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Servitude et soumission - biographie de Montesquieu

L’édition utilisée est :

Montesquieu, Lettres persanes, présentation par Laurent Versini, dossier par Laurence Macé, GF Flammarion n°1482, 1995, 2016.

 

Charles-Louis de Secondat, futur baron de La Brède et de Montesquieu, connu sous le nom de Montesquieu, naît le 18 janvier 1689 au château de La Brède (Guyenne, à côté de Bordeaux). Il est le fils de Jacques de Secondat (1654-1713), et de Marie-Françoise de Pesnel (1669-1720), baronne de La Brède. Il appartient à une famille de magistrats qui a acquis la noblesse par l’épée durant la guerre de cent ans. Il a pour oncle, Jean-Baptiste de Secondat, l’aîné, écuyer, baron de Montesquieu, seigneur de Castelnouvel, Talence et Raymond, président à mortier au Parlement de Bordeaux ( ?-1716). Ses parents lui choisissent pour parrain, Charles, un mendiant, afin qu’il se souvienne toute sa vie que les pauvres sont ses frères.

Le 16 octobre 1696, sa mère meurt après avoir mis au monde une fille.

De 1700 à 1705, il fait ses humanités chez les oratoriens au collète de Juilly (dans l’actuelle Seine-et-Marne à une trentaine de kilomètres de Paris). Il étudie la philosophie au collège d’Harcourt (actuellement Saint-Louis) à Paris.

De 1705 à 1708, il étudie le droit à Bordeaux.

Le 26 février 1708, Louis XIV rappelait aux curés l’obligation de renouveler, tous les trois moi, la lecture de l’édit de février 1556 d’Henri II (1519-1547-1559) qui stipulait que les filles enceintes bien que non mariées doivent avertir un officier ministériel de leur « état » : « quoique la licence et le dérèglement des mœurs qui ont fait de continuels progrès depuis le temps de cet édit en rendent tous les jours la publication plus nécessaire. » (cf. Lettres persanes, lettre CXX d’Usbek à Rhédi). Le 29 juillet, Charles de Secondat est bachelier en droit. Le 12 août, il est licencié en droit et est reçu avocat au parlement de Bordeaux le 14.

De 1709 à 1713, il séjourne à Paris.

En 1710, paraissent les Essais de Théodicée de Leibniz (1746-1716). Montesquieu va les lire puisqu’il en discutera des thèses dans les Lettres persanes (lettre LXIX sur la conciliation entre la prescience divine et la liberté de l’homme et lettre LXXXIII sur la justice divine et le mal). Il constitue un recueil de notes juridiques sur le droit romain, la Collectio juris, qu’il continuera jusqu’en 1721.

Le 17 avril 1711, Joseph 1er (1678-1705-1711), empereur du saint empire romain germanique, meurt (cf. Lettres persanes, lettre CXXX de Rica à ***, la lettre d’un nouvelliste, p.296).

En 1713, il rencontre un chinois nommé Arcadio Hoange (1679-1716), converti au catholicisme, qui a suivi des missionnaires jésuites. Le 13 septembre, le pape Clément XI (1649-1700-1721) édite la bulle Unigenitus ou Constitution (cf. Lettres persanes, lettre XXIV) qui condamne 111 propositions du père Quesnel, ce qui revient à condamner le jansénisme. Le 15 novembre, son père meurt. Il devient baron de la Brède.

Le 12 février 1714, Charles de Secondat achète une charge de conseiller du parlement de Bordeaux. Le 15 novembre, son père meurt. Antoine Houdar de La Motte (1672-1731), poète et académicien qui ignore le grec, met en alexandrins la traduction de l’Iliade d’Anne Dacier (1645-1720) de 1711. Il la réduit de moitié. Il fait précéder sa traduction d’un Discours sur Homère où il remet en cause l’existence du poète mais surtout critique ses défauts littéraires. Madame Dacier réplique avec son ouvrage Des Causes de la corruption du goût : la seconde querelle des Anciens et des Modernes est lancée (cf. Lettres persanes, lettre XXXVI ; lettre CXXVIII de Rica à Usbek, p.292 ; cf. Cammagre Geneviève, « De l’avenir des Anciens. La polémique sur Homère entre Mme Dacier et Houdar de La Motte », Littératures classiques 2/2010, n° 72, p.145-156).

Le 30 avril 1715 à Bordeaux, il épouse Jeanne de Lartigue (1689-1770), une protestante de l’Agenais et de Martillac, terres enclavées dans la baronnie de la Brède (actuellement une commune de la Gironde). Elle est issue d’une riche famille et de noblesse récente. Elle lui apporte l’importante dot de 100 000 livres. Il s’installe rue Margaux (au 29) à Bordeaux. Le 1er septembre, le vieux roi Louis XIV (1638-1715) meurt (cf. Lettres persanes, lettre XCII d’Usbek à Rhédi : « Le monarque qui a si longtemps régné n’est plus. »). Son arrière petit-fils lui succède sous le nom de Louis XV (1710-1774) : le « jeune roi » (Lettres persanes, lettre CVII de Rica à Ibben) a cinq ans. Le 4 septembre, le Parlement de Paris casse son testament qui avait donné certains pouvoirs à ses bâtards, notamment le duc du Maine (1670-1736). Philippe d’Orléans (1664-1723) devient pleinement régent. En septembre, il met en place la polysynodie, un système de conseil qui associe la noblesse organisé par domaines. Elle vise à remplacer les secrétaires d’État du ministère à la façon de Louis XIV (cf. Lettres persanes, lettre CXXXVIII de Rica à Ibben, p.316). En décembre, Montesquieu adresse au régent un Mémoire sur les dettes de l’État. C’est peut-être à cette époque qu’il rédige un Discours sur Cicéron. Dans la nouvelle querelle des anciens et des modernes, Houdar de la Motte réplique à Madame Dacier avec ses Réflexions sur la critique.

Le 10 février 1716, naît à Martillac son fils Jean-Baptiste de Secondat (1716-1795). Jean Baptiste de Secondat, son oncle, perd son fils unique. Il lègue à Charles-Louis ses biens. Le 3 avril, il est élu à l’Académie de Bordeaux. Le 24 avril, son oncle, Jean-Baptiste de Secondat meurt. Charles-Louis hérite d’une vraie fortune et de la baronnie de Montesquieu, dont il prend le nom. En juin et août, le nouveau Montesquieu lit à l’académie de Bordeaux une communication Sur la politique des romains dans la religion. Le 13 juillet, il succède à la charge de président à mortier du parlement de Bordeaux. Le 28 septembre, Montesquieu fonde à l’Académie de Bordeaux un prix d’anatomie de 300 livres (un journalier gagne à cette époque 112 livres par an pour 250 jours de travail).

Le 2 mai 1716, un édit autorise l’écossais John Law (1671-1729) à créer la Banque générale avec un capital de six millions de livres réparties en 1 200 actions de 5 000 livres. La Banque rembourse les billets qu’elle émet en or ou en argent sans tenir compte des cours changeants de sorte que les billets acquièrent une valeur supérieure. Le 14 mai, le régent crée une chambre de justice pour enquêter sur les malversations des financiers (cf. Lettres persanes, lettre XCVIII d’Usbek à Ibben). Durant l’hiver 1716/1717, il séjourne à Paris.

Le 22 janvier 1717 naît sa fille Marie-Catherine de Secondat (1717-1784). Le 10 avril 1717, un nouvel édit élargit les privilèges de la banque créée par Law : les billets qu’elle émet, convertibles à vue, peuvent être reçus en paiement des impôts. Le 23 août, Law obtient la rétrocession des privilèges de la Compagnie de la Louisiane. Le 6 septembre, Law crée la Compagnie d’Occident, pour les colonies françaises d’Amérique et du Sénégal, surnommée la Compagnie du Mississippi. Il obtient alors le monopole commercial de la Louisiane pour vingt-cinq ans, avec pour objectif de peupler la colonie de 6 000 blancs et de 3 000 noirs en dix ans, pour concurrencer l’Espagne et l’Angleterre. Son capital s’élève à 100 millions de livres, réparties en 200 000 actions payables en papier d’État, comportant 4 % de dividendes. C’est un succès : la Louisiane passe pour un pays de cocagne, ce qui attire les capitaux, mais les colons guère nombreux au départ le font surtout pour échapper aux galères. L’opération permet de régler 60 millions de livres de dette publique. Le 15 novembre, Montesquieu lit une communication Sur la différence des génies. L’Éloge de la sincérité est non daté. C’est en 1717 au plus tôt qu’il se procure une édition datée de cette année du roman épistolaire L’espion turc (italien 1684 ; français 1686) de Giovani Paolo Marana (1642-1693) qu’on a retrouvée dans sa bibliothèque. Il lit les Mémoires du cardinal de Retz (1613-1679), rédigées entre l’automne 1675 et le printemps 1677, qui viennent de sortir de façon posthume (cf. Lettres persanes, lettre CXI d’Usbek à ***). Le Czar Pierre 1er (1672-1725) dit Pierre le grand passe trois mois à Paris.

Durant l’hiver 1717/1718, il séjourne à nouveau à Paris.

En 1718, Montesquieu fait des discours et des expériences scientifiques diverses à l’académie de Bordeaux : le 1er mai : Sur les causes de l’écho ; le 29 juin : Sur le gui, sur la mousse des chênes, … ; le 25 août : Sur les glandes rénales. L’abbé de Saint-Pierre (1658-1743) publie la Polysynodie où il critique le despotisme de Louis XIV. Il est exclu pour ce fait de l’Académie française. La polysynodie est supprimée par le Régent le 24 septembre. Le 30 novembre le « fameux roi de Suède » Charles XII (1682-1697-1718) meurt (cf. Lettres persanes, lettre CXXVII de Rica à Ibben). Le 4 décembre 1718, la Banque générale de John Law devient Banque royale avec effet le 1er janvier 1719. Les billets de banque sont désormais garantis par l’État. Le 9 décembre, l’ambassadeur d’Espagne, Antonio del Giudice, duc de Giovinazzo, prince de Cellamare (1657-1733) est expulsé de France. Il complotait pour le compte de son maître, le roi d’Espagne, Philippe V (1683-1746), petit-fils de Louis XIV, qui songeait chasser le régent et devenir roi de France (cf. l’allusion dans les Lettres persanes, lettre CXXVI de Rica à Usbek). Le 27 décembre, l’Angleterre déclare la guerre à l’Espagne.

