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La parole - sujet et corrigé - résumé d'un texte d'Alain - langage et poésie

1) Sujet.

 

Résumez le texte suivant en 120 mots (+ ou – 10%). Vous indiquerez les sous-totaux de 20 en 20 (20, 40, 60 …) dans la marge et le nombre total de mots à la fin de votre résumé.

 

La langue est un instrument à penser. Les esprits que nous appelons paresseux, somnolents, inertes, sont vraisemblablement surtout incultes et, en ce sens qu’ils n’ont qu’un petit nombre de mots et d’expressions ; et c’est un trait de vulgarité bien frappant que l’emploi d’un mot à tout faire. Cette pauvreté est encore bien riche, comme les bavardages et les querelles le font voir ; toutefois la précipitation du débit et le retour des mêmes mots montrent bien que ce mécanisme n’est nullement dominé. L’expression « ne pas savoir ce qu’on dit » prend alors tout son sens. On observera ce bavardage dans tous les genres d’ivresse et de délire. Et je ne crois même point qu’il arrive à l’homme de déraisonner par d’autres causes ; l’emportement dans le discours fait de la folie avec des lieux communs. Aussi est-il vrai que le premier éclair de pensée, en tout homme, et en tout enfant, est de trouver un sens à ce qu’il dit. Si étrange que cela soit, nous sommes dominés par la nécessité de parler sans savoir ce que nous allons dire ; et cet état sibyllin (1) est originaire en chacun, l’enfant parle naturellement avant de penser, il est compris des autres bien avant qu’il se comprenne lui-même. Penser c’est donc parler à soi.

Certes c’est un beau moment, comme Comte l’a remarqué, que celui où l’homme, seul avec lui-même, trouve à la fois avocat, et juge ; c’est le moment de réflexion ; c’est même le moment de la conscience ; sans doute ne fait-on paraître le Soi qu’en parlant à soi. Mais disons que, dans ce bavardage solitaire, il y a une inquiétude qui va à la manie. D’abord on ne peut conduire sa parole, car conduire sa parole ce n’est qu’essayer tout bas et répéter tout haut ; de moi à moi il faut que je me fie à ma parole et que je l’écoute ; et la déception, qui est l’état ordinaire, irrite bientôt. On saisit ici le prix des maximes, par quoi le mécanisme participe de la sagesse. Et certainement il y a un plaisir sans mesure à répéter ; c’est se reconnaître et reprendre gouvernement de soi ; c’est pourquoi les contes ne plaisent que dans une forme fixée.

Mais, contre ce besoin de reconnaître, il y a dans le langage comme mécanisme une exigence de changement, qui est biologique et à laquelle la musique, la poésie et l’éloquence doivent donner satisfaction. Car il faut que certaines parties se reposent et que d’autres se détendent après l’inaction. Et, faute d’une mémoire ornée de belles paroles, le bavard sans culture est jeté de discours en discours, sans pouvoir même répéter exactement ce qui offre au passage comme l’éclair d’une pensée.

Par opposition à cette misère intellectuelle, considérons qu’un beau vers est un merveilleux soutien pour la réflexion. Car d’un côté comme on ne peut dire autrement sans manquer au rythme ou à la rime, on ne peut dériver ; on s’arrête, on retrouve et on se retrouve. Mais surtout cet art de chanter sa propre pensée développe toujours dans la phrase rythmée la compensation après l’effort, soit pour les sons, soit pour les articulations, ce qui ramène au repos après un travail équilibré de l’appareil parleur ; et l’on se trouve ainsi protégé contre le discours errant, au lieu qu’une phrase mal faite en appelle une autre. C’est pourquoi l’entretien avec soi n’est soutenu comme il faut que par les fortes sentences de la poésie. C’est donc par de telles œuvres que l’enfant commence à penser ; il peut alors s’écouter lui-même, et reconnaître sa propre pensée dans l’œuvre humaine ; mais le premier effet est esthétique ; l’enfant est d’abord retenu ou saisi ; ensuite il se reconnaît. Et ces remarques rassurent aussitôt le maître quant au choix des œuvres ; car le principal est qu’elles soient belles et pleines de sens ; mais il n’est point dans l’ordre que l’enfant les comprenne avant de les retenir. Et certes, il peut y avoir à comprendre dans les improvisations d’un enfant ; mais le maître croit trop facilement que ce qui l’intéresse instruit l’enfant aussi ; au contraire dans ce qu’il dit, l’enfant se perd ; et c’est une raison décisive lorsqu’on se risque à provoquer des réponses libres, de les faire toujours écrire aussitôt, afin d’interroger de nouveau la réponse elle-même. Le langage commun appelle naturellement Pensées les formules que l’on retient et qui s’imposent à la mémoire, donnant ainsi un objet à la réflexion. Et quand je dis qu’un tel appui est nécessaire à l’enfant, je n’entends pas que l’esprit le plus ferme et le plus mûr puisse s’en passer ; le défaut le plus commun est d’aller à la dérive, et de tomber d’une idée à l’autre selon les lois mécaniques le la chute. L’égarement est le vrai nom de cet état errant de l’esprit.

Alain, Éléments de philosophie, Livre 3 De la connaissance discursive, Chapitre II Langage et poésie (extrait)

 

(1) Sibyllin : dont le sens est aussi obscur que les oracles romains du même nom.

(Ne pas tenir compte de cette note dans le résumé).

 

2) Analyse et remarques sur le texte.

Alain veut montrer l’importance de la poésie en tant que forme du langage qui permet de penser, qui permet surtout la réflexion, c’est-à-dire la conscience.

On peut analyser le texte en six grandes idées.

·      La première idée est qu’on pense grâce aux mots. Il le prouve en montrant que l’absence de mots ou la pauvreté du vocabulaire manifeste la faiblesse de la pensée. L’autre preuve est que le délire est constitué par un bavardage tournant à vide.

·      La seconde idée est déduite de la première, c’est que le sens de ce qu’on dit suit la parole. Alain peut alors définir penser par l’acte de se parler à soi-même, c’est-à-dire de dialoguer de façon solitaire. Il énonce sans le dire la définition de la pensée de Platon que l’on peut lire dans les deux extraits suivants :

« Socrate : Par penser entends-tu la même chose que moi ? Théétète : Qu’entends-tu par là ? Socrate : Un discours que l’âme se tient à elle-même sur les objets qu’elle examine. Je te donne cette explication sans en être bien sûr. Mais il me paraît que l’âme, quand elle pense, ne fait pas autre chose que s’entretenir avec elle-même, interrogeant et répondant, affirmant et niant. Quand elle est arrivée à une décision, soit lentement, soit d’un élan rapide, que dès lors elle est fixée et ne doute plus, c’est cela que nous tenons pour une opinion. Ainsi, pour moi, opiner, c’est parler, et l’opinion est un discours prononcé, non pas, assurément, à un autre et de vive voix, mais en silence et à soi-même. » Platon, Théétète, 189e-190a.

« L’Étranger : Je dis donc que pensée et discours c'est la même chose, avec cette seule différence que le dialogue intérieur de l’âme avec elle-même, et sans la voix, s’appelle pensée. » Platon, Sophiste, 263e.

·      La troisième idée consiste à montrer que la conscience ou la réflexion, c’est-à-dire le retour sur soi, voire sur le soi, passe par la parole. Mais, précédant la saisie du sens, la parole est toujours comme une fuite qui empêche le sujet de se ressaisir, autrement dit se reconnaître. Les maximes y pallient en fixant les pensées et rendent ainsi possible la reconnaissance de soi.

·      La quatrième idée oppose à cette fixité le changement qui appartient essentiellement au langage et qui la mine. La poésie, la musicalité, l’éloquence, bref, tout le travail sur la matière sonore donne une certaine fixité à la parole ou plutôt rend possible la répétition qui permet la reconnaissance de soi.

·      La cinquième idée est déduite de la précédente. La pensée a besoin de la poésie. Elle n’est pas simple ornementation d’une pensée qui préexisterait à la parole, elle est la forme de parole qui fixe la pensée et évite ainsi qu’elle s’égare elle-même.

·      La sixième idée tire les conséquences éducatives. L’enfant doit apprendre des poèmes pour commencer à penser, même s’il les comprend après. Ce qui est vrai de l’enfant l’est également de l’adulte qui, sans la poésie, voit sa pensée errer.

 

3) Proposition de résumé.

Les mots permettent de penser. Les faibles d’esprit le prouvent à qui ils manquent. Le délire n’est-il [20] pas un bavardage vide ? Aussi pense-t-on après avoir trouvé le sens de ce qu’on a dit. Dialoguer avec [40] soi, c’est penser. Mais cette réflexion risque de tourner à la manie. Les sentences y pallient qui fixent les [60] pensées et fondent la reconnaissance de soi. Or le langage est changement. La poésie permet de donner prise à la [80] répétition. La pensée ne peut s’en passer pour se fixer et surtout éviter l’errance. L’enfant a donc [100] besoin d’apprendre des poèmes qu’il comprend après comme l’adulte qui, sinon, ne sait ce qu’il pense.

120 mots

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La parole - Platon "Phèdre" - Plan analytique - Première partie

Le découpage proposé dans ce plan détaillé ne prétend nullement être le seul possible. Il ne cherche pas à résoudre le très controversé problème de l’unité du Phèdre. Il vise seulement à en faciliter l’étude. C’est pourquoi le dialogue est divisé en un prologue et en deux grandes parties, l’une sur l’amour et le beau, l’autre sur la rhétorique, la dialectique et l’écriture.

Les titres ou résumés sont de mon invention. Ils peuvent donc être remplacés par de meilleurs. On trouve ensuite entre parenthèses et entre guillemets la portion de texte auxquels ils se réfèrent. Elle est précédée en gras du nom du personnage qui parle (Socrate ou Phèdre). Les italiques permettent au premier coup d’œil de déterminer ce qui appartient à Platon.

Je fais suivre les passages de la pagination standard d’Henri Estienne de 1578 puis de celle de l’édition utilisée :

 

Platon, Phèdre, présentation par Daniel Babut, introduction, traduction, notes et bibliographie par  Létitia Mouze, Le Livre de Poche, n°4649, « Les classiques de la philosophie, 2007.

 

 

 

Plan

 

Préambule.

(« Socrate : Où vas-tu donc, mon cher Phèdre ? (…) toi, choisis la manière que tu trouveras la plus pratique pour lire, et lis. » 227a-230e, p.195-207)

1. Socrate interpelle Phèdre sur ses activités du jour. Ce dernier lui relate qu’il était chez Lysias, fils de Céphale, où il a entendu un discours de son hôte. Il va se promener.

(« Socrate : Où vas-tu (…) Socrate : À condition que tu parles ... » 227a-c, p.195-199)

2. Phèdre et le discours de Lysias. Le sujet en est qu’il faut que le beau jeune homme cède à un homme qui n’en est pas amoureux. Phèdre, qui voulait s’exercer à dire le discours, possède le texte écrit. Socrate veut qu’il le lui lise et non qu’il s’exerce à le dire.

(« Phèdre : Le récit va certainement te plaire, Socrate : (…) où veux-tu que nous nous asseyons pour lire ? » 227c-228e, p.199-201)

3. Sur les bords de l’Ilissos, Socrate et Phèdre cherchent un endroit propice à la lecture.

(« Socrate : Quittons donc ici le chemin (…) À condition que tu avances. » 229a-b, p.201-202)

4. Sous le platane qu’ils ont choisi, Phèdre évoque l’enlèvement d’Orithye par Borée lorsqu’elle jouait avec Pharmacée qui y aurait eu lieu. Socrate récuse la réduction naturaliste des mythes car il n’est pas capable de répondre à l’injonction delphique : « connais-toi toi-même » bien plus importante, pour savoir s’il est un être monstrueux ou s’il possède une nature divine.

(« Phèdre : Dis-moi, Socrate (…) Socrate : (…) doué d’une nature divine, et dépourvu de cette fumée d’orgueil. » 229b-230a, p.202-204)

5. Socrate ne connaît pas l’endroit. Il préfère être un citadin car les hommes seuls peuvent lui apprendre quelque chose. C’est le discours à entendre qui l’a fait sortir.

(« Socrate : (…) Mais, ami, tandis que nous parlons (…) et lis. » 230a-e, p.204-207)

 

 


Première partie : L’amour et le beau.

(« Phèdre : Écoute donc. (…) autre discours que celui-ci. » 230e-257c, p.207-264)

A. Le discours de Lysias et sa critique.

(« Phèdre : Écoute donc. (…) fais comme tu veux. » 230e-237a, p.207-217)

1. Phèdre lit le discours de Lysias.

(« Phèdre : Écoute donc (…) interroge. » 230e-234c, p.207-212)

a) La thèse du séducteur : le jeune homme peut lui céder même s’il n’est pas amoureux.

(« Phèdre : (…) De ma situation te voilà informé (…) je ne suis pas amoureux de toi. » 230e-231a, p.207)

b) Arguments relatifs au point de vue de l’intérêt du jeune homme qui montrent la supériorité du séducteur non amoureux sur les amoureux.

(« Phèdre : (…) Ces gens se mettent à regretter (…) nombre se trouve celui qui est digne de ton affection. » 231a-e, p.207-208)

1) Le séducteur non amoureux, agissant librement, ne regrette pas les bienfaits accordés au jeune homme.

(« Phèdre : (…) Ces gens (…) leurs bienfaits. » 231a, p.207)

2) Le séducteur non amoureux satisfait plus volontiers le jeune homme.

(« Phèdre : (…) En outre (…) devoir leur plaire. » 231a-b, p.207)

3) Le séducteur amoureux promet au dernier aimé et néglige le premier à la différence du séducteur non amoureux.

(« Phèdre : (…) En outre, s’il convient (…) du mal aux premiers. » 231b-c, p.207-208)

4) L’amoureux étant fou, il ne faut pas lui céder.

(« Phèdre : (…) Dès lors, comment (…) lorsqu’ils sont dans cet état ? » 231c-d, p.208)

5) Pour le jeune homme choisir le meilleur parmi les seuls amoureux revient à limiter son choix alors qu’il l’augmente s’il se tourne vers les non amoureux.

(« Phèdre : (…) Et puis, si c’est parmi (…) ton affection. » 231d-e, p.208)

c) Arguments relatifs au point de vue de la coutume.

(« Phèdre : (…) De plus, si tu crains la coutume en vigueur (…) et non de la haine. » 231e-232e, p.208-209)

1) L’amoureux clame son bonheur alors que le séducteur reste discret.

(« Phèdre : (…) De plus (…) devant les autres. » 231e-232a, p.208)

2) Les relations amoureuses entre l’amant et l’aimé sont toujours connues alors que celles entre le séducteur et l’aimé ne sont pas soupçonnées.

(« Phèdre : (…) En outre, il est forcé (…) les gens à se parler. » 232a-b, p.208)

3) Les relations amoureuses entre l’amant et l’aimé isolent ce dernier des relations sociales utiles que favorise au contraire le séducteur.

(« Phèdre : (…) En outre, si tu es inquiet (…) la haine. » 232b-e, p.208-209)

d) Arguments relatifs au point de vue éthique.

(« Phèdre : (…) De plus, parmi les amoureux (…) parents, mais d’autres rapports. » 232e-233d, p.209-210)

1) L’amoureux choisit d’abord pour la seule beauté physique alors que le séducteur commence par le caractère.

(« Phèdre : (…) De plus (…) l’avenir. » 232e-233a, p.209-210)

2) L’amoureux, partial ou aveugle, rend impossible l’amélioration morale de l’aimé.

(« Phèdre : (…) Et puis, il t’appartient de devenir meilleur (...) l’envie. » 233a-b, p.210)

 

 

3) Le séducteur agit raisonnablement dans l’intérêt du jeune homme.

(« Phèdre : (…) Mais si tu me laisse te convaincre (…) une amitié qui durera longtemps. » 233b-c, p.210)

4) Contrairement à ce qu’on croit l’amitié peut être dissociée de l’amour.

(« Phèdre : (…) Mais si tu t’es mis en tête (…) d’autres rapports. » 233c-d, p.210)

e) Sens de la demande.

(« Phèdre : (…) Encore une chose (…) mal s’occuper de leur affaire pour cette raison. » 233d-234b, p.210-211)

1) S’en tenir au seul désir conduirait le jeune homme à accorder ses faveurs aux plus indignes de ceux qui le sollicitent comme le montre la comparaison avec l’invitation à dîner.

(« Phèdre : Encore une chose (…) sur eux mille bienfaits. » 233d-e, p.210-211)

2) Il faut céder au séducteur reconnaissant, digne, fidèle, généreux, discret.

