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corrigé d'un résumé de Max Weber sur le pouvoir charismatique

Sujet.

Résumez le texte suivant en 120 mots (plus ou moins 10%). Vous indiquerez les sous totaux de 20 en 20 (20, 40, …) par un trait vertical et par le chiffre correspondant dans la marge. Vous indiquerez obligatoirement votre total exact à la fin de votre résumé.

 

Il existe en principe (…) trois raisons internes qui justifient la domination, et par conséquent il existe trois fondements de la légitimité. Tout d’abord l’autorité de l’« éternel hier », c’est-à-dire celle des coutumes sanctifiées par leur validité immémoriale et par l’habitude enracinée en l’homme de les respecter. Tel est le « pouvoir traditionnel » que le patriarche ou le seigneur terrien exerçaient autrefois. En second lieu l’autorité fondée sur la grâce personnelle et extraordinaire d’un individu (charisme) ; elle se caractérise par le dévouement tout personnel des sujets à la cause d’un homme et par leur confiance en sa seule personne en tant qu’elle se singularise par des qualités prodigieuses, par l’héroïsme ou d’autres particularités exemplaires qui font le chef. C’est là le pouvoir « charismatique » que le prophète exerçait, ou – dans le domaine politique – le chef de guerre élu, le souverain plébiscité, le grand démagogue ou le chef d’un parti politique. Il y a enfin l’autorité qui s’impose en vertu de la « légalité », en vertu de la croyance en la validité d’un statut légal et d’une « compétence » positive fondée sur des règles établies rationnellement, en d’autres termes l’autorité fondée sur l’obéissance qui s’acquitte des obligations conformes au statut établi. C’est là le pouvoir tel que l’exerce le serviteur de l’État moderne, ainsi que tous les détenteurs du pouvoir qui s’en rapprochent sous ce rapport.

Il va de soi que dans la réalité des motifs extrêmement puissants, commandés par la peur ou par l’espoir, conditionnent l’obéissance des sujets – soit la peur d’une vengeance des puissances magiques ou des détenteurs du pouvoir, – soit l’espoir en une récompense ici-bas ou dans l’autre monde ; mais elle peut également être conditionnée par d’autres intérêts très variés. (…) Quoi qu’il en soit, chaque fois que l’on s’interroge sur les fondements qui « légitiment » l’obéissance, on rencontre toujours sans contredit ces trois formes « pures » que nous venons d’indiquer.

Ces représentations ainsi que leur justification interne sont également d’une très grande importance pour la structure de la domination. Il est certain que dans la réalité on ne rencontre que très rarement ces types purs. (…)

Pour le moment nous porterons particulièrement notre attention sur le deuxième type de légitimité, à savoir le pouvoir issu de la soumission des sujets au « charisme » purement personnel du « chef ». En effet, ce type nous conduit à la source de l’idée de vocation, où nous retrouvons ses traits les plus caractéristiques. Si certains s’abandonnent au charisme du prophète, du chef en temps de guerre, du très grand démagogue au sein de l’ecclésia[1] ou du Parlement, cela signifie que ces derniers passent pour être intérieurement « appelés » au rôle de conducteur d’hommes et qu’on leur obéit non pas en vertu d’une coutume ou d’une loi, mais parce qu’on a foi en eux. Certes, s’il est plus qu’un petit parvenu présomptueux du moment, il vit pour sa chose, il cherche à accomplir son œuvre. Par contre c’est uniquement à sa personne et à ses qualités personnelles que s’adresse le dévouement des siens, qu’ils soient des disciples, des fidèles ou encore des militants liés à leur chef. L’histoire nous montre que l’on rencontre des chefs charismatiques dans tous les domaines et à toutes les époques historiques. Ils ont cependant surgi sous l’aspect de deux figures essentielles, celle du magicien et du prophète d’une part et celle du chef de guerre élu, du chef de bande et du condottiere[2] de l’autre. Mais ce qui est propre à l’Occident – et cela nous intéresse plus spécialement – c’est la figure du libre « démagogue ». Celui-ci n’a triomphé qu’en Occident, au sein des cités indépendantes, particulièrement dans les pays de civilisation méditerranéenne. De nos jours ce même type se présente sous l'aspect du « chef d’un parti parlementaire » ; on ne le rencontre de même qu’en Occident qui est la terre des États constitutionnels.

Ce genre d’hommes politiques par « vocation », au sens propre du terme, ne constitue évidemment dans aucun pays la seule figure déterminante de l’entreprise politique et de la lutte pour le pouvoir. Le facteur décisif consiste plutôt dans la nature des moyens dont les hommes politiques disposent. De quelle manière les forces politiques dominantes s’y prennent-elles pour affirmer leur autorité ? Cette question concerne toutes les espèces de domination et par conséquent elle vaut également pour toutes les formes de domination politique, qu’elle soit traditionaliste, légaliste ou charismatique.

Max Weber, Le savant et le politique, « Le métier et la vocation d’homme politique », 1919

 

Corrigé.

1) Analyse et remarques sur le texte.

Weber distingue d’abord trois formes de légitimation du pouvoir. La forme traditionnelle s’appuie sur la coutume et sa répétition. La deuxième forme est celle du charisme. Un homme fascine par des qualités que les autres lui prêtent et lui obéissent. La troisième forme est la forme légale où règne l’idée d’une compétence qui provient d’une certaine rationalité où les lois jouent un rôle important.

Weber précise que les formes de pouvoir n’interdisent pas de voir l’obéissance des sujets du côté des motifs de la peur ou de l’espoir. Nonobstant cela, il précise que toutes les formes de pouvoir légitimes se situent dans les trois qu’il a distinguées. Autrement dit, les motifs réels ne sont pas tous légitimes.

Il s’intéresse plus particulièrement au pouvoir charismatique. Il lui paraît important dans la mesure où il manifeste la vocation d’homme politique. Ce qui importe, c’est que le sujet trouve au chef des qualités, qu’il les ait ou non. Dans le premier cas, le chef croit en lui et surtout, les autres croient en lui. Dans le second, ce sont seulement les autres qui croient en ses qualités. Les deux types de pouvoir charismatiques qui sont universels sont celui de l’homme de guerre et celui du prêtre. Par contre, le type propre à l’Occident est le démagogue.

Max Weber précise que le charisme n’est pas suffisant. Il faut qu’il y ait des forces politiques pour qu’un pouvoir soit possible. Quelles sont-elles ? Telle est la question valable pour tous les types de pouvoir.

 

2) Idées essentielles.

  1. Il y a trois types de pouvoir, le traditionnel qui repose sur les coutumes, le charismatique qui repose sur les qualités d’un chef et le légal qui repose sur des lois rationnelles.
  2. Des raisons subjectives font obéir les sujets.
  3. La légitimité reste cependant aux trois formes de pouvoir qui sont souvent mêlés.
  4. Le pouvoir charismatique permet d’analyser la vocation d’homme politique.
  5. L’homme du pouvoir charismatique est obéi à cause des qualités que ses sujets lui attribuent. Universellement, Il est soit religieux soit guerrier. Le démagogue apparaît seulement en Occident.
  6. Le charisme ne suffit pas pour qu’il y ait pouvoir.
  7. La question est celle des forces politiques qui se pose pour les trois formes de pouvoir.

 

3) Proposition de résumé.

Trois motifs justifient la domination et donc trois principes du pouvoir légitime. Premièrement, la coutume fait le pouvoir traditionnel. Deuxièmement, (20) la personne exceptionnelle fait le pouvoir charismatique. Troisièmement, les lois rationnelles font le pouvoir légal.

Or, d’autres raisons, peur, (40) espoir, … font obéir les sujets. Toutefois, la légitimation vient toujours des trois pouvoirs souvent mélangés.

Le second type permet d’(60) analyser la vocation. L’homme exceptionnel donne foi à ses sujets en ses qualités. On le trouve dans toute l’histoire (80) sous deux aspects essentiels : le religieux et le guerrier. En Occident, un type spécifique apparaît : le démagogue.

Mais l’homme (100) charismatique ne suffit pas pour comprendre la politique. Quelles forces exercent le pouvoir ? Cette question est posée à tout pouvoir.

120 mots

 

 


[1] Assemblée en grec ancien, à savoir dans les cités-États grecs, l’assemblée du peuple qui gouverne.

[2] Chef d’une armée de mercenaires dans l’Italie médiévale.

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Servitude et soumission - Thèmes et structure des "Lettres persanes" de Montesquieu

L’édition utilisée est :

Montesquieu, Lettres persanes, présentation par Laurent Versini, Dossier par Laurence Macé, GF Flammarion, n°1482.

 

Thèmes.

On trouve divers thèmes dans les Lettres persanes.

D’abord, un thème général orientaliste qui comprend des Apologues ou contes ; la vie dans le sérail ; la religion musulmane (ou mahométane) sous ses deux formes, sunnisme et chiisme ; la politique, c’est-à-dire pour Montesquieu, le despotisme oriental.

 

Apologues et contes

Le sérail

Religion

politique

11 à 14 : les Troglodytes

 

 

 

 

67 : Aphéridon et Astarté

 

141 : Anaïs

 

2 – 3 – 4 – 6 – 7 – 9 – 15 – 20 – 21 – 22 – 26 – 27 – 41 – 42 – 43 – 47 – 53 – 62 – 64 – 65 – 70 – 71 – 79

 

96

 

114 – 115

147 à 161

 

16 – 17 – 18 (l’impureté du porc)

 

39 (signes de la grandeur de Mahomet)

 

 

 

85 (intolérance) – 93 (sur le monachisme)

 

 

125 (Sur les plaisirs dans l’au-delà)

143 (croyance aux amulettes et aux talismans)

19 (description négative de l’empire ottoman)

 

 

 

 

 

 

80 (uniformité du despotisme oriental) – 81 (éloge des Tartares)– 88 (absence de noblesse en Perse)

 

103 (la monarchie asiatique) – 123 (défaites ottomanes)

 

6

40

8

6

 

En second lieu le thème de l’occident observé par des étrangers persans qui se familiarisent, voire adoptent ses qualités tout en montrant ses défauts.

 

Mœurs et portraits

Philosophie

Religion

Politique

Nations étrangères

24 – 28 – 30 – 32 – 33 – 36 – 45 – 48 – 50 – 52 – 54 – 55 – 56 – 57 – 58 – 59 – 60 – 61 – 63 – 66 – 68 – 72 – 73 – 74 – 82 – 84 –86 – 87 (sur la sociabilité) – 91 – 92 – 98 – 99 – 107 – 108 – 109 – 110

 

128 – 130 – 132 – 133 à 137 (des bibliothèques) –

140 – 144 – 145

 

 

 

 

69 (métaphysique : Dieu et la liberté)

76 – 77 (le suicide : pour et contre)

83 (la justice divine) – 94 (sur le droit politique) – 97 (éloge de la physique cartésienne) – 105– 106 (sur l’invention technique)

 

29 (catholicisme et intolérance) – 35 (sur les chrétiens après le jugement dernier)

 

46 (contre les disputes religieuses) – 49 (un capucin) – 57 (critique des casuistes) – 60 (sur le judaïsme) – 61 (vie d’un ecclésiastique)

 

 

 

75 (le peu de foi des chrétiens)

 

 

101 (sur la querelle religieuse)

 

24– 37 (sur le pouvoir de Louis XIV)

 

44 (sur les trois états français)

 

 

80 (sur le meilleur gouvernement) –

88 (politique française) – 90 (gloire et point d’honneur) – 92 (mort et succession de Louis XIV) –

94 – 95 (le droit public)

100 (le droit français) – 102– 103 – 104 (sur les différents gouvernements en Europe) –

107 (le roi de France et les femmes) – 111 (sur le règne de Louis XIV) –

112 à 122 (la dépopulation du monde) –

124 (sur les courtisans) – 126 – 127 (conspiration, ministre) – 129 (les législateurs) – 131 (histoire et origine des républiques) – 138 (les systèmes financiers) –

142– 146 (Sur Law)

31 (Venise)

 

51 (Russie)

 

78 (Espagne)

 

104 (Angleterre)

 

 

139 (Suède)

42

9

10

34

5

 

Structure.