Le 9 janvier 1719, la France déclare la guerre à l’Espagne. Toujours en janvier, le Nouveau Mercure publie son Projet d’une histoire physique de la terre ancienne et de la terre moderne. Le 2 mars, le baron Henri de Görtz (1668-1719), ancien favori et premier ministre de Charles XII de Suède, est exécuté (cf. Lettres persanes, lettre CXXVII de Rica à Ibben, p.288). La Compagnie du Mississipi de John Law reprend la Compagnie française des Indes orientales, la Compagnie de Chine et d’autres sociétés commerciales rivales : elle devient la Compagnie perpétuelle des Indes. John Law obtient en outre la ferme du tabac et rachète la ferme des impôts indirects aux frères Paris. En juillet 1719, la Banque générale des Indes reçoit la Surintendance des monnaies, c’est-à-dire le monopole d’émission en France. En octobre, enfin, elle reçoit les recettes générales. Montesquieu quant à lui s’intéresse à l’histoire naturelle. Son Essai d’observation sur l’histoire naturelle est lu le 16 novembre.

En 1720, la Banque générale et la Compagnie des Indes fusionnent. Le 5 janvier, John Law est nommé contrôleur général des finances dans le but d’attirer les capitaux. Pour empêcher la thésaurisation de l’or et de l’argent, Law interdit la possession de plus de 500 livres de métaux précieux par foyer, sous peine de confiscation et d’amende. Une récompense est promise aux dénonciateurs. Des perquisitions ont lieu, même chez les ecclésiastiques. Le 11 mars, pour décourager le public de la monnaie métallique, Law suspend la valeur libératoire de l’or, à dater du 31 décembre. Les « semeurs de faux bruits » sont déportés aux colonies, ce qui crée un scandale. Le 24 mars, la rumeur d’une banqueroute est répandue par quelques initiés. Le 1er mai 1720, Montesquieu donne : Sur les causes de la pesanteur. Il achète après le 10 mai les Voyages en Perse (1686) de Jean Chardin (1643-1713) au libraire bordelais Lacourt qui le note. En juillet, les prêts que consent la Compagnie perpétuelle des Indes conduisent à des augmentations successives de capital qui alimentent la spéculation. Paul Féval (1816-1887) la romancera dans Le Bossu (1857). Elle tourne à la baisse voire à l’émeute comme le 17 juillet où il y a 17 morts. Le 21 juillet, une semi-banqueroute est décrétée. Le 25 août, il prononce : Sur la cause de la transparence des corps. Il annonce pour la fin de l’année une Histoire de la terre ancienne et moderne. Entre septembre et octobre, le système de Law est liquidé (cf. Lettres persanes, lettre CXXXVIII de Rica à Ibben, p.316). Le 10 octobre, les billets de la Banque générale n’ont plus cours. Le 14 décembre, John Law s’enfuit après avoir été remplacé par Le Peletier de La Houssaye deux jours plus tôt.

Le 19 mars 1721, le pape Clément XI meurt. En mai, Montesquieu publie anonymement à Amsterdam les Lettres persanes (150 lettres) sans nom d’auteur chez un éditeur, Pierre Marteau basé à Cologne, qui n’existe pas. On peut penser que l’ouvrage a été imprimé chez Jacques Desbordes, à Amsterdam et/ou chez Jacques Brunel supposé basé à Amsterdam mais imprimeur clandestin à Rouen. Une seconde édition revue, corrigée, diminuée et augmentée par l’auteur paraît chez Pierre Marteau. Elle retranche treize lettres de l’édition originale (les lettres I, V, XVI, XXV, XXXII, XLI, XLII, XLIII, XLVII, LXV, LXX, LXXI de l’édition de 1758) et en ajoute trois (CXI, CXXIV, CXLV de l’édition de 1758). L’ouvrage connaît un grand succès. Il connaîtra une trentaine d’éditions jusqu’à la mort de son auteur. Il réside rue du Mirail à Bordeaux. Il a peut-être fait un séjour à Paris en août. En novembre, il lit à nouveau son Essai d’observation sur l’histoire naturelle.

Le 7 août 1722 il part pour Paris. Il commence à fréquenter l’hôtel de Soubise. Peut-être a-t-il fréquenté le club de l’Entresol (créé en 1720, il fonctionne comme un club anglais : on y discutait de questions politiques et économiques). Il est présenté à Mme de Lambert (1647-1733) par l’abbé de Saint-Pierre. Dans son salon, il trouve dans les habitués, Fontenelle (1657-1757) et Houdar de la Motte. On pouvait trouver dans ce salon : le jésuite et homme de lettre le père Claude Buffier (1661-1737), l’homme de lettres, abbé de François-Timoléon de Choisy (1644-1724), Mme Dacier, le mathématicien et astronome Jean-Jacques Dortous de Mairan (1678-1771), l’historien, dit « le président Hénault » (1685-1770), l’écrivain Marivaux (1688-1763), l’homme de lettres et abbé Nicolas-Hubert Mongault (1674-1746), l’écrivain et favori de Madame Lambert Louis-Sylvestre de Sacy (1654-1727), le poète et marquis de Sainte-Aulaire (1648-1742), l’écrivaine Marguerite de Launay baronne Staal (1683-1750), la femme de lettres Madame de Tencin (1682-1749) et mère du jeune d’Alembert (1717-1783), l’homme de lettres et abbé Terrasson (1670-1750). Montesquieu fréquente les salons de l’épouse du marquis Louis de Brancas (1672-1750), Catherine de Nyvenheim, un salon politique. On le retrouve dans le salon de Marie, marquise du Deffant (1697-1780), dans celui de Madame Geoffrin (1699-1777).

Le 25 octobre, Louis XV est sacré roi. En novembre, Montesquieu rentre dans le bordelais.

Au mois de janvier 1723, Montesquieu commence un séjour à Paris. Le 22 février, Louis XV est déclaré majeur. Le 7 août, il quitte Paris. Le 10 août, le cardinal Guillaume Dubois (1656-1723), principal ministre du régent, meurt. Le 18 novembre, il donne : Lettre de Xénocrate à Phérès et une Dissertation sur le mouvement. Le 2 décembre, Philippe d’Orléans meurt.

De mai à août 1724, il séjourne tour à tour à Paris, Versailles et au château de Baye chez Jean-Baptiste Berthelot de Duchy (1672-1740), receveur général des finances de la généralité de Paris. Le Temple de Cnide, poème en prose qui se fait passer pour la traduction d’un auteur grec, paraît en pré-originale dans la Bibliothèque française.

De janvier à février 1725, Montesquieu séjourne à Paris. En mars, Le Temple de Cnide paraît. Le 1er mai, il lit à Bordeaux le Traité des devoirs. Il demeure dorénavant à l’actuelle place des martyrs de la résistance. Le 25 août, il donne De la considération et de la réputation. Le 11 novembre, il fait un discours de rentrée au Parlement de Bordeaux. Le 15 novembre, il prononce à l’Académie de Bordeaux Sur les motifs qui doivent nous encourager dans les sciences. En décembre, il part séjourner à Paris.

Jusqu’à mi-juin 1726, Montesquieu séjourne à Paris. Le 7 juillet, il vend l’usufruit de sa charge de Président à Mortier pour payer ses dettes, ce qui préserve les droits de ses héritiers sur celle-ci. Il obtient une rente de 5200 livres. Le 25 août, il fait l’éloge du duc de la Force (1675-1726), protecteur de l’Académie de Bordeaux, qui venait de mourir le 21 juillet. Le 29 septembre, il travaille au Dialogue de Sylla et d’Eucrate. Le 28 décembre, il donne procuration à sa femme avant de partir à Paris.

Le 23 février 1727 naît Denise de Montesquieu (1727-1800). Son père séjourne toute l’année à Paris. Il se représente à l’Académie française pour succéder à Louis de Sacy. Il déclare qu’il quittera la France s’il n’est pas nommé. Ses adversaires lui opposent ses Lettres persanes. Il pare l’attaque en en faisant faire rapidement une édition expurgée qu’il présente au cardinal de Fleury, ministre de Louis XV, en rejetant sur les éditeurs les fautes qu’on lui avait reprochées. Le 20 décembre a lieu le premier scrutin d’élection à l’Académie française qui est un échec.

Le 5 janvier 1728, Montesquieu est élu à l’Académie française contre le juriste et écrivain Mathieu Marais (1664-1737) malgré l’opposition du parti religieux. Le cardinal de Fleury s’est désintéressé de l’élection. Le 24 janvier, il est reçu par Jean-Roland Mallet (1675-1736) puis prononce son discours de réception. Le 5 avril, il part pour Vienne avec Lord James Waldegrave (1684-1741), premier du nom, ambassadeur du roi d’Angleterre Georges II (1683-1727-1760), et neveu du maréchal de Berwick (1670-1734), maréchal de France. Ils arrivent à Vienne le 26. Le 20 mai, il est de la réception au château de Luxembourg. En juin, il voyage en Hongrie. Il visite les mines de Chemnitz, Neu-Sohl et Königsberg. Le 9 juillet, il quitte Vienne pour Gratz où il arrive quatre jours après. Du 24 septembre au 16 octobre il séjourne à Milan. Le 18 octobre, il visite les îles Borromées. Du 23 octobre au 5 novembre, il séjourne à Turin. Le 9 novembre, il arrive à Gênes. Du 21 au 22 novembre, il a une traversée difficile de Gênes à la Spezzia. Le 1er décembre, il arrive à Florence.

Du 19 janvier au 18 avril 1729, il séjourne à Rome. Du 23 avril au 6 mai, il séjourne à Naples. Puis il retourne à Rome pendant deux mois. Il quitte la cité du Pape le 4 juillet. Du 9 au 17 juillet il séjourne à Bologne. Le 3 août il arrive à Munich après avoir passé par le Brenner et Innsbruck. Du 16 au 23 août, il demeure malade à Augsbourg. Du 29 au 31 août il est à Francfort. Du 1er au 15 septembre, il visite la Rhénanie, notamment ses villes. Il arrive le 24 septembre à Hanovre où il est présenté au roi d’Angleterre, Georges II, originaire d’Hanovre. Début octobre, il visite les mines du Hartz en compagnie de Jean-Frédéric, baron de Stain (1681-1735), ministre du duc de Brunswick. Le 15 octobre, Montesquieu arrive à Amsterdam. Le 31, il part de La Haye, traverse la Manche sur le yacht de Lord Chesterfield (1694-1773) et arrive à Londres le 3 novembre.

Le 23 février 1730, Montesquieu écrit à Chauvelin pour obtenir un poste diplomatique. Il assiste le même jour à une séance au Parlement. Il est élu à la Royal Society le 9 mars. Le 10 avril, il assiste à une violente séance à Westminster sur le port de Dunkerque. Le 23 mai il est initié à la Franc-maçonnerie au sein de la loge londonienne Horn (le Cor) Tavern de Westminster. Le 5 octobre, il est présenté à la reine Caroline de Brandebourg-Ansbach (1683-1737) à Kensington Palace.