(« Phèdre : (…) Mais peut-être (…) feront montre de leur valeur. » 233e-234b, p.211)

3) Les amis se reprochent d’être amoureux considérant l’amour comme un mal.

(« Phèdre : (…) Ainsi, garde en mémoire (…) cette raison. » 234b, p.211)

f) Conclusion : l’intérêt des deux parties est le principe du choix.

(« Phèdre : (…) Tu me demanderas peut-être (…) interroge. » » 234b-c, p.211-212)

2. Examen critique du discours de Lysias et passage au premier discours de Socrate, concurrent de celui de Lysias.

(« Phèdre : (…) Que penses-tu de ce discours, Socrate ? (…) fais comme tu veux. » 234c-237a, p.212-217)

a) Socrate loue le seul style de Lysias transfiguré par la lecture de Phèdre.

(« Phèdre : (…) Que penses-tu de ce discours (…) Socrate : (…) chacun des mots en est poli avec exactitude ? » 234c-e, p.212-213)

b) Examen critique du contenu du discours de Lysias.

(Socrate : (…) Car s’il le faut (…) Phèdre : (…) fais comme tu veux. » 234e-237a, p.213-217)

1) Le contenu du discours de Lysias paraît faible à Socrate qui en dénonce les répétitions. Lui a entendu d’anciens sages, comme la poétesse Sappho ou le poète Anacréon. Aussi peut-il en faire un meilleur. Il ne pourra inventer tout le contenu sur un thème convenu mais il pourra inventer l’agencement.

(« Socrate : (…) Car s’il le faut (…) la trouvaille qu’il faut aussi louer. » 234e-236a, p.213-216)

2) Phèdre engage Socrate à prononcer son propre discours qui soutiendra la même thèse que celui de Lysias. Il jugera de l’originalité quoique Socrate en ait. Il force Socrate à le faire qui s’apprête à parler après s’être voilé la tête.

(« Phèdre : Je me range à ce que tu dis (…) fais comme tu veux. » 236a-237a, p.216-217)

B. Le premier discours de Socrate ou discours de Phèdre (cf. 242d-e ; 243e-244a) et sa critique qui ouvre la palinodie.

(« Socrate : Allons, Muses (…) Phèdre : (…) chaque fois que tu le veux. » 237a-243e, p.218-232)

1. Socrate prononce son discours.

(« Socrate : Allons, Muses, que ce soit la forme de votre chant (…) considère que ce discours est terminé. » 237a-241d, p.218-226)

a) Invocation aux Muses.

(« Socrate : Allons, Muses (…) tel maintenant. » 237a-b, p.218)

b) Contexte du discours. Un amoureux rusé soutient la thèse qu’il vaut mieux accorder ses faveurs à celui qui n’est pas amoureux pour l’emporter sur ses rivaux.

(« Socrate : (…) Il était une fois un garçon (…) et il lui dit ceci : » 237b, p.218-219)

c) Le discours de l’amoureux rusé.

(« Socrate : (…) En toute chose, mon enfant (…) c’est à la façon dont les loups aiment les agneaux que les amoureux aiment les garçons. ». 237b-241d, p.219-226)

1) Considération de méthode : il faut commencer par définir l’objet du discours pour que ce dernier et son énonciateur soient cohérents.

(« Socrate : (…) En toute chose, (…) et en nous y rapportant. » 237b-d, p.219)

2) Première définition de l’amour : il s’oppose à l’aspiration au bien ; c’est le désir aveugle du plaisir que donne la beauté physique d’un autre.

(« Socrate : (…) Que l’amour soit un certain désir (…) est appelé amour. » 237d-238c, p.219-221)

3) Intermède. Socrate sent dans son discours l’inspiration des divinités.

(« Socrate : (…) Et bien, mon cher Phèdre (…) notre discours au garçon. » 238c-d, p.221)

4) Rappel du plan et de la réalisation du premier moment, la définition. Annonce de la question des avantages et inconvénients des complaisances pour un amant ou pour un séducteur sans amour.

(« Socrate : (…) Allons-y mon brave (…) lui accorde ses faveurs ? » 238d-e, p.221)

5) L’aimé ne peut attendre que des dommages de la part de l’amant.

(« Socrate : (…) Forcément, celui qui est gouverné par le désir (…) que les amoureux aiment les garçons. ». 238e-241d, p.221-226)

(a) Des désavantages des amants à l’époque de l’amour.

(« Socrate : (…) Forcément (…) d’une franchise impudente et excessive. » 238e-240e, p.221-225)

(1) L’amant est nuisible pour l’esprit du jeune homme.

(« Socrate : (…) Forcément (…) utile. » 238e-239c, p.221-223)

(2) L’amant est nuisible pour le corps du jeune homme.

(« Socrate : (…) Après cela (…) il s’agit d’évidences. » 239c-d, p.223)

(3) L’amant est nuisible pour la fortune et les relations du jeune homme.

(« Socrate : (…) Ce qu’il faut dire (…) fruit. » 239d-240a, p.223-224)

(4) L’amant est déplaisant par sa présence continuelle.

(« Socrate : (…) Il y a encore d’autres maux (…) débouche sur la satiété. » 240a-c, p.224)

(5) L’amant est insupportable par sa laideur et son contact.

(« Socrate : (…) On dit aussi (…) excessive. » 240c-e, p.224-225)

(b) L’ingratitude de l’amant.

(« Socrate : (…) Lorsque cet homme est amoureux (…) que les amoureux aiment les garçons. » 240e-241c, p.225-226)

(1) À l’époque où l’amour a disparu, l’ancien amant revenu à la raison est infidèle à ses promesses.

(« Socrate : (…) Lorsque cet homme est amoureux (…) il s’est enfuit. » 240e-241b, pp.225-226)

(2) L’aimé découvre qu’il aurait dû céder à un séducteur sans amour.

(« Socrate. (…) Mais nécessairement l’autre le poursuit (…) plus digne de considération qu’elle. » 241b-c, p.226)

d) Conclusion du discours : comparaison de l’amoureux et du loup.

(« Socrate : (…) Ainsi donc mon garçon (…) que les amoureux aiment les garçons. » 241c-d, p.226)

e) Socrate s’arrête brutalement.

(« Socrate : (…) Voilà, Phèdre. (…) considère que ce discours est terminé. » 241d, p.226)

2. La palinodie.

(« Phèdre : Pourtant je pensais que c’en était le milieu (…) que tu le veux. » 241d-243e, p.226-232)

a) Continuer le discours est inutile, les inconvénients de l’amoureux sont les avantages du séducteur non amoureux. Socrate s’apprête à rentrer à Athènes. Phèdre l’en dissuade.

(« Phèdre : Pourtant je pensais (…) et quel discours ? » 241d-242b, p.226-228)

b) Le démon (ou son signe habituel) de Socrate lui indique qu’il a commis une faute contre la divinité.

(« Socrate : Au moment (…) d’honneur de la part des hommes. » » 242b-d, p.228-229)

c) La faute de Socrate.

(« Socrate : (…) Mais maintenant je connais ma faute (…) Il me faut donc, cher ami, me purifier. » 242d-243a, p.229-230)

1) Son discours était impie : il a offensé Éros qui est un dieu ou tout au moins qui est divin.

(« Socrate : (…) Mais maintenant (…) faute envers Éros. » 242d-e, p.229-230)

2) Son discours était stupide.

(« Socrate : (…) En outre, (…) me purifier. » 242e-243a, p.137)

d) La palinodie.

(« Socrate : (…) Or, il existe pour ceux qui ont commis une faute dans le domaine de la mythologie (…) Phèdre : (…) chaque fois que tu le veux. » 243a-e, p.230-232)

1) La palinodie de Stésichore.

(« Socrate : (…) Or, il existe (…) il recouvra la vue. » 243a-b, p.230-231)

2) La palinodie de Socrate.

(« Socrate : (…) Eh bien, moi, je serai plus habile (…) Phèdre : (…) tu le veux. » 243b-e, pp.231-232)

C. Le second discours de Socrate ou discours de Stésichore (cf.244a).

(« Socrate : Eh bien, beau garçon (…) il consacre sa vie à rendre hommage à l’amour avec des discours philosophiques. » 243e-257b, p.232-264)

1. Les auteurs des discours de Socrate sont Phèdre pour le premier et Stésichore pour celui qui va suivre.

(« Socrate : Eh bien, beau garçon (…) natif d’Himère. » 243e-244a, p.232)

2. Le discours de Stésichore.

(« Socrate : (…) Voici ce qu’il doit dire (…) autour de la terre et sous terre, privée d’esprit. » 244a-257a, p.232-263)

a) Éloge de la folie. Ses quatre formes.

(« Socrate : (…) Voici ce qu’il doit dire (…) mais elle convaincra les sages. » 244a-245c, pp.232-236)

1) La folie peut être la source de grands biens.

(« Socrate : (…) Voici (…) lorsqu’elle est le fruit d’un don divin. » 244a, p.232-233)

2) La première forme de folie, le délire divinatoire, l’emporte sur la sagesse.

(« Socrate : (…) Ainsi c’est dans leur délire (…) sagesse dont l’origine est humaine. » 244a-d, p.233-234)

(a) Exemples de délire prophétique qui ont apporté des biens aux particuliers et aux États (Delphes, Dodone, etc.).

(« Socrate : (…) Ainsi (…) monde. » 244a-b, p.233)

 

 

(b) Preuve étymologique.

(« Socrate : (…) Mais il vaut la peine (…) sagesse dont l’origine est humaine. » 244b-d, p.233-234)

3) La seconde forme de folie, le délire purificatoire ou expiatoire, affranchit des maux.

(« Socrate : (…) De plus, la folie prophétique (…) possédé de la droite manière. » 244d-e, p.234-235)

4) La troisième forme de folie, la possession par les Muses, est supérieure à la poésie sans délire.

(« Socrate : (…) La troisième sorte de folie (…) par celle des hommes qui délirent. 245a, p.235)

5) Introduction à la quatrième sorte de folie : l’amour.

(« Socrate : (…) Je pourrais te faire part (…) les sages. » 245a-c, p.235-236)

b) De l’âme. Sa connaissance est nécessaire pour comprendre l’amour.

(« Socrate : (…) Il faut donc d’abord se faire une conception vraie de la nature de l’âme, tant divine qu’humaine (…) qu’il est possédé par le dieu. » 245c-249d, p.236-246)

1) Démonstration de l’immortalité de l’âme en tant que principe du mouvement.

(« Socrate : (…) Toute âme est immortelle (…) Pour ce qui concerne son immortalité, c’est suffisant. » 245c-246a, p.236-238)

2) Mythe sur la nature de l’âme.

(« Socrate : (…) Mais voici ce qu’il faut dire de sa constitution (…) qu’il est possédé par le dieu. » 246a-249d, pp.238-246)

(a) Nature du discours : il sera humain et bref.

(« Socrate : (…) Mais voici (…) cette voie. » 246a, p.238)

(b) L’image de l’attelage et du cocher ailé.

(« Socrate : (…) Elle ressemble assurément à une puissance qui unit naturellement un attelage et d’un cocher ailés. (…) comme il plaît à la divinité. » 246a-d, p.238-239)

(1) De la différence entre les âmes divines et les autres. Un des deux chevaux est mauvais chez celles-ci.

(« Socrate : (…) Les chevaux et cochers des dieux (…) difficile et pénible. » 246a-b, p.238)

(2) Être mortel se dit des âmes qui chutent dans un corps de terre alors qu’être immortel se dit des âmes qu’on imagine unies perpétuellement à un corps.

(« Socrate : (…) Il faut maintenant essayer de dire (…) comme il plaît à la divinité. » 246b-d, p.238-239)

(c) Les voyages de l’âme.

(« Socrate : (…) Venons-en maintenant à la cause de la chute des ailes (…) par le dieu. » 246d-249d, p.239-246)

(1) Voyage de l’âme avant l’incarnation – la vie des dieux.

(« Socrate : (…) Venons-en maintenant (…) leur fait boire le nectar. » 246d-247e, pp.142-144)

a) L’élévation des âmes jusqu’à la voûte du ciel.

(« Socrate : (…) Venons-en (…) ce qu’il y a à l’extérieur du ciel. » 246d-247c, p.239-241)

b) Les dieux contemplent l’Être dans le lieu supracéleste ou plaine de la Vérité (cf.248b).

(« Socrate : (…) Aucun des poètes n’a encore chanté (…) Telle est la vie des dieux. » 247c-248a, pp.241-242)

(2) La vie des âmes non divines.

(« Socrate : (…) Parmi les autres âmes (…) possédé par le dieu. » 248a-249d, p.242-246)

a) La lutte des âmes non divines

(« Socrate : (…) Parmi les autres âmes (…) l’âme, se nourrit. » 248a-c, p.242-243)

b) La loi d’Adrastée.

(« Socrate : (…) Voici maintenant le décret d’Adrastée. (…) possédé par le dieu. » 248c-249d, p.243-246)

¤ Le destin des âmes qui ne connaissent pas la chute.

(« Socrate : (…) l’âme qui s’est faite la compagne d’un dieu (…) elle ne subira de dommage. » 248c, p.243)

¤ Le destin des âmes qui chutent.

(« Socrate : (…) Mais si, incapable de suivre (…) possédé par le dieu. » 248c-249d, p.243-246)

(a) La chute dans le corps et la hiérarchie des âmes humaines. Les neuf types de vie.

(« Socrate : (…) Mais si, incapable (…) à la neuvième un tyran. » 248c-e, p.243-244)

(b) Le jugement dernier et la destinée après la mort.

(« Socrate : (…) Parmi l’ensemble de ses hommes (…) par le dieu. » 248e-249d, p.244-246)

c) De l’amour.

(« Socrate : (…) Ainsi donc, c’est ici qu’en est venu tout notre discours sur la quatrième folie (…) d’acquérir en même temps des ailes lorsque c’est le moment. » 249d-257a, p.246-263)

1) Cause et nature de l’amour.

(« Socrate : (…) lorsque quelqu’un qui voit la beauté d’ici (…) l’état des amoureux et cet état même sont bien ceux-là. » 249d-252c, p.246-253)

(a) La vision de la beauté d’ici en un jeune garçon est la meilleure des folies : l’amour. Elle permet de se remémorer les Êtres du lieu supracéleste car la beauté a le privilège d’être l’Être le plus manifeste.

(« Socrate : (…) lorsque quelqu’un qui voit la beauté d’ici (…) et de plus capable de susciter l’amour. » 249d-250e, p.246-249)

(b) L’ancien initié sombre dans le plaisir physique avec le jeune garçon.

(« Socrate : (…) Celui qui n’a pas été initié de fraîche date (…) un plaisir contre nature. » 250d-251a, p.249)

(c) L’initiation récente.

(« Socrate : (…) En revanche celui qui vient d’être initié (…) sont bien ceux-là. » 251a-252c, p.249-253)

2) Les amants.

(« Socrate : (…) Si celui qui en est saisi est un compagnon de Zeus (…) d’acquérir en même temps des ailes lorsque c’est le moment. » 252c-256e, p.253-263)

(a) Attitude des divers amants en fonction du dieu qu’il suivait dans leur existence pré-empirique (Zeus, Arès, Héra, Apollon).

(« Socrate : (…) Si celui qui (…) qu’ils honorent. » 252c-253c, p.253-256)

(b) L’amour de l’aimé.

(« Socrate : (…) Ainsi donc, le désir ardent de ceux qui aiment vraiment (…) des ailes lorsque c’est le moment. » 253c-256e, p.256-263)

(1) Conséquence : il est préférable pour le jeune garçon d’être aimé par un amoureux véritable.

(« Socrate : (…) Ainsi donc, (…) celui qui est saisi par l’amour. » 253c, p.256)

(2) Retour au mythe de l’attelage avec un cocher et deux chevaux. Le bon cheval, attaché à la vertu, est accessible à la parole à la différence du mauvais cheval, vicieux, qui ne comprend que le fouet à clous.

(« Socrate : (…) Au début de ce mythe (…) au fouet à clous. » 253c-e, 256-257)

(3) L’approche. Le cocher et le bon cheval s’en tiennent à la pudeur alors que le mauvais vise les plaisirs d’Aphrodite.

(« Socrate : (…) Or donc, lorsque le cocher (…) la flamboyante apparition du chéri. » 253e-254b, p.257)

(4) Le conflit intérieur du désir et de la pudeur et la victoire de l’amour vertueux.

