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Articles avec #auteurs catégorie

L'aventure Jankélévitch : oeuvres

Œuvres.

Henri Bergson, 1931 ; L’odyssée de la conscience dans la dernière philosophie de Schelling, Valeur et signification de la mauvaise conscience, 1933 ; L’ironie, 1936 ; L’alternative, Gabriel Fauré et ses mélodies, 1938 ; Maurice Ravel, 1939 ; Du mensonge, Le Nocturne, 1942 ; Le Mal, 1947 ; Dans l’honneur et la dignité, 1948 ; Traité des vertus : tome 1 Le sérieux de l’intention, tome 2 Les vertus et l’amour, tome 3 L’innocence et la méchanceté, 1949 ; Debussy et le mystère de l’instant, 1949 ; Gabriel Fauré, ses mélodies, son esthétique, 1951 ; L’Austérité et le Mythe de la pureté morale ; Philosophie première. Introduction à une philosophie du presque, 1954 ; La Rhapsodie. Verve et improvisation musicale, 1955 ; L’austérité et la vie morale ; Ravel, 1956 ; Le Je-ne-sais-quoi et le Presque-rien : tome 1 La Manière et l’occasion, tome 2 La Méconnaissance, le malentendu, 1957 ; Le pur et l’impur, 1960 ; La Musique et l’ineffable, 1961 ; L’aventure, l’ennui, le sérieux, 1963 ; La mauvaise conscience, La mort, 1966 ; Le pardon, 1967 ; La vie et la mort dans la musique de Debussy, 1968 ; Pardonner ?, 1971 ; L’irréversible et la nostalgie, Fauré et l’inexprimable, De la musique au silence, tome 1, 1974 ; L’occasion et l’aphoristique, 1975. De la musique au silence, tome 2 Debussy et le mystère de l’instant, 1976 ; Quelque part dans l’inachevé. Entretiens avec Béatrice Berlowitz, 1978 ; De la musique au silence, tome 3 Liszt et la rhapsodie. 1, Essai sur la virtuosité, 1979 ; Le Je-ne-sais-quoi et le Presque-rien : 3. La volonté de vouloir, 1980 ; Le paradoxe de la morale, 1981 ; La Présence lointaine : Albéniz, Séverac, Mompou, 1983 ; Sources, 1. Lectures : Tolstoï, Rachmaninov. 2. Ressembler, dissembler. 3. Hommages : X. Léon, J. Wahl, L. Brunschvicg, 1984.

 

Posthumes

L’Imprescriptible : Pardonner ? Dans l’honneur et la dignité, 1986 ; La Musique et les heures. Satie et le matin, Rimski-Korsakov et le plein midi, Joie et tristesse dans la musique russe d’aujourd’hui. Chopin et la nuit, Le Nocturne, 1988 ; Le Temps du non, Psycho-analyse de l’antisémitisme, 1989 ; Premières et dernières pages. Avant-propos et bibliographie de Françoise Schwab, 1994 ; Penser la mort ? Avant-propos et dir. éditoriale de Françoise Schwab, 1994 : Recueil d’entretiens avec Daniel Diné, Georges Van Hout et Pascal Dupont, 1967-1975 ; Une vie en toutes lettres : lettres à Louis Beauduc [1903-1980], 1923-1980. Éd. établie, préf. et annot. par Françoise Schwab, 1995 ; Plotin, Ennéades I. 3. Sur la dialectique, Philosophie morale (Flammarion) qui reprend : La mauvaise conscience (1966), Du mensonge (1945), Le Mal (1947), L’Austérité et la vie morale (1956), Le Pur et l’Impur (1960), L’Aventure, l’Ennui, le Sérieux (1963), Le Pardon (1967), Liszt, rhapsodie et improvisation, 1998 ; en 2005, sa thèse de doctorat, L’Odyssée de la conscience dans la dernière philosophie de Schelling est rééditée ; Cours de philosophie morale : notes recueillies à l’Université libre de Bruxelles, 1962-1963. Texte établi, annoté et préfacé par Françoise Schwab, 2006.

 

 

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L'aventure - petite biographie de Jankélévitch

Vladimir Jankélévitch est né à Bourges le 31 août 1903. Son père, Samuel (1869-1951), né à Odessa (actuellement en Ukraine), a émigré en France à cause des lois discriminant les Juifs dans l’empire russe de 1882 sans compter les pogroms encouragés par les Tsars Alexandre III (1845-1881-1894) puis Nicolas II (1868-1894-1917-1918). Étudiant la médecine à Montpellier, il rencontre son épouse Anna Ryss, elle-même originaire de Rostov (Russie) qui devient aussi médecin. Ils ont trois enfants : Ida (future femme du poète Jean Cassou), Vladimir et Léon (futur diplomate). Son père est un traducteur (allemand, anglais, russe, italien), notamment de Freud (1856-1939), des philosophes Schelling (1775-1854) et Hegel (1770-1831). En 1904, ses parents lui obtiennent la nationalité française. Une tante réfugiée, professeur au conservatoire, lui apprend le piano. Il sera autant musicien et musicologue que philosophe. Il entre à l’École Normale Supérieure en 1922. Il étudie la philosophie. Il a pour professeur Léon Brunschvicg (1869-1944). Il rencontre Bergson (1859-1941) en 1923. En 1924, Jankélévitch publie un article où il défend l’œuvre de Bergson. En 1926, il est reçu 1er à l’agrégation.

De 1927 à 1932, il enseigne à l’Institut français de Prague. Il rédige ses thèses, la principale, L’Odyssée de la conscience dans la dernière philosophie de Schelling et la complémentaire, Valeur et signification de la mauvaise conscience qu’il publiera. Avant cela, il fait publier son Henri Bergson en 1931 et sa thèse complémentaire, Valeur et signification de la mauvaise conscience.

En 1933, il publie sa thèse : L’Odyssée de la conscience dans la dernière philosophie de Schelling. De retour en France, il enseigne en lycée avant d’enseigner à l’université de Toulouse à partir de 1936, puis en 1938, à celle de Lille.

En 1940, le régime de Vichy lui retire sa nationalité française et son poste. Il entre dans la clandestinité à Toulouse et s’engage dans la résistance. Il fait venir sa famille à Toulouse. Après la guerre, il reprochera à Jean-Paul Sartre (1905-1980) de ne pas s’être réellement engagé alors qu’il théorisait sur l’engagement (allusion dans L’aventure, l’ennui et le sérieux, chapitre I, p.129, GF Flammarion).

C’est en 1947 qu’il retrouve son poste de professeur à Lille. Puis de 1951 à 1979, il est professeur titulaire de la chaire de philosophie morale à Paris-Sorbonne.

En 1965, Jankélévitch s’insurge contre l’idée que les crimes nazis puissent être prescrits.

En 1968, il est aux côtés des étudiants dans leur révolte. En 1979, il participe aux États généraux de la philosophie initié par le philosophe Jacques Derrida (1930-2004) pour sauver l’enseignement de la philosophie en terminale, menacée par le pouvoir giscardien. Il déclare alors : « Laissez-vous réformer ! Laissez-vous faire ! Vous ne sentirez rien ! Un beau matin vous vous réveillerez et il n'y aura plus de philosophie...On vous l'aura enlevée dans votre sommeil ; sans que vous vous en aperceviez ».

Il meurt le 6 juin 1985 à Paris.

 

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Tocqueville, courte biographie

Alexis-Henri-Charles Clérel, comte de Tocqueville est né à Paris le 29 juillet 1805 dans une famille d’aristocrates normands viscéralement opposés à la révolution française. Il étudie le droit et entre à 22 ans dans la magistrature.

Il a 26 ans lorsqu’il est envoyé avec Gustave de Beaumont (1802-1866) aux États-Unis pour y étudier le système carcéral. Son séjour dure du 11 avril 1831 au 20 février 1832. Il y trouvera la matière de son célèbre ouvrage, De la démocratie en Amérique, qu’il publie en 1835 pour le premier tome et 1840 pour le second. Entre temps, il publie en 1836 L’état social et politique de la France.

Il devient député de la Manche en 1839 puis conseiller général de la Manche en 1842 sous la monarchie de Juillet. Les journées révolutionnaires des 22 au 25 février 1848 instaure la République, la seconde. Tocqueville approuve la répression sanglante des ouvriers en juin 1848, massacrés par les troupes coloniales (4000 morts et 4000 déportés en Algérie). Il est élu à l’assemblée constituante en juillet et s’inscrit dans le parti de l’Ordre, c’est-à-dire des conservateurs. En 1849, il devient président du conseil général de la Manche. Puis, il est ministre des affaires étrangères du nouveau président, Louis-Napoléon Bonaparte (1808-1873). Hostile au coup d’État du 2 décembre 1851 fomenté par le président et à l’instauration du IIème empire le 2 décembre 1852, Tocqueville se retire dans son château de Tocqueville espérant dans le comte de Chambord, héritier du trône de France. Il publie en 1856 la première partie de L’Ancien régime et la révolution, la seconde partie est inachevée.

Il meurt à Cannes le 16 avril 1859.

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Servitude et soumission - biographie de Montesquieu

L’édition utilisée est :

Montesquieu, Lettres persanes, présentation par Laurent Versini, dossier par Laurence Macé, GF Flammarion n°1482, 1995, 2016.

 

Charles-Louis de Secondat, futur baron de La Brède et de Montesquieu, connu sous le nom de Montesquieu, naît le 18 janvier 1689 au château de La Brède (Guyenne, à côté de Bordeaux). Il est le fils de Jacques de Secondat (1654-1713), et de Marie-Françoise de Pesnel (1669-1720), baronne de La Brède. Il appartient à une famille de magistrats qui a acquis la noblesse par l’épée durant la guerre de cent ans. Il a pour oncle, Jean-Baptiste de Secondat, l’aîné, écuyer, baron de Montesquieu, seigneur de Castelnouvel, Talence et Raymond, président à mortier au Parlement de Bordeaux ( ?-1716). Ses parents lui choisissent pour parrain, Charles, un mendiant, afin qu’il se souvienne toute sa vie que les pauvres sont ses frères.

Le 16 octobre 1696, sa mère meurt après avoir mis au monde une fille.

De 1700 à 1705, il fait ses humanités chez les oratoriens au collète de Juilly (dans l’actuelle Seine-et-Marne à une trentaine de kilomètres de Paris). Il étudie la philosophie au collège d’Harcourt (actuellement Saint-Louis) à Paris.

De 1705 à 1708, il étudie le droit à Bordeaux.

Le 26 février 1708, Louis XIV rappelait aux curés l’obligation de renouveler, tous les trois moi, la lecture de l’édit de février 1556 d’Henri II (1519-1547-1559) qui stipulait que les filles enceintes bien que non mariées doivent avertir un officier ministériel de leur « état » : « quoique la licence et le dérèglement des mœurs qui ont fait de continuels progrès depuis le temps de cet édit en rendent tous les jours la publication plus nécessaire. » (cf. Lettres persanes, lettre CXX d’Usbek à Rhédi). Le 29 juillet, Charles de Secondat est bachelier en droit. Le 12 août, il est licencié en droit et est reçu avocat au parlement de Bordeaux le 14.

De 1709 à 1713, il séjourne à Paris.