 

I. On peut regrouper les 23 premières lettres sous le signe du voyage d’Ispahan à Paris.

Dans ce moment, on relèvera l’ensemble que forment les lettres 11 à 14 qui expose l’apologue des troglodytes.

 

II. On peut ensuite regrouper 123 lettres sous le signe de Paris et du monde occidental.

On distinguera :

a) La fin du règne de Louis XIV (lettres 24 à 92) de mai 1712 à septembre 1715. On y trouve essentiellement le thème de l’observation morale et satirique.

b) La régence (lettre 93 à 146) de septembre 1715 à novembre 1720. Les réflexions philosophiques et la sociologie politique l’emportent sur le pittoresque.

On remarquera d’une part le groupe formé par les lettres 112 à 122 relatives à la dépopulation et d’autre part le groupe formé par les lettres 133 à 137 sur les livres qu’on trouve en bibliothèque.

 

III. Enfin, le drame du sérail (lettre 147 à 161) du 1er septembre 1717 à novembre 1720.

 

 

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Servitude et soumission - chronologie des "Lettres persanes" de Montesquieu

L’édition utilisée est :

Montesquieu, Lettres persanes, présentation par Laurent Versini, Dossier par Laurence Macé, GF Flammarion, n°1482.

 

Les mois.

Montesquieu a utilisé le système occidental pour les années. Il a calé les mois lunaires persans, tels qu’ils sont donnés par Jean Chardin (1643-1713) dans son Voyage en Perse (1686, p.256 et sq.), sur les mois chrétiens.

 

Maharram = mars

Saphar = avril

Rebiab I = mai

Rebiab II = juin

Gemmadi I = juillet

Gemmadi II = août

 

Rhégeb = septembre

Chahban = octobre

Rhamazan = novembre

Chalval = décembre

Zilcadé = janvier

Zilhagé = février

 

Chronologie.

L’histoire commence le 19 de la lune de Maharram (mars) 1711 avec le départ d’Ispahan d’Usbek et de Rica qu’accompagnent des eunuques noirs (lettre 1 et 22).

Zachi, une épouse d’Usbek relate le 21 de la lune de Maharram (mars) 1711 une partie de campagne qui a eu lieu alors qu’Usbek vient à peine de partir (date de la lettre 3).

Le 14 de la lune de Saphar (avril) 1711, Usbek et sa troupe arrivent à Tauris, une ville perse proche de la frontière de l’empire ottoman (date déduite de la première lettre).

Le 15 de la lune de Saphar (avril) 1711, Usbek écrit sa première lettre (lettre 1) à son ami Rustan à Ispahan.

Le 30 de la lune de Saphar (avril) 1711, le premier eunuque fait part à Ibbi qui est membre de l’escorte d’Usbek (lettre 9) de rumeurs, notamment d’un jeune homme qui tourne autour des murs (p.55).

Le 10 de la lune de Rebiab II (juin) 1711 Usbek arrive à Erzeron dans l’empire ottoman, donc d’obédience sunnite à la différence de la Perse qui est chiite (lettre 6 à son ami Nessir). Il avoue sa jalousie vis-à-vis de ses femmes (p.48) alors qu’il ne les aime pas (p.47).

Le 20 de la lune de Gemmadi II (août) 1711, Usbek est toujours à Erzeron (lettre 8). Il apprend à son ami Rustan, resté à Ispahan la capitale de la Perse, le véritable motif de son voyage (p.52). Sa sincérité lui a fait des ennemis à la cour (p.51).

Le 2 de la lune de Rhamazan (novembre) 1711, Usbek et Rica sont à Smyrne. Ils sont passés par Tocat (p.74) (lettre 19). Ils y retrouvent un ami, Ibben (lettre 23, p.81).

Le 12 de la lune de Zilcadé (janvier 1712), Usbek écrit à une de ses femmes, Zachi (lettre 20). Il lui reproche sa conduite : un tête à tête avec Nadir, un eunuque blanc (p.76) ; une familiarité malséante avec sa jeune esclave Zélide (p.78). Il loue la vertu de sa nouvelle épouse Roxane. Il envoie une lettre de menaces au premier eunuque noir pour son manque de vigilance (lettre 21). Il renvoie son escorte et ses eunuques noirs pour renforcer le sérail (lettre 22).

Le 12 de la lune de Saphar (avril) 1712, Usbek et Rica sont arrivés à Livourne (lettre 23, p.81).

Vers le 4 de la lune de Rebiab I (mai) 1712, Usbek et Rica sont arrivés à Paris (lettre 24 écrite un mois plus tard, p.82). Rhédi, le neveu d’Ibben, va aller en Italie pour un voyage d’études après avoir quitté Smyrne (lettre 25, p.86).

Le 7 de la lune Rhégeb (septembre) 1712, Usbek écrit à Roxane sa nouvelle épouse en se montrant nostalgique. On comprend que sa nuit de noces avec elle a été un véritable viol (lettre 26, p.88).

Le 5 de la lune Chahban (octobre) 1712, Usbek indique le circuit des lettres (p.90). Il est abattu (lettre 27, p.91). À l’inverse, Rica est satisfait, au témoignage d’Usbek et comme le montrent ses nombreuses lettres.

Le 16 de la lune de Chalval (décembre) 1712, Rhédi écrit qu’il est arrivé à Venise.

Le 25 de la lune Zilcadé (janvier) 1713, Usbek parle du vin et des autres remèdes de l’esprit (lettre 33). Il se réfère souvent à la Perse (lettre 34, p.102)

Le 7 de la lune Maharram (mars) 1713, le premier eunuque noir écrit à Usbek qu’il veut faire castrer l’esclave Pharan (lettre 41). Le même jour, Pharan écrit à Usbek pour ne pas subir ce sort (cf. lettre 42).

Le 25 de la lune Rhégeb (septembre) 1713, son maître fait droit à sa requête (lettre 43), soit quelques six mois plus tard.

Le 2 de la lune Rhamazan (novembre) 1713, Zachi et Zéphis se réconcilient après une brouille. Une seconde partie de campagne a eu lieu au cours de laquelle deux imprudents ont été abattus par les eunuques et où il y a eu une tempête (lettre 47, p.124-125).

Le 5 de la lune de Rhamazan (novembre) 1713, Usbek écrit qu’il a passé quelques jours à la campagne non loin de Paris (lettre 48, p.126).

Le 5 de la lune Chalval (décembre) 1713, Zélis écrit à Usbek que l’eunuque blanc Cosrou veut épouser l’esclave Zélide et attend ses instructions (lettre 53).

Le 2 de la lune Rebiab I (mai) 1714, Zélis apprend à Usbek que leur fille ayant sept ans va être gardée à l’intérieur du sérail (lettre 62). On ne lui connaît pas d’autres enfants.

Le 9 de la lune Rebiab I (mai) 1714, le chef des eunuques apprend à Usbek le désordre qui règne dans le sérail. La cause en est selon lui l’orgueil des femmes (lettre 64).

Le 10 de la lune de Rebiab I (mai), Rica écrit à Usbek. On apprend que cela fait quinze jours qu’il est à la campagne (lettre 63, p.159).

Le 5 de la lune Chahban (octobre) 1714, quelques cinq mois après avoir appris ce qui se passait dans son sérail, Usbek sermonne ses femmes pour qu’elles rentrent dans le devoir (lettre 65).

Le 1er de la lune Rebiab I (mai) 1715, le premier eunuque noir annonce avoir acheté la veille une jeune esclave de Circassie pour le sérail (lettre 79).

Fin de la lune Gemmadi II (août) 1715, Usbek décrit méchamment l’ambassadeur de Perse (lettre 91).

Le 4 de la lune Rhégeb (septembre) 1715, Usbek annonce la mort de Louis XIV et le rôle retrouvé du parlement, fruit de la politique du régent, Philippe d’Orléans (1674-1723) (cf. lettre 92).

Le 8 de la lune de Zilhagé (février), le premier eunuque apprend à Usbek qu’il a acheté une indienne pour son frère qui est gouverneur d’une province perse, Mazendéran (lettre 96).

Le 10 de la lune Chahban (octobre) 1716, Usbek fait l’éloge de la physique cartésienne (lettre 97). Il semble émettre des doutes sur la vérité du Coran.

Le 26 de la lune Maharram (mars) 1717, Usbek mentionne le renversement des fortunes en France (lettre 98).

Le 1er de la lune Rhégeb (septembre) 1717, une lettre du grand eunuque apprend à Usbek que Zélis a laissé tomber son voile en allant à la mosquée, que Zachi a été trouvée couchée avec une esclave. Il a découvert une lettre qu’il fait parvenir à Usbek. Un « jeune garçon » a été trouvé dans le sérail mais il a réussi à s’enfuir (lettre 147).

Le 11 de la lune Zilhagé (février) 1718, Usbek donne au premier eunuque tout pouvoir pour rétablir l’ordre (lettre 148).

Le 5 de la lune Gemmadi I (juillet) 1718, le grand eunuque meurt. Il est remplacé par  Narsit, un naïf (cf. lettre 151, p.355) qui n’a pas ouvert la lettre donnant les ordres de sévérité (lettre 149).

Le 25 de la lune Chahban (octobre) 1718 Usbek s’énerve en demandant à Narsit d’ouvrir les lettres (lettre 150). Il s’est donc déjà écoulé plus d’un an depuis les révélations du grand eunuque.

Le 6 de la lune Rhebiab I (mai) 1719, Solim apprend à Usbek que le désordre règne toujours – seule Roxane trouve grâce à ses yeux –, sa lettre n’a pas été ouverte et il décrit Nasrit comme « un imbécile, à qui on fait croire tout ce qu’on veut » (Lettre 151, p.355). Il se propose de prendre sa place. Le même jour, Narsit envoie à Usbek une lettre où il lui apprend que tout va bien. Il a accepté une sortie à la campagne avec Zélis et Roxane (lettre 152).

Le 4 de la lune Chahban (octobre) 1719, Usbek donne tout pouvoir à Solim (lettre 153). Le même jour, il avertit ses femmes de ses dispositions (lettre 154). À Nessir, Usbek énonce son mal-être (lettre 155).

Le 1 de la lune de Zilcadé (janvier) 1720, Rica relate les changements du système financier en France, notamment les effets du système de l’écossais John Law (1671-1729) (lettre 138).

Le 2 de la lune Maharram (mars) 1720 Roxane écrit à Usbek pour lui énumérer les châtiments que le nouveau premier eunuque inflige (lettre 156). Le même jour, Zachi écrit aussi à Usbek pour se plaindre du traitement qui lui a été réservé (lettre 157). Quant à Zélis, elle proteste de la tyrannie d’Usbek dans la façon dont il l’a traitée (lettre 158).

Le 8 de la lune Rebiab I (mai) 1720 Solim apprend qu’il a trouvé Roxane avec un jeune homme qui a été finalement abattu par les eunuques (lettre 159). Dans une seconde lettre, il apprend à Usbek qu’il va punir Roxane (lettre 160). Le même jour, cette dernière écrit à Usbek pour lui révéler à quel point elle l’a toujours trompé en tout. Elle s’est suicidée après avoir empoisonné les eunuques. Toujours libre, elle se meurt (lettre 161).