(« Socrate : (…) À sa vue, le cocher est transporté par le souvenir vers la nature de la beauté (…) c’est pleine de crainte et de réserve que l’âme de l’amoureux suit son chéri. » 254b-254e, p.257-258)

(5) Le désir amoureux du chéri est la réflexion de celui de l’amant.

(« Socrate : (…) Ainsi parce que ce dernier reçoit (…) la résistance de la raison et de la réserve. » 255a-256a, p.258-261)

(5) Les deux amours.

(« Socrate : (…) Si les éléments les meilleurs de l’âme remportent la victoire (…) lorsque c’est le moment. » 256a-e, p.261-263)

a) L’amour philosophique se manifeste par une maîtrise de soi absolue (amour platonique).

(« Socrate : (…) Si les éléments les meilleurs de l’âme remportent la victoire (…) à un homme un bien plus grand. » 256a-b, p.261-262)

b) L’amour honorable se transforme en amitié.

(« Socrate : (…) Si en revanche ils mènent une vie grossière (…) lorsque c’est le moment. » 256b-e, p.262-263)

d) Conclusion : s’adressant au jeune garçon, Socrate lui loue les bienfaits de l’amoureux.

(« Socrate : (…) Tels sont, mon enfant (…) privée d’esprit. » 256e-257a, p.154)

3. Adresse à Éros. Phèdre l’approuve.

(« Socrate : (…) Qu’ainsi te soit offerte et présentée, cher Amour, la plus belle et la meilleure palinodie (…) Phèdre : autre discours à celui-ci. » 257a-c, p.263-264)

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La parole - Platon "Phèdre" - Plan analytique - Deuxième partie

Deuxième partie : Rhétorique, dialectique et écriture.

(« Phèdre : D’ailleurs admirable ami (…) Phèdre : (…) ce pour quoi je fais des vœux. » 257c-278b, p.264-310)

A. Le problème de la parole et de l’écriture.

(« Phèdre : (…) D’ailleurs admirable ami (…) Eh bien, parlons. » 257c-259d, p.264-160)

1. Le reproche adressé à Lysias d’être un logographe. Les hommes politiques craignent de passer pour des sophistes selon Phèdre.

(« Phèdre : (…) D’ailleurs admirable ami (…) sophistes. » 257c-d, p.264-265)

2. Critique du faux problème de la logographie et position du vrai problème : comment bien parler ou bien écrire ?

(« Socrate : Phèdre, l’entourloupe, faite en douceur, t’a échappé (…) Phèdre : (…) il est juste de les appeler serviles. » 257d-258e, p.265-268)

a) Le fait d’écrire n’est jamais en lui-même l’objet d’un blâme puisque les hommes politiques signent les lois qu’ils font adopter.

(« Socrate : Phèdre, l’entourloupe, (…) Phèdre : (…) en effet. » 257d-258d, p.265-158)

b) Le problème véritable est donc de savoir comment il faut écrire ou parler d’un point de vue moral.

(« Socrate : Mais ce qui est honteux (…) Phèdre : (…) de les appeler serviles. »258d-e, p.267-268)

3. Le mythe des cigales ou l’exigence de résoudre le problème.

(« Socrate : On a le temps, semble-t-il. (…) Phèdre : Eh bien, parlons donc. » 258e-259d, p.268-270)

a) Le regard des cigales.

(« Socrate : On a le temps (…) d’ignorer. » 258e-259b, p.268-269)

b) Le mythe des cigales et sa leçon : il est digne des hommes de se livrer aux dialogues philosophiques.

(« Socrate : (…) On dit qu’autrefois les cigales étaient des hommes (…) Phèdre : (…) parlons donc. » 259b-d, p.269-270)

B. Dialectique et rhétorique.

(« Socrate : Ce que nous nous proposions à l’instant d’examiner (…) Phèdre : Absolument. » 259e-274b, p.270-301)

1. La vérité et non la vraisemblance est le principe de tout art.

(« Socrate : Ce que nous nous proposions (…) Phèdre : Il y a des risques. » 259e-262c, p.270-277)

a) L’opposition de la vérité et de la vraisemblance selon les « sages ».

(« Socrate : Ce que nous (…) Phèdre : Tu as raison. » 259e-260a, p.270-271)

b) Première réfutation morale du principe de la vraisemblance : l’exemple de la confusion entre l’âne et le cheval.

(« Socrate : Voici comment nous allons l’examiner. (…) Phèdre : Un fruit d’assez mauvaise qualité, en tout cas. » 260a-d, p.271-272)

c) L’art des discours : art ou pratique dépourvue d’art ?

(« Socrate : Avons-nous dénigré plus grossièrement qu’il ne faut l’art des discours ? (…) Phèdre : Interrogez. » 260d-261a, p.272-273)

d) Seule la connaissance du vrai permet de persuader de n’importe quoi avec un succès garanti.

(« Socrate : La rhétorique ne serait-elle donc pas dans son ensemble un art de conduire les âmes au moyen des discours (…) Phèdre : Il y a des risques. » 261a-262c, p.273-277)

1) Définition et extension de la rhétorique : art de conduire les âmes par le truchement de la parole, porte-t-elle sur tous les sujets et s’adresse-t-elle à tous ou bien se limite-t-elle aux procès et aux assemblées politiques ?

(« Socrate : La rhétorique ne serait-elle donc pas (…) Phèdre : (…) ou de Thrasymaque ou de Théodore une sorte d’Ulysse. » 261a-c, p.273-274)

2) La rhétorique est l’art du débat contradictoire, c’est-à-dire l’art de faire apparaître les mêmes choses avec des propriétés opposées.

(« Socrate : Peut-être. (…) Phèdre : Tout à fait. » 261c-d, p.274-275)

3) La rhétorique, art du débat contradictoire, ne se limite pas aux tribunaux et aux assemblées. Elle présuppose de connaître la vérité sans quoi elle ne peut produire de façon assurée des illusions.

(« Socrate : L’art du débat contradictoire ne concerne pas seulement les tribunaux et le discours au peuple (…) Phèdre : Il y a des risques. » 261d-262c, p.275-277)

2. La dialectique : sa nature et ses procédés.

(« Socrate : Veux-tu donc examiner, dans le discours de Lysias (…) leur apporter des cadeaux comme à des rois ? » 262c-266c, p.277-285)

a) Retour au discours de Lysias. Socrate le juge fautif.

(« Socrate : Veux-tu donc examiner (…) Phèdre : Oui. » 262c-263a, p.277)

b) La division des matières de la rhétorique. Celles pour lesquelles il y a accord dans la foule n’appartiennent pas à la rhétorique au contraire de celles pour lesquelles il y a désaccord.

(« Socrate : N’est-il pas évident pour tout le monde (…) Phèdre : Assurément. » 263a-c, p.277-278)

c) L’amour : matière à désaccord appartient au domaine de la rhétorique.

(« Socrate : Eh bien, dirons-nous que l’amour (…) Phèdre : (…) le plus grand des biens ? » 263c-d, p.279)

d) L’exigence de définition. Socrate a bien défini l’amour lors de son premier discours et non Lysias.

(« Socrate : Tu parles on ne peut mieux. (…) Lis, que je l’entende lui. » 263d-e, p.148, p.279-280)

e) L’exigence d’unité du discours selon le paradigme du vivant.

(« Phèdre : De ma situation te voilà informé (…) Socrate : (…) comme à des rois ? » 263e-266c, p.280-285)

1) L’absence d’unité du discours de Lysias : comparaison avec l’épitaphe du roi Midas (roi du Phrygie au viii°-vii° siècle avant J.-C. et protagoniste de mythes) dont l’ordre des vers est indifférent au sens. Tout discours doit être composé comme un vivant.

(« Phèdre : De ma situation (…) Tu te moques de notre discours, Socrate. » 263e-264e, p.280-282)

2) Examen des autres discours.

(« Socrate : Eh bien, laissons-le (…) comme à des rois ? » 264e-266c, p.282-285)

(a) La distinction entre deux espèces de folie, la folie humaine qui a pour source la maladie et la folie divine, elle-même divisée en quatre espèces (prophétique, initiatique, poétique et érotique) est la solution à la contradiction entre les deux discours de Socrate.

(« Socrate : Eh bien (…) Phèdre : Pour ma part, c’est sans aucun déplaisir que je l’ai écouté. » 264e-265c, pp.282-283)

(b) La dialectique et ses deux procédés.

(« Socrate : Eh bien, voyons à partir de cet hymne (…) comme à des rois ? » 265c-266c, p.283-285)

(1) La définition doit amener à l’unité de l’idée le sujet comme le montrent les discours de Socrate sur l’amour.

(« Socrate : Eh bien (…) être en accord avec lui-même. » 265c-d, p.283)

(2) La division doit séparer les articulations naturelles du sujet selon le paradigme du bon cuisinier comme le montre le second discours de Socrate sur l’amour.

(« Phèdre : Et quel est le second procédé, Socrate (…) Tu dis très vrai. » 265d-266b, p.283-284)

(3) Socrate nomme « dialecticiens » sont ceux qui sont capables de définir et de diviser les notions et les oppose à ceux qui enseignent l’art du discours.

(« Socrate : Eh bien, moi, je suis amoureux de ces divisions et de ces rassemblements (…) comme à des rois ? » 266b-c, p.284-285)

 

3. Premier examen critique de la rhétorique traditionnelle.

(« Phèdre : Ce sont peut-être des rois (…) j’ai l’impression que tu as raison. » 266c-269c, p.285-292)

a) Les différents éléments du discours selon les traités de rhétorique traditionnelle.

(« Phèdre : Ce sont peut-être (…) Peu de choses, qui méritent pas d’être dites. » 266c-267d, p.285-288)

1) Différence entre rhétorique et dialectique : l’autre partie de l’art.

(« Phèdre : Ce sont (…) dans les livres sur l’art oratoire, Socrate. » 266c-d, p.285)

2) Le prélude ou le début du discours.

(« Socrate : Tu as raison de le rappeler (…) Phèdre : Oui. » 266d-e, p.285)

3) Exposition, témoignages, preuves, vraisemblances ; confirmation et supplément de confirmation ; réfutation et supplément de réfutation ; allusion et éloge indirect, reproches indirects (Théodore, Événos).

(« Socrate : En second lieu (…) un habile homme. » 266e-267a, p.285-286)

4) Les vraisemblances, concision, allongement indéfini et longueur approprié (Tisias, Gorgias, Prodicos, Hippias).

(« Socrate : (…) Laisserons-nous dormir (…) Phèdre : Et pourquoi pas ? » 267a-b, p.286-287)

5) Figures de style (Pôlos, Lycimnios, Protagoras).

(« Socrate : Et Pôlos (…) beaucoup d’autres belles choses. » 267b-c, p.288)

6) La production d’émotions selon le rhéteur de Chalcédoine (Thrasymaque).

(« Socrate : (…) Il me semble que dans les discours (…) d’où qu’elle vienne. » 267c-d, p.288)

7) La récapitulation ou le résumé.

(« Socrate : (…) Quant à la fin des discours (…) Phèdre : (…) qui méritent pas d’être dites. » 267d-e, p.288)

b) La puissance de la rhétorique. Réfutation des prétentions de la rhétorique traditionnelle.

(« Socrate : Laissons donc ces petites choses (…) Phèdre : (…) tu as raison. » 267d-269c, p.288-292)

1) La question de la puissance de la rhétorique.

(« Socrate : Laissons donc ces petites choses (…) Phèdre : Tu n’as qu’à me le montrer. » 267e-268a, p.288-289)

2) L’exemple de la médecine (Éryximaque – Acoumène) montre que l’art exige des connaissances.

(« Socrate : Dis-moi, si quelqu’un allait voir ton ami (…) Phèdre : (…) alors qu’il n’entend rien à l’art. » 268a-c, p.289)

3) L’exemple de la tragédie (Sophocle – Euripide) et celui de la musique montrent aussi que l’art exige des connaissances. Retour à la médecine.

(« Socrate : Et si, autre hypothèse, quelqu’un allait voir Sophocle et Euripide (…) Phèdre : Absolument. » 268c-269a, p.289-291)

4) La dialectique ne peut se contenter des préliminaires auxquels se tient la rhétorique traditionnelle (Adraste – Périclès).

(« Socrate : Et que diraient, imaginons-le Adraste aux paroles de miel ou Périclès (…) Phèdre : (…) tu as raison. » 269a-c, p.291-292)

4. La véritable rhétorique.

(« Phèdre : (…) Mais alors, comment et par quel moyen (…) ce n’est manifestement pas un petit travail. » 269c-272b, p.292-298)

 

a) Le don, la science et l’exercice sont les conditions générales de la perfection en rhétorique comme en tout art.

(« Phèdre : (…) Mais alors (…) quel chemin faut-il prendre ? » 269c-d, p.292)

b) La connaissance de la nature de l’univers est nécessaire pour connaître l’âme. Les deux connaissances sont requises pour dépasser le stade de la routine ou de l’expérience.

(« Socrate : Il y a des chances, excellent homme, (…) Phèdre : Oui. » 269d-270c, p.292-294)

c) Les trois conditions du véritable art oratoire : connaître l’âme, connaître ses actions et ses affections et apparier les types d’âmes et les discours.

(« Socrate : Examine ce que peuvent bien dire (…) Phèdre : (…) ce serait on ne peut mieux. 270c-271b, p.294-296)

d) La composition d’écrits sur l’art de persuader doit se conformer aux conditions du véritable art oratoire et aux données pratiques. Il doit donc s’adapter à chaque type d’âme.

(« Socrate : Et même, très cher, si on procède autrement (…) Phèdre : (…) ce n’est manifestement pas un petit travail. » 271b-272b, p.296-298)

5. Deuxième examen critique de la rhétorique traditionnelle.

(« Socrate : C’est vrai. C’est la raison pour laquelle (…) Phèdre : Absolument. » 272b-274b, p.298-301)

a) Exposé de la conception traditionnelle de la rhétorique de Tisias.

(« Socrate : C’est vrai. (…) Phèdre : Quoi ? » 272b-273d, p.298-300)

1) La voie courte est préférée à la longue pour arriver à l’art oratoire.

(« Socrate : C’est vrai. (…) Phèdre : Fais-le donc toi-même. » 272b-d, p.298)

2) Les défenseurs de la rhétorique traditionnelle soutiennent qu’il faut s’en tenir, dans tous les cas, au vraisemblable et non à la vérité.

(« Socrate : Ils disent donc (…) Phèdre : (…) pour ceux qui s’occupent de ces questions. » 272d-273a, p.298-299)

3) Le vraisemblable est ce qui semble vrai à la multitude. L’exemple de Tisias : au procès d’un homme faible et hardi qui a rossé un homme fort et lâche, chacun doit mentir pour l’emporter.

(« Socrate : Au fait, tu as beaucoup lu Tisias (…) Phèdre : Quoi ? » 273a-d, p.299-300)

b) La vraisemblance est mieux comprise lorsqu’on connaît le vrai. Rappel des principes acquis : il faut dénombrer les caractères des auditeurs, diviser les choses en espèces et ramener chaque idée particulière à l’idée générale pour être au sommet de l’art oratoire. Seule la voie longue y conduit.

(« Socrate : Ceci : Tisias, tout à l’heure (…) Phèdre : Absolument. » 273d-274b, p.300-301)

C. Écriture.

(« Socrate : En revanche, il reste à examiner s’il convient ou non d’écrire (…) Phèdre : Ce dont tu parles, Socrate, est en effet très beau. » 274b-277a, p.301-308)

1. Le problème. Faut-il ou non écrire et si oui quelle est la bonne manière de le faire ?

(« Socrate : En revanche, il reste (…) Phèdre : Oui. » 274b, p.301)

2. Définition de l’écriture par un mythe sur son origine.

(« Socrate : Sais-tu quelle action ou quelle parole (…) Phèdre : Tu as parfaitement raison. » 274b-275e, p.301-305)

a) Le mythe de Theuth.

(« Socrate : Sais-tu (…) Phèdre : (…) quelle facilité tu as pour fabriquer des histoires d’Égypte et d’ailleurs si tu le veux. » 274b-275b, p.301-303)

1) Au sujet de l’écriture. Les anciennes traditions.

(« Socrate : Sais-tu (…) Phèdre : (…) rapporte-moi le récit que tu dis avoir entendu. » 274b-c, p.301-302)

2) Le mythe de Theuth, dieu ou démon, ou l’origine égyptienne de certains arts. L’examen des arts et notamment de l’écriture par le roi Thamous.

