparaison avec la maladie n’est pas pertinente. Car elle implique un agent infectieux, extérieur, et qui produit son effet contrairement à la volonté du sujet. Si à la limite on peut penser que Macbeth est contaminé par la prophétie des sorcières dans l’atmosphère pestilentielle de la lande, tel n’est pas le cas de Banquo qui reste probe, voire de son épouse dont la méchanceté vient de plus loin. Elle, parce qu’elle invoque les esprits maléfiques volontairement à la scène 5 de l’acte I. Lui, parce qu’il ne sombre nullement dans le mal. Qui de Firmin ou de Thérèse a tenté l’autre ? Le récit du Contre comme Giono nomme la narratrice anonyme dans ses carnets préparatoires et celui de Thérèse s’opposent : preuve qu’on ne peut assigner une cause à ce qui est l’effet de la volonté. Et si chacun avait voulu transformer l’autre en moyen de sa volonté perverse sans se rendre compte de celle de l’autre ? Même si les préjuges sociaux selon Rousseau incite au mal, il faut reconnaître que la volonté est nécessaire pour constituer le mal. Ils ne causent pas le mal comme serait un agent infectieux.

Toutefois, il est difficile de comprendre comment on pourrait choisir le mal sans qu’il soit profondément enraciné en nous. Aussi l’hypothèse que nous sommes nés méchants explique peut-être cette propension au mal. Reste à se demander comment cela pourrait encore relever du mal qui exige la liberté du sujet.

 

On peut penser que l’homme est naturellement méchant tout en étant volontaire à l’instar de Kant (1724-1804) dans La religion dans les limites de la simple raison (1793, 1794). Il faut pour cela concevoir le mal moral comme relevant du libre arbitre et du choix du mal. Un tel choix consiste à privilégier son intérêt plutôt que son devoir. Or, comme ce choix est indépendant de toute causalité naturelle, il a toujours déjà eu lieu. C’est là le sens théologique de la notion de péché originel, mystère inintelligible selon Pascal (1623-1662) dans les Pensées (1670, posthume) mais tel que l’homme serait encore plus inintelligible sans lui. En effet, la méchanceté d’une Thérèse ou d’un Firmin n’a pas d’origine. Elle-même se montre intrinsèquement méchante lorsqu’elle se compare à un furet qui n’est intéressé que par le sang. De même, Lady Macbeth se montre méchante lorsqu’elle prétend être prête à fracasser le crâne d’un bébé pour manifester sa résolution à la scène 7 de l’acte I. Aussi la supposée bonté naturelle de l’homme selon Rousseau n’est pas autre chose qu’une construction théorique puisqu’elle est celle d’une situation quasi édénique d’un homme vivant hors de toute vie sociale. La chute de l’homme, Rousseau finalement la pense dans l’entrée dans la vie en société.

La comparaison avec la maladie a un sens s’il est vrai que la méchanceté intrinsèque est un terrain favorable pour que le mal se répande. En effet, lors d’épidémie, tous ne tombent pas malade remarque Voltaire dans son article « Méchant ». Mais ceux qui deviennent méchants le font sur la base de la décision originelle de l’être. Si les Weird Sisters annoncent à Macbeth qu’il deviendra roi, même si le roi Duncan désigne son fils, rien ne lui interdisait d’attendre plutôt que de penser au meurtre. Son courrier à sa femme revient presque à solliciter le conseil, voire l’incitation au meurtre. De toutes les servantes, c’est Thérèse que Firmin a pu enlever, c’est elle qu’il a pu inciter pour lui à travailler à l’escroquerie des Numance. Inversement, c’est Thérèse qui réussit à amener Casimir, le conducteur muet, à exécuter son mari. Il faut bien que le mal habite d’abord les individus. En insistant sur l’innocence de l’homme, sa grandeur, sa dignité supérieure à toutes les autres créatures, Rousseau est conduit à insister sur la culpabilité des hommes. Dès lors, il généralise le mal malgré qu’il en ait.