 

 

 

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Servitude et soumission - corrigé d'une dissertation : « Tel s’accommode d’une servitude volontaire qui ne voudrait point d’une liberté forcée. »

Il est des peuples qui ne semblent pas vouloir être libres. Se révoltent-ils contre un tyran qu’ils semblent en choisir un pire. N’en va-t-il pas de même de l’individu ?

En effet, Alain soutient dans ses Esquisses de l’homme que : « Tel s’accommode d’une servitude volontaire qui ne voudrait point d’une liberté forcée. »

Le philosophe soutient qu’il y a des hommes qui s’habituent à une servitude qu’ils ont choisie qui refuseraient une liberté qu’on leur imposerait.

Or, le propos est ambivalent. Faut-il y voir une sorte de reproche ? Or, comment une liberté forcée serait-elle encore une liberté ? Ou bien est-ce un simple constat ? Mais comment ne pas aussi y voir un jugement de valeur implicite qui valorise la volonté ?

Dès lors, on peut se demander si préférer la servitude parce qu’on l’a voulue à la liberté qui nous est imposée est légitime ou non.

En nous appuyant sur Une maison de Poupée d’Ibsen, le Discours de la servitude volontaire d’Etienne de la Boétie et les Lettres persanes de Montesquieu nous verrons que l’homme est en droit de préférer la servitude volontaire à la liberté forcée au nom justement de la liberté puis, qu’un tel choix le fait déchoir de la dite liberté et enfin qu’on peut récuser la possibilité même d’une telle alternative et donc sa légitimité.

 

La liberté, c’est moins un état que ce qui vient de l’intérieur, un choix. Dès lors, la servitude volontaire doit se comprendre comme un choix, un acte de la volonté. Alors que la liberté forcée doit se comprendre plutôt comme un état qui résulte de notre situation, lorsque rien ne nous indique ce que nous devons faire alors que nous ne voulons pas être dans cette situation. Lorsque Nora Helmer demande au début du deuxième acte à Anne-Marie, sa bonne d’enfants, comment elle a pu vouloir abandonner son enfant qu’elle a eu fille-mère, cette dernière lui explique que c’était pour une bonne place (p.63). On peut y lire l’image d’une volonté qui s’abandonne à suivre les contraintes de la société et donc le choix de la servitude. Elle l’a préférée à une liberté forcée que sa condition de fille-mère aurait impliquée. Nora lui rappelle alors qu’elle a été une bonne mère pour elle (cf. deuxième acte), validant ainsi son choix. Ainsi, La Boétie, quoiqu’il déclame contre la tyrannie, n’encourage aucunement le tyrannicide qui conduirait à la liberté forcée pour le peuple. Il considère bien plutôt que le peuple est incapable d’une telle liberté dans la mesure où il compare sa situation à celle d’un homme frappé de « plaies incurables » (p.117). De même, Montesquieu nous montre des Troglodytes qui, libres, heureux, dont la population se multiplient, se choisissent un roi volontairement, refusant de conserver leur liberté. Le roi qu’il se choisisse, un vieil homme sage, sait qu’il ne peut les forcer à conserver leur liberté (lettre XIV). Or, comment rendre compte d’une telle préférence ?

La servitude volontaire, si elle est choisie, l’est pour des raisons. Elle l’est en connaissance de cause. Il faut y voir un intérêt alors que la liberté forcée, au contraire, implique plutôt des inconvénients. Par là, il faut entendre la situation où se trouve celui qui a à décider, seul, alors qu’il n’en a pas le désir. Ainsi, être en position subordonnée permet à Nora Helmer d’avoir de l’influence dont elle se vante à Krogstad pour avoir obtenu un emploi auprès de son mari, nouveau directeur de Banque, à son amie Kristine Linde (cf. acte premier). Les eunuques apprécient dans leur situation le pouvoir qu’ils exercent. Ainsi le premier eunuque voit un « petit empire » dans le sérail (cf. lettre IX) sur lequel il exerce un pouvoir absolu. C’est là « le ressort et secret de la domination, le soutien et fondement de la tyrannie » de la servitude volontaire pour La Boétie (p.145). En étant soumis à un autre, on peut aussi exercer un pouvoir sur d’autres. Le pouvoir a la forme d’une pyramide en quelque sorte. Autrement dit, la servitude volontaire réalise bien un intérêt et peut être choisie en connaissance de cause.

Néanmoins, abandonner sa liberté est certes un choix, mais c’est un choix qui conduit à la servitude définitive car le sujet est comme dessaisi de lui-même. Dès lors, ne faut-il pas considérer comme illégitime un tel choix ? En effet, le choix de la servitude volontaire plutôt que de la liberté forcée ne détruit-il pas la liberté ?

 

Si la liberté est dans le choix, le choix de la servitude est proprement une aliénation, c’est-à-dire un dessaisissement de soi. Par là le sujet se sépare de ce qui le constitue. C’est bien le cas de Madame Linde qui a refusé Krogstad qu’elle aimait pour trouver des moyens financiers pour aider sa mère impotente et ses deux jeunes frères auprès d’un mari qu’elle n’aimait pas (acte III, p.103). Aussi présente-t-elle son choix comme un non choix. Elle n’aurait pas pu faire autrement. À l’inverse, les combattants des Thermopyles et de Salamine que célèbre La Boétie (p.112-113) ont choisi la liberté forcée avec ses inconvénients, la mort des 300 aux Thermopyles, mais éventuellement ses réussites : la victoire et la liberté avec Salamine. Les Troglodytes ont choisi un roi : ils perdent la liberté mais également la vertu. C’est ce que leur reproche l’homme sage qu’ils ont choisi. Ou plutôt, c’est pour perdre la vertu qu’ils choisissent un roi. En ce sens il perde la liberté intérieure. En effet, avec la vertu, c’est la liberté au sens de la capacité à ne pas céder à ses passions qu’ils perdent. D’où vient donc un tel choix ?

Le choix de la servitude volontaire implique au fond de préférer en effet les plaisirs. Le peuple stupide pour La Boétie se laisse prendre aux jeux ou aux distractions que propose le tyran (cf. p.136-137). Ainsi de tels plaisirs dans la mesure où ils abêtissent le peuple, l’aliène en ce sens qu’il perd sa capacité à raisonner. Ainsi, cette absence de liberté intérieure qui est proprement une servitude explique le choix de la servitude politique. Les courtisans se montrent vis-à-vis du vieux roi dans une position humiliante : par exemple en l’habillant (lettre XXXVII d’Usbek à Ibben). Il manque de cette recherche de la gloire qui va avec la liberté si la maxime « le désir de la gloire croît avec la liberté des sujets, et diminue avec elle : la gloire n’est jamais compagne de la servitude » est vraie (lettre LXXXIX d’Usbek à Ibben). Krogstad illustre un tel choix qui, pour se sortir d’une mauvaise passe, a fait le choix d’un acte mauvais, des faux en écritures (acte I, p.56). Il montre que le choix de la servitude volontaire plutôt qu’une liberté forcée est bien plutôt le choix de l’immoralité dans la mesure où elle favorise l’intérêt au moins immédiat de l’individu.

Cependant, si la servitude volontaire détruit la liberté, la liberté forcée paraît également impossible. Dès lors, ne faut-il pas plutôt penser que c’est l’alternative elle-même qui est discutable en ce sens que la liberté ne peut pas être forcée plus comme la servitude volontaire ?

 

En effet, la servitude volontaire implique bien de perdre sa liberté et de la laisser à disposition d’un maître. Il peut en effet en faire ce qu’il veut. Il peut redonner la liberté. Ainsi, le Guèbre Aphéridon qui se vend perd ainsi, en droit, sa liberté de façon définitive (lettre LXVIII d’Ibben à Usbek). Aussi sa sœur et épouse, Astarté, est désespérée. Elle se vend aussi et s’il n’y avait la bonté de leur maître qui les prend en affection, c’en était fait définitivement de leur liberté. Il la retrouve non pas forcée, mais volontairement. Cette aliénation de la liberté qui rend impossible qu’une liberté forcée soit possible, c’est ce que connaît Nora dans la pièce d’Ibsen. Il est vrai qu’elle prend l’initiative de faire un faux pour sauver son mari comme elle le relate à Madame Linde à l’acte I. Mais elle se montre totalement soumise à lui, notamment dès le début de la pièce lorsqu’il la gourmande à propos des macarons qu’il lui reproche de manger comme si elle était une enfant. Tant qu’elle demeure ainsi soumise, la liberté ne pourrait lui être imposée. L’aliénation est ce qui frappe le peuple qui a oublié sa liberté naturelle selon La Boétie. On ne peut le forcer à la libérer sous la forme du tyrannicide car il resterait ce qu’il est : soumis, serf. Comprenons qu’il n’est pas possible d’imposer la liberté à un individu ou à un peuple. Qu’est-ce donc que la liberté pour qu’elle ne puisse avoir pour source qu’elle-même ?

La liberté est le choix, mais la vraie liberté est dans le choix du choix et non dans le choix du non choix. Autrement dit, si on choisit la liberté, on est libre, sinon, on s’aliène et on perd sa liberté. Cela suppose que la liberté nous appartienne essentiellement. Ainsi, on peut dire avec La Boétie que nous naissons libres et cette liberté native (p.119), il suffit de la vouloir pour qu’elle soit. Ce qui prouve qu’elle est première, c’est justement qu’elle se manifeste ici ou là malgré la servitude qui frappe tant de peuples. Aussi, nul ne peut nous la donner, encore moins nous forcer à être libres. Nous pouvons la perdre mais on ne peut nous forcer à l’obtenir. Cette liberté de naissance s’affirme à Paris selon Usbek (lettre LXXXVIII d’Usbek à Rhédi). Mais c’est surtout en Angleterre où toute tentative d’asservissement donne lieu à un retour à la « liberté naturelle » (lettre CIV d’Usbek à Ibben). D’où l’absurdité d’une liberté forcée. On comprend alors que lorsqu’elle fait le choix de la liberté, à la fin de l’acte III, Nora retrouve sa liberté entière. Elle s’accompagne le comprend-elle de difficultés qu’elle se propose de surmonter. Mais son choix radical ne pourrait être celui d’un autre.

 

En un mot, nous nous étions demandé s’il était légitime de préférer une servitude volontaire à une liberté forcée. Si elle paraît valider par le choix qu’est la liberté, elle est bien plutôt aliénation de sa liberté intérieure, mais surtout, elle masque le vrai caractère de la liberté qui rend impossible qu’on puisse nous l’imposer. Si la servitude volontaire est possible, la liberté est de se choisir elle-même : là est l’alternative.

 

 

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Servitude et soumission - biographie de Montesquieu

L’édition utilisée est :

Montesquieu, Lettres persanes, présentation par Laurent Versini, dossier par Laurence Macé, GF Flammarion n°1482, 1995, 2016.

 

Charles-Louis de Secondat, futur baron de La Brède et de Montesquieu, connu sous le nom de Montesquieu, naît le 18 janvier 1689 au château de La Brède (Guyenne, à côté de Bordeaux). Il est le fils de Jacques de Secondat (1654-1713), et de Marie-Françoise de Pesnel (1669-1720), baronne de La Brède. Il appartient à une famille de magistrats qui a acquis la noblesse par l’épée durant la guerre de cent ans. Il a pour oncle, Jean-Baptiste de Secondat, l’aîné, écuyer, baron de Montesquieu, seigneur de Castelnouvel, Talence et Raymond, président à mortier au Parlement de Bordeaux ( ?-1716). Ses parents lui choisissent pour parrain, Charles, un mendiant, afin qu’il se souvienne toute sa vie que les pauvres sont ses frères.