(« Socrate : J’ai entendu raconter que près de Naucratis (…) Phèdre : (…) quelle facilité tu as pour fabriquer des histoires d’Égypte et d’ailleurs si tu le veux. » 274c-275b, p.302-303)

(a) Theuth est l’inventeur de nombreux arts : numération, calcul, géométrie, astronomie, trictrac, dés, écriture. Il les montre à Thamous qui les juge.

(« Socrate : J’ai entendu raconter (…) et il faudrait un long discours pour tout raconter. » 274c-e, p.302-303)

(b) Theuth présente l’écriture comme un art de la mémoire. Thamous critique l’invention de l’écriture car elle n’apporte pas la mémoire mais une simple remémoration, donc une sorte d’oubli et une apparence de savoir.

(« Socrate : (…) Mais lorsqu’ils en furent à l’écriture (…) Phèdre : (…) d’ailleurs si tu le veux. » 274e-275b, p.303)

b) Analyse du mythe.

(« Socrate : Les prêtres du temps de Zeus à Dodone (…) Phèdre : Tu as parfaitement raison. » 275b-e, p.303-305)

1) Vérité du mythe. Socrate loue les anciens et blâme les actuels sages.

(« Socrate : Les prêtres (…) Phèdre : (…) comme le dit le thébain. » 275b-c, p.303-304)

2) Leçon du mythe. L’écriture n’est pas une mémoire vivante mais est aussi muette que les images peintes, incapable qu’elle est de s’expliquer en l’absence de son auteur.

(« Socrate : Ainsi donc, celui qui s’imagine qu’il laisse (…) Phèdre : (…) parfaitement raison. 275c-e, p.304-305)

3. La bonne écriture s’effectue par la science dans l’âme, la mauvaise est l’écriture au sens ordinaire sauf lorsqu’elle est un jeu pour la vieillesse que marque l’oubli.

(« Socrate : Eh bien, n’allons-nous pas considérer un discours (…) Phèdre : Ce dont tu parles, Socrate, est en effet très beau. » 276a-277a, p.305-308)

a) Le discours vivant est écrit dans l’âme par celui qui sait.

(« Socrate : Eh bien (…) C’est cela tout à fait cela. » 276a-b, p.305-306)

b) Écrire au sens ordinaire est comme semer dans les jardins d’Adonis.

(« Socrate : (…) Eh bien, dis-moi ceci : le paysan intelligent (…) Phèdre : Non, vraisemblablement pas. » 276b-c, p.306-307)

c) L’écriture est au mieux un jeu qui permet de conserver un « trésor de souvenirs ».

(« Socrate : Non, en effet : les jardins d’écriture (…) C’est tout à fait cela, cher Phèdre. » 276d-e, p.307-308)

d) L’éducation de la jeunesse est une occupation plus sérieuse que l’écriture.

(« Socrate : (…) Et, à mon avis, le zèle en ce domaine (…) Phèdre : (…) est en effet très beau. » 276e-277a, p.308)

B. Bilan de la deuxième partie.

(« Socrate : Et bien, maintenant que nous sommes d’accord sur tout cela (…) Phèdre : (…) ce pour quoi je fais des vœux. » 277b, p.308-310)

1. Priorité de la connaissance de la vérité et de la dialectique pour amener à la perfection l’art oratoire.

(« Socrate : Et bien, maintenant (…) Phèdre : C’est en effet tout à fait cela qui nous est apparu. » 277a-c, p.308-309)

2. La valeur du discours oral ou écrit dépend absolument de la connaissance de la vérité et c’est donc le discours intérieur qui est supérieur au discours simplement extérieur ou écrit au sens ordinaire.

(« Socrate : Et qu’en est-il maintenant de ces questions (…) Phèdre : (…) ce pour quoi je fais des vœux. » 277c-278b, p.309-310)

 

 

Conclusion : exhortation à la philosophie, véritable art des discours qui tendent à la vérité.

(« Socrate : Considérons donc que nous nous sommes assez divertis (…) Socrate : Partons. » 278b-279c, p.310-314)

A. Le souci de la vérité définit le philosophe qui est supérieur au simple poète, à l’auteur de discours ou au rédacteur de lois.

(« Socrate : Considérons (…) c’est cela que tu dois dire à ton ami. » 278b-e, p.310-311)

B. Isocrate, naturellement doué, ayant un bon caractère, est promis à un bel avenir de philosophe.

(« Phèdre : Mais toi, alors ? (…) mais allons-nous en, maintenant que la canicule s’est adoucie. » 278e-279b, p.312-313)

C. Prière finale à Pan et aux autres divinités pour obtenir la sagesse.

(« Socrate : Ne convient-il pas quand on se met en route d’adresser une prière aux dieux de l’endroit ? (…) Partons. » 279b-c, p.313-314)

 

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Les fonctions du langage selon Jakobson

Toute communication suppose les six éléments suivants sans lesquels elle n’est pas possible :

 

                                                  Contexte (ou « référent »)

Destinateur….…Message (ou acte de parole)  ………Destinataire

                                            Contact (physiologique)

                                               Code (ou langue)

D’où les six fonctions du langage suivantes :

                                                           Référentielle

Émotive                                        Poétique                           Conative                                                       Phatique

                                                      Métalinguistique

 

1° La fonction émotive (ou expressive) : elle est centrée sur le sujet de l’énonciation qui exprime ses sentiments.

Exemples : utilisation d’interjections ; « je t’aime » ; « Va, je ne te hais point » Chimène à Rodrigue dans Le Cid (III, 4) de Pierre Corneille (1606-1684).

 

2° La fonction référentielle (ou cognitive ou dénotative) : l’essentiel de l’information vise un état de choses.

Exemples : utilisation scientifique de la langue, phrases déclaratives (mode indicatif).

 

3° La fonction conative : le message ne peut être soumis à une épreuve de vérité (modes impératif, vocatif). Il est centré sur le destinataire.

Exemples : « Buvez ! » ou encore une prière.

 

4° La fonction phatique : le message ne vise qu’à établir ou prolonger ou interrompre la communication.

Exemple : ce dialogue entre deux jeunes gens que propose Jakobson. « Eh bien ! » dit le jeune homme. « Eh bien ! » dit-elle. « Eh bien, nous y voilà. » dit-il. « Nous y voilà, n’est-ce pas. » dit-elle. « Je crois bien que nous y sommes. » dit-il. « Hop ! Nous y voilà. » « Eh bien ! » dit-elle. « Eh bien ! » dit-il « eh bien. ».

Autre exemple que j’emprunte à Sartre : “Garcin, il entre et regarde autour de lui : « Alors voilà. » Le Garçon : « Voilà » Garcin : « C’est comme ça… » Le Garçon : « C’est comme ça. »” Sartre, Huis clos (1944), scène première.

 

5° La fonction métalinguistique : découverte par la logique moderne pour résoudre les paradoxes sémantiques comme celui d’Épiménide le crétois qui affirme que tous les crétois sont des menteurs. Le langage courant en fait usage.

Exemples : « Que voulez-vous dire ? » ; « Le langage est un instrument de communication. »

 

6° La fonction poétique : l’accent est mis sur le message, elle vise à mettre en évidence les signes eux-mêmes.

Exemples : « I like Ike » ; « Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes ? » Racine (1639-1699), Andromaque, acte V, scène dernière ; « C.R.S. S.S. ».

 

 

Cf. Roman Jakobson (1896-1982), linguiste américain d’origine russe, Essais de linguistique générale, I, p.213-220.

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La parole - sujet et corrigé : résumé d'un texte d'Alain "le langage"

1) Sujet.

Résumez le texte suivant en 120 mots (+ ou – 10%). Vous indiquerez les sous-totaux de 20 en 20 (20, 40, 60 …) dans la marge et le nombre total de mots à la fin de votre résumé.

 

Avant d’examiner comment la connaissance peut s’étendre et s’assurer par le discours seulement, il faut traiter du langage. Dans tout ce qui nous reste à décrire, d’inventions abstraites, de fantaisies, de passions, d’institutions, le langage est roi. Il s’agit, dans une exposition resserrée, d’étaler dans toute son étendue ce beau domaine qui s’étend des profondeurs de la musique aux sommets de l’algèbre. Mais admirez d’abord comment les jeux du langage prennent l’esprit dans leurs pièges. Il faut, disent les auteurs, s’entendre pour créer une langue, et donc savoir parler avant d’apprendre à parler. Ce puéril argument est un exemple parfait des artifices dialectiques, qui sont pris pour philosophie par ceux qui n’ont pas appris à penser d’abord sans parler.

L’action humaine, j’entends le mouvement pour frapper, donner, prendre, fuir, est ce qui nous intéresse le plus au monde, et la seule chose au monde qui intéresse l’enfant, car c’est de là que lui viennent tous biens et tous maux dans les premières années. Ces actions sont les premiers signes, et les comprendre ce n’est autre chose, d’abord, que d’en éprouver les effets. Puisque l’homme apprend à deviner les choses qui approchent d’après des signes, il ne faut pas s’étonner qu’il apprenne aussi, bien vite, à deviner ce qu’un homme va faire, d’après ses moindres mouvements. Il ne s’agit que de décrire l’immense domaine des signes humains. À cette fin, on peut distinguer d’abord l’esquisse de l’action ou son commencement, qui font assez prévoir la suite ; et telle est l’origine de presque tous les gestes, comme montrer le poing, tendre la main, croiser les bras, hausser les épaules. On passe naturellement de là à la préparation des actions, qui est l’attitude. On devine qu’un homme à genoux et face contre terre ne va pas combattre, qu’un homme qui tourne le dos ne craint point, qu’un homme qui se ramasse va bondir, ainsi du reste. Enfin, il faut noter aussi les effets accessoires de cette préparation des actions, lesquels résultent de la fabrique du corps humain telle que chacun la connaît d’après la physiologie la plus sommaire. Telles sont la rougeur et la pâleur, les larmes, le tremblement, les mouvements du nez et des joues, le cri enfin, qui est l’effet naturel de toute contraction des muscles ; et il faut faire grande attention à ce dernier signe, destiné à supplanter les autres et à engendrer jusqu’à l’algèbre, par un détour qu’il faut ici décrire. Mais auparavant il faut faire remarquer que la pensée, qui n’est au naturel qu’action retenue, offre aussi des signes bien clairs, qui sont l’arrêt même, l’attention marquée par le jeu des yeux et les mouvements calculés, enfin les mouvements des mains par lesquels, d’avance, nous palpons ou mesurons la chose vue, ou simplement nous favorisons la vue et l’ouïe. Toutes ces choses sont assez connues, il suffit de les rappeler, et de dire que nous savons interpréter les signes des animaux, surtout domestiques, aussi bien que des hommes. Le cavalier devine ce que le cheval va faire, d’après l’allure et les oreilles. Il faut maintenant considérer que le langage est fils de société. Au reste l’homme isolé d’abord, et s’alliant ensuite à l’homme, n’est qu’une fiction ridicule. Je ne veux pas me priver de citer ici, après d’autres, une forte parole d’Agassiz (1) : « Comme la bruyère a toujours été lande, l’homme a toujours été société. » Et l’homme vit en société déjà avant sa naissance. Ainsi le langage est né en même temps que l’homme ; et c’est par le langage toujours que nous éprouvons la puissance des hommes en société ; l’homme fuit quand les hommes fuient ; c’est là parler et comprendre, sans contrainte à proprement parler. Comprenons donc comment l’imitation, qui n’est que l’éducation, simplifie et unifie naturellement les signes, qui deviennent par là l’expression de la société même. Les cérémonies consistent ainsi toujours en des signes rituels, d’où sont sorties la mimique et la danse, toujours liées au culte. D’où un langage déjà conventionnel de gestes et de cris.

Il reste à comprendre pourquoi la voix a dominé, car c’est tout le secret de la transformation du langage. L’homme a parlé son geste ; pourquoi ? Darwin (2) en donne une forte raison, qui est que le cri est compris aussi la nuit. Il y a d’autres raisons encore ; le cri provoque l’attention, au lieu que le geste la suppose déjà ; le cri enfin accompagne l’action, le geste l’interrompt. Pensons à une vie d’actions et de surprises, nous verrons naître les cris modulés, accompagnant d’abord le geste, naturellement plus clair, pour le remplacer ensuite. Ainsi naît un langage vocal conventionnel. Mais comme l’écriture, qui n’est que le geste fixé, est utile aussi, l’homme apprend à écrire sa parole, c’est-à-dire à représenter, par les dessins les plus simples du geste écrit, les sons et les articulations. Cette écriture dut être chantée d’abord, comme la musique ; et puis les yeux surent lire, et s’attachèrent à la figure des lettres ou orthographe, même quand les sons, toujours simplifiés et fondus comme on sait, n’y correspondent plus exactement. Ainsi, par l’écriture, les mots sont des objets fixes que les yeux savent dénombrer, que les mains savent grouper et transposer.

Alain, Éléments de philosophie (1941), Livre 3 De la connaissance discursive

Chapitre I Du langage (extrait)

 

(1) (1807-1873), naturaliste américano-suisse. (1807-1873), naturaliste américano-suisse.

(2) (1809-1882), naturaliste anglais.

Notes : ne pas en tenir compte dans le résumé.

 

2) Analyse du texte et remarques.

Cet extrait du chapitre 1 consacré au langage du livre 3 « De la connaissance discursive » des Éléments de philosophie d’Alain présente le langage dans son origine et dans sa fonction. En effet, c’est un problème traditionnel que celui de l’origine du langage. Mais c’est une solution moderne que celle de le montrer insoluble, en ce sens que le langage se présuppose lui-même pour pouvoir être inventé. Dès lors, son origine est mystérieuse. Soit on se sert de ce mystère pour en appeler à la vérité de la Bible qui en fait un don de Dieu. Soit on qualifie la question de “métaphysique”, c’est-à-dire de question qui ne mérite pas d’être posée par un esprit positif ou scientifique qui ne doit s’en tenir qu’aux faits. Or, Alain présente justement cette objection comme appartenant non à des esprits chagrins ou sceptiques, mais comme provenant du langage lui-même qui est susceptible de tromper l’esprit. Dès lors, montrer comment il naît, résoudre le problème de son origine, c’est donc un premier moyen – et c’est l’objet de ce chapitre – pour se déprendre de ses tours.

Pour cela, Alain commence par énumérer les étapes ou les moments de la compréhension des signes.

Les hommes s’intéressent d’abord aux actions humaines. Elles sont des signes pour eux.

Dans l’ensemble des signes, il distingue successivement la prévision d’un mouvement, la compréhension d’une attitude, l’expression physiologique des émotions et annonce l’importance du cri, l’expression des pensées par les gestes.

Même les comportements des animaux sont des signes que nous comprenons et interprétons.

Il indique rappeler aussi que l’homme est un être social d’emblée. Le langage ne peut donc avoir été inventé après l’homme mais il naît en même temps que lui. Sa fonction est donc d’abord sociale comme son origine. Toutefois, Alain ne laisse en aucune façon entendre que le langage serait naturel en ce sens qu’il se produirait sans l’homme. C’est à l’imitation qu’il rapporte donc l’institution des signes conventionnels, c’est-à-dire l’invention de la parole. Il faut tenir donc pour lui qu’interpréter des signes et imiter conduisent à apprendre à parler sans présupposer la parole. Origine et fonction du langage s’expliquent par l’être social de l’homme et sa capacité à interpréter d’emblée des signes qui rendent possible l’invention sociale des signes.

Reste alors à comprendre que cette institution de signes conventionnels passe par la voix et ne se limite pas au geste. Il donne une première raison prise à Darwin, à savoir que la voix à la différence du geste se voit la nuit. C’est donc sa plus grande possibilité d’utilisation qui en fait la supériorité. Il ajoute quant à lui que comme cri, la voix provoque l’attention de l’interlocuteur alors que le geste exige l’attention. La voix rend donc possible le contact. Enfin, la voix peut accompagner l’action alors que le geste l’interrompt. Autrement dit, la voix ne nuit pas à la continuité de l’action.

L’extrait s’achève par des considérations sur l’écriture qui s’explique comme geste signifiant la voix. Aussi montre-t-elle sa fonction qui est par la peinture des articulations de la voix de rendre possible l’objectivité des mots que l’esprit pourra alors contempler à loisir.

 

3) Proposition de résumé.

Le langage, souverain en de nombreux domaines, égare l’esprit. On dit ainsi qu’il faut savoir parler pour inventer [20] la parole.

