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La guerre - Fiche

Henri Rousseau, dit le Douanier (1844-1910), "La Guerre", vers 1894, Huile sur toile, H. 114 ; L. 195 cm, © RMN-Grand Palais (Musée d'Orsay) / DR

Henri Rousseau, dit le Douanier (1844-1910), "La Guerre", vers 1894, Huile sur toile, H. 114 ; L. 195 cm, © RMN-Grand Palais (Musée d'Orsay) / DR

Analyse.

La guerre se dit d’abord d’un conflit armé. Elle oppose des peuples, des pays, des États (cf. Clausewitz, De la guerre, livre I, chapitre 2, p. 60), des classes sociales, voire des individus. Mais tout conflit armé n’est pas une guerre (par exemple Pépin et Tulacque prêts à se battre avec un couteau et une hache dans la tranchée, cf. Barbusse, Le feu, II Dans la terre, p. 77-78). On ne le dira pas d’un simple échange de coups de feu entre les forces de l’ordre et des malfrats lors d’une attaque à main armée. Si on parle de guerre ce sera éventuellement comme une sorte d’hyperbole (= figure de l’exagération en rhétorique). Ainsi, on parlera de la guerre qu’Eliot Ness (1903-1957) et ses hommes surnommés les incorruptibles ont livrée à Al Capone (1899-1947). Disons donc avec Hobbes (Léviathan, chapitre 13, 1651) que de même qu’une simple averse ne fait pas le mauvais temps, un simple combat ne fait pas la guerre. Le temps (ou la durée) est donc essentiel à la définition de la guerre réelle (cf. Clausewitz, De la guerre, livre I, chapitre 1er, 8 p. 27-29) plus que son effectivité (Hobbes, ibid.). Ce qui la définit selon Hobbes, c’est un temps pendant lequel la volonté de lutter par la force est déclarée par des paroles ou par des actes (cf. Elements of Law natural and politic, 1650, chapitre XIV, art. 2).

De même qu’il n’y a pas toujours de combat dans une guerre, il peut ne pas y en avoir du tout. Tel est le sens de la notion de guerre froide qui a opposé après le second conflit mondial le bloc capitaliste au bloc communiste. Remarquons toutefois que la guerre froide a vu nombre de conflits armés (Vietnam, Afghanistan, etc.).

On appelle alors par métonymie “guerre” la période (et donc le lieu) pendant laquelle se situe le conflit violent.

Comme les actes violents ne sont pas nécessaires pour qu’il y ait un état de guerre, on peut parler sans métaphore de guerre pour tous les combats qui enveloppent une forme de violence implicite. La guerre idéologique, la guerre dans les lettres, etc. se comprennent ainsi. C’est en ce sens qu’il peut y avoir guerre entre individus s’ils constituent, chacun pour leur part, une menace pour les autres : c’est la guerre de chacun contre chacun de l’état de nature selon Hobbes (Léviathan, chapitre 13). D’où la notion d’état de guerre qui signifie moins le combat effectif que la menace permanente du combat.