Le 16 octobre 1696, sa mère meurt après avoir mis au monde une fille.

De 1700 à 1705, il fait ses humanités chez les oratoriens au collète de Juilly (dans l’actuelle Seine-et-Marne à une trentaine de kilomètres de Paris). Il étudie la philosophie au collège d’Harcourt (actuellement Saint-Louis) à Paris.

De 1705 à 1708, il étudie le droit à Bordeaux.

Le 26 février 1708, Louis XIV rappelait aux curés l’obligation de renouveler, tous les trois moi, la lecture de l’édit de février 1556 d’Henri II (1519-1547-1559) qui stipulait que les filles enceintes bien que non mariées doivent avertir un officier ministériel de leur « état » : « quoique la licence et le dérèglement des mœurs qui ont fait de continuels progrès depuis le temps de cet édit en rendent tous les jours la publication plus nécessaire. » (cf. Lettres persanes, lettre CXX d’Usbek à Rhédi). Le 29 juillet, Charles de Secondat est bachelier en droit. Le 12 août, il est licencié en droit et est reçu avocat au parlement de Bordeaux le 14.

De 1709 à 1713, il séjourne à Paris.

En 1710, paraissent les Essais de Théodicée de Leibniz (1746-1716). Montesquieu va les lire puisqu’il en discutera des thèses dans les Lettres persanes (lettre LXIX sur la conciliation entre la prescience divine et la liberté de l’homme et lettre LXXXIII sur la justice divine et le mal). Il constitue un recueil de notes juridiques sur le droit romain, la Collectio juris, qu’il continuera jusqu’en 1721.

Le 17 avril 1711, Joseph 1er (1678-1705-1711), empereur du saint empire romain germanique, meurt (cf. Lettres persanes, lettre CXXX de Rica à ***, la lettre d’un nouvelliste, p.296).

En 1713, il rencontre un chinois nommé Arcadio Hoange (1679-1716), converti au catholicisme, qui a suivi des missionnaires jésuites. Le 13 septembre, le pape Clément XI (1649-1700-1721) édite la bulle Unigenitus ou Constitution (cf. Lettres persanes, lettre XXIV) qui condamne 111 propositions du père Quesnel, ce qui revient à condamner le jansénisme. Le 15 novembre, son père meurt. Il devient baron de la Brède.

Le 12 février 1714, Charles de Secondat achète une charge de conseiller du parlement de Bordeaux. Le 15 novembre, son père meurt. Antoine Houdar de La Motte (1672-1731), poète et académicien qui ignore le grec, met en alexandrins la traduction de l’Iliade d’Anne Dacier (1645-1720) de 1711. Il la réduit de moitié. Il fait précéder sa traduction d’un Discours sur Homère où il remet en cause l’existence du poète mais surtout critique ses défauts littéraires. Madame Dacier réplique avec son ouvrage Des Causes de la corruption du goût : la seconde querelle des Anciens et des Modernes est lancée (cf. Lettres persanes, lettre XXXVI ; lettre CXXVIII de Rica à Usbek, p.292 ; cf. Cammagre Geneviève, « De l’avenir des Anciens. La polémique sur Homère entre Mme Dacier et Houdar de La Motte », Littératures classiques 2/2010, n° 72, p.145-156).

Le 30 avril 1715 à Bordeaux, il épouse Jeanne de Lartigue (1689-1770), une protestante de l’Agenais et de Martillac, terres enclavées dans la baronnie de la Brède (actuellement une commune de la Gironde). Elle est issue d’une riche famille et de noblesse récente. Elle lui apporte l’importante dot de 100 000 livres. Il s’installe rue Margaux (au 29) à Bordeaux. Le 1er septembre, le vieux roi Louis XIV (1638-1715) meurt (cf. Lettres persanes, lettre XCII d’Usbek à Rhédi : « Le monarque qui a si longtemps régné n’est plus. »). Son arrière petit-fils lui succède sous le nom de Louis XV (1710-1774) : le « jeune roi » (Lettres persanes, lettre CVII de Rica à Ibben) a cinq ans. Le 4 septembre, le Parlement de Paris casse son testament qui avait donné certains pouvoirs à ses bâtards, notamment le duc du Maine (1670-1736). Philippe d’Orléans (1664-1723) devient pleinement régent. En septembre, il met en place la polysynodie, un système de conseil qui associe la noblesse organisé par domaines. Elle vise à remplacer les secrétaires d’État du ministère à la façon de Louis XIV (cf. Lettres persanes, lettre CXXXVIII de Rica à Ibben, p.316). En décembre, Montesquieu adresse au régent un Mémoire sur les dettes de l’État. C’est peut-être à cette époque qu’il rédige un Discours sur Cicéron. Dans la nouvelle querelle des anciens et des modernes, Houdar de la Motte réplique à Madame Dacier avec ses Réflexions sur la critique.

Le 10 février 1716, naît à Martillac son fils Jean-Baptiste de Secondat (1716-1795). Jean Baptiste de Secondat, son oncle, perd son fils unique. Il lègue à Charles-Louis ses biens. Le 3 avril, il est élu à l’Académie de Bordeaux. Le 24 avril, son oncle, Jean-Baptiste de Secondat meurt. Charles-Louis hérite d’une vraie fortune et de la baronnie de Montesquieu, dont il prend le nom. En juin et août, le nouveau Montesquieu lit à l’académie de Bordeaux une communication Sur la politique des romains dans la religion. Le 13 juillet, il succède à la charge de président à mortier du parlement de Bordeaux. Le 28 septembre, Montesquieu fonde à l’Académie de Bordeaux un prix d’anatomie de 300 livres (un journalier gagne à cette époque 112 livres par an pour 250 jours de travail).

Le 2 mai 1716, un édit autorise l’écossais John Law (1671-1729) à créer la Banque générale avec un capital de six millions de livres réparties en 1 200 actions de 5 000 livres. La Banque rembourse les billets qu’elle émet en or ou en argent sans tenir compte des cours changeants de sorte que les billets acquièrent une valeur supérieure. Le 14 mai, le régent crée une chambre de justice pour enquêter sur les malversations des financiers (cf. Lettres persanes, lettre XCVIII d’Usbek à Ibben). Durant l’hiver 1716/1717, il séjourne à Paris.

Le 22 janvier 1717 naît sa fille Marie-Catherine de Secondat (1717-1784). Le 10 avril 1717, un nouvel édit élargit les privilèges de la banque créée par Law : les billets qu’elle émet, convertibles à vue, peuvent être reçus en paiement des impôts. Le 23 août, Law obtient la rétrocession des privilèges de la Compagnie de la Louisiane. Le 6 septembre, Law crée la Compagnie d’Occident, pour les colonies françaises d’Amérique et du Sénégal, surnommée la Compagnie du Mississippi. Il obtient alors le monopole commercial de la Louisiane pour vingt-cinq ans, avec pour objectif de peupler la colonie de 6 000 blancs et de 3 000 noirs en dix ans, pour concurrencer l’Espagne et l’Angleterre. Son capital s’élève à 100 millions de livres, réparties en 200 000 actions payables en papier d’État, comportant 4 % de dividendes. C’est un succès : la Louisiane passe pour un pays de cocagne, ce qui attire les capitaux, mais les colons guère nombreux au départ le font surtout pour échapper aux galères. L’opération permet de régler 60 millions de livres de dette publique. Le 15 novembre, Montesquieu lit une communication Sur la différence des génies. L’Éloge de la sincérité est non daté. C’est en 1717 au plus tôt qu’il se procure une édition datée de cette année du roman épistolaire L’espion turc (italien 1684 ; français 1686) de Giovani Paolo Marana (1642-1693) qu’on a retrouvée dans sa bibliothèque. Il lit les Mémoires du cardinal de Retz (1613-1679), rédigées entre l’automne 1675 et le printemps 1677, qui viennent de sortir de façon posthume (cf. Lettres persanes, lettre CXI d’Usbek à ***). Le Czar Pierre 1er (1672-1725) dit Pierre le grand passe trois mois à Paris.

Durant l’hiver 1717/1718, il séjourne à nouveau à Paris.

En 1718, Montesquieu fait des discours et des expériences scientifiques diverses à l’académie de Bordeaux : le 1er mai : Sur les causes de l’écho ; le 29 juin : Sur le gui, sur la mousse des chênes, … ; le 25 août : Sur les glandes rénales. L’abbé de Saint-Pierre (1658-1743) publie la Polysynodie où il critique le despotisme de Louis XIV. Il est exclu pour ce fait de l’Académie française. La polysynodie est supprimée par le Régent le 24 septembre. Le 30 novembre le « fameux roi de Suède » Charles XII (1682-1697-1718) meurt (cf. Lettres persanes, lettre CXXVII de Rica à Ibben). Le 4 décembre 1718, la Banque générale de John Law devient Banque royale avec effet le 1er janvier 1719. Les billets de banque sont désormais garantis par l’État. Le 9 décembre, l’ambassadeur d’Espagne, Antonio del Giudice, duc de Giovinazzo, prince de Cellamare (1657-1733) est expulsé de France. Il complotait pour le compte de son maître, le roi d’Espagne, Philippe V (1683-1746), petit-fils de Louis XIV, qui songeait chasser le régent et devenir roi de France (cf. l’allusion dans les Lettres persanes, lettre CXXVI de Rica à Usbek). Le 27 décembre, l’Angleterre déclare la guerre à l’Espagne.

Le 9 janvier 1719, la France déclare la guerre à l’Espagne. Toujours en janvier, le Nouveau Mercure publie son Projet d’une histoire physique de la terre ancienne et de la terre moderne. Le 2 mars, le baron Henri de Görtz (1668-1719), ancien favori et premier ministre de Charles XII de Suède, est exécuté (cf. Lettres persanes, lettre CXXVII de Rica à Ibben, p.288). La Compagnie du Mississipi de John Law reprend la Compagnie française des Indes orientales, la Compagnie de Chine et d’autres sociétés commerciales rivales : elle devient la Compagnie perpétuelle des Indes. John Law obtient en outre la ferme du tabac et rachète la ferme des impôts indirects aux frères Paris. En juillet 1719, la Banque générale des Indes reçoit la Surintendance des monnaies, c’est-à-dire le monopole d’émission en France. En octobre, enfin, elle reçoit les recettes générales. Montesquieu quant à lui s’intéresse à l’histoire naturelle. Son Essai d’observation sur l’histoire naturelle est lu le 16 novembre.

En 1720, la Banque générale et la Compagnie des Indes fusionnent. Le 5 janvier, John Law est nommé contrôleur général des finances dans le but d’attirer les capitaux. Pour empêcher la thésaurisation de l’or et de l’argent, Law interdit la possession de plus de 500 livres de métaux précieux par foyer, sous peine de confiscation et d’amende. Une récompense est promise aux dénonciateurs. Des perquisitions ont lieu, même chez les ecclésiastiques. Le 11 mars, pour décourager le public de la monnaie métallique, Law suspend la valeur libératoire de l’or, à dater du 31 décembre. Les « semeurs de faux bruits » sont déportés aux colonies, ce qui crée un scandale. Le 24 mars, la rumeur d’une banqueroute est répandue par quelques initiés. Le 1er mai 1720, Montesquieu donne : Sur les causes de la pesanteur. Il achète après le 10 mai les Voyages en Perse (1686) de Jean Chardin (1643-1713) au libraire bordelais Lacourt qui le note. En juillet, les prêts que consent la Compagnie perpétuelle des Indes conduisent à des augmentations successives de capital qui alimentent la spéculation. Paul Féval (1816-1887) la romancera dans Le Bossu (1857). Elle tourne à la baisse voire à l’émeute comme le 17 juillet où il y a 17 morts. Le 21 juillet, une semi-banqueroute est décrétée. Le 25 août, il prononce : Sur la cause de la transparence des corps. Il annonce pour la fin de l’année une Histoire de la terre ancienne et moderne. Entre septembre et octobre, le système de Law est liquidé (cf. Lettres persanes, lettre CXXXVIII de Rica à Ibben, p.316). Le 10 octobre, les billets de la Banque générale n’ont plus cours. Le 14 décembre, John Law s’enfuit après avoir été remplacé par Le Peletier de La Houssaye deux jours plus tôt.