Le 6 avril 1731, Montesquieu assiste peut-être au succès de sa protégée Mlle Sallé à Lincoln’s Inn Fields. Le 13 mai, il est de retour à la Brède. Le 25 août, il donne une Description de deux fontaines de Hongrie. Il compose : Mémoires sur les mines, Réflexions sur la monarchie universelle en Europe, Réflexions sur le caractère de quelques princes et sur quelques événements de leur vie. Il commence son livre sur les Romains. L’ouvrage de Germain-François Poullain de Saint-Foix (1698-1776) paru l’année précédente, Lettres d’une Turque à Paris, écrites à sa sœur au serrail [sic], accompagne une contrefaçon des Lettres persanes, sous le titre Lettres d’une Turque à Paris écrites à sa sœur au Sérail pour servir de supplément aux Lettres Persannes [sic].

En 1732, Crébillon fils (1707-1777) fait paraître un roman épistolaire, Lettres de la marquise de M*** au comte de R***. Le 15 novembre, il donne Sobriété des habitants de Rome.

En mai 1733, part pour Paris où il va séjourner. Le 12 juillet Madame de Lambert décède. Son salon se déplace chez Madame de Tencin.

Le 20 juillet 1734, Montesquieu publie à Amsterdam les Considérations sur les causes de la grandeur des Romains et de leur décadence. Il commence à fréquenter Madame de Tencin. Le 13 août, il est reçu à la Ferté-Vidame par le duc de Saint Simon (1675-1755), mémorialiste du règne de Louis XIV (ses Mémoires ne paraîtront de façon complète qu’au XIX° siècle). En septembre, il revient à Bordeaux. Montesquieu travaille à Liberté politique, non publiée (qui sera inclue dans ses Pensées). Il fait paraître Réflexions sur la monarchie universelle en Europe puis détruit tous les exemplaires sauf un. Peut-être forme-t-il le projet de De l’esprit des lois. Le 29 novembre, il donne Sur la formation et le progrès des idées.

En 1735, George Lyttelton (1709-1773) fait paraître en anglais et en français les Nouvelles Lettres persanes. Durant l’été, Montesquieu séjourne à Chantilly (qui se situe dans l’actuel département de l’Oise).

En 1736 il donne l’Essai sur les causes qui peuvent affecter les esprits et les caractères qui reprend la dissertation Sur la différence des génies. En septembre, il retourne à Bordeaux. Le 2 novembre, il achète pour son fils l’office de conseiller au parlement.

De janvier à avril 1737, il séjourne à Bordeaux. Le 6 avril, à cause de son appartenance à la franc-maçonnerie, Montesquieu est inquiété par l’intendant de Guyenne Claude Boucher (1672-1752, intendant de 1720 à 1743) qui le dénonce au cardinal Fleury (1653-1743). Il continue néanmoins à fréquenter les loges bordelaises et parisiennes. De mai à décembre, Montesquieu séjourne à Paris.

De janvier à octobre 1738, il séjourne à Paris. Il donne une Histoire de France non publiée. De novembre à décembre, il séjourne à Paris. Le 19 novembre, Marie de Montesquieu épouse Joseph Vincent de Guichaner d’Armajan (1707-1766), chevalier d’honneur, conseiller de la Cour des Aides de Bordeaux. Sa dot est modeste : 10 000 livres (cf. François Cadilhon, Jean-Baptiste de Secondat de Montesquieu : au nom du père, Presses Universitaires de Bordeaux, 2008, p.14).

De janvier à février 1739, il séjourne à Bordeaux, de mars à décembre à Paris.

De janvier à mars 1740, il séjourne à Bordeaux, d’avril à décembre à Paris. Le 30 avril, Jean-Baptiste de Secondat épouse Marie-Catherine Thérèse de Mons (1720- ?), héritière d’une vieille famille de noblesse d’épée. Chaque famille apporte 300 000 livres (cf. François Cadilhon, Jean-Baptiste de Secondat de Montesquieu : au nom du père, Presses Universitaires de Bordeaux, 2008, p.14-15).

De janvier à mars 1741, Montesquieu séjourne à Bordeaux. Paraît la traduction du roman épistolaire de Samuel Richardson (1689-1761), Pamela, ou la vertu récompensée (Pamela, or Virtue rewarded), publié l’année précédente en Angleterre. Il travaille huit heures par jour à son futur grand ouvrage De l’esprit des Lois. D’avril à décembre, il séjourne à Paris.

Le 2 février 1742, dix-huit livres de De l’esprit des lois sont achevés. En septembre, il commence la rédaction d’Arsace et Isménie, un « roman oriental », à la demande de la légère, voire scandaleuse, Louise-Anne de Bourbon-Condé, dite mademoiselle de Charolais (1695-1758).

De janvier à août 1743, Montesquieu séjourne à Paris. Voltaire (1694-1778), dans une lettre à Vauvenargues (1715-1747), parle d’une France « d’abord ivre » des Lettres persanes. De septembre à décembre, Montesquieu séjourne à Bordeaux où il se livre à une révision générale de De l’esprit des lois.

Il passe l’année 1744 à Bordeaux.

Le 2 février 1745, il lit De l’esprit des lois chez son ami bordelais Jean Barbot ( ?- ?), président de l’Académie Royale des Belles-Lettres, Sciences et Arts de Bordeaux. Le 25 mars, Denise de Montesquieu épouse son cousin Godefroy de Secondat (1702-1774) à Clairac. Montesquieu donne une dote de 10 000 livres mais sa femme en ajoute 60 000 (cf. François Cadilhon, Jean-Baptiste de Secondat de Montesquieu : au nom du père, Presses universitaires de Bordeaux, 2008, p.16).

De janvier à aout 1746, Montesquieu séjourne à Bordeaux. Il est élu à l’Académie des sciences de Prusse que Leibniz avait fondée en 1700. Son président est depuis l’année précédente le français Pierre Louis Moreau de Maupertuis (1698-1759) favorisé par Frédéric II de Prusse (1712-1740-1786). En septembre, Montesquieu retourne à Paris. Il travaille à De l’esprit des lois.

De janvier à octobre 1747, Montesquieu séjourne à Paris. Françoise de Graffigny (1695-1758) fait paraître un roman épistolaire, Lettres d’une péruvienne qui obtient un immense succès immédiat. Montesquieu reprend Arsace et Isménie. En juin, Montesquieu annonce à Maupertuis qu’il a achevé De l’esprit des lois. Il séjourne auprès de l’ancien roi de Pologne et duc de Lorraine depuis 1737 Stanislas Leszczynski ou Leczinski (1677-1766) à Lunéville (actuellement dans le département de Meurthe et Moselle). En juillet, il fait la lecture de De l’esprit des lois à Paris.

De janvier à avril 1748, Montesquieu séjourne à Paris. Il vend définitivement sa charge de président à mortier le 4 avril. Il publie en novembre 1748 à Genève, chez Barillot, sans nom d’auteur : De l’esprit des lois ou du rapport que les lois doivent avoir avec la Constitution de chaque gouvernement, les Mœurs, le Climat, la Religion, le Commerce, etc. Mis en vente à Paris, l’ouvrage connaît immédiatement le succès. Vingt-deux éditions paraissent à Genève en deux ans.

De janvier à juin 1749, Montesquieu séjourne à Bordeaux. De juillet à décembre, De l’esprit des lois est attaqué dans les Nouvelles ecclésiastiques du 9 au 16 octobre.

En février 1750, séjournant à Paris, il répond aux critiques de son œuvre majeure en donnant la Défense de l’Esprit des lois puis les Éclaircissements sur l’Esprit des lois. En septembre, la Sorbonne présente un premier projet de censure du grand ouvrage de Montesquieu. Le 26 novembre, Montesquieu fait enregistrer son testament.

De janvier à mai 1751, Montesquieu séjourne à Paris. Il travaille à une nouvelle édition des Lettres persanes. Il travaille aussi sur De l’esprit des lois. Montesquieu est nommé membre associé de la Société royale des sciences et belles-lettres de Nancy le 20 mars. Il offre à Stanislas Leszczynski, le duc souverain de Lorraine, Lysimaque. L’abbé Jean-Baptiste Gaultier (1685-1755), un janséniste, fait paraître les Lettres persanes convaincues d’impiété. Il critique notamment les lettres qui portent sur la religion (XXXV, XLVI, LXXXIII, XCII et CXXV), la lettre sur le suicide (LXXVI) ainsi que celle sur le divorce (CXVII). Le 29 novembre l’Église catholique romaine interdit le livre – de même que de nombreux autres ouvrages de Montesquieu – et l’inscrit à l’Index, c’est-à-dire dans la liste des ouvrages interdits aux catholiques. Le protestant Angliviel de la Beaumelle (1726-1773) publie une Suite de la défense de l’esprit des lois à Amsterdam en novembre.

En 1752, Montesquieu séjourne à Bordeaux.

De janvier à novembre 1753, Montesquieu séjourne à Paris. Il publie un Mémoire sur la Constitution (Unigenitus) qui propose d’interdire toute dispute sur la querelle du jansénisme afin d’obtenir la paix. En décembre, il revient à Bordeaux. Il commence à écrire l’article « Goût » pour l’Encyclopédie.

De janvier à juillet 1754, Montesquieu séjourne à Paris. Il ajoute et corrige les Lettres persanes dans une édition qui reprend les 150 lettres de la première édition, un Supplément comprenant les trois nouvelles lettres de la deuxième édition de 1721, de huit nouvelles lettres (XV, XXII, LXXVII, XCI, CXLIV, CLVII, CLVIII, CLX de l’édition de 1758), des changements aux lettres LXXXII, XCII, CIX, et XCVII de l’édition de 1758) et un préambule intitulé Quelques réflexions sur les Lettres Persanes qui procèdent à une réfutation de Gaultier qui n’est pas nommé. De juillet à décembre, il est à Bordeaux. Il travaille à une nouvelle édition de De l’esprit des lois. En décembre, Lysimaque est publié. Fin décembre, il repart à Paris.

Le 19 janvier 1755, il tombe malade. Il meurt le 10 février à Paris d’une fièvre inflammatoire. D’après Friedrich Melchior Grimm (1723-1807), Denis Diderot (1713-1784) fut le seul homme de lettres qui assista à son enterrement à Saint Sulpice où il a eu peu de monde (cf. http://www.academie-francaise.fr/les-immortels/charles-de-secondat-baron-de-montesquieu).

En 1757, son article « Goût » est publié sous le titre d’Essai sur le goût. Il paraît dans le tome VII de l’Encyclopédie.

En 1758, son fils Jean-Baptiste de Secondat et l’avocat François Richer (1718-1790) font paraître l’édition posthume des Lettres persanes. Elle répartit les lettres ajoutées dans l’édition de 1754 à leur place. De même, une nouvelle édition de De l’esprit des lois paraît.

 

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Servitude et soumission - résumé d'un texte d'Alain sur "Le rapport du maître à l'esclave"

 

1) Sujet.

Résumez le texte suivant en 100 mots (plus ou moins 10%). Vous indiquerez les sous totaux de 20 en 20 (20, 40, …) par un trait vertical et par le chiffre correspondant dans la marge. Vous indiquerez obligatoirement votre total exact à la fin de votre résumé.

