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17 mai 2010 1 17 /05 /mai /2010 12:46

Résumez le texte en 150 mots (plus ou moins 10%). Vous indiquerez les sous totaux de 50 en 50 (50, 100, …) par un trait vertical et par le chiffre correspondant dans la marge. Vous indiquerez obligatoirement votre total exact à la fin de votre résumé.

 

Voilà donc toutes nos facultés développées, la mémoire et l’imagination en jeu, l’amour-propre intéressé, la raison rendue active et l’esprit arrivé presque au terme de la perfection, dont il est susceptible. Voilà toutes les qualités naturelles mises en action, le rang et le sort de chaque homme établi, non seulement sur la quantité des biens et le pouvoir de servir ou de nuire, mais sur l’esprit, la beauté, la force ou l’adresse, sur le mérite ou les talents, et ces qualités étant les seules qui pouvaient attirer de la considération, il fallut bientôt les avoir ou les affecter, il fallut pour son avantage se montrer autre que ce qu’on était en effet. Être et paraître devinrent deux choses tout à fait différentes, et de cette distinction sortirent le faste imposant, la ruse trompeuse, et tous les vices qui en sont le cortège. D’un autre côté, de libre et indépendant qu’était auparavant l’homme, le voilà par une multitude de nouveaux besoins assujetti, pour ainsi dire, à toute la nature, et surtout à ses semblables dont il devient l’esclave en un sens, même en devenant leur maître ; riche, il a besoin de leurs services ; pauvre, il a besoin de leur secours, et la médiocrité ne le met point en état de se passer d’eux. Il faut donc qu’il cherche sans cesse à les intéresser à son sort, et à leur faire trouver en effet ou en apparence leur profit à travailler pour le sien : ce qui le rend fourbe et artificieux avec les uns, impérieux et dur avec les autres, et le met dans la nécessité d’abuser tous ceux dont il a besoin, quand il ne peut s’en faire craindre, et qu’il ne trouve pas son intérêt à les servir utilement. Enfin l’ambition dévorante, l’ardeur d’élever sa fortune relative, moins par un véritable besoin que pour se mettre au-dessus des autres, inspire à tous les hommes un noir penchant à se nuire mutuellement, une jalousie secrète d’autant plus dangereuse que, pour faire son coup plus en sûreté, elle prend souvent le masque de la bienveillance ; en un mot, concurrence et rivalité d’une part, de l’autre opposition d’intérêt, et toujours le désir caché de faire son profit aux dépens d’autrui, tous ces maux sont le premier effet de la propriété et le cortège inséparable de l’inégalité naissante.

Avant qu’on eût inventé les signes représentatifs des richesses, elles ne pouvaient guère consister qu’en terres et en bestiaux, les seuls biens réels que les hommes puissent posséder. Or quand les héritages se furent accrus en nombre et en étendue au point de couvrir le sol entier et de se toucher tous, les uns ne purent plus s’agrandir qu’aux dépens des autres, et les surnuméraires que la faiblesse ou l’indolence avaient empêchés d’en acquérir à leur tour, devenus pauvres sans avoir rien perdu, parce que, tout changeant autour d’eux, eux seuls n’avaient point changé, furent obligés de recevoir ou de ravir leur subsistance de la main des riches, et de là commencèrent à naître, selon les divers caractères des uns et des autres, la domination et la servitude, ou la violence et les rapines. Les riches de leur côté connurent à peine le plaisir de dominer, qu’ils dédaignèrent bientôt tous les autres, et se servant de leurs anciens esclaves pour en soumettre de nouveaux, ils ne songèrent qu’à subjuguer et asservir leurs voisins ; semblables à ces loups affamés qui ayant une fois goûté de la chair humaine rebutent toute autre nourriture et ne veulent plus que dévorer des hommes.

(…) La société naissante fit place au plus horrible état de guerre : le genre humain avili et désolé, ne pouvant plus retourner sur ses pas ni renoncer aux acquisitions malheureuses qu’il avait faites et ne travaillant qu’à sa honte, par l’abus des facultés qui l’honorent, se mit lui-même à la veille de sa ruine.