Le 19 mars 1721, le pape Clément XI meurt. En mai, Montesquieu publie anonymement à Amsterdam les Lettres persanes (150 lettres) sans nom d’auteur chez un éditeur, Pierre Marteau basé à Cologne, qui n’existe pas. On peut penser que l’ouvrage a été imprimé chez Jacques Desbordes, à Amsterdam et/ou chez Jacques Brunel supposé basé à Amsterdam mais imprimeur clandestin à Rouen. Une seconde édition revue, corrigée, diminuée et augmentée par l’auteur paraît chez Pierre Marteau. Elle retranche treize lettres de l’édition originale (les lettres I, V, XVI, XXV, XXXII, XLI, XLII, XLIII, XLVII, LXV, LXX, LXXI de l’édition de 1758) et en ajoute trois (CXI, CXXIV, CXLV de l’édition de 1758). L’ouvrage connaît un grand succès. Il connaîtra une trentaine d’éditions jusqu’à la mort de son auteur. Il réside rue du Mirail à Bordeaux. Il a peut-être fait un séjour à Paris en août. En novembre, il lit à nouveau son Essai d’observation sur l’histoire naturelle.

Le 7 août 1722 il part pour Paris. Il commence à fréquenter l’hôtel de Soubise. Peut-être a-t-il fréquenté le club de l’Entresol (créé en 1720, il fonctionne comme un club anglais : on y discutait de questions politiques et économiques). Il est présenté à Mme de Lambert (1647-1733) par l’abbé de Saint-Pierre. Dans son salon, il trouve dans les habitués, Fontenelle (1657-1757) et Houdar de la Motte. On pouvait trouver dans ce salon : le jésuite et homme de lettre le père Claude Buffier (1661-1737), l’homme de lettres, abbé de François-Timoléon de Choisy (1644-1724), Mme Dacier, le mathématicien et astronome Jean-Jacques Dortous de Mairan (1678-1771), l’historien, dit « le président Hénault » (1685-1770), l’écrivain Marivaux (1688-1763), l’homme de lettres et abbé Nicolas-Hubert Mongault (1674-1746), l’écrivain et favori de Madame Lambert Louis-Sylvestre de Sacy (1654-1727), le poète et marquis de Sainte-Aulaire (1648-1742), l’écrivaine Marguerite de Launay baronne Staal (1683-1750), la femme de lettres Madame de Tencin (1682-1749) et mère du jeune d’Alembert (1717-1783), l’homme de lettres et abbé Terrasson (1670-1750). Montesquieu fréquente les salons de l’épouse du marquis Louis de Brancas (1672-1750), Catherine de Nyvenheim, un salon politique. On le retrouve dans le salon de Marie, marquise du Deffant (1697-1780), dans celui de Madame Geoffrin (1699-1777).

Le 25 octobre, Louis XV est sacré roi. En novembre, Montesquieu rentre dans le bordelais.

Au mois de janvier 1723, Montesquieu commence un séjour à Paris. Le 22 février, Louis XV est déclaré majeur. Le 7 août, il quitte Paris. Le 10 août, le cardinal Guillaume Dubois (1656-1723), principal ministre du régent, meurt. Le 18 novembre, il donne : Lettre de Xénocrate à Phérès et une Dissertation sur le mouvement. Le 2 décembre, Philippe d’Orléans meurt.

De mai à août 1724, il séjourne tour à tour à Paris, Versailles et au château de Baye chez Jean-Baptiste Berthelot de Duchy (1672-1740), receveur général des finances de la généralité de Paris. Le Temple de Cnide, poème en prose qui se fait passer pour la traduction d’un auteur grec, paraît en pré-originale dans la Bibliothèque française.

De janvier à février 1725, Montesquieu séjourne à Paris. En mars, Le Temple de Cnide paraît. Le 1er mai, il lit à Bordeaux le Traité des devoirs. Il demeure dorénavant à l’actuelle place des martyrs de la résistance. Le 25 août, il donne De la considération et de la réputation. Le 11 novembre, il fait un discours de rentrée au Parlement de Bordeaux. Le 15 novembre, il prononce à l’Académie de Bordeaux Sur les motifs qui doivent nous encourager dans les sciences. En décembre, il part séjourner à Paris.

Jusqu’à mi-juin 1726, Montesquieu séjourne à Paris. Le 7 juillet, il vend l’usufruit de sa charge de Président à Mortier pour payer ses dettes, ce qui préserve les droits de ses héritiers sur celle-ci. Il obtient une rente de 5200 livres. Le 25 août, il fait l’éloge du duc de la Force (1675-1726), protecteur de l’Académie de Bordeaux, qui venait de mourir le 21 juillet. Le 29 septembre, il travaille au Dialogue de Sylla et d’Eucrate. Le 28 décembre, il donne procuration à sa femme avant de partir à Paris.

Le 23 février 1727 naît Denise de Montesquieu (1727-1800). Son père séjourne toute l’année à Paris. Il se représente à l’Académie française pour succéder à Louis de Sacy. Il déclare qu’il quittera la France s’il n’est pas nommé. Ses adversaires lui opposent ses Lettres persanes. Il pare l’attaque en en faisant faire rapidement une édition expurgée qu’il présente au cardinal de Fleury, ministre de Louis XV, en rejetant sur les éditeurs les fautes qu’on lui avait reprochées. Le 20 décembre a lieu le premier scrutin d’élection à l’Académie française qui est un échec.

Le 5 janvier 1728, Montesquieu est élu à l’Académie française contre le juriste et écrivain Mathieu Marais (1664-1737) malgré l’opposition du parti religieux. Le cardinal de Fleury s’est désintéressé de l’élection. Le 24 janvier, il est reçu par Jean-Roland Mallet (1675-1736) puis prononce son discours de réception. Le 5 avril, il part pour Vienne avec Lord James Waldegrave (1684-1741), premier du nom, ambassadeur du roi d’Angleterre Georges II (1683-1727-1760), et neveu du maréchal de Berwick (1670-1734), maréchal de France. Ils arrivent à Vienne le 26. Le 20 mai, il est de la réception au château de Luxembourg. En juin, il voyage en Hongrie. Il visite les mines de Chemnitz, Neu-Sohl et Königsberg. Le 9 juillet, il quitte Vienne pour Gratz où il arrive quatre jours après. Du 24 septembre au 16 octobre il séjourne à Milan. Le 18 octobre, il visite les îles Borromées. Du 23 octobre au 5 novembre, il séjourne à Turin. Le 9 novembre, il arrive à Gênes. Du 21 au 22 novembre, il a une traversée difficile de Gênes à la Spezzia. Le 1er décembre, il arrive à Florence.

Du 19 janvier au 18 avril 1729, il séjourne à Rome. Du 23 avril au 6 mai, il séjourne à Naples. Puis il retourne à Rome pendant deux mois. Il quitte la cité du Pape le 4 juillet. Du 9 au 17 juillet il séjourne à Bologne. Le 3 août il arrive à Munich après avoir passé par le Brenner et Innsbruck. Du 16 au 23 août, il demeure malade à Augsbourg. Du 29 au 31 août il est à Francfort. Du 1er au 15 septembre, il visite la Rhénanie, notamment ses villes. Il arrive le 24 septembre à Hanovre où il est présenté au roi d’Angleterre, Georges II, originaire d’Hanovre. Début octobre, il visite les mines du Hartz en compagnie de Jean-Frédéric, baron de Stain (1681-1735), ministre du duc de Brunswick. Le 15 octobre, Montesquieu arrive à Amsterdam. Le 31, il part de La Haye, traverse la Manche sur le yacht de Lord Chesterfield (1694-1773) et arrive à Londres le 3 novembre.

Le 23 février 1730, Montesquieu écrit à Chauvelin pour obtenir un poste diplomatique. Il assiste le même jour à une séance au Parlement. Il est élu à la Royal Society le 9 mars. Le 10 avril, il assiste à une violente séance à Westminster sur le port de Dunkerque. Le 23 mai il est initié à la Franc-maçonnerie au sein de la loge londonienne Horn (le Cor) Tavern de Westminster. Le 5 octobre, il est présenté à la reine Caroline de Brandebourg-Ansbach (1683-1737) à Kensington Palace.

Le 6 avril 1731, Montesquieu assiste peut-être au succès de sa protégée Mlle Sallé à Lincoln’s Inn Fields. Le 13 mai, il est de retour à la Brède. Le 25 août, il donne une Description de deux fontaines de Hongrie. Il compose : Mémoires sur les mines, Réflexions sur la monarchie universelle en Europe, Réflexions sur le caractère de quelques princes et sur quelques événements de leur vie. Il commence son livre sur les Romains. L’ouvrage de Germain-François Poullain de Saint-Foix (1698-1776) paru l’année précédente, Lettres d’une Turque à Paris, écrites à sa sœur au serrail [sic], accompagne une contrefaçon des Lettres persanes, sous le titre Lettres d’une Turque à Paris écrites à sa sœur au Sérail pour servir de supplément aux Lettres Persannes [sic].

En 1732, Crébillon fils (1707-1777) fait paraître un roman épistolaire, Lettres de la marquise de M*** au comte de R***. Le 15 novembre, il donne Sobriété des habitants de Rome.

En mai 1733, part pour Paris où il va séjourner. Le 12 juillet Madame de Lambert décède. Son salon se déplace chez Madame de Tencin.

Le 20 juillet 1734, Montesquieu publie à Amsterdam les Considérations sur les causes de la grandeur des Romains et de leur décadence. Il commence à fréquenter Madame de Tencin. Le 13 août, il est reçu à la Ferté-Vidame par le duc de Saint Simon (1675-1755), mémorialiste du règne de Louis XIV (ses Mémoires ne paraîtront de façon complète qu’au XIX° siècle). En septembre, il revient à Bordeaux. Montesquieu travaille à Liberté politique, non publiée (qui sera inclue dans ses Pensées). Il fait paraître Réflexions sur la monarchie universelle en Europe puis détruit tous les exemplaires sauf un. Peut-être forme-t-il le projet de De l’esprit des lois. Le 29 novembre, il donne Sur la formation et le progrès des idées.

En 1735, George Lyttelton (1709-1773) fait paraître en anglais et en français les Nouvelles Lettres persanes. Durant l’été, Montesquieu séjourne à Chantilly (qui se situe dans l’actuel département de l’Oise).

En 1736 il donne l’Essai sur les causes qui peuvent affecter les esprits et les caractères qui reprend la dissertation Sur la différence des génies. En septembre, il retourne à Bordeaux. Le 2 novembre, il achète pour son fils l’office de conseiller au parlement.