C’est pourquoi on peut parler de guerre civile – même si dans d’autres langues que le français il y a deux mots pour les distinguer. Ainsi, en grec ancien on distingue la stasis (στάσις) qui concerne le conflit entre les classes sociales de la cité, par exemple les beaux et bons (Οἱ καλοὶ κἀγαθοί) contre les mauvais (Οἱ κακοί) et le polémos (πόλεμος) qui oppose des cités ou des peuples, etc. Xénophon (~430-~355 av. J.-C.) raconte dans les Helléniques (IV, 4, 2-3) comment, à Corinthe, les partisans de la démocratie ont massacré les aristocrates au théâtre, c’est-à-dire un jour de fête. Chez Eschyle, l’ombre du roi Darios demande à la reine si le désastre est dû à la stasis (Les Perses, v.715 traduction « désordre » ; « guerre civile » dans la traduction Mazon). Ainsi Platon distingue la stasis du polemos en considérant qu’elle existe à l’intérieur d’une famille comme celle des Grecs alors que le polémos oppose les Grecs aux Barbares (La République, livre V, 470 b et sq.). Il propose également cette distinction à l’intérieur de la guerre qui se distingue en sédition et guerre contre des ennemis extérieurs (cf. Les Lois, I, 629d). À l’origine, c’est une guerre qui oppose les hommes aux animaux où les premiers ont le dessous dans le mythe que Platon attribue au sophiste Protagoras dans le dialogue qui porte son nom (πρὸς δὲ τὸν τῶν θηρίων πόλεμον ἐνδεής : Platon, Protagoras, 322b). C’est qu’ils ne possèdent pas d’emblée l’art politique dont la guerre est une partie. De même Aristote fait de la guerre un moyen naturel d’acquérir, soit des animaux et elle est chasse, soit des hommes faits pour obéir, autrement dit, des esclaves par nature. C’est pour lui une guerre naturellement juste (φύσει δίκαιον τοῦτον ὄντα τὸν πόλεμον : Politique, I, 3, 1256b). Toutefois, Thucydide (460-395 ? av. J.-C.), le stratège déchu et l’historien de la guerre entre Athènes et Sparte au V° av. J.-C., met en relation la guerre extérieure et la guerre civile dans le contexte de la guerre civile entre les démocrates et les oligarques à Corcyre. C’est la guerre (polémos) qui exacerbe la dissension (stasis) (Histoire de la guerre du Péloponnèse, III, 82). Platon quant à lui, fait implicitement le lien entre les deux lorsque il remarque que pour sa « belle cité » faire la guerre à une cité ordinaire est rendue plus facile par le fait qu’elle est deux cités, composée d’ennemis, à savoir les riches et les pauvres (La République, IV, 422e-423a). Lorsqu’il définit la stasis, Aristote lui attribue deux caractères essentiels : elle est interne à la communauté politique mettant aux prises des citoyens qui jouissent de leurs droits civiques et elle implique l’usage des armes (Politique, V, 5, 1305a10 ; VII, 9, 1328b10). Sa fin selon lui est le changement de constitution.

Pour qu’il y ait guerre, il faut qu’il y ait des ennemis. On peut alors distinguer l’ennemi au sens politique (latin : hostis ; grec : polémios, πολέμιος) de l’ennemi personnel (latin inimicus ; grec : ekthros, εχθρός) ou l’intention hostile du sentiment hostile comme Clausewitz (De la guerre, I, chapitre 1, 3, p. 21). Les grecs et les romains ne faisaient pas un usage strict de ces oppositions comme le montre Eschyle qui utilise ekthros pour désigner les ennemis en général (Les Perses, v. 328). L’ennemi au sens politique menace non pas les individus mais l’entité politique – cité, État, classe, groupe, nation, ethnie, etc. L’ennemi au sens personnel menace uniquement la personne en tant que telle. Othello, dans la pièce de Shakespeare (1564-1616) qui porte son nom, est l’ennemi personnel d’Iago quoique les deux aient des ennemis au sens politique qu’ils combattent ensemble. On s’explique ainsi que les hommes dans la guerre puissent tuer d’autres hommes qu’ils ne connaissent pas, voire avec qui ils peuvent momentanément fraterniser (ce qu’illustre le roman de Barbusse, Le feu, chapitre 12 Le Portique, p. 225-226). Ce qui est valable de la guerre entre États s’applique à toute autre guerre, civile, entre la société et certains groupes, etc.

L’ennemi au sens politique se manifeste dans une revendication de droit qui ne trouve pas à se régler par une procédure acceptée par les deux partis : revendication territoriale, litige commerciale, menace due à l’armement, aux alliances, etc. Dans la mesure où le droit n’a d’effectivité qu’à l’intérieur d’une entité politique – et encore faut-il que les groupes sociaux la reconnaissent sans quoi il y a guerre civile, la guerre paraît nécessaire lorsqu’un règlement politique n’est pas possible. D’où la thèse de Clausewitz souvent citée : « La guerre est une simple continuation de la politique par d’autres moyens » (De la Guerre, livre I, chapitre I, 24, p. 43) ou « la guerre n’est qu’une partie des relations politiques, et n’est donc absolument pas autonome » (livre VIII, chapitre 6B, p. 340).

 

Problèmes.

1. Comment penser d’un point de vue moral la guerre ? Est-elle une situation normale, naturelle au sens d’un retour à l’état primitif (Barbusse, Le Feu, II. Dans la terre, p. 70), que quelques moments de paix viennent interrompre, moments de paix plus apparents que réels ou bien, quelle que soit sa fréquence, montre-t-elle une sorte de pathologie ou de perversité de la nature humaine ? N’est-elle pas au contraire ce qui montre une certaine valeur en l’homme dans la mesure où il est capable de ne pas faire de la vie une valeur suprême ? Dès lors, la guerre ne doit-elle pas être recherchée pour manifester la valeur morale d’un individu ou d’un peuple ?