En 1710, paraissent les Essais de Théodicée de Leibniz (1746-1716). Montesquieu va les lire puisqu’il en discutera des thèses dans les Lettres persanes (lettre LXIX sur la conciliation entre la prescience divine et la liberté de l’homme et lettre LXXXIII sur la justice divine et le mal). Il constitue un recueil de notes juridiques sur le droit romain, la Collectio juris, qu’il continuera jusqu’en 1721.

Le 17 avril 1711, Joseph 1er (1678-1705-1711), empereur du saint empire romain germanique, meurt (cf. Lettres persanes, lettre CXXX de Rica à ***, la lettre d’un nouvelliste, p.296).

En 1713, il rencontre un chinois nommé Arcadio Hoange (1679-1716), converti au catholicisme, qui a suivi des missionnaires jésuites. Le 13 septembre, le pape Clément XI (1649-1700-1721) édite la bulle Unigenitus ou Constitution (cf. Lettres persanes, lettre XXIV) qui condamne 111 propositions du père Quesnel, ce qui revient à condamner le jansénisme. Le 15 novembre, son père meurt. Il devient baron de la Brède.

Le 12 février 1714, Charles de Secondat achète une charge de conseiller du parlement de Bordeaux. Le 15 novembre, son père meurt. Antoine Houdar de La Motte (1672-1731), poète et académicien qui ignore le grec, met en alexandrins la traduction de l’Iliade d’Anne Dacier (1645-1720) de 1711. Il la réduit de moitié. Il fait précéder sa traduction d’un Discours sur Homère où il remet en cause l’existence du poète mais surtout critique ses défauts littéraires. Madame Dacier réplique avec son ouvrage Des Causes de la corruption du goût : la seconde querelle des Anciens et des Modernes est lancée (cf. Lettres persanes, lettre XXXVI ; lettre CXXVIII de Rica à Usbek, p.292 ; cf. Cammagre Geneviève, « De l’avenir des Anciens. La polémique sur Homère entre Mme Dacier et Houdar de La Motte », Littératures classiques 2/2010, n° 72, p.145-156).

Le 30 avril 1715 à Bordeaux, il épouse Jeanne de Lartigue (1689-1770), une protestante de l’Agenais et de Martillac, terres enclavées dans la baronnie de la Brède (actuellement une commune de la Gironde). Elle est issue d’une riche famille et de noblesse récente. Elle lui apporte l’importante dot de 100 000 livres. Il s’installe rue Margaux (au 29) à Bordeaux. Le 1er septembre, le vieux roi Louis XIV (1638-1715) meurt (cf. Lettres persanes, lettre XCII d’Usbek à Rhédi : « Le monarque qui a si longtemps régné n’est plus. »). Son arrière petit-fils lui succède sous le nom de Louis XV (1710-1774) : le « jeune roi » (Lettres persanes, lettre CVII de Rica à Ibben) a cinq ans. Le 4 septembre, le Parlement de Paris casse son testament qui avait donné certains pouvoirs à ses bâtards, notamment le duc du Maine (1670-1736). Philippe d’Orléans (1664-1723) devient pleinement régent. En septembre, il met en place la polysynodie, un système de conseil qui associe la noblesse organisé par domaines. Elle vise à remplacer les secrétaires d’État du ministère à la façon de Louis XIV (cf. Lettres persanes, lettre CXXXVIII de Rica à Ibben, p.316). En décembre, Montesquieu adresse au régent un Mémoire sur les dettes de l’État. C’est peut-être à cette époque qu’il rédige un Discours sur Cicéron. Dans la nouvelle querelle des anciens et des modernes, Houdar de la Motte réplique à Madame Dacier avec ses Réflexions sur la critique.

Le 10 février 1716, naît à Martillac son fils Jean-Baptiste de Secondat (1716-1795). Jean Baptiste de Secondat, son oncle, perd son fils unique. Il lègue à Charles-Louis ses biens. Le 3 avril, il est élu à l’Académie de Bordeaux. Le 24 avril, son oncle, Jean-Baptiste de Secondat meurt. Charles-Louis hérite d’une vraie fortune et de la baronnie de Montesquieu, dont il prend le nom. En juin et août, le nouveau Montesquieu lit à l’académie de Bordeaux une communication Sur la politique des romains dans la religion. Le 13 juillet, il succède à la charge de président à mortier du parlement de Bordeaux. Le 28 septembre, Montesquieu fonde à l’Académie de Bordeaux un prix d’anatomie de 300 livres (un journalier gagne à cette époque 112 livres par an pour 250 jours de travail).

Le 2 mai 1716, un édit autorise l’écossais John Law (1671-1729) à créer la Banque générale avec un capital de six millions de livres réparties en 1 200 actions de 5 000 livres. La Banque rembourse les billets qu’elle émet en or ou en argent sans tenir compte des cours changeants de sorte que les billets acquièrent une valeur supérieure. Le 14 mai, le régent crée une chambre de justice pour enquêter sur les malversations des financiers (cf. Lettres persanes, lettre XCVIII d’Usbek à Ibben). Durant l’hiver 1716/1717, il séjourne à Paris.

Le 22 janvier 1717 naît sa fille Marie-Catherine de Secondat (1717-1784). Le 10 avril 1717, un nouvel édit élargit les privilèges de la banque créée par Law : les billets qu’elle émet, convertibles à vue, peuvent être reçus en paiement des impôts. Le 23 août, Law obtient la rétrocession des privilèges de la Compagnie de la Louisiane. Le 6 septembre, Law crée la Compagnie d’Occident, pour les colonies françaises d’Amérique et du Sénégal, surnommée la Compagnie du Mississippi. Il obtient alors le monopole commercial de la Louisiane pour vingt-cinq ans, avec pour objectif de peupler la colonie de 6 000 blancs et de 3 000 noirs en dix ans, pour concurrencer l’Espagne et l’Angleterre. Son capital s’élève à 100 millions de livres, réparties en 200 000 actions payables en papier d’État, comportant 4 % de dividendes. C’est un succès : la Louisiane passe pour un pays de cocagne, ce qui attire les capitaux, mais les colons guère nombreux au départ le font surtout pour échapper aux galères. L’opération permet de régler 60 millions de livres de dette publique. Le 15 novembre, Montesquieu lit une communication Sur la différence des génies. L’Éloge de la sincérité est non daté. C’est en 1717 au plus tôt qu’il se procure une édition datée de cette année du roman épistolaire L’espion turc (italien 1684 ; français 1686) de Giovani Paolo Marana (1642-1693) qu’on a retrouvée dans sa bibliothèque. Il lit les Mémoires du cardinal de Retz (1613-1679), rédigées entre l’automne 1675 et le printemps 1677, qui viennent de sortir de façon posthume (cf. Lettres persanes, lettre CXI d’Usbek à ***). Le Czar Pierre 1er (1672-1725) dit Pierre le grand passe trois mois à Paris.

Durant l’hiver 1717/1718, il séjourne à nouveau à Paris.

En 1718, Montesquieu fait des discours et des expériences scientifiques diverses à l’académie de Bordeaux : le 1er mai : Sur les causes de l’écho ; le 29 juin : Sur le gui, sur la mousse des chênes, … ; le 25 août : Sur les glandes rénales. L’abbé de Saint-Pierre (1658-1743) publie la Polysynodie où il critique le despotisme de Louis XIV. Il est exclu pour ce fait de l’Académie française. La polysynodie est supprimée par le Régent le 24 septembre. Le 30 novembre le « fameux roi de Suède » Charles XII (1682-1697-1718) meurt (cf. Lettres persanes, lettre CXXVII de Rica à Ibben). Le 4 décembre 1718, la Banque générale de John Law devient Banque royale avec effet le 1er janvier 1719. Les billets de banque sont désormais garantis par l’État. Le 9 décembre, l’ambassadeur d’Espagne, Antonio del Giudice, duc de Giovinazzo, prince de Cellamare (1657-1733) est expulsé de France. Il complotait pour le compte de son maître, le roi d’Espagne, Philippe V (1683-1746), petit-fils de Louis XIV, qui songeait chasser le régent et devenir roi de France (cf. l’allusion dans les Lettres persanes, lettre CXXVI de Rica à Usbek). Le 27 décembre, l’Angleterre déclare la guerre à l’Espagne.

Le 9 janvier 1719, la France déclare la guerre à l’Espagne. Toujours en janvier, le Nouveau Mercure publie son Projet d’une histoire physique de la terre ancienne et de la terre moderne. Le 2 mars, le baron Henri de Görtz (1668-1719), ancien favori et premier ministre de Charles XII de Suède, est exécuté (cf. Lettres persanes, lettre CXXVII de Rica à Ibben, p.288). La Compagnie du Mississipi de John Law reprend la Compagnie française des Indes orientales, la Compagnie de Chine et d’autres sociétés commerciales rivales : elle devient la Compagnie perpétuelle des Indes. John Law obtient en outre la ferme du tabac et rachète la ferme des impôts indirects aux frères Paris. En juillet 1719, la Banque générale des Indes reçoit la Surintendance des monnaies, c’est-à-dire le monopole d’émission en France. En octobre, enfin, elle reçoit les recettes générales. Montesquieu quant à lui s’intéresse à l’histoire naturelle. Son Essai d’observation sur l’histoire naturelle est lu le 16 novembre.

En 1720, la Banque générale et la Compagnie des Indes fusionnent. Le 5 janvier, John Law est nommé contrôleur général des finances dans le but d’attirer les capitaux. Pour empêcher la thésaurisation de l’or et de l’argent, Law interdit la possession de plus de 500 livres de métaux précieux par foyer, sous peine de confiscation et d’amende. Une récompense est promise aux dénonciateurs. Des perquisitions ont lieu, même chez les ecclésiastiques. Le 11 mars, pour décourager le public de la monnaie métallique, Law suspend la valeur libératoire de l’or, à dater du 31 décembre. Les « semeurs de faux bruits » sont déportés aux colonies, ce qui crée un scandale. Le 24 mars, la rumeur d’une banqueroute est répandue par quelques initiés. Le 1er mai 1720, Montesquieu donne : Sur les causes de la pesanteur. Il achète après le 10 mai les Voyages en Perse (1686) de Jean Chardin (1643-1713) au libraire bordelais Lacourt qui le note. En juillet, les prêts que consent la Compagnie perpétuelle des Indes conduisent à des augmentations successives de capital qui alimentent la spéculation. Paul Féval (1816-1887) la romancera dans Le Bossu (1857). Elle tourne à la baisse voire à l’émeute comme le 17 juillet où il y a 17 morts. Le 21 juillet, une semi-banqueroute est décrétée. Le 25 août, il prononce : Sur la cause de la transparence des corps. Il annonce pour la fin de l’année une Histoire de la terre ancienne et moderne. Entre septembre et octobre, le système de Law est liquidé (cf. Lettres persanes, lettre CXXXVIII de Rica à Ibben, p.316). Le 10 octobre, les billets de la Banque générale n’ont plus cours. Le 14 décembre, John Law s’enfuit après avoir été remplacé par Le Peletier de La Houssaye deux jours plus tôt.