De janvier à avril 1737, il séjourne à Bordeaux. Le 6 avril, à cause de son appartenance à la franc-maçonnerie, Montesquieu est inquiété par l’intendant de Guyenne Claude Boucher (1672-1752, intendant de 1720 à 1743) qui le dénonce au cardinal Fleury (1653-1743). Il continue néanmoins à fréquenter les loges bordelaises et parisiennes. De mai à décembre, Montesquieu séjourne à Paris.

De janvier à octobre 1738, il séjourne à Paris. Il donne une Histoire de France non publiée. De novembre à décembre, il séjourne à Paris. Le 19 novembre, Marie de Montesquieu épouse Joseph Vincent de Guichaner d’Armajan (1707-1766), chevalier d’honneur, conseiller de la Cour des Aides de Bordeaux. Sa dot est modeste : 10 000 livres (cf. François Cadilhon, Jean-Baptiste de Secondat de Montesquieu : au nom du père, Presses Universitaires de Bordeaux, 2008, p.14).

De janvier à février 1739, il séjourne à Bordeaux, de mars à décembre à Paris.

De janvier à mars 1740, il séjourne à Bordeaux, d’avril à décembre à Paris. Le 30 avril, Jean-Baptiste de Secondat épouse Marie-Catherine Thérèse de Mons (1720- ?), héritière d’une vieille famille de noblesse d’épée. Chaque famille apporte 300 000 livres (cf. François Cadilhon, Jean-Baptiste de Secondat de Montesquieu : au nom du père, Presses Universitaires de Bordeaux, 2008, p.14-15).

De janvier à mars 1741, Montesquieu séjourne à Bordeaux. Paraît la traduction du roman épistolaire de Samuel Richardson (1689-1761), Pamela, ou la vertu récompensée (Pamela, or Virtue rewarded), publié l’année précédente en Angleterre. Il travaille huit heures par jour à son futur grand ouvrage De l’esprit des Lois. D’avril à décembre, il séjourne à Paris.

Le 2 février 1742, dix-huit livres de De l’esprit des lois sont achevés. En septembre, il commence la rédaction d’Arsace et Isménie, un « roman oriental », à la demande de la légère, voire scandaleuse, Louise-Anne de Bourbon-Condé, dite mademoiselle de Charolais (1695-1758).

De janvier à août 1743, Montesquieu séjourne à Paris. Voltaire (1694-1778), dans une lettre à Vauvenargues (1715-1747), parle d’une France « d’abord ivre » des Lettres persanes. De septembre à décembre, Montesquieu séjourne à Bordeaux où il se livre à une révision générale de De l’esprit des lois.

Il passe l’année 1744 à Bordeaux.

Le 2 février 1745, il lit De l’esprit des lois chez son ami bordelais Jean Barbot ( ?- ?), président de l’Académie Royale des Belles-Lettres, Sciences et Arts de Bordeaux. Le 25 mars, Denise de Montesquieu épouse son cousin Godefroy de Secondat (1702-1774) à Clairac. Montesquieu donne une dote de 10 000 livres mais sa femme en ajoute 60 000 (cf. François Cadilhon, Jean-Baptiste de Secondat de Montesquieu : au nom du père, Presses universitaires de Bordeaux, 2008, p.16).

De janvier à aout 1746, Montesquieu séjourne à Bordeaux. Il est élu à l’Académie des sciences de Prusse que Leibniz avait fondée en 1700. Son président est depuis l’année précédente le français Pierre Louis Moreau de Maupertuis (1698-1759) favorisé par Frédéric II de Prusse (1712-1740-1786). En septembre, Montesquieu retourne à Paris. Il travaille à De l’esprit des lois.

De janvier à octobre 1747, Montesquieu séjourne à Paris. Françoise de Graffigny (1695-1758) fait paraître un roman épistolaire, Lettres d’une péruvienne qui obtient un immense succès immédiat. Montesquieu reprend Arsace et Isménie. En juin, Montesquieu annonce à Maupertuis qu’il a achevé De l’esprit des lois. Il séjourne auprès de l’ancien roi de Pologne et duc de Lorraine depuis 1737 Stanislas Leszczynski ou Leczinski (1677-1766) à Lunéville (actuellement dans le département de Meurthe et Moselle). En juillet, il fait la lecture de De l’esprit des lois à Paris.

De janvier à avril 1748, Montesquieu séjourne à Paris. Il vend définitivement sa charge de président à mortier le 4 avril. Il publie en novembre 1748 à Genève, chez Barillot, sans nom d’auteur : De l’esprit des lois ou du rapport que les lois doivent avoir avec la Constitution de chaque gouvernement, les Mœurs, le Climat, la Religion, le Commerce, etc. Mis en vente à Paris, l’ouvrage connaît immédiatement le succès. Vingt-deux éditions paraissent à Genève en deux ans.

De janvier à juin 1749, Montesquieu séjourne à Bordeaux. De juillet à décembre, De l’esprit des lois est attaqué dans les Nouvelles ecclésiastiques du 9 au 16 octobre.

En février 1750, séjournant à Paris, il répond aux critiques de son œuvre majeure en donnant la Défense de l’Esprit des lois puis les Éclaircissements sur l’Esprit des lois. En septembre, la Sorbonne présente un premier projet de censure du grand ouvrage de Montesquieu. Le 26 novembre, Montesquieu fait enregistrer son testament.

De janvier à mai 1751, Montesquieu séjourne à Paris. Il travaille à une nouvelle édition des Lettres persanes. Il travaille aussi sur De l’esprit des lois. Montesquieu est nommé membre associé de la Société royale des sciences et belles-lettres de Nancy le 20 mars. Il offre à Stanislas Leszczynski, le duc souverain de Lorraine, Lysimaque. L’abbé Jean-Baptiste Gaultier (1685-1755), un janséniste, fait paraître les Lettres persanes convaincues d’impiété. Il critique notamment les lettres qui portent sur la religion (XXXV, XLVI, LXXXIII, XCII et CXXV), la lettre sur le suicide (LXXVI) ainsi que celle sur le divorce (CXVII). Le 29 novembre l’Église catholique romaine interdit le livre – de même que de nombreux autres ouvrages de Montesquieu – et l’inscrit à l’Index, c’est-à-dire dans la liste des ouvrages interdits aux catholiques. Le protestant Angliviel de la Beaumelle (1726-1773) publie une Suite de la défense de l’esprit des lois à Amsterdam en novembre.

En 1752, Montesquieu séjourne à Bordeaux.

De janvier à novembre 1753, Montesquieu séjourne à Paris. Il publie un Mémoire sur la Constitution (Unigenitus) qui propose d’interdire toute dispute sur la querelle du jansénisme afin d’obtenir la paix. En décembre, il revient à Bordeaux. Il commence à écrire l’article « Goût » pour l’Encyclopédie.

De janvier à juillet 1754, Montesquieu séjourne à Paris. Il ajoute et corrige les Lettres persanes dans une édition qui reprend les 150 lettres de la première édition, un Supplément comprenant les trois nouvelles lettres de la deuxième édition de 1721, de huit nouvelles lettres (XV, XXII, LXXVII, XCI, CXLIV, CLVII, CLVIII, CLX de l’édition de 1758), des changements aux lettres LXXXII, XCII, CIX, et XCVII de l’édition de 1758) et un préambule intitulé Quelques réflexions sur les Lettres Persanes qui procèdent à une réfutation de Gaultier qui n’est pas nommé. De juillet à décembre, il est à Bordeaux. Il travaille à une nouvelle édition de De l’esprit des lois. En décembre, Lysimaque est publié. Fin décembre, il repart à Paris.

Le 19 janvier 1755, il tombe malade. Il meurt le 10 février à Paris d’une fièvre inflammatoire. D’après Friedrich Melchior Grimm (1723-1807), Denis Diderot (1713-1784) fut le seul homme de lettres qui assista à son enterrement à Saint Sulpice où il a eu peu de monde (cf. http://www.academie-francaise.fr/les-immortels/charles-de-secondat-baron-de-montesquieu).

En 1757, son article « Goût » est publié sous le titre d’Essai sur le goût. Il paraît dans le tome VII de l’Encyclopédie.

En 1758, son fils Jean-Baptiste de Secondat et l’avocat François Richer (1718-1790) font paraître l’édition posthume des Lettres persanes. Elle répartit les lettres ajoutées dans l’édition de 1754 à leur place. De même, une nouvelle édition de De l’esprit des lois paraît.

 

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Servitude et soumission - résumé d'un texte d'Alain sur "Le rapport du maître à l'esclave"

 

1) Sujet.

Résumez le texte suivant en 100 mots (plus ou moins 10%). Vous indiquerez les sous totaux de 20 en 20 (20, 40, …) par un trait vertical et par le chiffre correspondant dans la marge. Vous indiquerez obligatoirement votre total exact à la fin de votre résumé.

 

Le rapport du maître à l’esclave est le nœud et le ressort de toute l’histoire. Hegel, merveilleusement pénétrant, s’est plu à faire jouer les mouvements d’attraction et de répulsion qui s’exercent entre ces deux espèces d’hommes ; car un des termes suppose l’autre et l’appelle, mais aussi l’éloigne de soi le plus qu’il peut, comme on comprend si l’on compare le bois de Boulogne au bois de Vincennes, ou les Champs-Élysées à Belleville. Alors se montre la dialectique la plus brillante, puisque l’esclave devient, par le travail, le maître du maître, tandis qu’au rebours le maître devient l’esclave de l’esclave. L’histoire nous fait voir sans fin le maître déposé et l’esclave couronné ; sans fin, car aucune couronne ne tient sur aucune tête. Le soldat juge le général, et le général ne juge point le soldat. Tout est mirage dans la pensée du maître, tout est vérité nue et sévère dans la pensée de l’esclave. Ainsi s’achève, par le vide en cette tête couronnée, le mouvement de bascule qui substitue le gouverné au gouvernant. Le moindre valet connaît mieux son maître que le maître ne connaît le valet. Cette différence se remarque aussi dans la connaissance qu’ils ont des choses, car l’oisiveté rend sot. Il n'est point de garde-chasse qui ne connaisse mieux que son seigneur les passages et les pistes. Et la servitude forme un caractère, par cette règle qu’il faut toujours travailler pour d’autres et donner plus qu’on ne reçoit.

La frivolité de l’élite effraye ; ils n’osent pas seulement former une sérieuse pensée ; mais ils regardent toujours où cela les mène ; c’est une danse des œufs ; et cela défait jusqu’à leur style. Ils ne savent plus se parler virilement à eux-mêmes. Ils n’osent pas. Ainsi le grand ressort s’use encore plus vite que les autres. Que l’on me montre une pensée de l’élite qui n’enferme pas une précaution contre cette pensée même. Et au contraire celui qui n’a rien n’a pas peur de penser ; il n’a pas, en ses réflexions, ce visage, comme a dit un auteur, du marchand qui perd.

Cette région des villes où l'on dîne en plastron blanc ne produit point de pensées. Ce que nous appelons la catastrophe de Pierre Hamp ([1]), et certes le mot n’est pas trop fort, vient de ce qu’il a passé sans précaution cette frontière. Et je vois que le même malheur, moins marqué parce qu’ils ont moins de force, arrive présentement à d’autres. Malheur de vivre en riche ; malheur plus grand d’être riche. L’art de persuader manque justement à ceux qui en ont besoin. Ils vont comme des aveugles ; et c’est par la pensée que le pouvoir périt. Savoir est le fait du pauvre.