Les actions humaines nous intéressant sont des signes que nous comprenons. Nous prévoyons un mouvement, comprenons une attitude, [40] lisons l’expression d’une émotion voire d’une pensée. Et nous interprétons les signes des animaux. Rappelons aussi que [60] l’homme étant social, le langage naît avec lui. Aussi l’imitation institue des signes conventionnels.

La voix a primé [80] sur la parole car non seulement on l’entend la nuit, mais comme cri, elle provoque l’attention et accompagne [100] l’action. L’écriture étant aussi utile, l’homme apprend à dessiner les articulations vocales. Il objective ainsi les mots.

120 mots.

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Tchekhov - Biographie

 

Taganrog

Anton Pavlovitch Tchékhov est né le 17 janvier (29) 1860 à Taganrog, un port au bord de la mer d’Azov, près de l’embouchure du Don, en Ukraine. Il est le troisième fils de Pavel Egorovitch Tchekhov (1825-1898).

Son grand-père, Egor Tchékhov, était un serf vivant en Ukraine. Il avait réussi à force de travail à devenir intendant d’une comtesse. À force d’économie il se rachète en 1841. Son père avait seize ans au moment de l’abolition du servage par le Tsar Alexandre II en février 1861.

Le père d’Anton s’installe à Taganrog. Il travaille comme commis. Puis il réussit à s’établir à son compte comme épicier.

En 1854, il épousa Evguenia Yakolevna Morozova, fille de marchands de draps dont il eut cinq fils et une fille : outre Anton, Alexandre (1855-1913), Nicolaï (1858-1889), Ivan (1861-1922), Mikhaïl (1865-1936) et Maria Pavlovna (1863-1957). L’éducation qu’il donna à ses enfants était rude. On peut lire dans le passage suivant d’une lettre à Souvorine datée du 7 janvier 1889 le souvenir qu’en gardait Tchekhov :

« Essayez donc d’écrire l’histoire d’un jeune homme, fils d’un serf, ancien boutiquier, chantre à l’église, lycéen, puis étudiant, dressé à courber l’échine, à baiser les mains des popes, soumis aux idées d’autrui, reconnaissant pour chaque morceau de pain, cent fois rossé, courant, misérablement chaussé, donner quelques leçons ; bagarreur, aimant torturer les animaux, acceptant avec gratitude les dîners de riches parents ; hypocrite devant Dieu et devant les hommes sans besoin aucun, simplement par conscience de sa propre nullité. »

Les enfants Tchékhov eurent une instruction secondaire, travaillaient dans la boutique paternelle et participaient à la chorale de l’Eglise. Anton, dès l’âge de neuf ans est soumis à cette rude épreuve à laquelle s’ajoutent les cours d’une école professionnelle de tailleurs et de cordonniers.

C’est en vacances, chez son grand-père, toujours intendant, qu’il découvre la douceur et les parfums champêtres.

L’agitation révolutionnaire est présente en Russie. Le tzar Alexandre II échappe à un premier attentat le 4 avril 1866, perpétré par Karakozov, un étudiant membre d’un groupe révolutionnaire (Cf. Constantin de Grunwald, Société et Civilisation russes au xix° siècle, Seuil, Points histoire, 1975, p. 258.). La période des réformes s’arrête. Toutefois, l’émancipation féminine commence. Voïnitski dans Oncle Vania persifle sa mère à ce propos (Acte I, p.16). À partir des années 1870, la Russie connaît le mouvement populiste qui prône une attention de l’intelligentsia pour le peuple et un mouvement de retour au peuple (cf. Constantin de Grunwald, Société et Civilisation russes au xix° siècle, pp. 263-264). Les jeunes révolutionnaires se font ouvriers agricoles mais rencontrent peu de succès auprès des paysans qui dénoncent souvent leurs activités de propagande aux autorités. Tchekhov qui vient du peuple n’aura guère besoin d’y revenir. Les attentats terroristes et les procès sont nombreux comme celui de Véra Zassoulitch (1849-1919), acquittée quoiqu’elle ait grièvement blessé le général Trepov, préfet de police et tortionnaire (cf. Constantin de Grunwald, Société et Civilisation russes au xix° siècle, p.264).

Anton découvre le théâtre en 1873 en assistant au Théâtre Municipal de Taganrog à la représentation de La Belle Hélène, opéra-bouffe en trois actes, composé en 1864 par Jacques Offenbach (1819-1880) sur un livret de Ludovic Halévy (1834-1908) et Henri Meilhac (1831-1897). Il songe en 1874 à écrire une tragédie à partir du Tarass Boulba de Gogol (1809-1852). Il joue avec ses frères Le Révizor du même Gogol. Sérébriakov, dans Oncle Vania, commencera son discours annonçant son intention de vendre le domaine en citant la première phrase de cette pièce (Acte III, p.72).

En 1875, les affaires du père de Tchékhov périclitent. Ses frères aînés, Alexandre et Nikolaï partent pour Moscou.

En avril 1876, son père quitte secrètement Taganrog pour Moscou. Seuls Anton et Ivan ne partent pas. Jusqu’en 1879, Anton vit pauvrement de leçons particulières.

En 1877, après un séjour à Moscou, il publie dans Le Bègue, la gazette des élèves de son lycée.

C’est en 1878 qu’il écrit son premier drame Sans père, non retrouvé.

 

Moscou

Reçu bachelier en juin 1879, il rejoint sa famille à Moscou grâce à une bourse d’étudiant de la ville de Taganrog. Anton s’inscrit à la faculté de médecine. Il mène de front ses études et son travail littéraire. Il devient le principal soutien de sa nombreuse famille. Ses frères aînés travaillent mais Alexandre, qui écrit aussi, vit avec une femme adultère qui a un enfant et Nicolaï, qui peint, est tuberculeux et boit. Ils vivent dans des taudis. Anton collabora, sous divers pseudonymes, dont Antocha Tchekonté qu’il gardera jusqu’en 1885, à plusieurs revues humoristiques dans lesquels il publie des contes, des reportages, etc.

En 1880, il publie la Lettre d’un propriétaire du Don à son savant voisin dans la revue humoristique La Cigale. Il écrit un drame découvert en 1920, imprimé en 1923 et intégré aux Œuvres complètes de l’édition soviétique de 1949. On la nommera Pièce sans titre puis Jean Vilar (1912-1971) choisira Ce Fou de Platonov et parfois on se contente d’un simple Platonov.

Le 1er mars 1881, le tzar Alexandre II est assassiné. Le nouveau Tsar, Alexandre III (1881-1894) conduira une politique “réactionnaire”. Le régime policier, la censure, un antisémitisme d’État avec des pogroms couverts par la police seront le contexte politique dans lequel Tchekhov vivra désormais.

En 1882, sa pièce, Platonov, est refusée par le théâtre Maly. La pièce Sur la grand-route, tirée du récit En Automne, est interdite par la censure. Elle ne sera ni publiée ni jouée du vivant de Tchékhov. Il collabore aux Éclats, revue humoristique qui paraît à Pétersbourg.

En 1883, Plekhanov (1856-1918), le père du marxisme russe, fonde un groupe révolutionnaire.

En 1884, après avoir achevé ses études, il exerce la médecine à Moscou et dans ses environs, dans les petites villes de Voskressensk, où son frère Ivan était instituteur, et Zvenigorad. Il voit trente à quarante malades par jour et en tant que médecin régional, il doit accompagner le juge d’instruction. Le directeur du journal humoristique Les Éclats édité à Pétersbourg, Nicolaï Leïkine, l’encourage. Cette même année paraît son premier recueil de six récits sur les acteurs : Les Contes de Melpomène. Les premiers symptômes de la tuberculose apparaissent : il crache du sang, mais il refuse de reconnaître la maladie.

En 1885, il rencontre le peintre paysagiste Isaac Levitane (1860-1900). Dans cette période, il s’attache à Tolstoï (1828-1910) qui, après sa crise morale de 1881, a exprimé dans Mes confessions, une doctrine morale et non violente tournée vers le don aux pauvres. Tolstoï, d’une famille de grande noblesse, songea à se faire moine et à donner sa fortune aux pauvres.

En 1886 Anton habite une agréable maison à étages à Moscou. Il lit Darwin (1809-1882), qui a formulé sa théorie de l’évolution en 1859 dans la première édition de L’origine des espèces et en 1871, dans The Descent of Man and Selection in Relation to sex qui en est l’application à l’homme.

« Je lis Darwin. Quelle merveille ! » écrit-il.

Il devient collaborateur de la revue conformiste ou réactionnaire, comme on voudra, Temps nouveaux et y fait la connaissance de son directeur, Alexis Souvorine (-1912), qui deviendra plus tard son éditeur et grand ami. Une lettre datée du 25 mars de l’écrivain Dimitri Grigorovitch (1822-1899) l’adjure de se prendre au sérieux et de ne pas gaspiller son temps.

« Je ne suis pas journaliste, ni un éditeur ; je ne puis me servir de vous qu’en vous lisant ; si je parle de votre talent, j’en parle avec conviction ; j’ai soixante-cinq ans passés, mais j’ai gardé encore tant d’amour pour la littérature ; ses succès me sont si chers ; je me réjouis tellement lorsque je rencontre en elle quelque chose de vivant, de doué, que je n’ai pu – comme vous le voyez – me retenir, et je vous tends les deux mains (…) Vous êtes, j’en suis sûr, appelé à écrire quelques œuvres admirables, réellement artistiques. Vous vous rendrez coupable d’un grand péché moral si vous ne répondez pas à ces espérances. Voici ce qu’il faut pour cela : respecter le talent que l’on reçoit si rarement en partage. Cesser tout travail hâtif. Je ne connais pas votre situation de fortune ; si vous êtes pauvre, souffrez plutôt la faim, comme nous en avons souffert autrefois, gardez vos impressions pour une œuvre réfléchie, achevée, écrite non d’un seul jet, mais pendant les heures bienheureuses de l’inspiration. »

Il lui répond pour le remercier :

« Je sentais bien que j’avais du talent, mais j’avais pris l’habitude de ne pas en faire cas... ».

En février, paraît Des méfaits du tabac. En mars, il écrit notamment à son frère Nikolaï

« Si une personne a du talent, il le respectera, et lui sacrifiera la paix, les femmes, le vin et la vanité ».

En mai paraît son second recueil : Récits bariolés. Il écrit une pièce en un acte Le Chant du Cygne tiré de son récit Calchas.

Le 1er mars 1887 a lieu un attentat raté contre Alexandre III auquel participe le populiste Alexandre Oulianov (1866-1887), le frère aîné de Lénine (1870-1924). Il est pendu. Tchekhov publie un recueil Au Crépuscule. Il rédige une grande nouvelle, La Steppe. Le 19 novembre, il fait jouer Ivanov au théâtre Korch, à Moscou qui suscite des controverses dans le public et la critique. Le personnage éponyme a épousé cinq ans plus tôt une juive qui s’est convertie et qui a été rejetée par ses parents. Il était confiant dans la vie. Il ne l’aime plus, semble la tromper et passe pour un être vil qui ne cherche que des dots, alors qu’il est sincère. Après la mort de sa femme, il finit par se suicider le jour où il devait épouser la jeune Sacha, fille de sa créancière. Dans une lettre datée du 30 décembre 1888, Tchékhov écrit à son propos à Souvorine :

« S’il est coupable, il ne sait pourquoi. Des gens comme Ivanov ne peuvent pas résoudre les problèmes, mais ils succombent sous leur poids. »

En 1888, Tchékhov publie des récits plus longs et plus graves comme La Steppe en mars qui fait sensation, Les Feux, etc. Il compose des pièces légères comme Une demande en mariage en octobre. Le 28, L’ours, un petit vaudeville en un acte, est créé au Théâtre Korsch à Moscou et obtint un franc succès. La reprise d’Ivanov, quelque peu remanié, obtient un triomphe à Pétersbourg. Dans une lettre datée du 4 octobre à Pleschev, il écrit :

« Le saint des saints est pour moi le corps humain, la santé, l’esprit, le talent, l’inspiration, l’amour et la liberté absolue. ».

À son éditeur, Souvorine, il écrit :

« L’artiste ne doit pas être le juge de ses personnages et de ce qu’ils disent, mais seulement le témoin impartial : mon affaire est seulement d’avoir du talent, c’est-à-dire de savoir distinguer les indices importants de ceux qui sont insignifiants, de savoir mettre en lumière des personnages, parler leur langue. »

Il se voit récompensé par le Prix Pouchkine décerné par l’Académie des Sciences pour son recueil Au Crépuscule. Il publie un autre recueil, Récits. Un attentat a lieu contre la famille impériale à Borki.

En juin 1889, son frère aîné Nicolas meurt de la tuberculose. Il publie en septembre une grande nouvelle Une morne histoire (ou Une banale histoire). L’homme à l’étui fait la caricature de maîtres d’école sans génie. Sa comédie, Le sauvage ou Le Sylvain ou L’esprit des bois, est refusée par le comité de lecture des théâtres impériaux pour « manque de qualités dramatiques ». Il la remaniera pour en faire Oncle Vania. Il publie en mai Le Tragédien malgré lui et Une Noce en octobre, pièce d’abord jouée par des amateurs. Le même mois, il écrit à Souvorine son credo relatif à la science :

« Tout ce qui vit sur terre est nécessairement matériel (…) les gens pensants sont matériels aussi par nécessité. Ils cherchent la vérité dans la matière car ils ne peuvent pas la chercher ailleurs, puisqu’ils ne voient, n’entendent et ne sentent qu’elle seule. Ils ne peuvent de nécessité, chercher la vérité que là où peuvent leur servir leurs microscopes, leurs sondes et leurs scalpels. Défendre à l’homme la tendance matérialiste, c’est lui interdire de chercher la vérité. Hors la matière, il n’y a ni expérience, ni science, ni par conséquent de vérité. »

L’esprit des bois est créé le 27 décembre 1889 au théâtre privé Abramova à Moscou : c’est un échec. La Sonate à Kreutzer de Tolstoï (1828-1910) est censuré(e). Des copies circulent. Tchékhov condamne l’œuvre en tant qu’homme et médecin.

En 1890, malgré un état de santé précaire (il est atteint aux poumons), il part en avril pour l’île de Sakhaline où sont relégués dix mille déportés et forçats. Il y arrive en juillet et y restera jusqu’en octobre. Il y voit l’abaissement, l’avilissement, le mépris de l’humain. Peut-être écrit-il Oncle Vania à son retour. En effet, il écrira à Gorki dans une lettre datée du 3 décembre 1898 : « Il y a très longtemps que j’ai écrit Oncle Vania ». À Diaghilev que c’est en 1890 qu’il l’a écrit. Il écrit pour Temps nouveaux ses Lettres de Sibérie et commence L’Île de Sakhaline. Il écrit deux comédies : Le Tragédien malgré lui et Une noce.

En 1891, il fait le premier de ses cinq voyages en Europe. Il visite l’Italie, Venise qui l’enchante, Bologne, Florence, Rome et Naples, la France, Nice, Monte-Carlo, Paris, l’Allemagne et l’Autriche, Vienne. Il travaille à L’Île de Sakhaline. Il publie des récits : Le Duel, Les Babas, Kachtanka. Le Jubilé est une pièce publiée et jouée sur les scènes de province et d’amateurs. En décembre, il participe à la lutte contre la famine qui sévit dans les gouvernements du centre.

 

Mélikhovo

En 1892, il trouve le village de ses rêves : Mélikhovo. Il y achète une propriété. Ses parents et sa sœur s’y installent avec lui. On lui rend visite. Lévitane y peint le paysage. En juillet, il soigne gratuitement les paysans et prend une part active à la lutte contre l’épidémie de choléra. Sa maison sert de dispensaire gratuit pour les paysans. Il contribue financièrement à la construction d’écoles et à l’enrichissement de bibliothèques. Il publie Salle 6. Dans un hôpital où les fous sont maltraités, un médecin, Andréï Efimitch Raguine a tenté d’y mettre bon ordre mais finit par se lasser. Il commence à fréquenter la salle 6 et à dialoguer avec un paranoïaque, Gromov, qui remet en cause sa “philosophie tolstoïenne”. On accuse le médecin de folie et on l’enferme. On ne manquera pas de lire, dans les propos du fou, une critique du cynisme antique de Diogène (~413-~327 av. J.-C.) et du stoïcisme et de Marc-Aurèle (121-180) (cf. Tchékhov, La Steppe Salle 6 L’Évêque, Paris, Gallimard, Folio classique, n°3847, pp. 217-223).