Le 19 mars 1721, le pape Clément XI meurt. En mai, Montesquieu publie anonymement à Amsterdam les Lettres persanes (150 lettres) sans nom d’auteur chez un éditeur, Pierre Marteau basé à Cologne, qui n’existe pas. On peut penser que l’ouvrage a été imprimé chez Jacques Desbordes, à Amsterdam et/ou chez Jacques Brunel supposé basé à Amsterdam mais imprimeur clandestin à Rouen. Une seconde édition revue, corrigée, diminuée et augmentée par l’auteur paraît chez Pierre Marteau. Elle retranche treize lettres de l’édition originale (les lettres I, V, XVI, XXV, XXXII, XLI, XLII, XLIII, XLVII, LXV, LXX, LXXI de l’édition de 1758) et en ajoute trois (CXI, CXXIV, CXLV de l’édition de 1758). L’ouvrage connaît un grand succès. Il connaîtra une trentaine d’éditions jusqu’à la mort de son auteur. Il réside rue du Mirail à Bordeaux. Il a peut-être fait un séjour à Paris en août. En novembre, il lit à nouveau son Essai d’observation sur l’histoire naturelle.

Le 7 août 1722 il part pour Paris. Il commence à fréquenter l’hôtel de Soubise. Peut-être a-t-il fréquenté le club de l’Entresol (créé en 1720, il fonctionne comme un club anglais : on y discutait de questions politiques et économiques). Il est présenté à Mme de Lambert (1647-1733) par l’abbé de Saint-Pierre. Dans son salon, il trouve dans les habitués, Fontenelle (1657-1757) et Houdar de la Motte. On pouvait trouver dans ce salon : le jésuite et homme de lettre le père Claude Buffier (1661-1737), l’homme de lettres, abbé de François-Timoléon de Choisy (1644-1724), Mme Dacier, le mathématicien et astronome Jean-Jacques Dortous de Mairan (1678-1771), l’historien, dit « le président Hénault » (1685-1770), l’écrivain Marivaux (1688-1763), l’homme de lettres et abbé Nicolas-Hubert Mongault (1674-1746), l’écrivain et favori de Madame Lambert Louis-Sylvestre de Sacy (1654-1727), le poète et marquis de Sainte-Aulaire (1648-1742), l’écrivaine Marguerite de Launay baronne Staal (1683-1750), la femme de lettres Madame de Tencin (1682-1749) et mère du jeune d’Alembert (1717-1783), l’homme de lettres et abbé Terrasson (1670-1750). Montesquieu fréquente les salons de l’épouse du marquis Louis de Brancas (1672-1750), Catherine de Nyvenheim, un salon politique. On le retrouve dans le salon de Marie, marquise du Deffant (1697-1780), dans celui de Madame Geoffrin (1699-1777).

Le 25 octobre, Louis XV est sacré roi. En novembre, Montesquieu rentre dans le bordelais.

Au mois de janvier 1723, Montesquieu commence un séjour à Paris. Le 22 février, Louis XV est déclaré majeur. Le 7 août, il quitte Paris. Le 10 août, le cardinal Guillaume Dubois (1656-1723), principal ministre du régent, meurt. Le 18 novembre, il donne : Lettre de Xénocrate à Phérès et une Dissertation sur le mouvement. Le 2 décembre, Philippe d’Orléans meurt.

De mai à août 1724, il séjourne tour à tour à Paris, Versailles et au château de Baye chez Jean-Baptiste Berthelot de Duchy (1672-1740), receveur général des finances de la généralité de Paris. Le Temple de Cnide, poème en prose qui se fait passer pour la traduction d’un auteur grec, paraît en pré-originale dans la Bibliothèque française.

De janvier à février 1725, Montesquieu séjourne à Paris. En mars, Le Temple de Cnide paraît. Le 1er mai, il lit à Bordeaux le Traité des devoirs. Il demeure dorénavant à l’actuelle place des martyrs de la résistance. Le 25 août, il donne De la considération et de la réputation. Le 11 novembre, il fait un discours de rentrée au Parlement de Bordeaux. Le 15 novembre, il prononce à l’Académie de Bordeaux Sur les motifs qui doivent nous encourager dans les sciences. En décembre, il part séjourner à Paris.

Jusqu’à mi-juin 1726, Montesquieu séjourne à Paris. Le 7 juillet, il vend l’usufruit de sa charge de Président à Mortier pour payer ses dettes, ce qui préserve les droits de ses héritiers sur celle-ci. Il obtient une rente de 5200 livres. Le 25 août, il fait l’éloge du duc de la Force (1675-1726), protecteur de l’Académie de Bordeaux, qui venait de mourir le 21 juillet. Le 29 septembre, il travaille au Dialogue de Sylla et d’Eucrate. Le 28 décembre, il donne procuration à sa femme avant de partir à Paris.

Le 23 février 1727 naît Denise de Montesquieu (1727-1800). Son père séjourne toute l’année à Paris. Il se représente à l’Académie française pour succéder à Louis de Sacy. Il déclare qu’il quittera la France s’il n’est pas nommé. Ses adversaires lui opposent ses Lettres persanes. Il pare l’attaque en en faisant faire rapidement une édition expurgée qu’il présente au cardinal de Fleury, ministre de Louis XV, en rejetant sur les éditeurs les fautes qu’on lui avait reprochées. Le 20 décembre a lieu le premier scrutin d’élection à l’Académie française qui est un échec.

Le 5 janvier 1728, Montesquieu est élu à l’Académie française contre le juriste et écrivain Mathieu Marais (1664-1737) malgré l’opposition du parti religieux. Le cardinal de Fleury s’est désintéressé de l’élection. Le 24 janvier, il est reçu par Jean-Roland Mallet (1675-1736) puis prononce son discours de réception. Le 5 avril, il part pour Vienne avec Lord James Waldegrave (1684-1741), premier du nom, ambassadeur du roi d’Angleterre Georges II (1683-1727-1760), et neveu du maréchal de Berwick (1670-1734), maréchal de France. Ils arrivent à Vienne le 26. Le 20 mai, il est de la réception au château de Luxembourg. En juin, il voyage en Hongrie. Il visite les mines de Chemnitz, Neu-Sohl et Königsberg. Le 9 juillet, il quitte Vienne pour Gratz où il arrive quatre jours après. Du 24 septembre au 16 octobre il séjourne à Milan. Le 18 octobre, il visite les îles Borromées. Du 23 octobre au 5 novembre, il séjourne à Turin. Le 9 novembre, il arrive à Gênes. Du 21 au 22 novembre, il a une traversée difficile de Gênes à la Spezzia. Le 1er décembre, il arrive à Florence.

Du 19 janvier au 18 avril 1729, il séjourne à Rome. Du 23 avril au 6 mai, il séjourne à Naples. Puis il retourne à Rome pendant deux mois. Il quitte la cité du Pape le 4 juillet. Du 9 au 17 juillet il séjourne à Bologne. Le 3 août il arrive à Munich après avoir passé par le Brenner et Innsbruck. Du 16 au 23 août, il demeure malade à Augsbourg. Du 29 au 31 août il est à Francfort. Du 1er au 15 septembre, il visite la Rhénanie, notamment ses villes. Il arrive le 24 septembre à Hanovre où il est présenté au roi d’Angleterre, Georges II, originaire d’Hanovre. Début octobre, il visite les mines du Hartz en compagnie de Jean-Frédéric, baron de Stain (1681-1735), ministre du duc de Brunswick. Le 15 octobre, Montesquieu arrive à Amsterdam. Le 31, il part de La Haye, traverse la Manche sur le yacht de Lord Chesterfield (1694-1773) et arrive à Londres le 3 novembre.

Le 23 février 1730, Montesquieu écrit à Chauvelin pour obtenir un poste diplomatique. Il assiste le même jour à une séance au Parlement. Il est élu à la Royal Society le 9 mars. Le 10 avril, il assiste à une violente séance à Westminster sur le port de Dunkerque. Le 23 mai il est initié à la Franc-maçonnerie au sein de la loge londonienne Horn (le Cor) Tavern de Westminster. Le 5 octobre, il est présenté à la reine Caroline de Brandebourg-Ansbach (1683-1737) à Kensington Palace.

Le 6 avril 1731, Montesquieu assiste peut-être au succès de sa protégée Mlle Sallé à Lincoln’s Inn Fields. Le 13 mai, il est de retour à la Brède. Le 25 août, il donne une Description de deux fontaines de Hongrie. Il compose : Mémoires sur les mines, Réflexions sur la monarchie universelle en Europe, Réflexions sur le caractère de quelques princes et sur quelques événements de leur vie. Il commence son livre sur les Romains. L’ouvrage de Germain-François Poullain de Saint-Foix (1698-1776) paru l’année précédente, Lettres d’une Turque à Paris, écrites à sa sœur au serrail [sic], accompagne une contrefaçon des Lettres persanes, sous le titre Lettres d’une Turque à Paris écrites à sa sœur au Sérail pour servir de supplément aux Lettres Persannes [sic].

En 1732, Crébillon fils (1707-1777) fait paraître un roman épistolaire, Lettres de la marquise de M*** au comte de R***. Le 15 novembre, il donne Sobriété des habitants de Rome.

En mai 1733, part pour Paris où il va séjourner. Le 12 juillet Madame de Lambert décède. Son salon se déplace chez Madame de Tencin.

Le 20 juillet 1734, Montesquieu publie à Amsterdam les Considérations sur les causes de la grandeur des Romains et de leur décadence. Il commence à fréquenter Madame de Tencin. Le 13 août, il est reçu à la Ferté-Vidame par le duc de Saint Simon (1675-1755), mémorialiste du règne de Louis XIV (ses Mémoires ne paraîtront de façon complète qu’au XIX° siècle). En septembre, il revient à Bordeaux. Montesquieu travaille à Liberté politique, non publiée (qui sera inclue dans ses Pensées). Il fait paraître Réflexions sur la monarchie universelle en Europe puis détruit tous les exemplaires sauf un. Peut-être forme-t-il le projet de De l’esprit des lois. Le 29 novembre, il donne Sur la formation et le progrès des idées.

En 1735, George Lyttelton (1709-1773) fait paraître en anglais et en français les Nouvelles Lettres persanes. Durant l’été, Montesquieu séjourne à Chantilly (qui se situe dans l’actuel département de l’Oise).

En 1736 il donne l’Essai sur les causes qui peuvent affecter les esprits et les caractères qui reprend la dissertation Sur la différence des génies. En septembre, il retourne à Bordeaux. Le 2 novembre, il achète pour son fils l’office de conseiller au parlement.

De janvier à avril 1737, il séjourne à Bordeaux. Le 6 avril, à cause de son appartenance à la franc-maçonnerie, Montesquieu est inquiété par l’intendant de Guyenne Claude Boucher (1672-1752, intendant de 1720 à 1743) qui le dénonce au cardinal Fleury (1653-1743). Il continue néanmoins à fréquenter les loges bordelaises et parisiennes. De mai à décembre, Montesquieu séjourne à Paris.

De janvier à octobre 1738, il séjourne à Paris. Il donne une Histoire de France non publiée. De novembre à décembre, il séjourne à Paris. Le 19 novembre, Marie de Montesquieu épouse Joseph Vincent de Guichaner d’Armajan (1707-1766), chevalier d’honneur, conseiller de la Cour des Aides de Bordeaux. Sa dot est modeste : 10 000 livres (cf. François Cadilhon, Jean-Baptiste de Secondat de Montesquieu : au nom du père, Presses Universitaires de Bordeaux, 2008, p.14).