Cet ordre renversé donc, qui porte en haut les têtes vides, je ne vois point du tout qu’il soit urgent de le redresser ; il suffit de le connaître. J’ai compté un bon nombre de têtes pensantes qui n’ont pas envié la mangeoire d’or. Et si l’élite véritable veut bien rester, si je peux dire, assise par terre, en cette situation d’où l’on ne peut point être déposé, j’aperçois une sorte d’équilibre qui peut durer longtemps, par ce jugement sans la moindre envie. Car, que les gouvernements soient faibles, c’est un mal que l’homme libre ne sent point du tout ; et le symbolique chapeau sur un bâton n’est point un si mauvais roi. On observe quelquefois une sorte de peur très comique dans le citoyen, quand il s’aperçoit qu’il n’est plus assez gouverné. Je ne crois pas que ce sentiment soit commun parmi ceux qui ont fait la guerre, je parle des esclaves. Qu’ils forment seulement les jeunes d’après cette coûteuse expérience, et tout ira passablement, sous le règne de Sa Majesté Chapeau Premier.

Alain, Propos sur des philosophes (1961 posthume), XLVI Le rapport du maître à l’esclave, 1er avril 1928.

 

2) Analyse du texte et remarques.

Alain commence par exprimer une thèse générale, à savoir que la relation du maître à l’esclave est la relation essentielle pour l’histoire. Il se réfère alors à Hegel qui en a fait la description (on parle de la dialectique du maître ou de l’esclave ou plutôt actuellement de la lutte pour la reconnaissance). Il l’interprète en termes de physique newtonienne avec les termes d’attraction et de répulsion. Le maître et l’esclave s’attirent et se repoussent en même temps. Alain compare ce rapport du maître à l’esclave avec les relations des bois de Boulogne et de Vincennes ou les Champs Élysées et Belleville, les premiers représentant le maître et le second l’esclave. Alain indique alors que s’effectue une dialectique qui conduit la maître à devenir esclave et inversement par le truchement du travail. C’est cette dialectique que montre l’histoire. Alain l’illustre en montrant comment les inférieurs, soldat, valet, etc. ont la vérité sur les supérieurs et non l’inverse. Leur connaissance des choses est également meilleure. La raison avancée par Alain est que l’oisiveté rend bête.

Alain oppose dans un second temps le vide de la pensée de l’élite et le sérieux de ceux qui ne possèdent rien. C’est que la pensée de l’élite se caractérise par le calcul qui implique une absence de sérieux et de courage qu’on ne retrouve pas chez les pauvres qui osent la pensée pour elle-même.

Il décrit la vie des riches comme un appauvrissement du savoir qui conduit à la chute. Devenir riche est un malheur qu’il illustre avec l’exemple de Pierre Hamp. Aussi le riche ne peut persuader alors que c’est un besoin pour lui. Alain en déduit que seul le pauvre peut savoir.

Alain refuse d’en déduire qu’il faut inverser la hiérarchie. Il en déduit qu’il faut seulement la connaître. Il considère que l’expérience montre que le penseur a intérêt à être pauvre. Il constitue alors la vraie élite. Et c’est une élite qui ne peut être renversée puisqu’elle ne possède pas le pouvoir. Politiquement, cela implique selon lui une faiblesse du pouvoir qui est bonne pour l’homme libre. Il en propose une allégorie habituelle, celle du chapeau sur le bâton. Il s’oppose à la peur de ne pas être gouverné qui anime certains citoyens. Il ne l’a pas observé chez ceux qui ont fait la guerre, qu’il appelle esclaves, désignant ainsi les simples soldats qui obéissent sans discuter. Il leur enjoint de transmettre leur expérience aux jeunes de sorte à laisser le pouvoir dans sa faiblesse.

 

3) Idées essentielles.

  1. Importance pour l’histoire de la relation maître/esclave.
  2. Elle est générale de sorte que le dominé est supérieur au dominant.
  3. La pensée calculatrice du riche est inférieure à la pensée désintéressée du pauvre.
  4. La vie du riche l’empêche de connaître alors que la pauvreté favorise le savoir.
  5. Conséquence : il faut conserver cet ordre, le connaître.
  6. Explication : la liberté est compatible avec un gouvernement faible.
  7. La guerre l’a appris aux soldats de base. Ils ont à le transmettre aux jeunes.

 

 

4) Proposition de résumé

L’opposition du maître à l’esclave est fondamentale historiquement comme Hegel l’a justement montré. Elle se montre partout [20] où le dominé, par son effort, prend le pas sur le dominant.

Dans la pensée, la richesse qui calcule est [40] inférieure à celle assise sur la pauvreté qui s’essaye.

La vie du riche empêche la pensée. Seul le pauvre [60] est en position de connaître.

Il ne faut donc pas bouleverser cet ordre, mais le connaître, car la liberté s’ [80] accommode d’un gouvernement faible. La guerre l’a fait connaître aux simples soldats. Qu’ils le transmettent aux jeunes.

100 mots

 

 

 


([1]) 1876-1962, autodidacte aux nombreux métiers qui est devenu écrivain et inspecteur du travail. Il a écrit sur la condition ouvrière.

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Servitude et soumission - sujet : résumé d'un texte d'Alain "Le rapport du maître à l'esclave"

 

Résumez le texte suivant en 100 mots (plus ou moins 10%). Vous indiquerez les sous totaux de 20 en 20 (20, 40, …) par un trait vertical et par le chiffre correspondant dans la marge. Vous indiquerez obligatoirement votre total exact à la fin de votre résumé.

 

Le rapport du maître à l’esclave est le nœud et le ressort de toute l’histoire. Hegel, merveilleusement pénétrant, s’est plu à faire jouer les mouvements d’attraction et de répulsion qui s’exercent entre ces deux espèces d’hommes ; car un des termes suppose l’autre et l’appelle, mais aussi l’éloigne de soi le plus qu’il peut, comme on comprend si l’on compare le bois de Boulogne au bois de Vincennes, ou les Champs-Élysées à Belleville. Alors se montre la dialectique la plus brillante, puisque l’esclave devient, par le travail, le maître du maître, tandis qu’au rebours le maître devient l’esclave de l’esclave. L’histoire nous fait voir sans fin le maître déposé et l’esclave couronné ; sans fin, car aucune couronne ne tient sur aucune tête. Le soldat juge le général, et le général ne juge point le soldat. Tout est mirage dans la pensée du maître, tout est vérité nue et sévère dans la pensée de l’esclave. Ainsi s’achève, par le vide en cette tête couronnée, le mouvement de bascule qui substitue le gouverné au gouvernant. Le moindre valet connaît mieux son maître que le maître ne connaît le valet. Cette différence se remarque aussi dans la connaissance qu'ils ont des choses, car l’oisiveté rend sot. Il n'est point de garde-chasse qui ne connaisse mieux que son seigneur les passages et les pistes. Et la servitude forme un caractère, par cette règle qu’il faut toujours travailler pour d’autres et donner plus qu’on ne reçoit.

La frivolité de l’élite effraye ; ils n’osent pas seulement former une sérieuse pensée ; mais ils regardent toujours où cela les mène ; c’est une danse des œufs ; et cela défait jusqu’à leur style. Ils ne savent plus se parler virilement à eux-mêmes. Ils n’osent pas. Ainsi le grand ressort s’use encore plus vite que les autres. Que l’on me montre une pensée de l’élite qui n’enferme pas une précaution contre cette pensée même. Et au contraire celui qui n’a rien n’a pas peur de penser ; il n’a pas, en ses réflexions, ce visage, comme a dit un auteur, du marchand qui perd.

Cette région des villes où l'on dîne en plastron blanc ne produit point de pensées. Ce que nous appelons la catastrophe de Pierre Hamp ([1]), et certes le mot n’est pas trop fort, vient de ce qu’il a passé sans précaution cette frontière. Et je vois que le même malheur, moins marqué parce qu’ils ont moins de force, arrive présentement à d'autres. Malheur de vivre en riche ; malheur plus grand d’être riche. L’art de persuader manque justement à ceux qui en ont besoin. Ils vont comme des aveugles ; et c’est par la pensée que le pouvoir périt. Savoir est le fait du pauvre.

Cet ordre renversé donc, qui porte en haut les têtes vides, je ne vois point du tout qu’il soit urgent de le redresser ; il suffit de le connaître. J’ai compté un bon nombre de têtes pensantes qui n’ont pas envié la mangeoire d’or. Et si l’élite véritable veut bien rester, si je peux dire, assise par terre, en cette situation d’où l’on ne peut point être déposé, j’aperçois une sorte d’équilibre qui peut durer longtemps, par ce jugement sans la moindre envie. Car, que les gouvernements soient faibles, c’est un mal que l’homme libre ne sent point du tout ; et le symbolique chapeau sur un bâton n’est point un si mauvais roi. On observe quelquefois une sorte de peur très comique dans le citoyen, quand il s’aperçoit qu’il n’est plus assez gouverné. Je ne crois pas que ce sentiment soit commun parmi ceux qui ont fait la guerre, je parle des esclaves. Qu’ils forment seulement les jeunes d’après cette coûteuse expérience, et tout ira passablement, sous le règne de Sa Majesté Chapeau Premier.

Alain, Propos sur des philosophes (1961 posthume), XLVI Le rapport du maître à l’esclave, 1er avril 1928.

 

 


([1]) 1876-1962, autodidacte aux nombreux métiers qui est devenu écrivain et inspecteur du travail. Il a écrit sur la condition ouvrière.

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Servitude et soumission - Corrigé d'un résumé d'Alain

Sujet

Il y a une force invincible dans tout homme, et déjà dans l’enfant, dès qu’il aperçoit que ses sentiments sont bien à lui, et que nul n’a pouvoir de les changer. Vertu est force ; et il n’y a point de vertu sans cette force-là. Toutefois les premiers effets de cette force d’âme, car c’est son nom, tournent souvent à mal. Nous sommes ainsi faits que le meilleur en nous est d’abord jugé fort mauvais ; par exemple si un enfant s’obstine et se ferme. Dès qu’il découvre en lui ce trésor du vouloir, qui n’est qu’à lui, aussitôt il s’arme ; et le premier effet est presque toujours une sorte de méchanceté ; car nul ne croit d’abord qu’il pourra sauver sa plus chère opinion sans violence, et la moindre discussion le fait bien voir. En sorte que ne point céder, qui est la plus belle chose, passe d’abord pour la plus laide. Et au contraire les moutons, qui n’ont point encore trouvé leur être, sont naturellement préférés, quand le berger serait l’homme le plus sage. C’est même le piège pour les sages, où ils se laissent prendre une fois ou l’autre, que d’estimer trop ceux qui croient et trop peu qui examinent ; trop peu aussi ceux qui refusent par principe, par crainte de ne plus savoir se défendre s’ils donnent entrée ; et ceux-là ne sont pas les pires.

C’est pourquoi il faut craindre la preuve, j’entends celle qu’on tient par le manche ; ce n’est toujours qu’une arme. Je me suis longtemps étonné de ce que les hommes fuient encore plus devant la bonne preuve que devant la mauvaise, et se ferment à l’évidence. Même de loin ; là-dessus ils sont rusés en proportion qu’ils sont instruits ; les meilleurs esprits sont justement ceux qui voient venir la preuve du plus loin, qui se mettent en alarme, et lèvent le pont. Ne vous pressez pas de conclure qu’un homme est sot ou endormi. Souvent il veille en son silence ; souvent il ne perd pas un seul de vos mouvements ; mais il fait le mort, comme les insectes. Cette pudeur d’esprit est belle. La liberté est alors estimée plus précieuse que la lumière et cela est dans l’ordre. Toutes les fois qu’on juge l’homme d’après sa forme extérieure non d’après ses discours, on juge bien. On perd son temps dans la société, si l’on ne fait continuellement ce genre de rectification. Pensez toujours que l’homme intérieur se donne un délai et renouvelle quelques serments à soi. N’allez pas comme un étourneau autour des chouettes de Minerve.