(…)

Il n’est pas possible que les hommes n’aient fait enfin des réflexions sur une situation aussi misérable, et sur les calamités dont ils étaient accablés. Les riches surtout durent bientôt sentir combien leur était désavantageuse une guerre perpétuelle dont ils faisaient seuls tous les frais et dans laquelle le risque de la vie était commun et celui des biens, particulier. D’ailleurs, quelque couleur qu’ils pussent donner à leurs usurpations, ils sentaient assez qu’elles n’étaient établies que sur un droit précaire et abusif et que n’ayant été acquises que par la force, la force pouvait les leur ôter sans qu’ils eussent raison de s’en plaindre. Ceux mêmes que la seule industrie avait enrichis ne pouvaient guère fonder leur propriété sur de meilleurs titres. Ils avaient beau dire : C’est moi qui ai bâti ce mur ; j’ai gagné ce terrain par mon travail. Qui vous a donné les alignements, leur pouvait-on répondre, et en vertu de quoi prétendez-vous être payé à nos dépens d’un travail que nous ne vous avons point imposé ? Ignorez-vous qu’une multitude de vos frères périt, ou souffre du besoin de ce que vous avez de trop, et qu’il vous fallait un consentement exprès et unanime du genre humain pour vous approprier sur la subsistance commune tout ce qui allait au-delà de la vôtre ? Destitué de raisons valables pour se justifier, et de forces suffisantes pour se défendre ; écrasant facilement un particulier, mais écrasé lui-même par des troupes de bandits, seul contre tous, et ne pouvant à cause des jalousies mutuelles s’unir avec ses égaux contre des ennemis unis par l’espoir commun du pillage, le riche, pressé par la nécessité, conçut enfin le projet le plus réfléchi qui soit jamais entré dans l’esprit humain ; ce fut d’employer en sa faveur les forces mêmes de ceux qui l’attaquaient, de faire ses défenseurs de ses adversaires, de leur inspirer d’autres maximes, et de leur donner d’autres institutions qui lui fussent aussi favorables que le droit naturel lui était contraire.

Dans cette vue, après avoir exposé à ses voisins l’horreur d’une situation qui les armait tous les uns contre les autres, qui leur rendait leurs possessions aussi onéreuses que leurs besoins, et où nul ne trouvait sa sûreté ni dans la pauvreté ni dans la richesse, il inventa aisément des raisons spécieuses pour les amener à son but. « Unissons-nous, leur dit-il, pour garantir de l’oppression les faibles, contenir les ambitieux, et assurer à chacun la possession de ce qui lui appartient. Instituons des règlements de justice et de paix auxquels tous soient obligés de se conformer, qui ne fassent acception de personne, et qui réparent en quelque sorte les caprices de la fortune en soumettant également le puissant et le faible à des devoirs mutuels. En un mot, au lieu de tourner nos forces contre nous-mêmes, rassemblons-les en un pouvoir suprême qui nous gouverne selon de sages lois, qui protège et défende tous les membres de l’association, repousse les ennemis communs et nous maintienne dans une concorde éternelle. »

Il en fallut beaucoup moins que l’équivalent de ce discours pour entraîner des hommes grossiers, faciles à séduire, qui d’ailleurs avaient trop d’affaires à démêler entre eux pour pouvoir se passer d’arbitres, et trop d’avarice et d’ambition, pour pouvoir longtemps se passer de maîtres. Tous coururent au-devant de leurs fers croyant assurer leur liberté ; car avec assez de raison pour sentir les avantages d’un établissement politique, ils n’avaient pas assez d’expérience pour en prévoir les dangers ; les plus capables de pressentir les abus étaient précisément ceux qui comptaient d’en profiter, et les sages mêmes virent qu’il fallait se résoudre à sacrifier une partie de leur liberté à la conservation de l’autre, comme un blessé se fait couper le bras pour sauver le reste du corps.

Telle fut, ou dut être, l’origine de la société et des lois, qui donnèrent de nouvelles entraves au faible et de nouvelles forces au riche, détruisirent sans retour la liberté naturelle, fixèrent pour jamais la loi de la propriété et de l’inégalité, d’une adroite usurpation firent un droit irrévocable, et pour le profit de quelques ambitieux assujettirent désormais tout le genre humain au travail, à la servitude et à la misère.

Rousseau, Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes (1755)

 

1. Analyse et remarques sur le texte.

L’extrait commence par l’expression d’une conséquence qui marque une étape du développement humain dont on comprend qu’il s’agit des effets de l’institution de la propriété. Les facultés humaines sont développées, les qualités naturelles susceptibles d’attirer autrui le sont. Mais ceux qui en manquent paraissent les avoir. Cette étape est celle où l’opposition de l’être et du paraître se fait jour. Avec cette dernière, les vices de la dissimulation deviennent possibles.