De janvier à février 1739, il séjourne à Bordeaux, de mars à décembre à Paris.

De janvier à mars 1740, il séjourne à Bordeaux, d’avril à décembre à Paris. Le 30 avril, Jean-Baptiste de Secondat épouse Marie-Catherine Thérèse de Mons (1720- ?), héritière d’une vieille famille de noblesse d’épée. Chaque famille apporte 300 000 livres (cf. François Cadilhon, Jean-Baptiste de Secondat de Montesquieu : au nom du père, Presses Universitaires de Bordeaux, 2008, p.14-15).

De janvier à mars 1741, Montesquieu séjourne à Bordeaux. Paraît la traduction du roman épistolaire de Samuel Richardson (1689-1761), Pamela, ou la vertu récompensée (Pamela, or Virtue rewarded), publié l’année précédente en Angleterre. Il travaille huit heures par jour à son futur grand ouvrage De l’esprit des Lois. D’avril à décembre, il séjourne à Paris.

Le 2 février 1742, dix-huit livres de De l’esprit des lois sont achevés. En septembre, il commence la rédaction d’Arsace et Isménie, un « roman oriental », à la demande de la légère, voire scandaleuse, Louise-Anne de Bourbon-Condé, dite mademoiselle de Charolais (1695-1758).

De janvier à août 1743, Montesquieu séjourne à Paris. Voltaire (1694-1778), dans une lettre à Vauvenargues (1715-1747), parle d’une France « d’abord ivre » des Lettres persanes. De septembre à décembre, Montesquieu séjourne à Bordeaux où il se livre à une révision générale de De l’esprit des lois.

Il passe l’année 1744 à Bordeaux.

Le 2 février 1745, il lit De l’esprit des lois chez son ami bordelais Jean Barbot ( ?- ?), président de l’Académie Royale des Belles-Lettres, Sciences et Arts de Bordeaux. Le 25 mars, Denise de Montesquieu épouse son cousin Godefroy de Secondat (1702-1774) à Clairac. Montesquieu donne une dote de 10 000 livres mais sa femme en ajoute 60 000 (cf. François Cadilhon, Jean-Baptiste de Secondat de Montesquieu : au nom du père, Presses universitaires de Bordeaux, 2008, p.16).

De janvier à aout 1746, Montesquieu séjourne à Bordeaux. Il est élu à l’Académie des sciences de Prusse que Leibniz avait fondée en 1700. Son président est depuis l’année précédente le français Pierre Louis Moreau de Maupertuis (1698-1759) favorisé par Frédéric II de Prusse (1712-1740-1786). En septembre, Montesquieu retourne à Paris. Il travaille à De l’esprit des lois.

De janvier à octobre 1747, Montesquieu séjourne à Paris. Françoise de Graffigny (1695-1758) fait paraître un roman épistolaire, Lettres d’une péruvienne qui obtient un immense succès immédiat. Montesquieu reprend Arsace et Isménie. En juin, Montesquieu annonce à Maupertuis qu’il a achevé De l’esprit des lois. Il séjourne auprès de l’ancien roi de Pologne et duc de Lorraine depuis 1737 Stanislas Leszczynski ou Leczinski (1677-1766) à Lunéville (actuellement dans le département de Meurthe et Moselle). En juillet, il fait la lecture de De l’esprit des lois à Paris.

De janvier à avril 1748, Montesquieu séjourne à Paris. Il vend définitivement sa charge de président à mortier le 4 avril. Il publie en novembre 1748 à Genève, chez Barillot, sans nom d’auteur : De l’esprit des lois ou du rapport que les lois doivent avoir avec la Constitution de chaque gouvernement, les Mœurs, le Climat, la Religion, le Commerce, etc. Mis en vente à Paris, l’ouvrage connaît immédiatement le succès. Vingt-deux éditions paraissent à Genève en deux ans.

De janvier à juin 1749, Montesquieu séjourne à Bordeaux. De juillet à décembre, De l’esprit des lois est attaqué dans les Nouvelles ecclésiastiques du 9 au 16 octobre.

En février 1750, séjournant à Paris, il répond aux critiques de son œuvre majeure en donnant la Défense de l’Esprit des lois puis les Éclaircissements sur l’Esprit des lois. En septembre, la Sorbonne présente un premier projet de censure du grand ouvrage de Montesquieu. Le 26 novembre, Montesquieu fait enregistrer son testament.

De janvier à mai 1751, Montesquieu séjourne à Paris. Il travaille à une nouvelle édition des Lettres persanes. Il travaille aussi sur De l’esprit des lois. Montesquieu est nommé membre associé de la Société royale des sciences et belles-lettres de Nancy le 20 mars. Il offre à Stanislas Leszczynski, le duc souverain de Lorraine, Lysimaque. L’abbé Jean-Baptiste Gaultier (1685-1755), un janséniste, fait paraître les Lettres persanes convaincues d’impiété. Il critique notamment les lettres qui portent sur la religion (XXXV, XLVI, LXXXIII, XCII et CXXV), la lettre sur le suicide (LXXVI) ainsi que celle sur le divorce (CXVII). Le 29 novembre l’Église catholique romaine interdit le livre – de même que de nombreux autres ouvrages de Montesquieu – et l’inscrit à l’Index, c’est-à-dire dans la liste des ouvrages interdits aux catholiques. Le protestant Angliviel de la Beaumelle (1726-1773) publie une Suite de la défense de l’esprit des lois à Amsterdam en novembre.

En 1752, Montesquieu séjourne à Bordeaux.

De janvier à novembre 1753, Montesquieu séjourne à Paris. Il publie un Mémoire sur la Constitution (Unigenitus) qui propose d’interdire toute dispute sur la querelle du jansénisme afin d’obtenir la paix. En décembre, il revient à Bordeaux. Il commence à écrire l’article « Goût » pour l’Encyclopédie.

De janvier à juillet 1754, Montesquieu séjourne à Paris. Il ajoute et corrige les Lettres persanes dans une édition qui reprend les 150 lettres de la première édition, un Supplément comprenant les trois nouvelles lettres de la deuxième édition de 1721, de huit nouvelles lettres (XV, XXII, LXXVII, XCI, CXLIV, CLVII, CLVIII, CLX de l’édition de 1758), des changements aux lettres LXXXII, XCII, CIX, et XCVII de l’édition de 1758) et un préambule intitulé Quelques réflexions sur les Lettres Persanes qui procèdent à une réfutation de Gaultier qui n’est pas nommé. De juillet à décembre, il est à Bordeaux. Il travaille à une nouvelle édition de De l’esprit des lois. En décembre, Lysimaque est publié. Fin décembre, il repart à Paris.

Le 19 janvier 1755, il tombe malade. Il meurt le 10 février à Paris d’une fièvre inflammatoire. D’après Friedrich Melchior Grimm (1723-1807), Denis Diderot (1713-1784) fut le seul homme de lettres qui assista à son enterrement à Saint Sulpice où il a eu peu de monde (cf. http://www.academie-francaise.fr/les-immortels/charles-de-secondat-baron-de-montesquieu).

En 1757, son article « Goût » est publié sous le titre d’Essai sur le goût. Il paraît dans le tome VII de l’Encyclopédie.

En 1758, son fils Jean-Baptiste de Secondat et l’avocat François Richer (1718-1790) font paraître l’édition posthume des Lettres persanes. Elle répartit les lettres ajoutées dans l’édition de 1754 à leur place. De même, une nouvelle édition de De l’esprit des lois paraît.

 

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Durkheim, brève biographie

 

Émile Durkheim, né à Épinal (Vosges) le 15 avril 1859, est issu d’une famille juive pratiquante. Après l’École Normale Supérieure où il entre en 1879 et l’agrégation obtenue en 1882, il enseigne la philosophie. En 1887, il enseigne à la faculté de Bordeaux la pédagogie et les sciences sociales. Il soutient sa thèse en 1893, De la division du travail social. En 1894, il publie Les règles de la méthode sociologique. En 1896, il lance la revue L’Année Sociologique dans laquelle écrivent philosophes et universitaires sur des thèmes sociaux. En 1897, il publie Le Suicide. À partir de 1902, il enseigne à la Sorbonne à la chaire d’éducation et de sociologie. En 1912, il publie sa dernière grande œuvre, Les formes élémentaires de la vie religieuse. Favorable à l’Union sacrée, il s’engage intellectuellement contre l’Allemagne en 1914. Son fils, André, meurt au combat en 1915, ce qui l’affecte.

Il meurt prématurément à Paris le 15 novembre 1917.

 

Œuvres.

La Contribution de Montesquieu à la constitution de la science sociale (1892) ; De la division du travail social (sa thèse, 1893) ; Règles de la méthode sociologique (1894), Le Suicide, « La Prohibition de l’inceste et ses origines », L’Année Sociologique, vol. 1 (1897) ; Représentations individuelles et représentations collectives (1898), L'éducation morale (1903), Les formes élémentaires de la vie religieuse (1912) ; (avec Ernest Denis) Qui a voulu la guerre ? (1914) ; L’Allemagne au-dessus de tout, La mentalité allemande et la guerre (1915).

 

Œuvres posthumes :

Education et Sociologie (1922) ; Sociologie et Philosophie, L’éducation morale (cours prononcé en 1902-1903) (1925) ; L’Évolution pédagogique en France ((cours pour les candidats à l'Agrégation prononcé en 1904-1905, avec une introduction de Maurice Halbwachs, 1938) ; La science sociale et l’action ((recueil de textes publiés de 1888 à 1908, 1970) ; Leçons de sociologie (cours prononcé en 1898-1900, 1990).

 

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Clément Rosset - brève biographie

 

Vie.

Clément Rosset est né le 12 octobre 1939 à Carteret dans la Manche.

Il entre à l’École normale supérieure de la rue d’Ulm en 1961 et obtient l’agrégation de philosophie en 1965.

Il enseigne la philosophie à Montréal de 1965 à 1967. Puis, il enseigne à l’université de Nice.

Il soutient sa thèse dirigée par Vladimir Jankélévitch le 21 mai 1973, l’anti-nature, et la publie la même année.

En 1998, il prend sa retraite.

Il vit à Paris.

 

Œuvres.