On n’apprécie pas toujours comme il faudrait ce genre de croyances sans jugement, et qui tiennent à la pratique. La coutume n’offense pas l’esprit. Pourquoi ? Parce qu’elle ne demande pas approbation. Par exemple la guerre ne se donne pas comme raisonnable ; aussi n’y a-t-il point un seul homme de guerre qui n’ait sévèrement jugé la guerre ; ce n’est qu’un état de fait. Mais au contraire la paix est une idée ; la paix demande approbation ; elle frappe indiscrètement au plus haut de l’esprit. Ici vous trouvez une étonnante résistance, et qui n’a rien de vil. Tel s’accommode d’une servitude volontaire qui ne voudrait point d’une liberté forcée. Ces soins de garde et de vigilance ajournent souvent l’examen de raison ; et beaucoup penseraient sagement si on les en pressait moins. En quoi il y a autre chose que cette animale impénétrabilité, que représente le crocodile par ses écailles ; toutefois ce n’est pas un petit inconvénient si, par l’insistance, on fait l’alliance de l’obstination animale et de l’humaine fermeté.

Il ne faut pas tellement se soucier de persuader. Nous croyons trop qu’une pensée n’est pas pensée si elle ne se rend à nos sommations. N’ayez pas peur. Le travail se continue en cet intérieur mobile ; il n’y a point d’argument perdu. La raison est un fait auquel tous ont part, par le refus, par le silence, par un genre de négligence. Que l’écrivain passe donc comme le veilleur, qui frappe un bon coup, et puis s’en va.

Alain, Esquisses de l’homme, XXXV Pudeur d’esprit, 22 novembre 1923 (1927).

 

Corrigé

Analyse du texte.

Alain commence par valoriser la force qui émerge chez l’enfant lorsqu’il comprend que ses sentiments sont à lui et que personne ne peut les changer. Il lui oppose ensuite l’appréciation négative qui en est faite parce qu’on la juge violente. Ce qui illustre ce point de vue que rapporte Alain et qu’il n’approuve pas, c’est la discussion ou débat. On récuse la fermeté dans l’opinion à tort selon lui. On préfère l’obéissance. Même les sages selon Alain se trompent en estimant trop les croyants et trop peu les chercheurs ou sceptiques, voire ceux qui procèdent à une remise en cause fondamentale. Ces derniers pour lui ont peur de ne pas savoir se défendre et Alain juge qu’ils ne sont pas les plus mauvais.

Il en déduit que la preuve est à craindre en tant qu’elle sert à combattre. Il marque l’étonnement qu’il avait de voir les hommes, même ceux qui avaient le plus de connaissance, se refuser à des preuves valables. Il refuse d’en déduire à leur bêtise. Il y voit plutôt une pudeur de l’esprit. Elle valorise la liberté qui est plus précieuse pour Alain que la connaissance. Il en infère qu’il faut juger les hommes sur les apparences en considérant qu’intérieurement l’homme patiente et se jure la vérité. Il exprime métaphoriquement l’idée qu’il ne faut pas être une sorte d’écervelé vis-à-vis de la sagesse.

Il explique ensuite que les croyances sont pratiques à la différence des pensées. Aussi il ne faut pas les juger comme ces dernières. Il l’illustre par la guerre qui est une pratique et la paix qui est une idée. Elle conduit à une résistance de sorte qu’il met sur le même plan le choix d’une servitude volontaire et une liberté contrainte. Il explique que l’absence de réflexion a pour source cette pression. Elle conduit à la fois à l’obstination et à une sorte d’inertie animale.

Il en tire comme leçon que persuader importe peu. Dans le silence, il y a un travail de l’esprit qui le fait accéder à l’universel, c’est-à-dire à la raison. Il en déduit un certain art de l’écriture qui consiste à frapper un coup et de continuer son chemin.

 

Un exemple de résumé.

La force de conviction, si bonne, est mal jugée. Elle serait source de violence comme dans le débat. On la [20] surestime.

Aussi craignons l’argument qu’on tient comme un couteau. Les hommes, même savants, reculant face au bon argument [40], m’ont toujours surpris. Ils ne s’obstinent pas, ils sont pudiques.

Il faut juger les croyances non comme des [60] pensées, mais comme des habitudes réelles. La soumission voulue vaut la liberté contrainte. Attaquer l’autre l’empêche de réfléchir ; [80] d’où obstination et inertie animale.

La persuasion est donc inutile à l’écrivain pour développer en chacun la raison.

100 mots

 

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Servitude et soumission - sujet : résumé d'un texte d'Alain et dissertation

Il y a une force invincible dans tout homme, et déjà dans l’enfant, dès qu’il aperçoit que ses sentiments sont bien à lui, et que nul n’a pouvoir de les changer. Vertu est force ; et il n’y a point de vertu sans cette force-là. Toutefois les premiers effets de cette force d’âme, car c’est son nom, tournent souvent à mal. Nous sommes ainsi faits que le meilleur en nous est d’abord jugé fort mauvais ; par exemple si un enfant s’obstine et se ferme. Dès qu’il découvre en lui ce trésor du vouloir, qui n’est qu’à lui, aussitôt il s’arme ; et le premier effet est presque toujours une sorte de méchanceté ; car nul ne croit d’abord qu’il pourra sauver sa plus chère opinion sans violence, et la moindre discussion le fait bien voir. En sorte que ne point céder, qui est la plus belle chose, passe d’abord pour la plus laide. Et au contraire les moutons, qui n’ont point encore trouvé leur être, sont naturellement préférés, quand le berger serait l’homme le plus sage. C’est même le piège pour les sages, où ils se laissent prendre une fois ou l’autre, que d’estimer trop ceux qui croient et trop peu qui examinent ; trop peu aussi ceux qui refusent par principe, par crainte de ne plus savoir se défendre s’ils donnent entrée ; et ceux-là ne sont pas les pires.

C’est pourquoi il faut craindre la preuve, j’entends celle qu’on tient par le manche ; ce n’est toujours qu’une arme. Je me suis longtemps étonné de ce que les hommes fuient encore plus devant la bonne preuve que devant la mauvaise, et se ferment à l’évidence. Même de loin ; là-dessus ils sont rusés en proportion qu’ils sont instruits ; les meilleurs esprits sont justement ceux qui voient venir la preuve du plus loin, qui se mettent en alarme, et lèvent le pont. Ne vous pressez pas de conclure qu’un homme est sot ou endormi. Souvent il veille en son silence ; souvent il ne perd pas un seul de vos mouvements ; mais il fait le mort, comme les insectes. Cette pudeur d’esprit est belle. La liberté est alors estimée plus précieuse que la lumière et cela est dans l’ordre. Toutes les fois qu’on juge l’homme d’après sa forme extérieure non d’après ses discours, on juge bien. On perd son temps dans la société, si l’on ne fait continuellement ce genre de rectification. Pensez toujours que l’homme intérieur se donne un délai et renouvelle quelques serments à soi. N’allez pas comme un étourneau autour des chouettes de Minerve.

On n’apprécie pas toujours comme il faudrait ce genre de croyances sans jugement, et qui tiennent à la pratique. La coutume n’offense pas l’esprit. Pourquoi ? Parce qu’elle ne demande pas approbation. Par exemple la guerre ne se donne pas comme raisonnable ; aussi n’y a-t-il point un seul homme de guerre qui n’ait sévèrement jugé la guerre ; ce n’est qu’un état de fait. Mais au contraire la paix est une idée ; la paix demande approbation ; elle frappe indiscrètement au plus haut de l’esprit. Ici vous trouvez une étonnante résistance, et qui n’a rien de vil. Tel s’accommode d’une servitude volontaire qui ne voudrait point d’une liberté forcée. Ces soins de garde et de vigilance ajournent souvent l’examen de raison ; et beaucoup penseraient sagement si on les en pressait moins. En quoi il y a autre chose que cette animale impénétrabilité, que représente le crocodile par ses écailles ; toutefois ce n’est pas un petit inconvénient si, par l’insistance, on fait l’alliance de l’obstination animale et de l’humaine fermeté.

Il ne faut pas tellement se soucier de persuader. Nous croyons trop qu’une pensée n’est pas pensée si elle ne se rend à nos sommations. N’ayez pas peur. Le travail se continue en cet intérieur mobile ; il n’y a point d’argument perdu. La raison est un fait auquel tous ont part, par le refus, par le silence, par un genre de négligence. Que l’écrivain passe donc comme le veilleur, qui frappe un bon coup, et puis s’en va.

Alain, Esquisses de l’homme, XXXV Pudeur d’esprit, 22 novembre 1923 (1927).

 

 

1) Résumez le texte suivant en 100 mots (plus ou moins 10%). Vous indiquerez les sous totaux de 20 en 20 (20, 40, …) par un trait vertical et par le chiffre correspondant dans la marge. Vous indiquerez obligatoirement votre total exact à la fin de votre résumé.

 

2) Dissertation :

« Tel s’accommode d’une servitude volontaire qui ne voudrait point d’une liberté forcée. »

En vous appuyant sur votre lecture des œuvres au programme, vous vous demanderez en quoi il est possible de soutenir cette réflexion d’Alain.

 

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programme de français et de philosophie 2016/2017

Classes préparatoires scientifiques

Programme de français et de philosophie - année 2016-2017

 

NOR : MENS1600411A

arrêté du 7-6-2016

MENESR - DGESIP A1-2

 

Vu code de l'éducation, notamment articles D. 612-19 à D. 612-29 ; arrêtés du 3-7-1995 modifiés ; arrêtés du 20-6-1996 modifiés ; arrêté du 7-1-1998 modifié ; arrêté du 3-5-2005 modifié ; arrêté du 12-5-2015 ; avis du CSE du 19-5-2016 ; avis du Cneser du 23-5-2016

 

Article 1 - L'enseignement de français et de philosophie dans les classes préparatoires scientifiques durant l'année scolaire 2016 - 2017 s'appuie notamment sur les thèmes suivants, étudiés à travers les œuvres littéraires et philosophiques précisées ci-après :

Thème 1 : « Le monde des passions »

1 - La cousine Bette (Honoré de Balzac)

2 - Andromaque (Jean Racine)

3 - Dissertation sur les passions (David Hume) - traduction Jean-Pierre Cléro - (éditions GF Flammarion)

Thème 2 : « Servitude et soumission »

1 - Discours de la servitude volontaire (La Boétie)

2 - Une maison de poupée (Ibsen) - traduction Eloi Recoing - Babel n°1400 (Actes Sud)

3 - Lettres persanes (Montesquieu)

 

Article 2 - L'enseignement de français et de philosophie dans les classes préparatoires de technologie industrielle pour techniciens supérieurs (ATS) durant l'année scolaire 2016 - 2017 s'appuie notamment sur le second thème de l'article 1er, à travers les œuvres mentionnées en 1 et 3 de ce thème.

 

Article 3 - L'arrêté du 12 mai 2015 relatif au programme de français et de philosophie des classes préparatoires scientifiques pour l'année 2015 - 2016, est abrogé à compter de la rentrée 2016.

 

Article 4 - La directrice générale de l'enseignement supérieur et de l'insertion professionnelle est chargée de l'exécution du présent arrêté.

 

Fait le 7 juin 2016

 

Pour la ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche et par délégation,

Pour la directrice générale de l'enseignement supérieur et de l'insertion professionnelle,

La chef de service de la stratégie des formations et de la vie étudiante,

Rachel-Marie Pradeilles-Duval

 

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