Son intense activité médicale et sociale se poursuit à Mélikhovo en 1893. Il a des difficultés avec la censure à cause de L’Île de Sakhaline. Il publie le Récit d’un Inconnu ainsi que Le Moine Noir. Il fréquente la chanteuse Lika Mizinova qu’il n’épouse pas. Un deuxième voyage en 1894 le mène en Autriche, à Vienne, en Italie, à Milan et Gènes, en France à Nice et Paris, en Allemagne, à Berlin.

Alexandre III meurt le 1er novembre 1894. Lui succède le futur dernier tzar, Nicolas II (1868-1894-1918), que les Bolcheviks fusilleront avec sa famille le 17 juillet 1918. L’opposition révolutionnaire des sociaux-démocrates et des socialistes révolutionnaires se poursuit. Une lettre adressée à Souvorine et datée du 27 mars, montre son détachement vis-à-vis de la morale de Tolstoï :

« La philosophie tolstoïenne me touchait très fort, elle a régné sur moi dix-sept ans et ce qui agissait sur moi ce n’étaient pas les protestations générales, que je connaissais auparavant, mais la manière tolstoïenne de s’exprimer, le bon sens et sans doute une sorte d’hypnotisme. Or à présent, quelque chose proteste en moi ; la prudence et le sens de la justice me disent qu’il y a dans l’électricité et la vapeur plus d’amour des hommes que dans la chasteté et le refus de manger de la viande »

En 1895, il vit essentiellement à Mélikhovo. Il rend visite à Léon Tolstoï à Iasnaïa Poliana. Il publie Trois années. En novembre il écrit La Mouette. À Souvorine, il écrit dans une lettre datée du 21 novembre :

« J’écris La Mouette non sans plaisir, bien que je me sente terriblement en faute quant aux conditions de la scène (…) C’est une comédie avec trois rôles de femmes et six rôles d’hommes. Quatre actes, un paysage (une vue sur un lac) ; beaucoup de discours sur la littérature, peu d’action, cinq tonnes d’amour. »

En décembre, la pièce est lue à Moscou pour être soumise au jugement de Vladimir Némirovitch-Dantchenko (1858-1943). Le 17 octobre 1896, La Mouette échoue bruyamment sur la scène du Théâtre impérial Alexandrineski de Pétersbourg devant Tchékhov, assis dans une loge. Le 21 octobre par contre, la pièce connaît un succès considérable. Tchékhov fait la connaissance du metteur en scène Constantin Stanislavski (1863-1938). Tchékhov publie Ma Vie, une fiction autobiographique. En mars 1897, il est terrassé par une grave crise d’hémoptysie alors qu’il dîne dans un restaurant avec des amis, dont Souvorine. Ses deux poumons sont atteints. Il est hospitalisé dans une clinique de Moscou où il reçoit la visite de Tolstoï le 28 mars. Les deux hommes s’entretinrent de l’immortalité de l’âme comme l’indique une lettre à Menchikov datée du 16 avril 1897 :

« Léon Nicolaévitch est venu me voir et nous avons eu une très intéressante conversation, intéressante surtout pour moi qui écoutais plus que je ne parlais. Nous avons parlé de l’immortalité. Il croit à l’immortalité dans un sens Kantien : il pense que nous tous (hommes et animaux) survivrons au sein d’un principe (raison, amour) dont l’essence et le but constituent pour nous un mystère. Pour ce qui est de moi, ce principe ou élément m’apparaît sous la forme d’une masse informe et gélatineuse ; que mon moi, ma personnalité, ma conscience se fondent avec cette masse ? non ; je ne veux pas d’une telle immortalité, je ne la comprends pas et Léon Nicolaévitch s’étonne que je ne la comprenne pas. » [Je dois avouer ne pas comprendre en quoi une telle conception serait kantienne. Kant défend plutôt la thèse d’une immortalité individuelle de l’âme, thèse qu’il nomme un postulat de la raison pratique en tant qu’elle est nécessaire pour penser la morale dans la Critique de la raison pratique (1788)]

En mai paraît un recueil de pièces parmi lesquels Oncle Vania, jusque là inconnu(e). La pièce est jouée avec succès en province à l’étonnement de Tchékhov. Il publie Les Moujiks, un tableau très noir de la campagne russe. Il part en septembre pour l’Europe, gagne Biarritz puis Nice où il passera l’hiver. Des Français il écrit :

« Comme il se donne du mal, comme il paie pour tous, ce peuple qui va au-devant des autres et qui donne le ton à la culture européenne. »

En 1898, le J’accuse de Zola, publié le 13 janvier dans L’Aurore, produit une profonde impression sur Tchékhov. À cause du parti pris anti-dreyfusard de Souvorine, Tchékhov s’éloigne de lui. En septembre, Tchékhov assiste aux répétitions du Tsar Fédor et de La Mouette. Il fait la connaissance d’Olga Léonardovna Knipper (1868-1959). À Moscou, le Théâtre d’Art ouvre le 14 octobre ‑ le mois où il perd son père. Il a été fondé par Constantin Stanislavski et Vladimir Némirovitch-Dantchenko qui l’a convaincu de monter la pièce. Elle est jouée le 18 décembre. C’est un triomphe. Le parti social-démocrate russe est fondé à Minsk. Le parti social-révolutionnaire est lui aussi fondé. Il fait le procès de ce que l’on appelle le bonheur dans une étonnante nouvelle, Le Groseillier épineux ou Les Groseillers où il essaie de montrer que le sens de la vie n’est pas la recherche du bonheur mais « faire le bien ».

 

Yalta ou l’île du Diable

Sur les instances de ses médecins qui lui conseillent de passer ses hivers en Crimée, il doit abandonner Mélikhovo. C’est ainsi que sur la côte sud de la Crimée, aux portes de Yalta, il achète un terrain caillouteux et aride où il fait bâtir une grande villa blanche qui surplombe la mer. Il y plante des arbres.

En 1899, la propriété de Mélikhovo est vendue. En août, Olga Knipper lui rend visite et ils échangent leur premier baiser. Le 26 octobre, c’est la première d’Oncle Vania en l’absence de Tchékhov : c’est un succès. Tolstoï trouvait que la pièce manque de « véritable nerf dramatique ». Maxime Gorki, dans une lettre datée de novembre, écrit qu’il a pleuré tellement la pièce l’a bouleversé. C’est Olga, sa future femme qui interprète le rôle d’Éléna Andréevna. Il publie La Dame au chien.

En 1900, Tchékhov est élu membre de la Section des belles lettres de l’Académie des Sciences. Maxime Gorki (1868-1936) lui rend visite. Le Théâtre d’Art se rend en avril à Yalta et Sépastopol. Il peut assister à la représentation de ses pièces, La mouette et Oncle Vania, ainsi que d’autres comme Hedda Gabler d’Ibsen (1828-1906) et Solitaires de Hauptmann créé en 1893. Fin juin, Olga Knipper revient seule et débute leur liaison à l’insu de la mère et de la sœur de Tchékhov qui vivent avec lui. Fin octobre, il donne lecture des Trois sœurs à Moscou. Le 20, il est fêté à une représentation de La Mouette. En décembre, il voyage en France, à Nice, où il achève les Trois sœurs, en Italie, à Pise, Florence et Rome puis passe l’hiver à Nice.

Il revient en Russie en février 1901. La première des Trois sœurs a eu lieu au Théâtre d’Art avec Olga Knipper dans le rôle de Macha le 31 janvier. Deux personnages, le commandant Verchinine et le lieutenant Touzenbach évoquent une future société russe où la vie sera belle et où tous travailleront. Cet aspect social déclenche l’hostilité des journaux conservateurs tandis que les progressistes s’enflamment pour la pièce. Le 25 mai, il épouse Olga Knipper en secret par peur de la noce comme il le lui écrit. Le métier de son épouse la retenant loin de lui, il a cette boutade : « Si vous craignez la solitude, ne vous mariez pas ». Il voyage sur la Volga. Le 3 août, il rédige son testament sous forme de lettre à sa sœur, Marie. Il rend visite à Tolstoï à Gaspa en Crimée. De jeunes écrivains viennent le voir : Gorki lié aux milieux révolutionnaires, Ivan Alekseïevitch Bounine (1870-1953) et Alexandre Kouprine (1870-1938) qui eux, restent en dehors de la politique (cf. Constantin de Grunwald, Société et Civilisation russes au xix° siècle, pp. 252-253).

Le 25 janvier 1902, il apprend que Les trois sœurs ont reçu le prix Griboïédov. Il est officiellement chargé de la mission d’aider les tuberculeux nécessiteux. En juillet, il séjourne avec Olga près de Moscou. En septembre, il donne une nouvelle version des Méfaits du tabac. Il écrit L’évêque, autobiographie transposée. Il démissionne de l’Académie russe parce que Gorki en a été exclu sur l’ordre du Tsar.

En 1903, il publie La Fiancée. En octobre, il termine La Cerisaie, pièce qu’il pensait comique. Il vit solitaire en Crimée. Sa tuberculose pulmonaire se complique d’une tuberculose intestinale. Il souffre beaucoup. La censure interdit son théâtre pour le répertoire des théâtres populaires. C’est en juillet-août qu’a lieu le II° congrès du parti social-démocrate russe à Londres qui instaure la scission entre bolcheviks (majoritaires à ce moment jusqu’en 1905 où ils deviennent minoritaires) dont le guide est Lénine et mencheviks (minoritaires). C’est loin de Tchékhov que la révolutionnaire allemande, Rosa Luxemburg (1879-1919), dans Questions d'organisation de la social-démocratie russe, critique la conception bolchevique de l’organisation du parti révolutionnaire qui ne peut conduire qu’à la dictature.

Durant l’hiver qu’il passe à Moscou car il va un peu mieux, il assiste le 17 janvier 1904, jour de ses quarante quatre ans, à la première de La Cerisaie au théâtre d’Art avec Olga dans le rôle de Loubiov Andréevna Ranévskaïa. Il reçoit l’acclamation du public et des acteurs. La pièce est un triomphe. Le 8 février, c’est le début de la guerre russo-japonaise – qui s’achèvera par la défaite de la Russie. Tchékhov désire partir sur le front comme médecin mais ne le peut. Il retourne en Crimée. En mai, il revient à Moscou puis part avec sa femme pour Berlin et la Forêt Noire. « Je m’en vais pour crever » écrit-il à un ami. Il rend en effet à Badenweiler son dernier soupir, le 2 juillet après avoir bu un peu de champagne avec Olga Knipper à ses côtés. On peut lire dans ses Carnets : « Comme je serai couché seul dans ma tombe, de même toute ma vie j’ai vécu seul ».

    Il est enterré le 9 juillet à Moscou.

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Paul Valéry - Brève biographie

Paul Valéry est né le 30 octobre 1871 à Sète, dans l’Hérault. Il fait ses études primaires chez les Dominicains de sa ville natale et ses études secondaires au lycée de Montpellier. Il s’inscrit à la faculté de droit en 1889.

Il rencontre Pierre Louÿs (1870-1925), qui lui fait rencontrer André Gide (1869-1951) et Stéphane Mallarmé (1842-1998). Il publie des poèmes dans des revues symbolistes.

En 1894, après sa licence en droit, il s’installe à Paris.

Il renonce à la poésie à la suite d’une crise intérieure. Il se consacre dorénavant à la pensée et au raisonnement. Il publie Monsieur Teste, Introduction à la méthode de Léonard de Vinci en 1895. À cette date, il est rédacteur au ministère de la guerre. En 1900, il devient le secrétaire particulier d’Édouard Lebey (1850-1922), l’administrateur de l’agence Havas. Il poursuit la rédaction de ses Cahiers qui ne seront publiés qu’après sa mort. Le 31 mai 1900, il épouse Jeannie Gobillard (1877-1970) avec qui il aura trois enfants.

Il se remet à écrire de la poésie sous l’insistante et amicale pression de Gide. En 1917, il publie La Jeune Parque, Le Cimetière marin en 1920 et Charmes en 1922. Il connaît le succès et la célébrité.

En 1925, il est élu à l’Académie française. C’est lui qui reçut le maréchal Pétain (1856-1951) à l’Académie en 1931. En 1937, il est nommé professeur au Collège de France à la chaire de poétique. Il écrit de nombreuses préfaces, donne de nombreuses conférences et écrit des œuvres en prose qui constituent les cinq volumes de Variétés. Il prononça l’éloge funèbre de Bergson en 1941, acte de courage et de résistance.

     Il meurt à Paris le 20 juillet 1945 et a droit à des obsèques nationales, à Sète.

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La Fontaine - Biographie

Jean de La Fontaine a été baptisé le 8 juillet 1621 à Château-Thierry en Champagne (actuellement dans le département de l’Aisne qui appartient à la région Picardie). Son père, Charles de La Fontaine est conseiller du roi et maître des eaux et forêts de la duché de Chaûry, abréviation alors courante de Château-Thierry. Sa mère, de bonne famille bourgeoise, se nomme Françoise Pidoux. Son frère cadet, Claude, est baptisé le 26 septembre 1623.

Vers 1635-1636, il part poursuivre ses études à Paris. Il est possible qu’il ait eu Furetière (1619-1688) comme condisciple. Quoique l’aîné, qui, à cette époque, n’était pas destiné à la vie religieuse, il est admis à l’Oratoire le 27 avril 1641. Il renonce plus d’un an après en octobre 1642 à sa vocation religieuse et regagne Château-Thierry.

C’est vers 1643 qu’il découvre et apprécie la poésie de Malherbe (1555-1628). Peut-être a-t-il alors connu Pierre Gassendi (1592-1655), le philosophe épicurien, l’adversaire de Descartes (1596-1650), l’auteur des septièmes objections aux Méditations métaphysiques (1642).

De 1645 à 1647, il fait son droit à Paris. Il participe à la constitution d’une petite académie littéraire, dite l’Académie des Jeudis dont les membres s’appelaient les Palatins ou encore les chevaliers de la Table ronde. Cette académie placée sous le patronage réel ou d’inspiration du poète Jean Chapelain (1595-1674), de l’érudit François Conrart et d’Olivier Patru dont les membres sont François de Pellisson, Maucroix, Furetière, Tallemant des Réaux, le savant François Cassandre, François Charpentier et Antoine Rambouillet de La Sablière (1624-1679) le futur mari de Marguerite Hessein. Il s’inscrit comme avocat en la cour du Parlement de Paris.

Le 10 novembre 1647, il épouse une parente de Jean Racine (1639-1699) Marie Héricart, baptisée le 26 avril 1633, âgée de 14 ans col(les jeunes filles alors se mariaient à partir de 13 ans) et originaire de la Ferté-Milon près de Château-Thierry. Le 20 mars 1652, il obtient par achat, comme toutes les fonctions publiques sous l’Ancien Régime, la charge de maître particulier triennal des eaux et forêts du duché de Chaûry. Charles de La Fontaine, son premier fils, est baptisé le 30 octobre 1653 à Château-Thierry. La Fontaine connaît des difficultés financières que montre la vente d’une de ses fermes et d’une métairie.

La même année, Nicolas Foucquet, vicomte de Vaux (1615-1680), procureur général au Parlement de Paris depuis 1650, est nommé surintendant des finances, c’est-à-dire ministre des finances, sous le règne de Mazarin (1602-1661). Le 17 août 1654 paraît sans nom d’auteur L’Eunuque, comédie, une pièce du poète latin Térence que La Fontaine a traduite en vers et adaptée. Il commence à écrire des vers pour Nicolas Foucquet en 1657. Celui-ci faisait travailler pour lui Le Nôtre et Lebrun et recevait les deux Corneille, Pierre (1606-1684) et Thomas (1625-1709), Molière (1622-1673) et Quinault, Charles Perrault, Scarron.

En avril 1658, son père meurt. Il hérite de ses charges et de ses dettes. Peut-être a-t-il fréquenté à cette époque Olivier Patru. Il offre à Foucquet vers juillet 1658 le manuscrit du poème d’Adonis, imité des Métamorphoses d’Ovide. Foucquet et son entourage apprécient son Epître à l’abbesse de Monzon. La Fontaine est présenté au surintendant. Début 1659, il se sépare de biens avec sa femme. Il devient membre de la “cour” de Foucquet à Saint-Mandé (dans l’actuel Val-de-Marne, 94, au sud-est de Paris). Il y retrouve Paul Pellisson et François de Maucroix. Il rencontre un disciple de Gassendi, Samuel Sorbière. Il se lie avec Saint-Evremond, Brienne, de Charles Perrault et Madeleine de Scudéry. Foucquet le pensionne en échange d’une production poétique trimestrielle. Il entreprend pour lui Le Songe de Vaux, qui décrit par avance les splendeurs du château alors en construction. À Paris, il retrouve La Rochefoucauld (1613-1680) et le Cardinal de Retz dans le salon de la comtesse de Lafayette.