La philosophie tragique (1960) ; Le monde et ses remèdes (1964) ; Lettre sur les chimpanzés : Plaidoyer pour une humanité totale, suivi d’un Essai sur Teilhard de Chardin (1965) ; Schopenhauer, philosophe de l’absurde (1967) ; Schopenhauer, Précis de philosophie moderne (sous le pseudonyme de Roboald Marcas) (1968) ; Les matinées structuralistes, suivies d’un Discours sur l’écrithure, Introduction critique par Albert K*** Laffont (sous le pseudonyme de Roger Crémant), L’esthétique de Schopenhauer (1969) ; Logique du pire, Eléments pour une philosophie tragique (1971) ; L’anti-nature, Eléments pour une philosophie tragique (1973) ; Le réel et son double (1976) ; Le réel. Traité de l’idiotie (1977) ; L’objet singulier, (1978) ; La force majeure (1983) ; Le philosophe et les sortilèges (1985) ; Le principe de cruauté (1988) ; Principes de sagesse et de folie (1991) ; Matière d’art. Hommages, En ce temps-là. Notes sur Louis Althusser (1992) ; Le choix des mots suivi de La joie et son paradoxe (1995) ; Le démon de la tautologie suivi de Cinq petites pièces morales (1997) ; Route de Nuit. Episodes cliniques (1999) ; Loin de moi. Etude sur l’identité (1999) ; Le réel, l’imaginaire et l’illusoire (2000) ; Ecrits sur Schopenhauer (2001) ; Propos sur le cinéma entretien avec Roland Jaccard et anthologie (2001) ; Le régime des passions et autres textes (2001) ; avec (Michel) Polac, Franchise postale (2003) ; Impressions fugitives. L’ombre, le reflet, l’écho (2004) ; Fantasmagories suivi de Le réel, l’imaginaire et l’illusoire (2006) ; La nuit de mai (2008) ; Une passion homicide… et autres textes (2008) ; L’école du réel (2008) ; Le monde perdu (2009) ; Tropiques. Cinq conférences mexicaines, avec (Didier) Raymond, La folie sans peine (2010) ; L’invisible, Récit d’un noyé (2012) ; Faits divers, « Question sans réponse », in (Santiago) Espinosa, L’inexpressif musical (2013).

 

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La Bruyère - brève biographie

La Bruyère (1645-1696)

La Bruyère (1645-1696)

 

Jean de la Bruyère est né à Paris. Il est baptisé le 7 août 1645 à l’église Saint-Christophe. Son père était contrôleur général des rentes de l’hôtel de ville.

Il a vingt ans lorsqu’il présente ses thèses qui lui confèrent le grade de licencié ès deux droits de l’Université d’Orléans. Il devient avocat au Parlement de Paris où il ne plaide pas beaucoup.

Il achète en 1673 la charge de trésorier général de France au bureau des finances de la généralité de Caen. Il continue toutefois à résider à Paris.

Bossuet lui permet en 1684 d’être un des précepteurs chargés d’achever l’éducation du jeune duc de Bourbon qui a seize ans, petit-fils du grand Condé. La Bruyère lui enseigne l’histoire, la géographie, les institutions du royaume de France.

En 1686, il revend sa charge de trésorier général.

En 1687, l’éducation de son élève achevé, La Bruyère demeure dans la maison de Condé où il prend le titre de gentilhomme de M. le Duc.

Dans une lettre à Jean Racine (1639-1699) datée du 19 mai 1687, Boileau (1636-1711) écrit : « Maximilien (La Bruyère) m’est venu voir à Auteuil, et m’a lu quelque chose de son Théophraste. »

Les Caractères de Théophraste traduits du grec avec les Caractères ou les mœurs de ce siècle de Jean de La Bruyère paraissent au début de l’année 1688.

Reçu à l’Académie française le 15 juin 1693, La Bruyère publie son discours dans l’année.

La huitième édition des Caractères paraît en 1694. La Bruyère commence des Dialogues sur le quiétisme. Il les lit le 8 mai 1696 à Antoine Bossuet, frère de l’aigle de Meaux.

Dans la nuit du 10 au 11 mai La Bruyère meurt à Versailles d’une attaque d’apoplexie.

Fin 1698, le libraire Osmont met en vente les Dialogues posthumes du sieur de La Bruyère sur le quiétisme, texte remanié et complété par l’abbé Ellies du Pin.

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Paul Bénichou : brève biographie

Paul Bénichou (1908-2001)

Paul Bénichou (1908-2001)

Paul Bénichou est né à Tlemcen (Algérie) le 19 septembre 1908. Il était issu d’une famille juive séfarade. La famille de son père vivait en Algérie depuis une époque immémoriale. Son grand-père ne parlait que l’arabe. Sa mère descendait d’une famille juive expulsée d’Espagne en 1492. Elle parlait un espagnol médiéval. Paul Bénichou était citoyen français. La république avait naturalisé tous les juifs de sa colonie en 1871, les séparant ainsi des musulmans. À l’école, Paul Bénichou choisit l’arabe plutôt que le français.

Élève au lycée Louis-Le-Grand à Paris, il obtient un prix en thème latin au concours général. Il entre à l’École normale supérieure en 1926. Il y côtoie de plus anciens comme Raymond Aron (1905-1983) ou Jean-Paul Sartre (1905-1980) et un condisciple, Maurice Merleau-Ponty (1908-1962). Il obtient sa licence en 1927 et est reçu à l’agrégation en 1930. Dans les années 1930, il milite dans le radicalisme et écrit des poèmes de facture surréaliste.

En 1940, il est interdit d’enseigner. Pour Vichy, c’est un « juif indigène algérien » qui tombe sous le coup des lois antisémites du nouveau régime. Il quitte la France et devient professeur en Argentine. Il y fonde avec Roger Caillois (1913-1978), l’Institut Français de Buenos Aires. Il rencontre Jorge Luis Borges (1899-1986). Il s’intéresse à la littérature médiévale espagnole. De retour en France, il propose à un professeur en Sorbonne un manuscrit sur la littérature du XVII° comme thèse. Il essuie un refus. Il le publie en 1948 sous le titre de Morales du grand siècle. C’est un succès. C’est devenu un classique. Il enseigne au Lycée Condorcet. Il le quitte en 1958. Il est invité à Harvard où il devient professeur permanent jusqu’en 1979 à raison d’un semestre par an. Son cours sur Molière attire d’autant plus qu’il joue tous les rôles, y compris féminins. Son second semestre est consacré à ses recherches à la bibliothèque nationale. Il enseigne le français et la poésie espagnole.

Historien de la littérature, critique, il est l’auteur d’une œuvre multiple, singulière. Il étudie principalement les rapports entre l’écrivain et la société dans laquelle il se trouve. Son style est clair. Son érudition toujours sure et pertinente. Il refuse la mode théorique de la critique inspirée de la linguistique, non par conservatisme, mais grâce à sa profonde connaissance de l’histoire de la critique comme le montre l’avant-propos de L’écrivain et ses travaux.

Il est mort à Paris le 14 mai 2001.

 

Œuvres majeures

Romancero Judéo-españoles de Marruecos (Buenos Aires, Instituto de Filología de la Universidad de Buenos Aires, 1946) ; Morales du Grand Siècle (Paris, 1948) ; L’Écrivain et ses travaux (Constant, Lamartine, La Rochefoucauld, Mallarmé, Racine, Rousseau) (Paris, 1967) ; Créacion poética en el romancero traditional (Madrid, 1968) ; Nerval et la chanson folklorique (Paris, 1970) ; Man and Ethics: Studies in French Classicism, traduit par Elizabeth Hughes (Garden City, NY, 1971). Le Sacre de l’écrivain 1750-1830 : Essai sur l’avènement d’un pouvoir spirituel laïque dans la France moderne (Paris, 1973) ; Le Temps des prophètes : Doctrines de l’âge romantique (Paris, 1977) ; Les Mages romantiques (Paris, 1988) ; L’École du désenchantement : Sainte-Beuve, Nodier, Musset, Nerval, Gautier (Paris, 1992) ; Selon Mallarmé (Paris, 1995) ; Variétés critiques : De Corneille à Borges (Paris, 1996).

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Alain - biographie

Alain fait cours

Alain fait cours

Vie.

Émile Auguste Chartier, dit Alain, est né le 3 mars 1868 à Mortagne-au-Perche. Il est le fils d’un vétérinaire, Étienne Chartier (1835-1893) et de Juliette Chaline (1844-1910). Il a une sœur aînée, Louise (1861-1943). Il évoque le métier de son père dans un Propos du 20 avril 1923 (repris dans les Propos sur le bonheur, XII « Le sourire »). Il évoque une manie d’un de ses grand-pères de ne se nourrir que de lait dans un Propos du 1912 (repris dans les Propos sur le bonheur, XXX « Ne pas désespérer »). Politiquement, sa famille est radicale. Il l’affirme de son père et de son grand-père maternel (cf. Propos du 7 avril 1912). On ne sait pas grand-chose de son enfance. Il a peut-être été un enfant difficile. Il a connu une école élémentaire où on privilégiait l’enseignement des règles.

En 1874, il entre au Collège Sainte-Marie de Mortagne.

Élevé dans la religion, il a fait sa première communion. Il notera ultérieurement la peur qu’elle lui procura qui l’empêchait de dormir vers ses dix ans (cf. « Éloge de Lucrèce, Propos du 27 février 1932 » in Propos, Gallimard « Bibliothèque de la Pléiade », 1956, pp.1061). Il perd la foi en une religion qu’il compare à une maladie (cf. Propos du 10 octobre 1909 (repris dans les Propos sur le bonheur, LXXIII « Bonne humeur »).

Il fait son lycée à Alençon en octobre 1881 en quatrième. En 1886, il obtient son baccalauréat littéraire. Il entre au lycée Michelet à Vanves pour préparer l’entrée à l’École Normale Supérieure. Attiré par les sciences, il choisit les Lettres par facilité.

À partir de 1887, il est l’élève de Jules Lagneau (1851-1894). « Parmi ses contemporains, n’a reconnu qu’un maître, Jules Lagneau, philosophe profond qui n’a guère écrit. » écrira-t-il de lui en 1925. Jules Lagneau soutenait qu’« il n’y a qu’une vérité absolue, c’est qu’il n’y a pas de vérité absolue ». S’il fut connu, c’est grâce à ses élèves, notamment Alain lui-même. Alain rencontre Paul Landormy (1869-1943), le futur musicologue.

Il entre à l’École normale supérieure, section lettres en 1889, avec Paul Landormy. Il rencontre Léon Brunschvicg (1869-1944) de la promotion 1888. Il devient l’ami d’Elie Halévy (1870-1937) de la promotion 1890 (cf. Leterre 2006). Il est le précepteur du fils des Lanjalley. Armand Lanjalley est directeur de la comptabilité publique (1836-1921). Il passe un baccalauréat es sciences durant ses années d’École en 1891.

Il obtient l’agrégation de philosophie en 1892. Il est 3°. Il enseigne en lycée. D’abord en terminale au collège de Pontivy où il arrive en octobre. Il traduit et commente la Métaphysique d’Aristote. Il coopère à la Revue de Métaphysique et de Morale (RMM) qu’a fondée Xavier Léon (1868-1935) en 1901.

Une crise de rhumatismes le cloue au lit en février 1893. Une scarlatine l’affecte de mai à juillet (cf. Lettre d’Alain à Elie Halévy du 2 juin 1893). En Octobre, il est nommé au lycée de Lorient. Le 3 son père, Étienne Chartier, meurt. En novembre, la Revue de Métaphysique et de Morale publie un premier dialogue d’Alain sous son premier pseudonyme : Criton.

En mars 1894, un deuxième dialogue de Criton paraît dans la Revue de Métaphysique et de Morale. Le 22 avril, son maître, Jules Lagneau, meurt.

En janvier 1895, un troisième dialogue de Criton paraît dans la Revue de Métaphysique et de Morale. Alain est co-directeur de la revue l’Union Universitaire. Il donne des conférences à la Société Républicaine d’Instruction. En juillet Alain fait le discours intitulé « L’accord pour la vie » à la distribution des prix du lycée de Lorient.