2. Comment rendre compte politiquement de la guerre ? Est-elle constitutive de la politique qui serait structurée par l’opposition entre les amis (les concitoyens) et les ennemis comme l’a soutenu Carl Schmitt (1888-1985) dans La notion de politique – Théorie du partisan (1932) ? Faut-il renverser la formule de Clausewitz et soutenir en suivant Michel Foucault (1926-1986) dans Il faut défendre la société (Cours au Collège de France, 1976) : « Le pouvoir, c’est la guerre, c’est la guerre continuée par d’autres moyens. » ? Est-elle seulement la loi de la relation entre les États, voire l’autre face de la diplomatie ? N’est-elle pas plutôt l’inachèvement de la politique s’il est vrai que la paix comme union et non comme désert de l’esclavage est le seul horizon légitime et ultime de la politique ?

3. Comment rendre compte juridiquement de la guerre ? Est-elle un état d’absence de relation juridique s’il est vrai que c’est à l’intérieur de l’État (ou de tout autre groupement politique) que des relations juridiques seraient possibles ? Une guerre juste a-t-elle un sens ou bien est-elle une façon de nier toute humanité à l’ennemi ? La justice de la guerre n’est-elle pas dans le rétablissement de la paix et dans le refus de la domination ?

 

Eschyle, Les Perses, présentation par Danielle Sonnier, traduction par Danielle Sonnier et Boris Donné, GF Flammarion n°1127, 2000.

Carl Von Clausewitz, De la guerre, édition abrégée, traduit de l’allemand et présenté par Nicolas Waquet, Rivages Poche, 2006.

Barbusse, Le Feu (Journal d’une escouade), GF Flammarion n°1541, 2014.

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Les fonctions du langage selon Jakobson

Toute communication suppose les six éléments suivants sans lesquels elle n’est pas possible :

 

                                                  Contexte (ou « référent »)

Destinateur….…Message (ou acte de parole)  ………Destinataire

                                            Contact (physiologique)

                                               Code (ou langue)

D’où les six fonctions du langage suivantes :

                                                           Référentielle

Émotive                                        Poétique                           Conative                                                       Phatique

                                                      Métalinguistique

 

1° La fonction émotive (ou expressive) : elle est centrée sur le sujet de l’énonciation qui exprime ses sentiments.

Exemples : utilisation d’interjections ; « je t’aime » ; « Va, je ne te hais point » Chimène à Rodrigue dans Le Cid (III, 4) de Pierre Corneille (1606-1684).

 

2° La fonction référentielle (ou cognitive ou dénotative) : l’essentiel de l’information vise un état de choses.

Exemples : utilisation scientifique de la langue, phrases déclaratives (mode indicatif).

 

3° La fonction conative : le message ne peut être soumis à une épreuve de vérité (modes impératif, vocatif). Il est centré sur le destinataire.

Exemples : « Buvez ! » ou encore une prière.

 

4° La fonction phatique : le message ne vise qu’à établir ou prolonger ou interrompre la communication.

Exemple : ce dialogue entre deux jeunes gens que propose Jakobson. « Eh bien ! » dit le jeune homme. « Eh bien ! » dit-elle. « Eh bien, nous y voilà. » dit-il. « Nous y voilà, n’est-ce pas. » dit-elle. « Je crois bien que nous y sommes. » dit-il. « Hop ! Nous y voilà. » « Eh bien ! » dit-elle. « Eh bien ! » dit-il « eh bien. ».

Autre exemple que j’emprunte à Sartre : “Garcin, il entre et regarde autour de lui : « Alors voilà. » Le Garçon : « Voilà » Garcin : « C’est comme ça… » Le Garçon : « C’est comme ça. »” Sartre, Huis clos (1944), scène première.

 

5° La fonction métalinguistique : découverte par la logique moderne pour résoudre les paradoxes sémantiques comme celui d’Épiménide le crétois qui affirme que tous les crétois sont des menteurs. Le langage courant en fait usage.

Exemples : « Que voulez-vous dire ? » ; « Le langage est un instrument de communication. »

 

6° La fonction poétique : l’accent est mis sur le message, elle vise à mettre en évidence les signes eux-mêmes.

Exemples : « I like Ike » ; « Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes ? » Racine (1639-1699), Andromaque, acte V, scène dernière ; « C.R.S. S.S. ».

 

 

Cf. Roman Jakobson (1896-1982), linguiste américain d’origine russe, Essais de linguistique générale, I, p.213-220.

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