Vers 1660, La Fontaine écrit la farce des Rieurs de Beau Richard. Peut-être a-t-il déjà écrit ses premières fables. On peut l’inférer des premiers mots de la Préface du premier recueil :

« L’indulgence que l’on a eue pour quelques-unes de mes fables me donne lieu d’espérer la même grâce pour ce recueil » La Fontaine, Fables, éd. de Marc Fumaroli, Imprimerie nationale, 1985, réédition Le livre de poche, « Pochothèque », 1995, p.5.

Le 9 mars 1661, Mazarin (1602-1661) meurt. Louis xiv (1638-1643-1715) exercera désormais seul le pouvoir. Le 17 août, Foucquet donne à Vaux-le-Vicomte une grande fête en l’honneur du roi. Molière y donnera la première représentation des Fâcheux avec un prologue de Pellisson. La Fontaine en donne une relation le 22 à Maucroix sous forme d’une lettre. Le 5 septembre, Foucquet est arrêté à Nantes par d’Artagnan et emprisonné en compagnie de Pellisson (ce dernier sera libéré cinq ans plus tard). Jugé et condamné pour malversations financières, il mourra en prison.

Pour sa part, La Fontaine est poursuivi pour usurpation du titre d’écuyer, titre de petite noblesse qu’il a pris dans divers contrats. Il est condamné à une forte amende en 1662. Peut-être a-t-il alors publié clandestinement l’Elégie aux Nymphes de Vaux, écrites en faveur de Foucquet. Toujours est-il qu’il lui écrit le 30 janvier pour répondre aux apostilles que le surintendant a mises à son Ode au roi. Le 23 août 1663, il accompagne l’oncle de sa femme Jannart, substitut de Foucquet dans sa charge de procureur général au Parlement, en exil à Limoges où ils arrivent le 8 septembre. Il adresse en chemin six lettres à son épouse qui constituent La Relation d’un voyage de Paris en Limousin, six lettres non publiées de son vivant, une septième projetée n’a pas été retrouvée même à l’état d’ébauche.

Il revient au plus tard en juillet 1664 à Paris car, le 8 juillet, il entre au service de Marguerite de Lorraine, duchesse douairière d’Orléans (1613-1672), veuve de Gaston le frère de Louis xiii, au palais du Luxembourg dont il est l’un des neuf « gentilshommes servants ». Sa femme se retire à Château-Thierry. La Fontaine fréquentera les salons parisiens, celui de l’Hôtel de Nevers, favorable au jansénisme et à Foucquet où il rencontre La Rochefoucauld (1613-1680), la comtesse de Lafayette (1634-1693) et la marquise de Sévigné (1626-1696) et celui de la duchesse de Bouillon.

En décembre 1664, sont publiées les Nouvelles en vers tirée[s] de Boccace et de l’Arioste par M. de L.F. Le conte, Joconde, est imité du poète Italie, Arioste (1474-1533) et le Cocu battu et content de l’écrivain italien Boccace (1313-1375). En janvier 1665, il publie les Contes et nouvelles en vers. Il collabore dans le même temps à la traduction de La Cité de Dieu de (Saint) Augustin (354-430). Il est plus particulièrement chargé de la traduction des vers latins. En janvier de l’année suivante, la deuxième partie des Contes et Nouvelles en vers paraît.

Le 7 août, Colbert (1619-1683) lui écrit pour enquêter sur des malversations commises par des officiers des eaux et forêts de Château-Thierry.

Le 6 juin 1667, le privilège pour le premier recueil des Fables choisies mises en vers par M. de La Fontaine est pris. Trois nouveaux contes licencieux mais surtout utilisant des personnages ecclésiastiques sont publiés à Cologne puis à Amsterdam.

Le 31 mars 1668, les Fables choisies mises en vers par M. de La Fontaine paraissent, grâce notamment à Boileau (1636-1711) avec des illustrations de François Chauveau. Elles correspondent à nos actuels livres I à VI des Fables de La Fontaine. Une deuxième édition en deux volumes suit le 19 octobre.

L’année suivante paraissent le 31 janvier les Amours de Psyché et de Cupidon, avec le poème d’Adonis.

Le 20 décembre 1670, paraît le Recueil de poésies chrétiennes et diverses, dédié à Monseigneur le Prince de Conti [François Louis de Bourbon] auquel La Fontaine a collaboré et qui contient seize fables déjà publiées.

Le 21 janvier 1671, le duc de Bouillon, dont le salon de sa femme, née Marie-Anne Mancini et surtout nièce de Mazarin, est fréquenté par La Fontaine, lui rachète ses charges, achetées ou héritées, de maître des eaux et forêts.

La troisième partie des Contes et Nouvelles en vers paraît le même mois. Le 12 mars paraissent les Fables nouvelles et autres poésies de M. de La Fontaine avec quatre élégies et huit fables originales qui paraîtront dans le second recueil, à savoir : Le Lion (XI, i) ; Le Loup et le Renard (XI, vi ou XII, ix) ; Le Coche et la Mouche (VII, viii) ; Le Trésor et les deux Hommes (IX, xvi), Le Rat et l’Huître (VIII, ix) ; Le Singe et le Chat (IX, xviii), Du Gland et de la Citrouille (IX, iv) ; Le Milan et le Rossignol (IX, xviii) ; L’Huître et les Plaideurs (IX, ix). En 1672, entre le 17 février et le 9 mars, deux fables séparées sont publiées. Le Curé et le Mort – le 9 mars, Madame de Sévigné l’envoie à sa fille – qui apparaîtra dans le deuxième recueil (VII, x) sans lieu, date ni nom d’auteur et Le Soleil et les Grenouilles, imitation de la fable latine signée D.L.F. qui ne sera pas recueillie (cf. La Fontaine, Fables, GF-Flammarion, pp.407-408).

Le 3 avril, La Fontaine perd son emploi chez la duchesse douairière d’Orléans qui meurt. Madame de La Sablière, séparée de son mari et de ses trois enfants, le recueille au début de 1673 puis le loge pendant plus de vingt ans. Elle disait :

« J’ai congédié tout mon monde ; je n’ai gardé que mon chien, mon chat et mon La Fontaine. »

C’est dans son salon qu’il rencontre ou retrouve Tallemant des Réaux, Barillon ; Charles Perrault, les mathématiciens Roberval et Sauveur, le médecin Menjot et surtout François Bernier (1620-1688). Il a pu expliquer à La Fontaine la philosophie de son maître Gassendi, pour qui les animaux ont une âme matérielle semblable à celle de l’homme dont l’opération principale est l’imagination ou fantaisie. L’homme a en plus, selon cet épicurisme chrétien, une âme immatérielle. Il a pu lui raconter l’anecdote d’un moine qui vit un hibou sortant d’un tronc creux. S’approchant, il constata que l’arbre avait deux trous, celui du haut par lequel est sorti le hibou et l’un en bas qui est bouché. Il creusa ce dernier et découvrit dans l’arbre

« soixante et dix, ou quatre-vingts souris toutes vives, et des épis de blé pour remplir deux ou trois chapeaux, mais que toutes ces souris avaient les cuisses rompues. Ces souris devaient apparemment être la provision du hibou qui leur aurait rompu les cuisses de peur qu’elles ne s’enfuissent et qui leur aurait apporté des épis de lé pour les nourrir quelques temps, cependant qu’il les mangeait l’une après l’autre. » Abrégé de la philosophie de Gassendi, Paris, Fayard, « Corpus des œuvres de philosophie en langue française », 1992, 7 volumes, VI, p.374.

L’influence de François Bernier est apparente dans le Discours à Madame de La Sablière (Fables, IX) et dans Les Souris et le chat-huant (Fables, XI, ix).

Toujours en 1673, il publie le Poème de la Captivité de Saint Malc. En 1674, il travaille grâce à Madame de Montespan, la maîtresse du roi, avec Lulli (1632-1687) pour le livret d’opéra Daphné sans succès. Fâché, il écrit contre le musicien de Louis xiv la satire acerbe du Florentin. Paraissent la même année des Nouveaux Contes, de M. de La Fontaine. Selon toute vraisemblance, c’est l’année de la composition de L’épître à Huet.

Le 5 avril 1675, le lieutenant de police La Reynie (1625-1709) ordonne l’interdiction du volume.

Des difficultés financières accrues amènent La Fontaine à vendre sa maison natale de Château-Thierry le 2 janvier 1676. Cette année-là meurt François Chauveau, illustrateur des Fables.

Le 29 juillet 1677, La Fontaine prend un privilège pour une nouvelle édition des Fables choisies mises en vers. Le 3 mai 1678 paraissent les deux premiers volumes de la nouvelle édition, à savoir nos actuels livres I à VI qu’on nomme le premier recueil, ultérieurement le 3ème volume, c’est-à-dire nos actuels livres VII et VIII alors numéroté I et II de la troisième partie. Dans le même temps, La Fontaine écrit divers poèmes, notamment pour célébrer la paix de Nimègue. Le 15 juin 1679 paraît le 4ème volume des Fables choisies mises en vers qui contient nos actuels livres IX à XI, alors numérotés III, IV et V, qui, avec les livres VII et VIII constituent ce qu’on nomme le second recueil. Les illustrations sont de François Chauveau et d’élèves de son atelier comme Nicolas Guérard.

Le 23 mars 1680, Foucquet meurt. Le 29 mai, Monsieur de Mondin adresse une lettre à Condé accompagné d’un dialogue de Platon (428-347 av. J.-C.) traduit par La Fontaine, mais on ne sait lequel. C’est cette année que Madame de La Sablière se tourne vers le Dieu catholique tout en continuant de loger La Fontaine.

Les Epîtres de Sénèque (1-65) traduites de Pinterel revue par La Fontaine paraissent le 1er août 1681. Le 24 janvier 1682, c’est le Poème du Quinquina et autres ouvrages en vers de M. de La Fontaine. Il cherche depuis un moment à entrer à l’Académie française. Le 6 mai 1683, c’est la première d’une pièce aujourd’hui disparue qui connaîtra seulement trois autres représentations (les 7, 9 et 11) à la Comédie française. La rédaction d’Achille commence mais restera inachevée.

Le 15 novembre, La Fontaine est élu à l’Académie française en remplacement de Colbert, l’ennemi de Foucquet, mort le 6 septembre, contre Boileau, le candidat du roi. Aussi, le 20 novembre, Louis xiv refuse-t-il d’entériner la proposition de l’Académie. Tout rentre dans l’ordre l’année suivante. En janvier 1684, le Mercure Galant (journal fondé en 1672, organe des Modernes) publie la Ballade adressée par La Fontaine au roi en faveur de son entrée à l’Académie française. Boileau est élu le 17 avril et le 24 l’élection définitive de La Fontaine est acquise. Le 2 mai, jour de la réception, il prononce son second Discours à Madame de La Sablière où on peut lire notamment les célèbres vers :

« Je m’avoue, il est vrai, s’il faut parler ainsi,

Papillon du Parnasse, et semblable aux abeilles

À qui le bon Platon compare nos merveilles :

Je suis chose légère, et vole à tout sujet ;

Je vais de fleur en fleur, et d’objet en objet ;

À beaucoup de plaisir je mêle un peu de gloire.

J’irais plus haut peut-être au temple de Mémoire,

Si dans un genre seul j’avais usé mes jours ;

Mais quoi ! je suis volage en vers comme en amours. »

À la réception de Boileau, le premier juillet, La Fontaine lit la fable Le Renard, le Loup et le Cheval.

Au début de 1685, La Fontaine se brouille avec Furetière. Le 22 janvier ce dernier est exclu de l’Académie française. En effet, peu satisfait du travail pour le dictionnaire de l’Académie française, Furetière a obtenu du roi qu’il puisse publier son propre dictionnaire, ce que le règlement de l’Académie interdit.

Le 28 juillet, paraissent les Ouvrages de prose et de poésie des Sieurs de Maucroix et de La Fontaine. Maucroix donne la traduction de trois dialogues de Platon, l’Euthyphron, l’Hippias majeur et l’Euthydème. Le premier volume est tout entier de La Fontaine, il contient : des vers anciens ; le remerciement à l’Académie ; le “second” Discours à Madame de La Sablière ; la Ballade au roi ; cinq nouveaux contes et onze fables qui apparaissent dans le dernier recueil, notre actuel livre XII.

1687 : c’est la querelle des Anciens et des Modernes déclenché par le poème, Le siècle de Louis le Grand, lu par Charles Perrault en séance à l’Académie. Boileau défend les Anciens, Perrault les Modernes. La Fontaine publie prudemment le 5 février l’Epître à Monseigneur l’Evêque de Soissons dite Épître à Huet avec une lettre à Monsieur de Bonrepaux. On peut y lire notamment un certain penchant pour les Anciens :

« Térence est dans mes mains ; je m’instruis dans Horace ;

Homère et son rival sont mes dieux du Parnasse …

Je chéris l’Arioste et j’estime le Tasse ;

Plein de Machiavel, entêté de Boccace,

J’en parle si souvent qu’on en est étourdi ;

J’en lis qui sont du Nord, et qui sont du Midi.

Non qu’il me faille un choix dans leurs plus beaux ouvrages :

Quand notre siècle aurait ses savants et ses sages,

En trouverais-je un seul approchant de Platon ?

La Grèce en fourmillait dans son moindre canton. »

Madame de La Sablière se retire aux Incurables en 1688 où elle accueille encore La Fontaine. À l’occasion du mariage du Prince de Conti et de Marie-Thérèse de Bourbon, il dédie au Prince la fable du Milan, le Roi et le Chasseur (XII, xii). Le suédois Ulrich lui demande d’être le chaperon de sa jeune et jolie femme mais il devient son amant. Elle sera sa compagne des derniers jours et publia après sa mort un dernier conte, les Quiproquo.

En décembre 1690, il publie dans Le Mercure galant la fable, Les compagnons d’Ulysse (Fables, XII, i). En février 1691 paraît dans le même journal Les deux Chèvres (XII, iv) et en mars Du Thésauriseur et du Singe (Fables, XII, iii). Le 28 novembre 1691, Astrée, tragédie lyrique dont le livret est de La Fontaine et la musique de Colasse, le gendre de Lulli, échoue. C’est en 1692 qu’est pris le privilège pour l’édition du dernier recueil des Fables.

Sa protectrice, Madame de La Sablière, meurt le 6 janvier 1693. Il trouve alors refuge auprès d’Anne d’Hervart et de sa femme.

En décembre 1692, Le Mercure galant publie, anonyme, une fable, La Ligue des Rats, non reprise en recueil.

Le 12 février 1693, La Fontaine, prêché et confessé par l’abbé Pouget, vicaire de Saint-Roch, reçoit l’extrême onction. Devant une délégation de l’Académie française il répudie publiquement ses Contes. Il commence une paraphrase du Dies irae. Le 1er juin, paraît le Recueil de vers choisis par le père Bonhours et on y trouve Le Juge arbitre, l’Hospitalier le Solitaire (Fables, XII, xxix). Le premier septembre, le dernier recueil des Fables paraît avec deux contes déjà publiées en 1682, à savoir la Matrone d’Ephèse et Belphégor.

    Moins de deux ans après, le 13 avril 1695, La Fontaine meurt. Boileau, dans une lettre à Maucroix du 29 avril, évoque les haires, les cilices et les disciplines dont La Fontaine aurait usé. Quoique le caractère de La Fontaine ne lui ait pas paru aux mortifications, la grâce de Dieu peut rendre compte de cette métamorphose. Quant à l’abbé d’Olivert, il prétendit avoir vu le cilice (chemise de crin portée sur la peau pour meurtrir la chair en pénitence) retrouvé sur le cadavre de La Fontaine.

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Camus - Brève biographie

Albert Camus est né en Algérie française le 7 novembre 1913. Son père travaillait dans un domaine viticole. Il meurt en octobre 1914 après avoir été blessé à la bataille de la Marne.

Il s’installe avec sa mère à Alger où il fera ses études. Il écrit. Après son baccalauréat, il suit des études de philosophie. Il obtient un diplôme d’études supérieures. La tuberculose se déclare. Il ne passera pas l’agrégation.

Sa première pièce est de 1936 : Révolte dans les Asturies. Il publie un essai : L’envers et l’endroit en 1937. Il s’occupe de théâtre. Il a démissionné du parti communiste où il était entré deux ans plus tôt. En 1939, il publie Noces, un recueil d’essais et d’impressions. Son article, la « Misère de la Kabylie », amène l’interdiction du Front populaire, journal où il travaille, par le Gouvernement Général de l’Algérie. Il n’y trouve plus de travail.