 

Le rapport du maître à l’esclave est le nœud et le ressort de toute l’histoire. Hegel, merveilleusement pénétrant, s’est plu à faire jouer les mouvements d’attraction et de répulsion qui s’exercent entre ces deux espèces d’hommes ; car un des termes suppose l’autre et l’appelle, mais aussi l’éloigne de soi le plus qu’il peut, comme on comprend si l’on compare le bois de Boulogne au bois de Vincennes, ou les Champs-Élysées à Belleville. Alors se montre la dialectique la plus brillante, puisque l’esclave devient, par le travail, le maître du maître, tandis qu’au rebours le maître devient l’esclave de l’esclave. L’histoire nous fait voir sans fin le maître déposé et l’esclave couronné ; sans fin, car aucune couronne ne tient sur aucune tête. Le soldat juge le général, et le général ne juge point le soldat. Tout est mirage dans la pensée du maître, tout est vérité nue et sévère dans la pensée de l’esclave. Ainsi s’achève, par le vide en cette tête couronnée, le mouvement de bascule qui substitue le gouverné au gouvernant. Le moindre valet connaît mieux son maître que le maître ne connaît le valet. Cette différence se remarque aussi dans la connaissance qu’ils ont des choses, car l’oisiveté rend sot. Il n'est point de garde-chasse qui ne connaisse mieux que son seigneur les passages et les pistes. Et la servitude forme un caractère, par cette règle qu’il faut toujours travailler pour d’autres et donner plus qu’on ne reçoit.

La frivolité de l’élite effraye ; ils n’osent pas seulement former une sérieuse pensée ; mais ils regardent toujours où cela les mène ; c’est une danse des œufs ; et cela défait jusqu’à leur style. Ils ne savent plus se parler virilement à eux-mêmes. Ils n’osent pas. Ainsi le grand ressort s’use encore plus vite que les autres. Que l’on me montre une pensée de l’élite qui n’enferme pas une précaution contre cette pensée même. Et au contraire celui qui n’a rien n’a pas peur de penser ; il n’a pas, en ses réflexions, ce visage, comme a dit un auteur, du marchand qui perd.

Cette région des villes où l'on dîne en plastron blanc ne produit point de pensées. Ce que nous appelons la catastrophe de Pierre Hamp ([1]), et certes le mot n’est pas trop fort, vient de ce qu’il a passé sans précaution cette frontière. Et je vois que le même malheur, moins marqué parce qu’ils ont moins de force, arrive présentement à d’autres. Malheur de vivre en riche ; malheur plus grand d’être riche. L’art de persuader manque justement à ceux qui en ont besoin. Ils vont comme des aveugles ; et c’est par la pensée que le pouvoir périt. Savoir est le fait du pauvre.

Cet ordre renversé donc, qui porte en haut les têtes vides, je ne vois point du tout qu’il soit urgent de le redresser ; il suffit de le connaître. J’ai compté un bon nombre de têtes pensantes qui n’ont pas envié la mangeoire d’or. Et si l’élite véritable veut bien rester, si je peux dire, assise par terre, en cette situation d’où l’on ne peut point être déposé, j’aperçois une sorte d’équilibre qui peut durer longtemps, par ce jugement sans la moindre envie. Car, que les gouvernements soient faibles, c’est un mal que l’homme libre ne sent point du tout ; et le symbolique chapeau sur un bâton n’est point un si mauvais roi. On observe quelquefois une sorte de peur très comique dans le citoyen, quand il s’aperçoit qu’il n’est plus assez gouverné. Je ne crois pas que ce sentiment soit commun parmi ceux qui ont fait la guerre, je parle des esclaves. Qu’ils forment seulement les jeunes d’après cette coûteuse expérience, et tout ira passablement, sous le règne de Sa Majesté Chapeau Premier.

Alain, Propos sur des philosophes (1961 posthume), XLVI Le rapport du maître à l’esclave, 1er avril 1928.

 

2) Analyse du texte et remarques.

Alain commence par exprimer une thèse générale, à savoir que la relation du maître à l’esclave est la relation essentielle pour l’histoire. Il se réfère alors à Hegel qui en a fait la description (on parle de la dialectique du maître ou de l’esclave ou plutôt actuellement de la lutte pour la reconnaissance). Il l’interprète en termes de physique newtonienne avec les termes d’attraction et de répulsion. Le maître et l’esclave s’attirent et se repoussent en même temps. Alain compare ce rapport du maître à l’esclave avec les relations des bois de Boulogne et de Vincennes ou les Champs Élysées et Belleville, les premiers représentant le maître et le second l’esclave. Alain indique alors que s’effectue une dialectique qui conduit la maître à devenir esclave et inversement par le truchement du travail. C’est cette dialectique que montre l’histoire. Alain l’illustre en montrant comment les inférieurs, soldat, valet, etc. ont la vérité sur les supérieurs et non l’inverse. Leur connaissance des choses est également meilleure. La raison avancée par Alain est que l’oisiveté rend bête.

Alain oppose dans un second temps le vide de la pensée de l’élite et le sérieux de ceux qui ne possèdent rien. C’est que la pensée de l’élite se caractérise par le calcul qui implique une absence de sérieux et de courage qu’on ne retrouve pas chez les pauvres qui osent la pensée pour elle-même.

Il décrit la vie des riches comme un appauvrissement du savoir qui conduit à la chute. Devenir riche est un malheur qu’il illustre avec l’exemple de Pierre Hamp. Aussi le riche ne peut persuader alors que c’est un besoin pour lui. Alain en déduit que seul le pauvre peut savoir.

Alain refuse d’en déduire qu’il faut inverser la hiérarchie. Il en déduit qu’il faut seulement la connaître. Il considère que l’expérience montre que le penseur a intérêt à être pauvre. Il constitue alors la vraie élite. Et c’est une élite qui ne peut être renversée puisqu’elle ne possède pas le pouvoir. Politiquement, cela implique selon lui une faiblesse du pouvoir qui est bonne pour l’homme libre. Il en propose une allégorie habituelle, celle du chapeau sur le bâton. Il s’oppose à la peur de ne pas être gouverné qui anime certains citoyens. Il ne l’a pas observé chez ceux qui ont fait la guerre, qu’il appelle esclaves, désignant ainsi les simples soldats qui obéissent sans discuter. Il leur enjoint de transmettre leur expérience aux jeunes de sorte à laisser le pouvoir dans sa faiblesse.

 

3) Idées essentielles.

  1. Importance pour l’histoire de la relation maître/esclave.
  2. Elle est générale de sorte que le dominé est supérieur au dominant.
  3. La pensée calculatrice du riche est inférieure à la pensée désintéressée du pauvre.
  4. La vie du riche l’empêche de connaître alors que la pauvreté favorise le savoir.
  5. Conséquence : il faut conserver cet ordre, le connaître.
  6. Explication : la liberté est compatible avec un gouvernement faible.
  7. La guerre l’a appris aux soldats de base. Ils ont à le transmettre aux jeunes.

 

 

4) Proposition de résumé

L’opposition du maître à l’esclave est fondamentale historiquement comme Hegel l’a justement montré. Elle se montre partout [20] où le dominé, par son effort, prend le pas sur le dominant.

Dans la pensée, la richesse qui calcule est [40] inférieure à celle assise sur la pauvreté qui s’essaye.

La vie du riche empêche la pensée. Seul le pauvre [60] est en position de connaître.

Il ne faut donc pas bouleverser cet ordre, mais le connaître, car la liberté s’ [80] accommode d’un gouvernement faible. La guerre l’a fait connaître aux simples soldats. Qu’ils le transmettent aux jeunes.

100 mots

 

 

 


([1]) 1876-1962, autodidacte aux nombreux métiers qui est devenu écrivain et inspecteur du travail. Il a écrit sur la condition ouvrière.

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Servitude et soumission - sujet : résumé d'un texte d'Alain "Le rapport du maître à l'esclave"

 

Résumez le texte suivant en 100 mots (plus ou moins 10%). Vous indiquerez les sous totaux de 20 en 20 (20, 40, …) par un trait vertical et par le chiffre correspondant dans la marge. Vous indiquerez obligatoirement votre total exact à la fin de votre résumé.

 

Le rapport du maître à l’esclave est le nœud et le ressort de toute l’histoire. Hegel, merveilleusement pénétrant, s’est plu à faire jouer les mouvements d’attraction et de répulsion qui s’exercent entre ces deux espèces d’hommes ; car un des termes suppose l’autre et l’appelle, mais aussi l’éloigne de soi le plus qu’il peut, comme on comprend si l’on compare le bois de Boulogne au bois de Vincennes, ou les Champs-Élysées à Belleville. Alors se montre la dialectique la plus brillante, puisque l’esclave devient, par le travail, le maître du maître, tandis qu’au rebours le maître devient l’esclave de l’esclave. L’histoire nous fait voir sans fin le maître déposé et l’esclave couronné ; sans fin, car aucune couronne ne tient sur aucune tête. Le soldat juge le général, et le général ne juge point le soldat. Tout est mirage dans la pensée du maître, tout est vérité nue et sévère dans la pensée de l’esclave. Ainsi s’achève, par le vide en cette tête couronnée, le mouvement de bascule qui substitue le gouverné au gouvernant. Le moindre valet connaît mieux son maître que le maître ne connaît le valet. Cette différence se remarque aussi dans la connaissance qu'ils ont des choses, car l’oisiveté rend sot. Il n'est point de garde-chasse qui ne connaisse mieux que son seigneur les passages et les pistes. Et la servitude forme un caractère, par cette règle qu’il faut toujours travailler pour d’autres et donner plus qu’on ne reçoit.

La frivolité de l’élite effraye ; ils n’osent pas seulement former une sérieuse pensée ; mais ils regardent toujours où cela les mène ; c’est une danse des œufs ; et cela défait jusqu’à leur style. Ils ne savent plus se parler virilement à eux-mêmes. Ils n’osent pas. Ainsi le grand ressort s’use encore plus vite que les autres. Que l’on me montre une pensée de l’élite qui n’enferme pas une précaution contre cette pensée même. Et au contraire celui qui n’a rien n’a pas peur de penser ; il n’a pas, en ses réflexions, ce visage, comme a dit un auteur, du marchand qui perd.

Cette région des villes où l'on dîne en plastron blanc ne produit point de pensées. Ce que nous appelons la catastrophe de Pierre Hamp ([1]), et certes le mot n’est pas trop fort, vient de ce qu’il a passé sans précaution cette frontière. Et je vois que le même malheur, moins marqué parce qu’ils ont moins de force, arrive présentement à d'autres. Malheur de vivre en riche ; malheur plus grand d’être riche. L’art de persuader manque justement à ceux qui en ont besoin. Ils vont comme des aveugles ; et c’est par la pensée que le pouvoir périt. Savoir est le fait du pauvre.