En 1896, il est attaqué pour ses conférences et pour son enseignement laïc par les catholiques. En septembre paraît un quatrième dialogue de Criton dans la Revue de Métaphysique et de Morale.

En mars 1897 paraît le cinquième dialogue de Criton dans la Revue de Métaphysique et de Morale.

En mars 1898, Alain présente des Fragments de Jules Lagneau d’après ses manuscrits dans la Revue de Métaphysique et de Morale. En juillet-septembre, il donne des « Commentaires aux fragments de Jules Lagneau » dans la Revue de Métaphysique et de Morale.

En janvier, mars et septembre 1899, Alain publie « Matériaux pour une doctrine laïque de la sagesse » dans la Revue de Métaphysique et de Morale. En octobre, il fonde à Lorient avec des collègues du lycée l’Université Populaire, plus ouvrière et militante que la Société Républicaine d’Instruction. Il lit Karl Marx (1818-1883) et Pierre-Joseph Proudhon (1809-1865). Il arrête les conférences de la Société Républicaine d’Instruction. En novembre, il publie « Valeur morale de la joie d’après Spinoza » dans la Revue de Métaphysique et de Morale.

Le 14 mai 1900, est publiée la première des vingt-quatre chroniques signées Alain qui paraîtront jusqu’au 15 novembre dans La Dépêche de Lorient, journal des Bleus de Bretagne. En juillet, Alain fait une communication au Congrès de Philosophie de Paris : « L’éducation du moi. ». En octobre Alain succède à Léon Brunschvicg au poste de philosophie du lycée Corneille de Rouen. En novembre paraît « Le problème de la perception » dans la Revue de Métaphysique et de Morale. Il a pour élève le futur écrivain André Maurois (1885-1967) qu’il connaît sous son vrai nom, Émile Herzog.

En janvier 1901, Il publie « Le culte de la Raison comme fondement de la République » dans la Revue de Métaphysique et de Morale. Il publie une étude, Spinoza chez Delaplane. En mai, il fait paraître « Sur les perceptions du toucher » dans la Revue de Métaphysique et de Morale. Il rencontre Marie Monique Morre-Lambelin (1871-1941), professeur de sciences qui veut passer le concours de directrice d’école normale et qui veut des cours de philosophie.

En mars 1902, il participe à la campagne électorale de Louis Ricard (1839-1921), ancien ministre, et polémique sous divers pseudonymes (Quart d’œil, Philibert) dans la Démocratie Rouennaise. C’est un échec. Louis Ricard quitte la politique. En juillet, il publie « L’idée d’objet » dans la Revue de Métaphysique et de Morale. Il fait le discours de distribution des prix au lycée Corneille.

En janvier 1903, Alain quitte Lorient. Il est nommé au lycée Condorcet à Paris. Il donne des conférences aux Universités Populaires de Montmartre et des Gobelins. En mai il publie le sixième dialogue de Criton dans la Revue de Métaphysique et de Morale. Le 19 juillet, Alain fait paraître son premier Propos du dimanche dans La Dépêche de Rouen et de Normandie. Le 19 août, il commence quatorze Méditations sur la Mécanique.

En juin 1904 il publie dans la Revue de Métaphysique et de Morale une étude sur le livre d’un ami de Xavier Léon, Louis Weber (18 ?-19 ?) Vers le positivisme absolu par l’idéalisme paru en 1903. En juillet, son discours à la distribution des prix du lycée Condorcet « Les marchands de sommeil » obtient un certain succès. Par Charles (1862-1936) et Marie Salomon, il fait la connaissance de Mathilde Salomon (1837-1909), fondatrice du Collège Sévigné. Il intervient pour soutenir Bergson (1859-1941) sur le parallélisme psycho-physiologique au Congrès de Philosophie de Genève. Il a comme élève Henri Massis (1886-1970) futur critique littéraire et membre de l’Action française.

Le 16 avril 1905 est publié le dernier Propos du dimanche. Le 24 avril est publié le Propos du lundi d’Alain dans La Dépêche de Rouen et de Normandie (jusqu'au 5 février 1906). Le 11 novembre, il écrit : « Je viens de brûler ce onze novembre 1905 à peu près trois cents pages écrites depuis longtemps sous le nom d’Analytique Générale » (Cahiers de Lorient).

En septembre 1906, il passe ses vacances en Bretagne chez ses amis Landormy, à Trébéron près de Brest. L’amour qui l’unira à Gabrielle Landormy (1898-1969), nièce de Paul Landormy, naît peut-être à ce moment. Le 16 février paraît dans La Dépêche de Rouen et de Normandie le premier « Propos d’un normand » d’Alain. En octobre, il fait sa première rentrée au lycée Michelet qu’il retrouve.

Le 27 février 1907 Alain voit et entend le naturaliste René Quinton (1866-1925). En août Alain va à Dieppe. En septembre il séjourne à Genève. En novembre, dans la Revue de Métaphysique et de Morale, il fait un compte rendu élogieux de l’Essai sur les éléments principaux de la représentation d’Octave Hamelin (1856-1907). Ce dernier venait de se noyer en tentant de sauver deux hommes.

En avril 1908 paraissent Cent-Un Propos d’Alain (première série) chez Lecerf à Rouen.

En décembre 1909 paraît la deuxième série des Cent-Un Propos d’Alain à l’imprimerie Wolf à Rouen et chez l’éditeur Cornely à Paris. En août Alain achète la maison de Paissy (Aisne), dans le voisinage de ses amis Lanjalley. En octobre il est nommé professeur de Rhétorique Supérieure au lycée Henri IV. Son influence fut considérable pendant quarante ans (1892-1933). Il a eu comme élèves : le philosophe Georges Canguilhem (1904-1995), la philosophe Simone Weil (1909-1943), l’écrivain Louis Poirier dit Julien Gracq (1910-2007).

Le 26 octobre 1910 sa mère, Juliette Clémence Chartier, meurt à Choisy.

En février-mars 1911, il écrit sous le pseudonyme de Criton les Lettres sur la philosophie première (posthume). Le 16 octobre paraît la troisième série des Cent-Un Propos d’Alain chez Lecerf. En décembre, il commence un Traité de Morale. Il a comme élève Armand Lunel (1892-1977) qui dira de lui « il nous opéra tous littéralement de la cataracte ». Ce dernier entre à l’École Normale supérieure (cf. Georges Jessula, « Armand Lunel, homme de lettres », Archives Juives, 2006/1, volume 39, p.141).

En août et en septembre 1912, Alain lit la Logique et de la Philosophie de la nature de Hegel. En octobre il lit la Politique Positive de Comte. En décembre, il est en conflit avec La Dépêche de Rouen.

En mars 1913, Alain prend parti contre le projet de porter la conscription à trois ans. Il refuse de s’engager dans l’action politique. En juillet, il travaille sur Aristote et sur Hegel. Son amie Marie-Monique Morre-Lambelin est nommée à Saint-Germain en Laye.

Le 3 août 1914, l’Allemagne déclare la guerre à la France. Le 7 août, Alain s’engage volontairement. Le 27 août, il part pour Joigny (Yonne) où il est affecté au 3e Régiment d’artillerie lourde, 63e bataillon, 11e pièce. Le 1er septembre paraît le dernier « Propos d’un normand ». Le 18 octobre, Alain, canonnier, est téléphoniste à Beaumont dans la Woëvre. Le 15 novembre, il est promu 1er canonnier. La quatrième série des Cent-Un Propos d’Alain paraît.

La 21 février 1915, il est promu brigadier. Il fait paraître Vingt-et-un Propos, méditation pour les non-combattants. Il quitte sa fonction de téléphoniste en septembre. L’offensive en Champagne en septembre et octobre échoue. Alain se retrouve le 6 octobre en position sur le front de Champagne à la ferme de Tahure au bois Guillaume. Le 26 octobre, il est au camp de Chalons puis à Trondes.

Du 9 au 16 janvier 1916 il passe sa première permission à Paris. Alain décide d’écrire De quelques-unes des causes réelles de la guerre entre nations civilisées (la rédaction durera jusqu’au 16 avril). Le 31 janvier, il dirige le central téléphonique de la carrière de Flirey (front de Woëvre). Le 8 avril, il commence la rédaction des Quatre-vingt-un Chapitres sur l’Esprit et les Passions (elle se poursuit jusqu’au 1er août). Les 22 et 23 mai, en mouvement vers Verdun, Alain, à la suite d’un accident à la bosse du Mont d’Anon, est hospitalisé à Tantonville jusqu’au 17 août. Du 2 au 17 août, il rédige à l’hôpital de Tantonville les Vingt-et-une scènes de comédie. Du 18 au 25 août il est en permission à Paris. Le 27 août, il rédige Le roi Pot. Le 31 octobre a lieu l’explosion du tunnel de Tavannes. Alain rejoint sur le front de Verdun le bois des Clairs-Chênes sur la crête des Bois-Bourrus, où il demeurera jusqu’au 23 janvier 1917. Du 4 au 12 décembre, Alain est en permission à Paris. Il corrige les épreuves des Quatre-vingt-un-chapitres sur l’Esprit et les Passions.

Le 8 janvier 1917, Alain commence le Système des Beaux Arts (achevé une première fois le 23 octobre, repris en 1919). Le 24 janvier, il rejoint à Dugny (Seine) le service météorologique. Le 14 octobre, démobilisé, après sa blessure qui le laissera boiteux, Alain reprend ses cours au lycée Henri IV. Il achète une maison au Vésinet (Yvelines). Il publie les Quatre-vingt-un chapitres sur l’Esprit et les Passions à l’Émancipation. Il rédige l’Abrégé pour les aveugles, une édition en Braille.

En mars 1918, Alain rédige le Petit Traité d’Harmonie pour les aveugles, qui paraît en Braille. Le 11 novembre, c’est l’armistice signé à Rethondes.

Le 10 janvier 1919, Alain envoie un premier « Propos » à l’Œuvre où il devait publier chaque jour. Le propos est tronqué à la parution. Alain cesse aussitôt sa collaboration. D’avril à juin, il réécrit le premier livre du Système des Beaux-Arts. De mai à novembre, il écrit 76 des chapitres de Mars ou la guerre jugée. En février paraît le Système des Beaux Arts, chez Gallimard dans la collection de la Nouvelle Revue Française. Le 28, c’est dans la même collection que paraît le premier tome des Propos d’Alain. Ils ont été choisis par le collaborateur de la revue de la NRF, le professeur de philosophie Michel Arnaud (alias Marcel Drouin, 1871-1943). Le 25 juin paraît le deuxième tome de ses Propos. En juillet, il achève Mars ou la guerre jugée. D’août à septembre il commence Les Idées et les Âges. Son élève, Jean Prévost (1901-1944), entre à l’École Normale Supérieure.

Le 27 mars 1921 Alain écrit le premier des « Propos » qui paraissent à nouveau à partir du 9 avril, chaque samedi, par recueils de sept, dans la publication Libres Propos (Journal d’Alain), gérée par Michel Alexandre (1888-1952), professeur de philosophie, à l’imprimerie coopérative “La Laborieuse” de Nîmes. Il porte la mention : « Tous droits de reproduction et de traduction entièrement libres pour tout pays. » On peut l’interpréter comme le refus par Alain d’être soumis à l’argent (cf. Georges Pascal « Alain, le philosophe enraciné » in Études normandes n°1, 1994). En juillet il fait paraître Mars ou la guerre jugée chez Gallimard dans la collection de la N.R.F.