Il s’installe alors à Paris où il fait du journalisme. Paraissent son roman L’Étranger et son essai Le mythe de Sisyphe en 1942. En 1943, il prend la direction du journal Combat que lui avait laissé le directeur appelé à d’autres activités dans la Résistance. Il publie des pièces de théâtre : Le malentendu (1944) et Caligula (1945). Il publie après la guerre, La peste (1947), L’État de siège (1948), et Lettres à un ami allemand sous le pseudonyme de Louis Neuville, Les justes (1950) et l’essai, L’Homme révolté (1951). En 1952, il rompt avec Jean-Paul Sartre (1905-1980). En 1954, il publie un essai, L’Été.

En 1956, son « Appel pour la trêve civile », deux ans après le début de la guerre d’Algérie, lui vaut des menaces de mort. C’est l’année de son roman, La chute. R, 1957, il publie L’Exil et le royaume. Il reçoit le prix Nobel de littérature en 1957. Il adapte pour le théâtre Les possédés de Dostoïevski.

Il meurt le 4 janvier 1960 dans un accident de voiture au Petit-Villeblevin dans l’Yonne. Son dernier livre, Le premier homme, inachevé, a été publié par sa fille en 1994.

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Tchekhov "Oncle Vania" résumé

Tchekhov (1860-1904), Oncle Vania, traduit du russe par André Markowicz et Françoise Morvan, Arles, Actes sud, Babel, 1994

 

Résumé

 

Ce “résumé” de l’Oncle Vania de Tchekhov a pour but de se faire une idée globale de l’action ou de retrouver un moment. J’ai essayé d’éviter d’interpréter le texte, ce qui n’est guère possible dans l’absolu.

Quoique les actes ne soient pas découpés en scène, j’ai essayé le plus possible de tenir compte des entrées et des sorties des personnages pour le découpage que je propose.

 

 

Acte I (pp.11-30)

 

Au printemps, après le « Grand Carême » (p.13 ; p.49) dans le jardin, l’après-midi, le ciel est couvert, autour d’une table servie pour le thé.

¤ Astrov évoque le temps qui passe avec Marina. Elle remarque qu’il a perdu sa beauté. Il se plaint de sa vie vouée à son travail de médecin, sans liberté, vide. Il se sent entouré de « toqués » qui le contaminent. Il évoque un aiguilleur qu’il n’a pu sauver. Il se demande ce que les hommes dans quelques siècles penseront d’eux. Marina, la nourrice s’en tient à sa foi en Dieu (pp.11-14).

¤ Voïnitski (Oncle Vania) se plaint d’une liberté oisive depuis l’arrivée du professeur et de son épouse tandis que Marina se plaint d’un emploi du temps bouleversé (pp.14-15).

¤ Sérébriakov, Sonia avec Éléna Andréevna, silencieuse, passent rapidement de retour de leur promenade en évoquant de qu’ils ont vu et ce qu’ils verront (p.15).

¤ Voïnitski critique le féminisme de sa mère. Il se plaint de la brillante ascension sociale du professeur Sérébriakov et critique ses travaux littéraires. Il se montre jaloux du professeur qui a épousé en premières noces sa sœur dont il fait l’éloge puis la jeune et belle Éléna Andréevna qui devrait trahir son vieux mari. Il manifeste pour elle un certain désir. Téléguine, peu écouté lorsqu’il exprime sa béatitude due à la contemplation des choses, lui oppose son exemple. Il a, lui, préféré le devoir au bonheur en acceptant d’aider sa femme, son amant maintenant décédé et leurs enfants (pp.16-19).

¤ Sonia envoie Marina voir des paysans (p.20).

¤ Astrov et Éléna évoquent sans conviction la santé de Sérébriakov. Sonia se montre satisfaite de la présence d’Astrov. Éléna Andréevna montre son désintérêt pour Téléguine dont elle écorche le nom. Il explique son surnom « la Gaufre ». Maria Vassilievna commente une brochure où l’auteur contredit ce qu’il écrivait auparavant dans l’indifférence. Voïnitski se plaint d’avoir méconnu jusque là « la vraie vie », illusionné qu'il était par des théories d’école. Il ne trouve pas d’oreilles compatissantes. Il se dispute à ce propos avec sa mère qui lui reproche de ne pas agir (pp.20-23).

¤ Marina explique à Sonia ce que voulaient les paysans et repart inquiète du sort d’une poule (pp.23-24).

¤ Un valet de ferme vient chercher le docteur pour une intervention à l’usine. Il hésite et commande un verre de vodka (p.24).

¤ Éléna s’enquiert de son intérêt pour les forêts. Sonia expose l’action et la pensée écologiques du docteur en leur faveur. Elles rendent les hommes meilleurs notamment dans leur rapport avec les femmes. Puis, Astrov lui-même expose son credo sous les propos et le regard ironiques de Voïnitski. Il reproche à l’homme de détruire alors que sa vocation est de créer. Planter a pour but de rendre heureux les hommes de l’avenir (pp.24-27).

¤ Le valet de ferme apporte à Astrov son verre de vodka qui disqualifie ses propos antérieurs. Une fois son verre de vodka bu, il part et Sonia montre son regret (p.28).

¤ Éléna et Voïnitski échangent des propos doux amers. Elle lui reproche de s’en prendre à Maria et à son mari, de vouloir détruire la fidélité – discours démarqué de celui d’Astrov – tout en montrant qu’elle a compris les sentiments de Sonia pour Astrov et elle-même ne semble pas indifférente. Voïnitski avoue haïr le professeur et lui reproche sa vie paresseuse et sa philosophie démarquée d’Astrov. Il lui dit l’aimer : elle est son bonheur et lui affirme que de lui en parler fait son bonheur. Éléna se montre très peu intéressée (pp.28-30).

 

Acte II (pp.31-55)

 

L’été à la saison des foins (p.36), après minuit (p.32, 35) dans la salle à manger. Dehors, un orage (pp.36, 38, 39, 42, 45, 50) menace, éclate puis passe.

¤ Le professeur Sérébriakov est réveillé par une douleur et/ou un rêve. Il accuse sa femme d’attendre sa mort et se plaint de sa retraite et de sa vieillesse. Il est conscient de tyranniser son entourage mais exprime son droit à une vieillesse tranquille. Éléna semble vouloir le tranquilliser (pp.31-35)

¤ Puis il refuse à sa fille de voir le docteur Astrov et tente de la tyranniser également. Elle ne s’en laisse pas conter (pp.35-36)

¤ Il refuse de rester seul avec Voïnitski qui vient remplacer Sonia et Éléna qui le veillent depuis deux nuits. Leur ancienne amitié a disparu (p.36)

¤ Marina, la nourrice, plaint le professeur. Elle évoque sa première femme, Véra Petrovna, et lui promet des soins. Elle le traite comme un petit enfant et réussit ainsi à l’emmener dormir (pp.36-38)

¤ Voïnitski se retrouve seul avec Éléna. Elle se plaint du professeur et lui fait observer les multiples conflits dans la maison. Elle lui reproche de ne rien faire pour réconcilier tout le monde. Lui se plaint d’avoir perdu sa vie et pense qu’elle perd la sienne. Tel est le contenu de sa seconde déclaration d’amour qui est refusée, notamment au motif qu’il est saoul (pp.38-40)

¤ Voïnitski soliloque. Il regrette de ne pas être tombé amoureux d’Éléna dix ans plus tôt du vivant de sa sœur. Puis, il regrette son ancienne admiration pour Sérébriakov dont l’œuvre lui paraît maintenant nulle de même que le travail qu’il a fourni avec Sonia pour lui (pp.40-41)

¤ Astrov arrive avec Téléguine à qui il demande de jouer de la guitare. Le docteur comprend l’attirance de Voïnitski pour Éléna et lui expose sa conception terre à terre des rapports entre hommes et femmes. Ils se saoulent et évoquent chacun leur vie (pp.41-44)

¤ Sonia, après qu’Astrov est allé mettre une cravate, suivi de Téléguine, dispute son oncle qui boit depuis peu et qui néglige le domaine. Il justifie l’usage de l’alcool par l’absence de « vraie vie ». Il est ému en voyant dans le regard de sa nièce sa défunte sœur et évoque un mystère (pp.44-45)

¤ Sonia veut parler à Astrov qui s’est habillé correctement. Elle lui demande de ne plus faire boire son oncle, Vania. Comme il annonce qu’il part sur l’heure, elle tente de le retenir. La conversation roule sur le professeur et sur Éléna Andréevna. Astrov exprime son insatisfaction de la vie provinciale russe, des grossiers paysans, des hommes cultivé, qu’ils soient bêtes et qu’ils soient minés par la réflexion. Il affirme qu’il est trop tard pour lui d’aimer. Sonia quant à elle le flatte, lui fait jurer qu’il ne boira plus. Elle lui déclare indirectement son amour sans rencontrer d’écho favorable (pp.45-50)

¤ Sonia monologue. Elle est heureuse malgré le refus implicite d’Astrov mais se plaint de sa laideur (p.50)

¤ Éléna Andréevna et Sonia dialoguent. Elles se réconcilient. Éléna Andréevna affirme avoir cru épousé le professeur par amour. Elle ne l’a pas épousé par intérêt. Elle demande la confiance. Elle répond à Sonia qui lui a posé la question qu’elle n’est pas heureuse. Elles évoquent le docteur qui plaît à Éléna Andréevna. Cette dernière parle de son talent mis au service du bonheur de l’humanité. Sonia affirme son bonheur. Éléna Andréevna, malheureuse, est prête à jouer de la musique si le professeur le supporte. Sonia va poser la question (pp.50-55)

¤ Elle demande à Efim, le gardien, de ne pas frapper sur sa planchette pour ne pas réveiller le professeur (p.55)

¤ Sonia revient lui apprendre que le professeur refuse qu’elle joue (p.55)

 

Acte III (pp.56-81)

 

En septembre (p.59), c’est l’automne (p.70, cf. Acte IV, p.82). Dans le salon de la maison. En début d’après-midi (pp.56, 57).

¤ Il est une heure moins le quart. Éléna Andréevna, Sonia et Voïnitski attendent la réunion convoquée par le professeur. Sonia invite Éléna Andréevna à combattre son ennui qu’elle a communiqué à tous par le travail auprès du peuple. Elle refuse de confondre roman et réalité. Voïnitski lui propose de devenir sirène qu’elle est. Il part lui préparer un bouquet de roses (p.56-58)

¤ Restées seules, Sonia avoue à Éléna Andréevna aimer depuis six ans Astrov sans être payée de retour. Éléna lui propose d’interroger le docteur sur ses sentiments relatifs à Sonia : elles en tombent finalement d’accord (pp.58-61)

¤ Éléna Andréevna soliloque. Elle pense savoir que le docteur n’aime pas Sonia. Elle-même pense être séduite par cet homme qui n’est pas voué comme les autres à satisfaire uniquement ses besoins vitaux et croit deviner qu’il est attiré par elle. Elle hésite ‑ quoique ait pu dire Oncle Vania ‑ à se laisser séduire, anticipant sur ses remords (pp.61-62)

¤ Éléna Andréevna et Astrov dialoguent. Il raconte comment il venait de temps en temps prendre plaisir à son travail de cartographie à côté de Sonia et de Voïnitski. Il lui expose ses travaux sur la progressive disparition de la forêt et d’une partie de la faune depuis un demi-siècle. Malgré les protestations d’Éléna Andréevna, ces explications ne l’intéressent pas. Elle l’interroge sèchement sur ses sentiments relatifs à Sonia. Astrov lui rétorque que son interrogatoire est une ruse et lui fait des propositions qu’elle semble repousser. Au moment où il l’embrasse, entre Voïnitski avec son bouquet de roses à la main (pp.62-69)

¤ Éléna Andréevna hésite avant de voir Voïnitski et repousse finalement le docteur, gênée. Astrov parle du temps, exprimant ainsi la gêne (pp.69-70)

¤ Éléna Andréevna, restée seule, demande à Voïnitski, abattu, de tout faire pour qu’ils partent, son mari, le professeur et elle (p.70)

¤ Arrivée des autres personnages pour la réunion. Éléna Andréevna apprend assez laconiquement à Sonia le refus d’Astrov. Elle et Voïnitski sont désemparés. Dans son discours apprêté de professeur cultivé (Gogol le dispute au poète épicurien Horace), Sérébriakov explique son intention de vendre le domaine pour le bien de tous. Voïnitski s’estime tromper – Sérébriakov n’a rien à proposer pour le futur à sa fille Sonia, la vieille Marina et son beau-frère. Il réagit violemment parce qu’il a donné sa part d’héritage et travaillé pour le domaine. Il s’oppose à sa mère, Maria Vassilievna, d’accord avec le professeur. Il coupe une intervention intempestive de Téléguine. Il reproche finalement à Sérébriakov l’admiration qu’il a eue pour lui et sa vie gâchée alors qu’il aurait pu être philosophe ou écrivain. Chacun est hors de lui (pp.70-78)

¤ Sérébriakov finit par accepter de se réconcilier avec Voïnitski sous la pression de sa femme, Éléna Andréevna, et de sa fille, Sonia, qui lui relate tout ce que son oncle a fait pour lui, notamment son aide pour les travaux littéraires du professeur. (pp.78-80)

¤ Marina console Sonia et compare la dispute à celle des jars (les mâles des oies)  (pp.80)

¤ Après le coup de feu entendu, Sérébriakov entre et Voïnitski le rate pour la deuxième fois. Le malaise est presque général (pp.80-81)

 

Acte IV (pp.82-100)

 

C’est l’automne (p.82), la chambre d’Ivan Petrovitch Voïnitski. Le soir.

¤ Téléguine et Marina évoquent les événements et le départ d’Éléna Andréevna et de Sérébriakov pour Kharkov. Ils sont satisfaits de reprendre leur vie routinière (pp.82-84)

¤ Voïnitski chasse Marina et Téléguine. Il veut rester seul. Astrov refuse de partir. Il demande à Voïnitski de lui rendre une boîte de morphine qu’il lui a dérobée. Voïnitski dénonce la folie de l’existence humaine. Astrov pense que l’homme est « toqué » (Le terme revient plusieurs fois. Astrov l’utilise à l’Acte I, pp.12, 27, 28 ; Acte II, p.43. Éléna Andréevna à l’Acte II, p.52.). Voïnitski n’a aucun espoir et émet le vœu de recommencer sa vie tandis qu’Astrov se console à l’idée du bonheur de l’humanité future tout en dénonçant la misérable vie petite bourgeoise qui les gagne (pp.84-88)

¤ Sonia, tout aussi malheureuse que son oncle, le persuade de rendre la boîte et l’invite de façon répétitive à supporter. L’oncle et la nièce s’accordent pour penser que c’est le travail qui le leur permettra (pp.88-89).

¤ Éléna Andréevna invite Voïnitski à aller voir Sérébriakov, Sonia lui demande de se réconcilier avec lui (p.90).

¤ Éléna Andréevna et Astrov restés seuls font leurs adieux. Il tente à nouveau de la séduire en arguant qu’elle peut succomber maintenant, dans la forêt plutôt que dans une petite ville de province puisqu’elle n’a aucun but dans la vie. Ayant échoué, il dénonce sans conviction assurée en elle et son mari, des oisifs qui les ont tous perturbés. Elle finit par l’étreindre passionnément avant leur séparation définitive (pp.90-93).

¤ Sérébriakov pontifie en promettant un « traité d’art de vivre ». Lui et Éléna Andréevna font leurs adieux. Le professeur invite les autres à agir (pp.93-94).

¤ Voïnitski et Éléna Andréevna se font leurs adieux chastement (p.94).

¤ Le professeur et sa femme sont partis constate Astrov (p.94).

¤ Marina, Sonia et Maria Vassilievna constatent à leur tour le départ du couple. Cette dernière lit. Sonia et Astrov travaillent en établissant des factures. Astrov hésite à partir et se laisse persuader par Marina de boire un dernier verre de vodka tout en évoquant les énormes chaleurs africaines et finit par s’en aller (pp.95-97).

¤ Marina et Sonia constatent tour à tour le départ d’Astrov. Malgré le travail, Voïnitski se plaint. Sonia évoque sa foi en un bonheur dans l’au-delà qui aurait pour source la pitié de Dieu et consisterait dans le repos (pp.98-99)

 

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