Cet ordre renversé donc, qui porte en haut les têtes vides, je ne vois point du tout qu’il soit urgent de le redresser ; il suffit de le connaître. J’ai compté un bon nombre de têtes pensantes qui n’ont pas envié la mangeoire d’or. Et si l’élite véritable veut bien rester, si je peux dire, assise par terre, en cette situation d’où l’on ne peut point être déposé, j’aperçois une sorte d’équilibre qui peut durer longtemps, par ce jugement sans la moindre envie. Car, que les gouvernements soient faibles, c’est un mal que l’homme libre ne sent point du tout ; et le symbolique chapeau sur un bâton n’est point un si mauvais roi. On observe quelquefois une sorte de peur très comique dans le citoyen, quand il s’aperçoit qu’il n’est plus assez gouverné. Je ne crois pas que ce sentiment soit commun parmi ceux qui ont fait la guerre, je parle des esclaves. Qu’ils forment seulement les jeunes d’après cette coûteuse expérience, et tout ira passablement, sous le règne de Sa Majesté Chapeau Premier.

Alain, Propos sur des philosophes (1961 posthume), XLVI Le rapport du maître à l’esclave, 1er avril 1928.

 

 


([1]) 1876-1962, autodidacte aux nombreux métiers qui est devenu écrivain et inspecteur du travail. Il a écrit sur la condition ouvrière.

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Servitude et soumission - Corrigé d'un résumé d'Alain

Sujet

Il y a une force invincible dans tout homme, et déjà dans l’enfant, dès qu’il aperçoit que ses sentiments sont bien à lui, et que nul n’a pouvoir de les changer. Vertu est force ; et il n’y a point de vertu sans cette force-là. Toutefois les premiers effets de cette force d’âme, car c’est son nom, tournent souvent à mal. Nous sommes ainsi faits que le meilleur en nous est d’abord jugé fort mauvais ; par exemple si un enfant s’obstine et se ferme. Dès qu’il découvre en lui ce trésor du vouloir, qui n’est qu’à lui, aussitôt il s’arme ; et le premier effet est presque toujours une sorte de méchanceté ; car nul ne croit d’abord qu’il pourra sauver sa plus chère opinion sans violence, et la moindre discussion le fait bien voir. En sorte que ne point céder, qui est la plus belle chose, passe d’abord pour la plus laide. Et au contraire les moutons, qui n’ont point encore trouvé leur être, sont naturellement préférés, quand le berger serait l’homme le plus sage. C’est même le piège pour les sages, où ils se laissent prendre une fois ou l’autre, que d’estimer trop ceux qui croient et trop peu qui examinent ; trop peu aussi ceux qui refusent par principe, par crainte de ne plus savoir se défendre s’ils donnent entrée ; et ceux-là ne sont pas les pires.

C’est pourquoi il faut craindre la preuve, j’entends celle qu’on tient par le manche ; ce n’est toujours qu’une arme. Je me suis longtemps étonné de ce que les hommes fuient encore plus devant la bonne preuve que devant la mauvaise, et se ferment à l’évidence. Même de loin ; là-dessus ils sont rusés en proportion qu’ils sont instruits ; les meilleurs esprits sont justement ceux qui voient venir la preuve du plus loin, qui se mettent en alarme, et lèvent le pont. Ne vous pressez pas de conclure qu’un homme est sot ou endormi. Souvent il veille en son silence ; souvent il ne perd pas un seul de vos mouvements ; mais il fait le mort, comme les insectes. Cette pudeur d’esprit est belle. La liberté est alors estimée plus précieuse que la lumière et cela est dans l’ordre. Toutes les fois qu’on juge l’homme d’après sa forme extérieure non d’après ses discours, on juge bien. On perd son temps dans la société, si l’on ne fait continuellement ce genre de rectification. Pensez toujours que l’homme intérieur se donne un délai et renouvelle quelques serments à soi. N’allez pas comme un étourneau autour des chouettes de Minerve.

On n’apprécie pas toujours comme il faudrait ce genre de croyances sans jugement, et qui tiennent à la pratique. La coutume n’offense pas l’esprit. Pourquoi ? Parce qu’elle ne demande pas approbation. Par exemple la guerre ne se donne pas comme raisonnable ; aussi n’y a-t-il point un seul homme de guerre qui n’ait sévèrement jugé la guerre ; ce n’est qu’un état de fait. Mais au contraire la paix est une idée ; la paix demande approbation ; elle frappe indiscrètement au plus haut de l’esprit. Ici vous trouvez une étonnante résistance, et qui n’a rien de vil. Tel s’accommode d’une servitude volontaire qui ne voudrait point d’une liberté forcée. Ces soins de garde et de vigilance ajournent souvent l’examen de raison ; et beaucoup penseraient sagement si on les en pressait moins. En quoi il y a autre chose que cette animale impénétrabilité, que représente le crocodile par ses écailles ; toutefois ce n’est pas un petit inconvénient si, par l’insistance, on fait l’alliance de l’obstination animale et de l’humaine fermeté.

Il ne faut pas tellement se soucier de persuader. Nous croyons trop qu’une pensée n’est pas pensée si elle ne se rend à nos sommations. N’ayez pas peur. Le travail se continue en cet intérieur mobile ; il n’y a point d’argument perdu. La raison est un fait auquel tous ont part, par le refus, par le silence, par un genre de négligence. Que l’écrivain passe donc comme le veilleur, qui frappe un bon coup, et puis s’en va.

Alain, Esquisses de l’homme, XXXV Pudeur d’esprit, 22 novembre 1923 (1927).

 

Corrigé

Analyse du texte.

Alain commence par valoriser la force qui émerge chez l’enfant lorsqu’il comprend que ses sentiments sont à lui et que personne ne peut les changer. Il lui oppose ensuite l’appréciation négative qui en est faite parce qu’on la juge violente. Ce qui illustre ce point de vue que rapporte Alain et qu’il n’approuve pas, c’est la discussion ou débat. On récuse la fermeté dans l’opinion à tort selon lui. On préfère l’obéissance. Même les sages selon Alain se trompent en estimant trop les croyants et trop peu les chercheurs ou sceptiques, voire ceux qui procèdent à une remise en cause fondamentale. Ces derniers pour lui ont peur de ne pas savoir se défendre et Alain juge qu’ils ne sont pas les plus mauvais.

Il en déduit que la preuve est à craindre en tant qu’elle sert à combattre. Il marque l’étonnement qu’il avait de voir les hommes, même ceux qui avaient le plus de connaissance, se refuser à des preuves valables. Il refuse d’en déduire à leur bêtise. Il y voit plutôt une pudeur de l’esprit. Elle valorise la liberté qui est plus précieuse pour Alain que la connaissance. Il en infère qu’il faut juger les hommes sur les apparences en considérant qu’intérieurement l’homme patiente et se jure la vérité. Il exprime métaphoriquement l’idée qu’il ne faut pas être une sorte d’écervelé vis-à-vis de la sagesse.

Il explique ensuite que les croyances sont pratiques à la différence des pensées. Aussi il ne faut pas les juger comme ces dernières. Il l’illustre par la guerre qui est une pratique et la paix qui est une idée. Elle conduit à une résistance de sorte qu’il met sur le même plan le choix d’une servitude volontaire et une liberté contrainte. Il explique que l’absence de réflexion a pour source cette pression. Elle conduit à la fois à l’obstination et à une sorte d’inertie animale.

Il en tire comme leçon que persuader importe peu. Dans le silence, il y a un travail de l’esprit qui le fait accéder à l’universel, c’est-à-dire à la raison. Il en déduit un certain art de l’écriture qui consiste à frapper un coup et de continuer son chemin.

 

Un exemple de résumé.

La force de conviction, si bonne, est mal jugée. Elle serait source de violence comme dans le débat. On la [20] surestime.

Aussi craignons l’argument qu’on tient comme un couteau. Les hommes, même savants, reculant face au bon argument [40], m’ont toujours surpris. Ils ne s’obstinent pas, ils sont pudiques.

Il faut juger les croyances non comme des [60] pensées, mais comme des habitudes réelles. La soumission voulue vaut la liberté contrainte. Attaquer l’autre l’empêche de réfléchir ; [80] d’où obstination et inertie animale.

La persuasion est donc inutile à l’écrivain pour développer en chacun la raison.

100 mots

 

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Servitude et soumission - sujet : résumé d'un texte d'Alain et dissertation

Il y a une force invincible dans tout homme, et déjà dans l’enfant, dès qu’il aperçoit que ses sentiments sont bien à lui, et que nul n’a pouvoir de les changer. Vertu est force ; et il n’y a point de vertu sans cette force-là. Toutefois les premiers effets de cette force d’âme, car c’est son nom, tournent souvent à mal. Nous sommes ainsi faits que le meilleur en nous est d’abord jugé fort mauvais ; par exemple si un enfant s’obstine et se ferme. Dès qu’il découvre en lui ce trésor du vouloir, qui n’est qu’à lui, aussitôt il s’arme ; et le premier effet est presque toujours une sorte de méchanceté ; car nul ne croit d’abord qu’il pourra sauver sa plus chère opinion sans violence, et la moindre discussion le fait bien voir. En sorte que ne point céder, qui est la plus belle chose, passe d’abord pour la plus laide. Et au contraire les moutons, qui n’ont point encore trouvé leur être, sont naturellement préférés, quand le berger serait l’homme le plus sage. C’est même le piège pour les sages, où ils se laissent prendre une fois ou l’autre, que d’estimer trop ceux qui croient et trop peu qui examinent ; trop peu aussi ceux qui refusent par principe, par crainte de ne plus savoir se défendre s’ils donnent entrée ; et ceux-là ne sont pas les pires.

C’est pourquoi il faut craindre la preuve, j’entends celle qu’on tient par le manche ; ce n’est toujours qu’une arme. Je me suis longtemps étonné de ce que les hommes fuient encore plus devant la bonne preuve que devant la mauvaise, et se ferment à l’évidence. Même de loin ; là-dessus ils sont rusés en proportion qu’ils sont instruits ; les meilleurs esprits sont justement ceux qui voient venir la preuve du plus loin, qui se mettent en alarme, et lèvent le pont. Ne vous pressez pas de conclure qu’un homme est sot ou endormi. Souvent il veille en son silence ; souvent il ne perd pas un seul de vos mouvements ; mais il fait le mort, comme les insectes. Cette pudeur d’esprit est belle. La liberté est alors estimée plus précieuse que la lumière et cela est dans l’ordre. Toutes les fois qu’on juge l’homme d’après sa forme extérieure non d’après ses discours, on juge bien. On perd son temps dans la société, si l’on ne fait continuellement ce genre de rectification. Pensez toujours que l’homme intérieur se donne un délai et renouvelle quelques serments à soi. N’allez pas comme un étourneau autour des chouettes de Minerve.