En janvier-mars 1922, il publie dans la Revue Musicale, La Visite au Musicien. Le 1er avril Les Libres Propos cessent de s’intituler Journal d’Alain (ils paraissent tous les quinze jours jusqu’au 5 avril 1924).

Il publie en 1923 les Propos sur l’Esthétique, chez Stock. Il a comme élève le futur auteur et éditeur Samuel Silvestre de Sacy (1905-1975) qui louait son sérieux dans la correction des travaux des élèves.

Le 8 février 1924, il publie les Lettres au Dr Mondor sur le sujet du Cœur et de l’Esprit (tirage à 50 exemplaires hors commerce). Le 6 mars dans l’Almanach des Lettres françaises, Alain répond à une enquête sur Stendhal (1783-1842). À partir du 15 mai Les Libres Propos paraissent le 19 de chaque mois jusqu’au 15 octobre. En juin, il publie les Propos sur le christianisme chez Rieder. Le 1er août, il publie Dix ans après dans la Revue européenne dirigée par le dada-surréaliste Philippe Soupault (1897-1990). Le 15 octobre s’achève la première série des Libres Propos. Trois Propos paraissent mensuellement dans L’Émancipation, revue coopérative de Charles Gide (1847-1932) à partir du 3 mai 1924 (jusqu’au 2 février 1927). Son élève, Georges Canguilhem, entre à l’École Normale Supérieure.

D’après une lettre de Michel Alexandre de mars 1925, contacté pour recevoir la légion d’honneur, Alain avait prévu de l’accueillir par le mot de Cambronne. Aussi n’a-t-il pas reçu la précieuse médaille. En avril, paraissent les Propos sur le Bonheur, Cahiers du Capricorne. C’est Marie-Monique Morre-Lambelin qui a effectué le choix des Propos qui sont de différentes périodes. En juillet paraissent les Souvenirs concernant Jules Lagneau, N.R.F. Le 30 septembre c’est au tour des Éléments d’une doctrine radicale de paraître à la N.R.F. et Jeanne d’Arc (sept Propos) chez Jo Fabre. Simone Weil entre dans sa classe : elle y restera trois ans.

En février 1926, des Études pour « les Idées et les Ages » paraissent dans la Nouvelle Revue Française – Sur le « Jean Christophe » de Romain Rolland (1866-1944) dans Europe. Le 19 mars, Alain fait paraître Le citoyen contre les pouvoirs chez Kra. Le 7 juillet Sentiments, passions et signes (60 Propos) paraissent chez Marcelle Lesage.

Il fait paraître en 1927 une Étude sur Descartes précédant le Discours de la Méthode dans la maison d’édition de Georges Crès (1875-1935). Le 20 mars, c’est la reprise des Libres Propos, nouvelle série (jusqu’à 1936). Le 15 avril, il fait paraître La nuit, les muses et l’amitié dans Europe. Le 23 juin Henri Mondor (1885-1962) organise la rencontre d’Alain et de Paul Valéry (1871-1945) au restaurant Lapérouse. Le 12 août Marie Monique Morre-Lambelin achète au Pouldu (Finistère) le terrain sur lequel elle fait construire une petite maison bretonne « Le Puits fleuri ». Alain y habitera périodiquement (jusqu’à l’été de 1939). Le 10 septembre, il fait paraître Les Idées et les Âges à la N.R.F. Le 18 novembre, il fait paraître Esquisses de l’Homme chez Helleu et Sergent et La visite au musicien à la N.R.F.

En mars 1928 il fait paraître Opinions sourdes dans la Revue des vivants. Le 25 juillet paraissent Onze chapitres sur Platon, chez Hartmann. En septembre Gabrielle Landormy veut rompre avec Alain. Entre dans sa classe Louis Poirier, le futur Julien Gracq. À noël paraît la cinquième série des Cent-Un Propos d’Alain chez Marcelle Lesage ainsi qu’une Étude d’Alain précédant le Traité des Passions de Descartes, Les Arts et le Livre, Jonquières.

Le 1er janvier 1929 il écrit : « J’étais journaliste. Je ne le suis plus » qu’il dédicace à Marie-Monique Morre-Lambelin. En avril Gabrielle Landormy part aux États-Unis (De 1929 à 1930 Alain écrit 70 poèmes à Gabrielle). Le 30 novembre Charmes de Paul Valéry est commenté par Alain à la N.R.F. Il publie Auguste Comte dans la Revue positiviste internationale.

En 1930 Alain publie son Commentaire de Sémiramis de Valéry dans la Nouvelle Revue française. Le 15 décembre, il donne Guerre et Paix dans Europe.

Le 10 janvier 1931, paraissent les Entretiens au bord de la mer à la N.R.F. Le 6 juin paraissent Vingt leçons sur les Beaux Arts à la N.R.F. Il commence le 31 octobre la publication dans L’école libératrice de Les sources de la mythologie enfantine (jusqu’au 11 juin 1932).

Le 25 janvier 1932 il fait paraître Idées. Platon, Descartes, Hegel chez Hartmann. Le 15 avril, il publie un article, « Goethe, le poète comme penseur » dans Europe. En septembre, il publie un nouveau livre : Propos sur l’éducation chez Rieder. Le 1er octobre il commence la publication de Mythologie humaine dans L’école libératrice (jusqu’au 15 juillet 1933). Le 8 novembre, il donne la première leçon de son cours public « Mythes et Fables » au Collège Sévigné (jusqu’au 4 avril 1933). En décembre, il publie un article « Le langage de Bach » dans la Revue musicale.

Le 30 janvier 1933, Adolf Hitler est chancelier d’Allemagne. En mars, Alain publie un article « Une interprète de Beethoven » dans la Revue musicale. Le 23 juin est créé le Comité mondial contre la guerre et le fascisme (dit Comité Amsterdam-Pleyel). Le 3 juillet, Alain donne sa dernière leçon au lycée Henri IV. Le ministre de l’Éducation nationale, Anatole de Monzie (1876-1947) et le recteur de Paris ont assisté à la leçon précédente. Le 1er août Alain dès son arrivée au Pouldu commence à écrire Les Dieux qu’il achèvera le 20 septembre. En octobre Alain donne son point de vue sur le fascisme dans Avant-Poste. Revue de Littérature et de Critique. Le 23 décembre, il fait paraître un livre, Propos de littérature chez Hartmann.

Le 6 février 1934 a lieu une émeute antiparlementaire à Paris de l’extrême-droite qui est comprise par la gauche comme une insurrection fasciste. Le 1er mars Alain répond à la question : « Le parlementarisme a-t-il fait faillite ? » dans la Revue mondiale. Le 5 mars paraît, dans les Libres propos, le Manifeste du Comité de vigilance des intellectuels antifascistes créé par Alain, le médecin et ethnologue Paul Rivet (1876-1958), professeur au Museum et le physicien Paul Langevin (1872-1946), professeur au collège de France. Le 10 mars, Alain donne sa réponse à la question « Les écrivains doivent-ils faire du journalisme ? », dans le n°217 de Toute l’édition. Le 20 avril il fait paraître un livre, Les Dieux à la N.R.F., dans l’édition originale préparée par l’écrivain André Malraux (1901-1976). Le 15 juin il publie un « Message à la jeunesse » dans la revue Europe. Le 15 novembre, il fait paraître un article : « 20 ans après ou Mars refroidi » dans Europe. En novembre-décembre, avec Paul Rivet et Paul Langevin, il lance l’« Appel du comité de Vigilance des intellectuels ». Le 15 décembre, il publie un article « Pourra-t-on éviter une révolution ? » dans la Revue Mondiale. Il publie un livre, Propos de Politique chez Rieder.

Le 15 mars 1935, il fait paraître En lisant Balzac, laboratoires Martinet. Le 16 mai paraissent les Propos d’économique à la N.R.F. Le 15 juin « Hommage à Victor Hugo » dans Europe et Stendhal chez Rieder.

Le 30 janvier 1936, « La Jeune Parque », poème de Valéry est commenté par Alain dans la N.R.F. Le 15 février, il signe avec Paul Langevin et Paul Rivet une lettre, « Pour la vigilance aux yeux ouverts ». Le 20 mars, Alain donne un « Questionnaire à propos des récents événements internationaux » dans Vigilance. Les 26 avril et 3 mai le Front populaire gagne les élections législatives. En mai et en juin de nombreuses grèves avec occupation des usines on lieu. Le 3 juin, Alain publie un livre d’autobiographie intellectuelle, Histoire de mes pensées à la N.R.F. Le ministère de Léon Blum (1872-1950) est constitué le 4 juin. Cécile Brunschvicg (1877-1946) entre au gouvernement. Le 7 juin, les accords de Matignon amènent les lois instituant les congés payés et la semaine de quarante heures. Le 18 juillet, le général Franco se soulève : c’est le début de la guerre civile d’Espagne.

En mai 1937, Alain publie un livre, Souvenirs de guerre, chez Hartmann. En octobre, il publie un autre livre, Entretiens chez le sculpteur toujours chez Hartmann. En novembre, c’est un nouveau livre, Les Saisons de l’Esprit, édité à la N.R.F.

En septembre 1938, il publie un article, « Le Poète et le Roi » dans la Revue de Paris, futur chapitre III des Humanités (1946). En septembre-novembre, il publie « Le Roi Pot » dans la Nouvelle Revue Française. Le 21 décembre Alain est au Vésinet où il entreprend de rédiger son Journal (qu’il tiendra jusqu’à sa mort). Il publie un recueil de Propos sur la religion chez Rieder.

Le 15 février 1939, il publie un article « Du romanesque d’ambition ou de l’amour chez Stendhal » dans la Revue de Paris (futur chapitre V des Humanités, 1946). En mars, il publie un livre, Minerve ou de la sagesse chez Hartmann. Il donne « Le déjeuner chez Lapérouse » dans la Nouvelle Revue Française (futur chapitre IX des Humanités, 1946). Le 15 mars, il donne Suite à Mars ; Convulsions de la Force à la N.R.F. Le 18 mars, il donne Suite à Mars : Echec à la Force à la N.R.F. Il donne également « Le fantastique et le réel dans les Contes de Dickens » dans la Nouvelle Revue Française ainsi que « Saint-Simon ». Le 1er septembre, la deuxième guerre mondiale commence par l’invasion de la Pologne par l’Allemagne et le 3 par la déclaration de guerre de l’Angleterre et de la France à l’Allemagne. Alain signe le tract « Paix immédiate » rédigé par l’anarchiste Louis Lecoin. Le 23 septembre, Gabrielle Landormy vient au Pouldu voir Alain à qui les rhumatismes ne permettent plus de se déplacer par lui-même. Le 29 décembre, il publie Préliminaires à l’Esthétique à la N.R.F.