Néanmoins, la thèse d’une méchanceté intrinsèque source de la méchanceté réelle, qu’elle ressortisse à la théologie du péché originel ou de la philosophie du mal radical, revient à mettre sur le même plan l’homme qui agit mal et celui qui n’agit pas mal. Cette confusion culpabilise les innocents et innocente les coupables. Ne faut-il pas alors penser tout autrement la méchanceté que comme culpabilité ? N’est-elle pas une erreur ? Mais laquelle et la comparaison avec la maladie est-elle possible ?

 

Penser que le mal est une erreur, c’est considérer que le sujet pense qu’il a à faire le bien pour lui avant tout. Et s’il le pense c’est en raison des passions qui l’habitent au moment de la décision. Le prouvent les exemples de grandeur morale que donne Rousseau. Regulus choisit de tenir sa parole et de revenir à Carthage. Pourquoi, sinon parce qu’il préfère la mort au déshonneur. Or, cela implique que son désir de vivre ne dirige pas sa pensée. À l’inverse, le lâche se laisse submerger par le désir de vivre ou la peur de la mort. Il en va de même de Socrate que Rousseau loue pour son attitude morale. Il préfère respecter les lois d’Athènes comme le montre le Criton de Platon et accepter sa condamnation à mort plutôt que de vivre misérablement en exil. C’est bien dans les passions que Rousseau place l’origine du mal. Or, c’est elles qui font déraisonner l’homme et donc qui l’induisent en erreur sur le bien et le mal moral. Quand la passion est présente, la volonté suit. L’erreur de Thérèse c’est de nier toute conscience morale pour justifier le fait de faire le mal. Mais c’est surtout d’être une âme forte (cf. p.349). En effet, elle se situe sur le plan du rêve et non sur celui de la raison. La passion la commande tout entière. L’erreur est d’ailleurs tout aussi entière chez les Macbeth qui sont l’un et l’autre déçu une fois qu’ils ont obtenu le pouvoir dont le prestige leur apparaissait un bien supérieur à tout autre.

La comparaison avec la maladie n’est possible que si on la pense elle-même comme une erreur. Erreur de la nature pense-t-on pour le monstre. Erreur est le méchant intrinsèque. Rousseau qui fait des préjugés la source de ce qui fait taire la conscience morale ou plutôt ce qui empêche les hommes de l’entendre, assigne donc à la méchanceté la même origine que l’erreur théorique. Car, les préjugés nous dit-il invite l’homme à agir pour son seul intérêt. Dès lors, ce n’est pas la volonté qui décide en connaissance de cause. L’erreur se montre dans l’histoire de Macbeth à même le réel physique. En plein jour, il fait noir. Les protagonistes notent ici ou là une atmosphère de contre nature qui symbolise ces êtres contre nature que sont le couple Macbeth. Et si le malin est à la source du mensonge selon la parole de l’apôtre lorsque Macbeth comprend qu’il a été trompé, c’est surtout que Macbeth s’est trompé. Le contraste avec Banquo manifeste cette erreur qu’il est en tout son être et qui en fait une sorte de malade du pouvoir.

 

En un mot, le problème était de savoir s’il fallait concevoir la méchanceté comme acquise sur le modèle de la maladie. Or, on pense d’abord que la méchanceté est volontaire et donc qu’elle ne peut être une maladie. Mais cette mystérieuse volonté explique qu’elle semble innée tout en étant contractée comme une sorte de maladie héréditaire. Une telle notion de méchanceté étant finalement la source de la culpabilisation de tous les hommes indistinctement, c’est en pensant la méchanceté comme une erreur provoquée par nos passions qu’il est possible de lui trouver une comparaison légitime avec la maladie comme erreur de l’organisme ou de l’hérédité.

Il faudrait toutefois se demander s’il est possible ou non de résister à la passion.

 

 

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