On n’apprécie pas toujours comme il faudrait ce genre de croyances sans jugement, et qui tiennent à la pratique. La coutume n’offense pas l’esprit. Pourquoi ? Parce qu’elle ne demande pas approbation. Par exemple la guerre ne se donne pas comme raisonnable ; aussi n’y a-t-il point un seul homme de guerre qui n’ait sévèrement jugé la guerre ; ce n’est qu’un état de fait. Mais au contraire la paix est une idée ; la paix demande approbation ; elle frappe indiscrètement au plus haut de l’esprit. Ici vous trouvez une étonnante résistance, et qui n’a rien de vil. Tel s’accommode d’une servitude volontaire qui ne voudrait point d’une liberté forcée. Ces soins de garde et de vigilance ajournent souvent l’examen de raison ; et beaucoup penseraient sagement si on les en pressait moins. En quoi il y a autre chose que cette animale impénétrabilité, que représente le crocodile par ses écailles ; toutefois ce n’est pas un petit inconvénient si, par l’insistance, on fait l’alliance de l’obstination animale et de l’humaine fermeté.

Il ne faut pas tellement se soucier de persuader. Nous croyons trop qu’une pensée n’est pas pensée si elle ne se rend à nos sommations. N’ayez pas peur. Le travail se continue en cet intérieur mobile ; il n’y a point d’argument perdu. La raison est un fait auquel tous ont part, par le refus, par le silence, par un genre de négligence. Que l’écrivain passe donc comme le veilleur, qui frappe un bon coup, et puis s’en va.

Alain, Esquisses de l’homme, XXXV Pudeur d’esprit, 22 novembre 1923 (1927).

 

 

1) Résumez le texte suivant en 100 mots (plus ou moins 10%). Vous indiquerez les sous totaux de 20 en 20 (20, 40, …) par un trait vertical et par le chiffre correspondant dans la marge. Vous indiquerez obligatoirement votre total exact à la fin de votre résumé.

 

2) Dissertation :

« Tel s’accommode d’une servitude volontaire qui ne voudrait point d’une liberté forcée. »

En vous appuyant sur votre lecture des œuvres au programme, vous vous demanderez en quoi il est possible de soutenir cette réflexion d’Alain.

 

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programme de français et de philosophie 2016/2017

Classes préparatoires scientifiques

Programme de français et de philosophie - année 2016-2017

 

NOR : MENS1600411A

arrêté du 7-6-2016

MENESR - DGESIP A1-2

 

Vu code de l'éducation, notamment articles D. 612-19 à D. 612-29 ; arrêtés du 3-7-1995 modifiés ; arrêtés du 20-6-1996 modifiés ; arrêté du 7-1-1998 modifié ; arrêté du 3-5-2005 modifié ; arrêté du 12-5-2015 ; avis du CSE du 19-5-2016 ; avis du Cneser du 23-5-2016

 

Article 1 - L'enseignement de français et de philosophie dans les classes préparatoires scientifiques durant l'année scolaire 2016 - 2017 s'appuie notamment sur les thèmes suivants, étudiés à travers les œuvres littéraires et philosophiques précisées ci-après :

Thème 1 : « Le monde des passions »

1 - La cousine Bette (Honoré de Balzac)

2 - Andromaque (Jean Racine)

3 - Dissertation sur les passions (David Hume) - traduction Jean-Pierre Cléro - (éditions GF Flammarion)

Thème 2 : « Servitude et soumission »

1 - Discours de la servitude volontaire (La Boétie)

2 - Une maison de poupée (Ibsen) - traduction Eloi Recoing - Babel n°1400 (Actes Sud)

3 - Lettres persanes (Montesquieu)

 

Article 2 - L'enseignement de français et de philosophie dans les classes préparatoires de technologie industrielle pour techniciens supérieurs (ATS) durant l'année scolaire 2016 - 2017 s'appuie notamment sur le second thème de l'article 1er, à travers les œuvres mentionnées en 1 et 3 de ce thème.

 

Article 3 - L'arrêté du 12 mai 2015 relatif au programme de français et de philosophie des classes préparatoires scientifiques pour l'année 2015 - 2016, est abrogé à compter de la rentrée 2016.

 

Article 4 - La directrice générale de l'enseignement supérieur et de l'insertion professionnelle est chargée de l'exécution du présent arrêté.

 

Fait le 7 juin 2016

 

Pour la ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche et par délégation,

Pour la directrice générale de l'enseignement supérieur et de l'insertion professionnelle,

La chef de service de la stratégie des formations et de la vie étudiante,

Rachel-Marie Pradeilles-Duval

 

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Servitude et soumission. La Boétie, une biographie

Etienne de La Boétie (Boitie dans la graphie de Montaigne dans les Essais, I, XXVIII De l’amitié) est né le 1er novembre 1530 à Sarlat (Dordogne). Sa mère se nomme Philippe (prénom aussi féminin jusqu’au XVII°, ce qu’on appelle un prénom épicène) de Calvimont. Elle est fille du seigneur de Lherm, Jean de Calvimont, président du parlement de Bordeaux et ambassadeur de François 1er en Espagne. Son père, Antoine de La Boétie, est lieutenant particulier du Sénéchal de Périgord. Etienne est le troisième enfant et le seul garçon. Le roi François 1er (1494-1515-1547) règne depuis son sacre le 25 janvier 1515.

Le 18 octobre 1534, a lieu l’affaire des placards. Des textes sont affichés jusque sur la porte de la chambre du roi qui s’en prennent au pape, aux évêques, bref, à l’Église catholique. Ils sont l’œuvre de protestants. François 1er les réprime durement. C’est le prélude des futures guerres de religion.

La Boétie perd son père en 1540. Il est élevé par son oncle paternel et parrain, La Boétie, sieur de Bouilhonas, également prénommé Etienne. C’est un ecclésiastique cultivé qui lui transmet l’amour des lettres, notamment grecques et latines, et son intérêt pour le droit. On peut penser que s’il avait été au collège de Guyenne à Bordeaux, il aurait rencontré Montaigne bien plus tôt (cf. introduction aux Œuvres complètes de La Boétie de Paul Bonnefon, 1892, p.XVI).

Si on suit Montaigne (1533-1592), c’est entre 1546 (il parle d’un « garçon de seize ans » Essais, I, XXVIII De l’amitié) et 1548 (Montaigne parle d’une écriture un peu avant 18 ans dans la première édition des Essais, I, XXVIII De l’amitié) que La Boétie aurait rédigé au moins une première version du Discours de la servitude volontaire. Montaigne écrit : « Je me suis avisé d’en emprunter un d’Estienne de la Boétie, qui honorera tout le reste de cette besogne. C’est un discours auquel il donna nom : La Servitude volontaire : mais ceux qui l’ont ignoré, l’ont bien proprement depuis rebaptisé, Le Contre Un. Il l’écrivit par manière d’essai, en sa première jeunesse, à l’honneur de la liberté contre les tyrans. » (Essais, I, 28 De l’amitié). C’est ce texte que Montaigne lit qui inaugure leur rencontre et leur amitié selon la première édition des Essais de 1580. La Boétie a dû faire circuler des copies du texte. Montaigne donne comme raison de l’écriture un mot de Plutarque : « Il y a dans Plutarque beaucoup de discours étendus très-dignes d’être sus : car à mon gré c’est le maître ouvrier de telle besogne : mais il y en a mille qu’il n’a que touché simplement : il guigne seulement du doigt par où nous irons, s’il nous plaît, et se contente quelquefois de ne donner qu’une atteinte dans le plus vif d’un propos. Il les faut arracher de là, et mettre en place marchande. Comme ce sien mot, Que les habitants d’Asie servaient à un seul, pour ne savoir prononcer une seule syllabe, qui est, Non, donna peut être, la matière, et l’occasion à la Boétie, de sa Servitude volontaire. » Montaigne, Essais, I, 25 De l’institution des enfants.

Le 31 mars 1547, François 1er meurt. Son fils, Henri II (1519-1547-1559) lui succède.

En 1548 a lieu en Guyenne, Saintonge et en Angoumois, un soulèvement populaire contre la gabelle (une taxe royale sur le sel) que le roi Henri II impose alors que ces territoires en étaient jusque là dispensés. Les milices de paysans (comprenant jusqu’à 10 000 hommes en tout) s’attaquent aux receveurs des gabelles mais aussi aux nobles et aux riches. Du 17 au 22 août, les rues de Bordeaux grouillent d’émeutiers. Le gouverneur de Bordeaux, Tristan de Moneins ( ?-1548), est exécuté le 21 août. Dans les Essais (I, 24 Divers événements de même conseil), Montaigne relate l’événement dont il prétend avoir été témoin. Le futur beau-père de Montaigne, Geoffroy de La Chassaigne (1491-1565) réussit à obtenir une trêve des émeutiers. En octobre, le roi Henri II envoie deux armées commandées par le connétable Anne de Montmorency (1493-1567). Il réprime dans le sang la révolte. Il fait exécuter plus d’une centaine de paysans. Le parlement de Bordeaux est suspendu jusqu’en 1551. On peut raisonnablement penser que les événements ont été la matière de discussion entre Montaigne et La Boétie lorsqu’ils se sont connus. La Boétie commence à étudier le droit à l’université d’Orléans qui avait bonne réputation (cf. Machiavel [1469-1527], Rapport sur les choses de France, 1510). Il a pour maîtres les juristes Charles Dumoulin (1500-1566) et le protestant Anne du Bourg (1521-1559).

En 1549 une brève épidémie de peste se déclare.

En 1551, le parlement de Bordeaux est rétabli.

Le 23 septembre 1553, Etienne de La Boétie obtient sa licence en droit. On peut estimer qu’il a remanié son Discours de la servitude volontaire durant ses années d’études à Orléans. En effet, sa référence aux poètes français (GF, p.143-144) suppose qu’ils aient publié. Or, Joachim Du Bellay (1522-1560) publie la Défense et illustration de la langue française en 1549. Pierre de Ronsard (1524-1585) publie les quatre premiers livres de ses Odes en 1550, tandis que Du Bellay publie son premier recueil, L’Olive. Jean-Antoine de Baïf (1532-1589) publie Les Amours en 1552. Si Ronsard publie La Franciade en 1572, le projet était antérieur, La Boétie, poète lui aussi, a pu en être averti. Guillaume de Lur, seigneur de Longa ( ?-1557), un humaniste membre du parlement de Bordeaux, est appelé au parlement de Paris par le roi Henri II par lettres-patentes datées du 20 janvier. C’est ce dernier qui est nommé deux fois comme le destinataire du Discours de la servitude volontaire. La Boétie le remplace. Il reçoit le 13 octobre par lettres-patente pour pourvoir « son aimé et féal Maître Estienne de La Boétie de l’office de conseiller en la cour par la résignation de Maître Guillaume de Lur ». Comme la charge exigeait 25 ans le roi a joint joignait des lettres de dispenses au parlement de Bordeaux. On y lit : « Attendu sa suffisance qui supplée en cet endroit l’âge qui lui pourrait défaillir, et ne voulant cela lui nuire et préjudicier en aucune manière, vous mandons… que… vous ayez à recevoir le dit La Boétie au serment. »

Le 11 mai 1554, toutes les chambres se réunissent pour discuter de son admission et le 17 mai, il entre en fonction au Parlement en prêtant serment. La Boétie épouse Marguerite de Carle, sœur de Lancelot de Carle (1508-1568), évêque de Riez, et ami de Ronsard et de toute la Pléiade. Elle est aussi sœur du président Pierre de Carle. Elle est, depuis 1552, veuve de Jean d’Arsac, seigneur d’Arsac, du Castera de Saint-Germain, de Lilhac et de Loyrac en Médoc, issu d’une vieille famille de chevalerie.