Le 1er mars 1940, Alain publie « L’imagination dans le roman » dans la Revue de Paris. Après d’âpres combats en mai et en juin, le Maréchal Pétain (1856-1951), devenu président du Conseil le 16 juin demande l’armistice. Le 18 juin, le Général de Gaulle (1890-1970) appelle à la résistance. L’armistice est signé le 22 juin. Le 10 juillet, les deux Chambres accordent les pleins pouvoirs à Pétain à Vichy : la III° république est remplacée par le régime de Vichy. En juillet et août, Alain au Vésinet écrit Portraits de Famille. C’est en juillet qu’il note dans son journal : « J’espère que l'Allemand vaincra ; car il ne faut pas que le général de Gaulle l’emporte chez nous. Il est remarquable que la guerre revient à une guerre juive, c’est-à-dire à une guerre qui aura des milliards et aussi des Judas Macchabées. » (cité dans Epstein 2001, p.222). Le 21 août il écrit sur Jules Lagneau. En septembre, il écrit sur la philosophie de Jules Lagneau.

En mars-avril 1941, il publie Les aventures du Cœur dans la Nouvelle Revue Française. En mai Simone Weil adresse sa dernière lettre à Alain. Le 2 novembre Marie Monique Morre-Lambelin meurt.

En 1942, Alain publie Les Vigiles de l’Esprit à la N.R.F.

En août 1943, Alain lit la Phénoménologie de l’Esprit de Hegel. Le 24 août son ancienne élève Simone Weil meurt. Le 17 septembre, il publie Préliminaires à la mythologie chez Hartmann. Puis, il publie Abrégé pour les aveugles aussi chez Hartmann.

Le 6 juin 1944, c’est le débarquement allié en Normandie. Le 1er août Jean Prévost meurt dans le maquis du Vercors. Le 25 août Paris est libéré.

En février 1945, Gabrielle Landormy arrive à Paris avec l’armée du Maréchal Juin, après avoir fait la campagne d’Italie comme infirmière. Le 8 mai le III° Reich capitule. Le 5 juillet, il publie Les aventures du cœur, Hartmann. En lisant Dickens, N.R.F. Le 30 décembre Alain épouse Gabrielle Landormy au Vésinet.

Du 22 mars au 18 avril 1946, il écrit les Lettres à Sergio Solmi sur la philosophie de Kant, publiées chez Hartmann. En avril, il publie « Rabelais » dans le premier numéro des Cahiers de la Pléiade, premier chapitre de son recueil d’article, Humanités, qui est publié aux Éditions du Méridien. Portraits de Famille (extraits), dans la Table ronde.

En mars-avril 1947, Alain écrit les Souvenirs sans égards. Le 25 août Alain écrit Souvenirs de musique. Il publie une série d’articles dans le Mercure de France (« Essai sur les pouvoirs civils et militaires » ; « Théologien amateur » ; « Littérature anglaise » ; « Les difficultés de la Phénoménologie de Hegel »).

En 1948, il publie des articles dans les Nouvelles Littéraires et le Mercure de France (« Chateaubriand » ; « George Sand » ; « Structure paysanne »).

En 1949, il publie des articles sur César Franck, Balzac, Claudel, Wilhelm Meister, poème de l’humanité.

Le 25 mars 1950, Alain répond à la question : « La France est-elle toujours cartésienne ? » dans le Figaro Littéraire. En avril, il publie « Simone Weil » dans la Table Ronde.

Le 10 mai 1951, Alain reçoit le Grand Prix National des Lettres, décerné pour la première fois. Le 2 juin Alain meurt dans sa maison du Vésinet. Le 6 juin, il est enterré au cimetière du Père Lachaise.

 

Le 22 juin 1951 est fondée l’Association des Amis d’Alain, dont le premier président est André Maurois. Le 1er décembre, le Mercure de France publie les Définitions d’Alain.

 

Œuvres.

Parmi ses œuvres, et sans mentionner tous les recueils de Propos, composés de son vivant ou après sa mort (environ 5000), on peut citer : Spinoza (1901, puis 1949 dans une édition augmentée) ; Quatre-vingt-un Chapitres sur l’Esprit et les Passions (1916) qui deviendra les Éléments de philosophie (1941) ; Petit Traité d’Harmonie pour les aveugles (en braille, 1918) ; le Système des Beaux-Arts, rédigé pour les artistes, en vue d’abréger les réflexions préliminaires (1920) ; Mars ou la guerre jugée (1921 et 1936) ; Lettres au docteur Henri Mondor sur le sujet du cœur et de l’esprit (1924) ; Propos sur le bonheur, Souvenirs concernant Jules Lagneau (1925) ; Le citoyen contre les pouvoirs (1926) ; Les Idées et les âges, Esquisses de l’homme (1927) ; les Entretiens au bord de la mer (1931) ; Idées (Platon, Descartes, Hegel), Propos sur l’éducation (1932) ; Les Dieux (1934) ; Stendhal, En lisant Balzac (1935) ; Histoire de mes pensées (1936) ; Souvenirs de guerre, Entretiens chez le sculpteur, Les Saisons de l’esprit (1937) ; Minerve ou de la sagesse (1930) ; les Vigiles de l’esprit (1942) ; Préliminaires à la mythologie (1943) ; Les aventures du cœur, En lisant Dickens (1945) ; Lettres à Sergio Solmi sur la philosophie de Kant (1946).

 

Posthumes.

Définitions (1951).

 

Bibliographie.

 

Sources internet

http://alinalia.free.fr/

http://www.alainmortagne.fr/

 

Articles.

Jacomino Baptiste, « Alain et la réflexion républicaine sur l’école », in Les Sciences de l’éducation – Pour l’Ère nouvelle, 2010/1 Vol. 43, p. 63-79.

A.-V. Baillot, « L’individualisme d’Alain », Bulletin de l’Association Guillaume Budé, Lettres d’humanité, n°31, décembre 1972, p.547-548.

547-548.Georges Canguilhem, « Réflexions sur la création artistique selon Alain » Revue de métaphysique et de morale, n°2, 1952 ; reproduit dans le n° 69 des Cahiers philosophiques, décembre 1996.

Georges Jessula, « Armand Lunel, homme de lettres », Archives Juives, 2006/1, volume 39

Alain Michel, « Alain, Les propos d'un Normand, 1906-1910 », Bulletin de l’Association Guillaume Budé, n°2, juin 1996, p.182-190.

Georges Pascal « Alain, le philosophe enraciné » in Études normandes n°1, 1994.

 

Ouvrages.

Epstein 2001 : Simon Epstein, Les Dreyfusards sous l’occupation, 2001, Albin Michel

Leterre 2006 : Alain Leterre, Alain, le premier intellectuel, Stock, 2006.

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Jan Patočka : biographie

Le philosophe Jan Patočka est né le 1er juin 1907 à Turnov, en Bohème. Son père était un philologue classique. Il fait ses études au Gymnase (lycée) moderne de Prague. Son père lui apprend le grec. Il étudie à l’université Charles, à Prague, la philologie slave, la romanistique et la philosophie.

Grâce à une bourse, il part en France en 1928-1929. Il suit à la Sorbonne les cours de Jacques Brunschvicg (1869-1944). Il écoute Pierre Janet (1859-1947) et entend Édouard Le Roy (1870-1954), disciple et successeur de Bergson (1859-1941) au Collège de France. Il rencontre le futur historien des sciences Alexandre Koyré (1892-1954) qui donne des cours à l’École des Hautes Études. Il assiste aux Conférences de Paris d’Edmund Husserl (1859-1938) l’École des Hautes Études. Elles seront publiées sous le titre de Méditations cartésiennes.

Il revient à Prague. Il passe ses examens d’État et les rigorosa. Il soutient sa thèse de doctorat sur le concept d’évidence.

En 1932-1933, grâce à une bourse de la Fondation Humboldt il part étudier à Berlin et à Fribourg-en-Brisgau. Il participe aux séminaires de Nikolaï Hartmann (1882-1950) et de Martin Heidegger (1889-1976). Il fait la connaissance personnelle d’Edmund Husserl et d’Eugen Fink (1905-1975), alors son assistant. Dans le même temps, il étudie la philosophie antique et la philosophie allemande classique.

En 1937, il soutient à Prague, sa thèse d’habilitation, Le monde naturel comme problème philosophique. Après la fermeture des universités tchèques, en 1939, il enseigne dans différents lycées de Prague jusqu’en 1944.

Après la guerre finie, il revient à la faculté de philosophie de Prague. En 1950, il doit quitter la Faculté. Il est employé de la Bibliothèque Masaryk. En 1954, après la dissolution de la Bibliothèque, il est affecté à l’Institut de recherches pédagogiques du ministère de l’Instruction à Prague. En 1956, il se retrouve à l’Institut pédagogique de l’Académie des sciences. En 1958, il est affecté à l’Institut de philosophie de l’Académie, où il reste jusqu’à l’automne 1965.

À l’automne 1964, il donne une série de conférences à Louvain. Il enseigne un semestre comme enseignant-invité à Mayence en 1964-1965. En 1967-1968, il est enseignant-invité à Cologne.

En 1968, il devient, après avoir fait une demande dès 1945, professeur ordinaire à la Faculté de philosophie de Prague.

En 1971, il est expulsé de l’université.

En 1977, il signe la Charte 77 et devient, avec Jiří Hájek (1913-1993) et Václav Havel (1936-2011), l’un de ses premiers porte-paroles. Il meurt d’une hémorragie cérébrale le 13 mars, à la suite de nombreux interrogatoires subis par la police d’Etat.

 

Œuvres en français.

Le Monde naturel comme problème philosophique, traduit par Jaromír Daněk et Henri Declève, La Haye, Martinus Nijhoff, 1976 ; Essais hérétiques sur la philosophie de l’histoire, traduit par Erika Abrams, Verdier, 1981 ; Platon et l’Europe, traduit par Erika Abrams, Lagrasse, Verdier, 1983 ; La Crise du sens, tome 1, Comte, Masaryk, Husserl, traduit par Erika Abrams, Bruxelles, Ousia, 1985 ; La Crise du sens, tome 2, Comte, Masaryk et l’action, traduit par Erika Abrams, Bruxelles, Ousia, 1986 ; Le Monde naturel et le mouvement de l’existence humaine, édité et traduit par Erika Abrams, Dordrecht, Kluwer Academic Publishers, 1988 ; Qu’est-ce que la phénoménologie ?, édité et traduit par Erika Abrams, J. Millon, 1988 ; L’Écrivain, son « objet », édité et traduit par Erika Abrams, P.O.L, 1990 ; L’Art et le Temps, édité et traduit par Erika Abrams, P.O.L, 1990 ; Liberté et sacrifice. Écrits politiques, édité et traduit par Erika Abrams, J. Millon, 1990 ; L’Idée de l’Europe en Bohême, édité et traduit par Erika Abrams, J. Millon, 1991 ; Papiers phénoménologiques, édité et traduit par Erika Abrams, J. Millon, 1995 ; Conférences de Louvain, sur la contribution de la Bohême à l’idéal de la science moderne, texte établi par Valérie Löwit et Filip Karfík, Bruxelles, Ousia, 2001 ; L’Europe après l’Europe, édité par Erika Abrams, traduit par Erika Abrams et Marc B. de Launay, Lagrasse, Verdier, 2007 ; Aristote, ses devanciers, ses successeurs, traduit par Erika Abrams, Vrin, 2011 ; Éternité et historicité, traduit par Erika Abrams, Verdier, 2011.

 

 

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