Deuxième moment de ce stade : l’homme qui était indépendant devient l’esclave des autres à cause de la multiplicité de ses besoins. De là naissent de nouveaux vices.

Troisième et dernier moment : chaque homme est habité du désir dissimulé de nuire aux autres.

Rousseau résume les maux qui suivent de l’institution de la propriété à savoir premièrement la concurrence, deuxièmement le conflit d’intérêt et troisièmement le secret désir de profiter d’autrui.

Il retrace l’histoire de l’opposition des riches et des pauvres avant l’institution de l’argent. Ce qui signifie que ce dernier n’est pas l’instrument de cette distinction. La richesse consistant surtout en terres, certains hommes en sont dépourvus. Il va en résulter une guerre de chacun contre chacun. Rousseau retrace ici la genèse de ce qui est l’état de nature de Hobbes (1588-1679) qui ne lui apparaît donc pas comme la situation originelle de l’homme. La référence à Hobbes où à la thématique qu’il reprend de Plaute comparant l’homme à un loup qu’on trouve dans l’épître dédicatoire au comte de Devonshire de l’ouvrage de Hobbes, Le citoyen, est claire dans le détournement. Ce sont les riches qui sont comme les loups qui ont goûté de la chair humaine et qui ne trouvent de plaisir que dans la domination.

L’humanité étant alors dans une situation critique et les riches en particulier étant dans les difficultés. Rousseau insiste sur le fait que les riches ont deux choses à perdre au contraire des pauvres, leur vie et leurs biens. Pour la liberté, les uns et les autres l’ont déjà perdue. Tout se passe comme s’il faisait aussi la genèse de l’état de nature de Locke (1632-1704) qui admet le droit de propriété à l’état de nature (cf. Second traité du gouvernement civil). Or, Rousseau insiste sur l’absence de droit de propriété. Le travail personnel ne suffit pas pour fonder la propriété car tout le superflu est dû aux pauvres.

Il imagine que l’un d’eux eut une idée géniale, à savoir faire servir sa propre cause à ses ennemis. Rousseau fait alors la prosopopée du riche à tous dans laquelle il propose l’institution de lois et d’un gouvernement pour les faire respecter. Ce contrat n’a rien de juste puisqu’il entérine l’usurpation que constitue la propriété privée dont Rousseau considère qu’elle doit se fonder sur le consentement du genre humain. Il faut comprendre une propriété privée et non l’appropriation provisoire qui est nécessaire à la vie, propriété privée qui implique la possibilité d’en disposer par héritage.

Les pauvres acceptent sans comprendre qu’ils perdent définitivement leur liberté. Les riches savent qu’ils vont profiter de la nouvelle situation. Quant aux sages – et Rousseau n’en est-il pas un ? – ils comprennent l’utilité de l’institution du politique malgré la perte de la partie de la liberté qui lui est liée.

Rousseau peut donc préciser que c’est la genèse possible de la société politique, autrement dit l’État, qu’il a retracée. Cet établissement historique fixa le mal pour l’humanité.

 

2. Proposition de résumé.

Une fois les facultés humaines développées, les qualités visibles agissantes, chacun se masqua et les vices mensongers apparurent. L’homme devint dépendant des autres par ses besoins multipliés. Enfin, il désira sournoisement leur nuire. Bref, ce furent les effets de la naissance de la propriété et de l’inégalité. L’ (50) extension des propriétés opposèrent bientôt riches et pauvres. Les riches jouirent d’asservir. De là une guerre générale qui détruisait l’humanité.

Les hommes ne pouvaient en rester là. Le riche surtout, dont la propriété ne se fondait pas sur le consentement du genre humain, sentit sa faiblesse. Il conçut (100) un dessein injuste et intéressé. Montrant le péril général, il proposa d’instituer des lois et un gouvernement protégeant la propriété de tous.

Il séduisit les hommes irréfléchis et divisés. Les sages virent leur avantage.

Ainsi naquit la société légale légitimant l’illégitime propriété pour le malheur de l’humanité.

150 mots

 

 

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Published by Bégnana - dans Sujets
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