En 1557, Michel de Montaigne entre au Parlement de Bordeaux. Anne du Bourg devient conseiller au parlement de Paris.

C’est vers 1558 que Montaigne et La Boétie se rencontrent et se lient d’une amitié fameuse avec lui. S’il a « une âme très belle » écrira Montaigne, il a un visage disgracieux (cf. Montaigne, Essais, III, 12 De la physionomie). C’est la lecture du Discours de la servitude volontaire qui lui donna l’envie de le rencontrer, preuve que le texte circulait et que Montaigne en avait un manuscrit qui a disparu de ses affaires. Dans les Essais, Montaigne écrit à propos de leur amitié : « Si on me presse de dire pourquoi je l’aimais, je sens que cela ne se peut exprimer, qu’en répondant : Parce que c’était lui, parce que c’était moi. » (Essais, I, 28 De l’amitié).

Le 3 avril 1559, le traité du Cateau-Cambrésis entre la France d’Henri II et l’Espagne de Philippe II met fin aux guerres d’Italie qui avaient commencé en 1494. En juin, Anne du Bourg critique la politique antiprotestante d’Henri II. Il est immédiatement arrêté. Le 10 juillet, Henri II meurt, mortellement blessé dans un tournoi. Son fils François II (1544-1559-1560) lui succède. Les Guise prennent le pouvoir. Anne du Bourg est jugé et condamné. Il est supplicié le 23 décembre 1559 après un procès pour hérésie.

Le 5 décembre 1560, François II meurt. Son frère Charles IX lui succède (1550-1560-1574). C’est leur mère Catherine de Médicis (1519-1589) qui détient le pouvoir. La Boétie est chargé en ce mois de décembre d’une mission relative aux émoluments des magistrats bordelais. Il se rend à Paris pour rencontrer le chancelier Michel de L’Hospital (1507-1573), conseiller de Catherine de Médicis.

Il rentre à Bordeaux en mars 1561. Le 19 avril, une ordonnance prône une politique de tolérance entre catholiques et protestants. La Boétie est chargé de la défendre devant le parlement de Bordeaux plutôt acquis à une défense stricte du catholicisme. En septembre, des troubles opposent catholiques et protestants dans l’agenais. Le roi demande à Burie, son lieutenant à Bordeaux, d’aller y ramener le calme. Burie amène La Boétie avec lui après en avoir la demande au parlement de Bordeaux. Dans une lettre au roi où il rend compte de sa mission, il écrit : « Et ai ici avec moi le conseiller qu’elle m’a baillé, qui se nomme Monsieur de La Boétie, lequel est fort docte et homme de bien ». Le 16 octobre, les protestants sont traqués et massacrés à Cahors.

Le 17 janvier 1562 est pris un édit qui accorde une certaine tolérance au culte protestant. Le 1er mars 1562, le massacre de Vassy où les catholiques du duc de Guise massacrent des protestants qui célébraient un office dans une grange, ouvre la première guerre de religion (1562-1563). La Boétie rédige (au milieu de l’année) un Mémoire sur l’édit de janvier 1562 où il défend la thèse d’un catholicisme d’État. En décembre, il fait partie des douze parlementaires bordelais qui accompagnent une troupe de 1200 hommes chargés d’arrêter une troupe de protestants marchand sur Bordeaux.

Le 19 mars 1563, l’édit d’Amboise qui permet aux protestants d’avoir des lieux de culte met fin à la première guerre de religion. Tombé malade (dysenterie ou peste), La Boétie rédige son testament et meurt le 18 août 1563 près de Bordeaux dans les bras de sa femme avec Montaigne à son chevet. Peu avant de mourir, il lui écrit : « Mon frère que j’aime si chèrement et que j’avais choisi parmi tant d’hommes pour faire renaître avec vous cette amitié vertueuse et sincère dont, à cause des vices, l’usage nous a quittés depuis si longtemps qu’il n’en reste de traces que dans les souvenirs qu’on a de l’antiquité ; je vous supplie de vouloir être l’héritier de ma bibliothèque et de mes livres que je vous donne comme signes de mon affection : c’est un présent bien petit, mais fait de bon cœur ; il vous convient en raison de l’affection que vous avez pour les études. Cela vous sera un souvenir de votre compagnon » (extrait d’une lettre de Montaigne à son père, cité par Gérard Allard, « Les servitudes volontaires : leurs causes et leurs effets selon le Discours de la servitude volontaire d’Étienne de La Boétie », in Laval théologique et philosophique, vol. 44, n° 2, 1988, p.138).

 

À l’automne 1567 commence la deuxième guerre de religion après que des protestants ont massacré des catholiques à Nîmes.

Le 23 mars 1568, l’édit de Longjumeau qui confirme l’édit d’Amboise met fin à la deuxième guerre de religion. En août commence la troisième guerre de religion après une nouvelle législation antiprotestante.

Le 8 août 1570, l’édit de Saint-Germain met fin à la troisième guerre de religion. Montaigne publie une partie des œuvres de La Boétie à l’exception des œuvres politiques, à savoir le Discours de la servitude volontaire et Quelques mémoires de nos troubles sur l’édit de janvier 1562. Il s’en justifie ainsi : « Parce que j’ai trouvé que cet ouvrage a été depuis mis en lumière, et à mauvaise fin, par ceux qui cherchent à troubler et changer l’état de notre police, sans se soucier s’ils l’amenderont, qu’ils ont mêlé à d’autres écrits de leur farine, je me suis dédit de le loger ici. Et afin que la mémoire de l’auteur n’en soit intéressée en l’endroit de ceux qui n’ont peu connaitre de près ses opinions et ses actions : je les avise que ce sujet fut traité par lui en son enfance, par manière d’exercitation seulement, comme sujet vulgaire et tracassé en mil endroits des livres. Je ne fais nul doute qu’il ne crut ce qu’il écrivait : car il était assez consciencieux, pour ne mentir pas même en se jouant : et sait davantage que s’il eut eu à choisir, il eut mieux aimé être né à Venise qu’à Sarlat ; et avec raison : Mais il avait une autre maxime souverainement empreinte en son âme, d’obéir et de se soumettre très-religieusement aux lois, sous lesquelles il était né. Il ne fut jamais un meilleur citoyen, ni plus affectionné au repos de son pays, ni plus ennemi des remuements et nouvelletés de son temps : il eut bien plutôt employé sa suffisance à les éteindre, qu’à leur fournir de quoi les émouvoir davantage : il avait son esprit moulé au patron d’autres siècles que ceux-ci. » (Essais, I, 28 De l’amitié). Il s’agit d’une traduction de La ménagerie de Xénophon, de La règle du mariage et la Lettre de consolation de Plutarque, les six premiers chapitres des Économiques, faussement attribués à cette époque à Aristote. Il s’agit aussi de 29 sonnets.

Quatre jours après le mariage d’Henri de Bourbon (1553-1589-1610), roi de Navarre et protestant avec sa cousine Marguerite de Valois (1553-1615, La Reine Margot selon le roman d’Alexandre Dumas), la sœur de Charles IX, l’amiral de Coligny (1519-1572), chef des protestants, est victime d’un attentat le 22 août. Il est seulement blessé. Dans la nuit du 23 au 24 août 1572, à Paris puis en province, a lieu, le jour de la saint Barthélémy, le massacre de milliers de protestants. Henri de Navarre et le prince de Condé (1552-1588) sont épargnés parce qu’ils sont prince du sang. Ils doivent abjurer la religion protestante. Débute la quatrième guerre de religion.

Le 11 juillet 1573, la quatrième guerre de religion s’achève avec l’enregistrement par le parlement de Paris de l’édit de Boulogne, plus restrictif que les précédents.

En 1574, paraît la première édition du Discours de la servitude volontaire, incomplet, tronqué, mutilé, sans nom d’auteur, dans le Réveille-Matin des François et de leurs voisins sous le nom d’Eusèbe Philadelphe Cosmopolite. Il s’agit d’un ouvrage collectif d’obédience protestante qui s’en prend à la monarchie française. Le 30 mai, le roi Charles IX meurt. Son frère, Henri III (1551-1574-1589) lui succède. Le mouvement des malcontents qui veulent une résolution du conflit religieux conduit à des troubles qui constituent la cinquième guerre de religion avec des combats dans le Poitou et la Saintonge.

Le 6 mai 1576, l’édit de Beaulieu augmente les droits des protestants et met fin à la cinquième guerre de religion. La même année, le protestant Simon Goulart (1543-1628) fait paraître les Mémoires de l’état de France sous Charles IX contenant les choses les plus notables, faites et publiées tant par les catholiques que par ceux de la religion, depuis le troisième édit de pacification fait au mois d’Août 1570 jusques au règne de Henry troisième, & réduits en trois volumes, chacun desquels a un indice des principales matières y contenus qui, dans son tome III (publié en 1577), donne de larges extraits du Discours de la servitude volontaire sans que La Boétie soit mentionné. On peut raisonnablement penser que des manuscrits circulaient pour que les protestants l’aient possédé. Les États généraux de Blois abolissent l’édit de Beaulieu et restreignent le culte protestant.

En mai 1577 les combats reprennent : c’est la sixième guerre de religion qui commence. Le 14 septembre, elle prend fin avec la paix de Bergerac suivi en octobre de l’édit de Poitiers qui permet au culte protestant d’avoir lieu dans les faubourgs des chefs lieux de chaque baillage.

Le 7 mai 1579, le parlement de Bordeaux fait brûler les Mémoires de l’état de France sous Charles IX de Simon Goulart qui contenaient le Discours de la servitude volontaire de La Boétie.

En novembre 1580, les combats reprennent : c’est la septième guerre de religion. Le traité de Fleix du 26 novembre y met fin. Dans le même temps, Montaigne publie la première édition de ses Essais. Dans celui consacré à l’amitié (I, XXVIII), il évoque le discours Sur la servitude volontaire et son autre nom, le Contr’Un. Il souligne le contenu inoffensif de l’ouvrage de son ami. Il est clair que l’ouvrage était plutôt explosif.

Le 10 juin 1584, le duc d’Alençon (1555-1584), dernier frère du roi Henri III meurt de tuberculose. Le roi n’ayant pas d’enfant mâle, Henri de Navarre, cousin du roi mais chef des protestants, devient l’héritier légitime du trône de France.

En 1585, le duc de Guise (1550-1588), à la tête des ultras catholiques connus sous le nom de Ligue, impose le traité de Nemours qui donne lieu à un édit enregistré au parlement le 18 juillet 1585. Les protestants ont six mois pour abjurer ou s’exiler, les pasteurs sont bannis et toutes les places fortes doivent être rendus. La guerre reprend.

Le 12 mai 1588, Paris se soulève en faveur de la Ligue lors de la « journée des barricades ». Henri III s’enfuit et se réfugie à Blois. Henri III se rapproche d’Henri de Navarre. Leurs deux armées se joignent et se dirigent vers Paris. Les Parisiens s’opposent au roi qui s’est allié avec les hérétiques. En décembre durant les états généraux de Blois, Henri III fait assassiner le duc de Guise et son frère le cardinal de Lorraine.

Le 1er août 1589, Henri III est assassiné par le moine fanatique Jacques Clément (1567-1589). Henri de Navarre devient roi sous le nom d’Henri IV. Il lui reste à conquérir son royaume.

En mars 1590, Henri IV remporte la bataille d’Ivry. Il fait le siège de Paris.

Le 25 juillet 1593, Henri IV abjure une nouvelle fois (« Paris vaut bien une messe » lui fait-on dire). Il est sacré à Chartres.

En 1594, Paris ouvre ses portes à Henri IV.

En 1595, Henri IV reçoit l’absolution du Pape et déclare la guerre à l’Espagne dont les troupes soutenant la Ligue sont présentes en France.

En 1598, le traité de Vervins conduit au départ des troupes espagnoles.

C’est à Nantes, en avril 1598, qu’Henri IV signe le fameux édit qui met fin aux guerres de religion. Cet édit instaure la coexistence religieuse entre catholiques et protestants. Le culte réformé est autorisé dans tous les lieux où il existait en 1597 et l’accès à toutes les charges est garanti aux réformés.

En 1727, à la suite de la réédition des Essais de Montaigne par le protestant Pierre Coste (1668-1747), traducteur des œuvres du philosophe Locke (1632-1704), se trouvent les 29 sonnets de La Boétie ainsi que son Discours de la servitude volontaire.

En 1735 paraît une traduction anonyme en anglais du Discours de la servitude volontaire.

Durant la révolution française, le Discours de la servitude volontaire est publié ou plagié.

En 1837, Hugues-Félicité Robert de Lamennais (1782-1854), ancien prêtre et publiciste chrétien ; publie le Discours de la servitude volontaire avec une préface (cf. l’édition de la Petite Bibliothèque Payot).

En 1892 sont publiées les Œuvres complètes de La Boétie (moins le Mémoire touchant l’édit de janvier 1562) par Paul Bonnefon (1861-1922). On y trouve : une préface et introduction intitulé : Estienne de La Boëtie, sa vie, ses ouvrages et ses relations avec Montaigne de Paul Bonnefon puis le Discours de la Servitude volontaire ; Avertissement au lecteur par M. de Montaigne ; Lettre à M. de Lansac ; La Mesnagerie de Xénophon ; Lettre à M. de Mesmes ; Les règles de mariage de Plutarque ; Lettre à Mme de Montaigne ; Lettre de consolation de Plutarque à sa femme ; Lettre au chancellier de L’Hospital ; Stephami Boetiani Poemata ; Lettre à M. de Foix ; Vers françois de feu Estienne de La Boétie ; Lettre à Mme de Grammont ; Vingt-neuf sonnets d’Estienne de La Boétie ; Extrait d’une lettre que Monsieur le conseiller de Montaigne écrit à Monseigneur de Montaigne, son père, concernant quelques particularités qu’il remarqua en la maladie et mort de feu Monsieur de La Boétie.

En 1913, Paul Bonnefon transcrit pour la Revue d’Histoire Littéraire de la France le Mémoire touchant l’édit de 1562 qu’il a retrouvé.

En 1922 est publié le Discours de la servitude volontaire suivi de Mémoire touchant l’Edit de janvier 1562 et d’une Lettre de M. le Conseiller de Montaigne, aux éditions Bossard par Paul Bonnefon (1861-1922). Il n’a pas le temps de relire son texte car la mort l’emporte.

En 1942, une édition traduite en anglais paraît aux États-Unis sous le titre Anti-dictator.

En 1963, le Discours de la servitude volontaire apparaît comme un classique du peuple aux Éditions sociales d’obédience marxiste selon la doctrine du Parti communiste français.

En 1976, l’édition du Discours de la servitude volontaire chez Payot est accompagnée d’une étude de l’anthropologue Pierre Clastres (1934-1977) et d’une étude du philosophe politique antitotalitaire Claude Lefort (1924-2010).

En 1983, le Discours de la servitude volontaire est publié chez Flammarion avec une étude de Simone Goyard-Fabre.

En 1993 le Discours de la servitude volontaire ou Contr’Un suivi de Mémoire touchant l’édit de 1562 suivi de sa réfutation par Henri de Mesmes est publié chez Gallimard, édité par Nadia Gontarbert, le Mémoire est présenté par Annie Prassoloff.

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programme de français-philosophie 2016/2017 Oeuvres et éditions

Français-philosophie 2016/2017

Œuvres au programme

Éditions choisies pour les étudiants du Lycée Arago Perpignan

 

1) La Boétie, Discours de la servitude volontaire, GF Flammarion.

2) Ibsen, Une maison de poupée, traduction d’Éloi Recoing, Babel n°1400, Actes Sud

3) Montesquieu, Lettres persanes, GF Flammarion.

 

 

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Durkheim, brève biographie

 

Émile Durkheim, né à Épinal (Vosges) le 15 avril 1859, est issu d’une famille juive pratiquante. Après l’École Normale Supérieure où il entre en 1879 et l’agrégation obtenue en 1882, il enseigne la philosophie. En 1887, il enseigne à la faculté de Bordeaux la pédagogie et les sciences sociales. Il soutient sa thèse en 1893, De la division du travail social. En 1894, il publie Les règles de la méthode sociologique. En 1896, il lance la revue L’Année Sociologique dans laquelle écrivent philosophes et universitaires sur des thèmes sociaux. En 1897, il publie Le Suicide. À partir de 1902, il enseigne à la Sorbonne à la chaire d’éducation et de sociologie. En 1912, il publie sa dernière grande œuvre, Les formes élémentaires de la vie religieuse. Favorable à l’Union sacrée, il s’engage intellectuellement contre l’Allemagne en 1914. Son fils, André, meurt au combat en 1915, ce qui l’affecte.

Il meurt prématurément à Paris le 15 novembre 1917.

 

Œuvres.

La Contribution de Montesquieu à la constitution de la science sociale (1892) ; De la division du travail social (sa thèse, 1893) ; Règles de la méthode sociologique (1894), Le Suicide, « La Prohibition de l’inceste et ses origines », L’Année Sociologique, vol. 1 (1897) ; Représentations individuelles et représentations collectives (1898), L'éducation morale (1903), Les formes élémentaires de la vie religieuse (1912) ; (avec Ernest Denis) Qui a voulu la guerre ? (1914) ; L’Allemagne au-dessus de tout, La mentalité allemande et la guerre (1915).

 

Œuvres posthumes :

Education et Sociologie (1922) ; Sociologie et Philosophie, L’éducation morale (cours prononcé en 1902-1903) (1925) ; L’Évolution pédagogique en France ((cours pour les candidats à l'Agrégation prononcé en 1904-1905, avec une introduction de Maurice Halbwachs, 1938) ; La science sociale et l’action ((recueil de textes publiés de 1888 à 1908, 1970) ; Leçons de sociologie (cours prononcé en 1898-1900, 1990).

 

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Clément Rosset - brève biographie

 

Vie.

Clément Rosset est né le 12 octobre 1939 à Carteret dans la Manche.

Il entre à l’École normale supérieure de la rue d’Ulm en 1961 et obtient l’agrégation de philosophie en 1965.

Il enseigne la philosophie à Montréal de 1965 à 1967. Puis, il enseigne à l’université de Nice.

Il soutient sa thèse dirigée par Vladimir Jankélévitch le 21 mai 1973, l’anti-nature, et la publie la même année.

En 1998, il prend sa retraite.

Il vit à Paris.

 

Œuvres.

La philosophie tragique (1960) ; Le monde et ses remèdes (1964) ; Lettre sur les chimpanzés : Plaidoyer pour une humanité totale, suivi d’un Essai sur Teilhard de Chardin (1965) ; Schopenhauer, philosophe de l’absurde (1967) ; Schopenhauer, Précis de philosophie moderne (sous le pseudonyme de Roboald Marcas) (1968) ; Les matinées structuralistes, suivies d’un Discours sur l’écrithure, Introduction critique par Albert K*** Laffont (sous le pseudonyme de Roger Crémant), L’esthétique de Schopenhauer (1969) ; Logique du pire, Eléments pour une philosophie tragique (1971) ; L’anti-nature, Eléments pour une philosophie tragique (1973) ; Le réel et son double (1976) ; Le réel. Traité de l’idiotie (1977) ; L’objet singulier, (1978) ; La force majeure (1983) ; Le philosophe et les sortilèges (1985) ; Le principe de cruauté (1988) ; Principes de sagesse et de folie (1991) ; Matière d’art. Hommages, En ce temps-là. Notes sur Louis Althusser (1992) ; Le choix des mots suivi de La joie et son paradoxe (1995) ; Le démon de la tautologie suivi de Cinq petites pièces morales (1997) ; Route de Nuit. Episodes cliniques (1999) ; Loin de moi. Etude sur l’identité (1999) ; Le réel, l’imaginaire et l’illusoire (2000) ; Ecrits sur Schopenhauer (2001) ; Propos sur le cinéma entretien avec Roland Jaccard et anthologie (2001) ; Le régime des passions et autres textes (2001) ; avec (Michel) Polac, Franchise postale (2003) ; Impressions fugitives. L’ombre, le reflet, l’écho (2004) ; Fantasmagories suivi de Le réel, l’imaginaire et l’illusoire (2006) ; La nuit de mai (2008) ; Une passion homicide… et autres textes (2008) ; L’école du réel (2008) ; Le monde perdu (2009) ; Tropiques. Cinq conférences mexicaines, avec (Didier) Raymond, La folie sans peine (2010) ; L’invisible, Récit d’un noyé (2012) ; Faits divers, « Question sans réponse », in (Santiago) Espinosa, L’inexpressif musical (2013).

 

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